Newsletter n°49 – Février 2021

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°49 // 4 février 2021

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

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Infos des lieux de vie

A la frontière franco-britannique

  • A Calais, toujours les mêmes conditions de vie très précaires pour les personnes en exil, les mêmes violences de la part de la police, la même régularité des expulsions, les mêmes destructions de leurs effets personnels et leur même volonté de partir en Angleterre. Reportage de Romain Mahdoud à voir sur le Média. Des nouveautés : l’expulsion des personnes vivant sous les ponts du centre-ville le 19 janvier. Des arceaux à vélo ont été installés pour empêcher ces personnes de revenir, puis enlevés puis remplacés par des poteaux en fer. Mi-janvier le Plan Grand Froid a été déclenché…pour quelques nuits seulement.

  • A Grande-Synthe, les sous-bois du Puythouck, réserve naturelle, servent d’abri de fortune pour au moins 300 personnes exilées. Il neige en ce mois de janvier, les températures sont négatives et les sols détrempés. Pourtant des personnes dorment là chaque soir, sous des tentes et des bâches. A lire le reportage de Radioparleur.
  • Du côté de Norrent Fontes, les Erythréens vivent beaucoup d’événements hostiles : le vol de leurs cantines qui protégeaient la nourriture et leurs affaires, des accrochages avec des fermiers et des chasseurs du coin ; leurs chats ont disparu et ils ont dû déménager leurs affaires de « cuisine » un peu plus loin. Le maire de Saint Hilaire Cottes contacté trouve que les exilés sont dérangeants. Ils sont toujours hébergés les week-ends ce qui leur donne un peu de répit par rapport aux conditions très difficiles dans lesquelles ils survivent.

Les Vietnamiens, peu nombreux, ne sont pas les bienvenus dans le nouvel endroit où ils se sont installés. Ils ne souhaitent pas être hébergés et survivent dans des conditions très très difficiles (notamment rien pour se réchauffer).

Au PRAHDA à Foucquières-lès-Béthune (le sigle signifie Programme d’Accueil et d’Hébergement des Demandeurs d’Asile), les « cours » de français ont repris, ce qui fait beaucoup de bien aux bénévoles de Terre d’Errance et aux personnes exilées. L’établissement est maintenant interdit aux visiteurs d’où la difficulté de maintenir des liens avec les personnes. Il y a eu de nombreux transferts vers d’autres villes de personnes qui étaient présentes depuis plus d’un an, des transferts voulus ou imposés.

Et ailleurs
  • Désengorger la région parisienne, prévenir la formation de campements de migrants et répartir l’accueil dans les autres régions de France, ce sont les 3 grands objectifs du plan Schiappa, du nom de la ministre déléguée à la citoyenneté. InfoMigrants fait le point sur les principales mesures qui s’appliquent dès janvier et pour deux ans.
  • « A la frontière franco-italienne, l’Etat commet des violations quotidiennes des droits humains ». Une tribune du Monde rédigée par l’anthropologue Didier Fassin et le médecin Alfred Spira alerte :  » Toutes les nuits, dans les Hautes-Alpes, au col de Montgenèvre, des hommes, des femmes et des enfants en provenance du Moyen-Orient, d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb tentent de passer à pied d’Italie en France, dans la neige et le froid. Toutes les nuits, puissamment équipés, des agents de la police aux frontières et des gendarmes s’efforcent de les en empêcher et de les reconduire de l’autre côté de la frontière. Toutes les nuits, des bénévoles font des maraudes pour porter assistance à ceux qui, une fois sur le territoire français, essaient d’échapper à leur arrestation. Cette étrange dramaturgie se reproduit depuis 4 ans« .
  • A la frontière franco-espagnole, des blocs de béton ferment 5 routes secondaires entre France et Espagne. La préfecture a décidé, à la demande du gouvernement, une fermeture physique de ces routes avec l’installation de lourds blocs de béton en travers de la chaussée. Une mesure qualifiée de « temporaire » mais pour une « durée illimitée » pour le moment. Les raisons nommées : les luttes contre le terrorisme, contre les trafics et la contrebande mais aussi l’immigration clandestine. « 30 à 50 personnes sont interpellées chaque jour en situation irrégulière depuis novembre » selon le préfet des Pyrénées-Orientales. Une habitante d’un col s’exprime au micro de France 3 : « C’est toujours dommage d’empêcher les gens de circuler librement, quelque soient les circonstances, je pense que si on a fait l’Europe, c’est pour que les gens puissent circuler. » Voir ici l’article de France 3 Occitanie

Col de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) – 11 janvier 2021. • © F3 LR A.Chéron.

  • L’agence européenne Frontex fragilisée par les accusations d’expulsions illégales. L’agence de surveillance des frontières de l’UE, qui a annoncé qu’elle suspendait ses opérations en Hongrie, est accusée d’avoir participé aux pushback (refoulements), qui consiste à repousser les migrants sans leur laisser la possibilité de déposer une demande d’asile. Lire l’article du Monde

La frontière entre la Serbie et la Hongrie, à Asotthalom, en avril 2019. DARKO VOJINOVIC / AP

Infos des assos

  • Le projet Human Rights Observers recherche un.e juriste qui apportera son soutien au collectif qui observe et documente quotidiennement les atteintes aux droits humains des personnes exilées à Calais et à Dunkerque. Retrouvez l’offre d’emploi ici !
  • L’Auberge des Migrants détourne une entreprise de vente en ligne ! L’objectif est d’alerter sur la situation des personnes en exil à Calais et Grande Synthe, mener une campagne de dons et récolter des soutiens. L’association a créé une liste d’articles favoris sur le site, qui sont des objets de première nécessité pour les personnes exilées. Cette liste d’articles est aussi l’occasion pour des personnes qui ont vécu l’exil de témoigner du quotidien sur les Jungles, et cela directement par commentaires sur cette plateforme d’achats en ligne qui est l’un des endroits les plus fréquentés du moment. C’est ici !

un des produits essentiels pour les personnes sur les camps

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • « C’est mon histoire, celle d’une mère endeuillée dont le cœur brisé hurle. Elle crie parce qu’elle a perdu son bébé ». Aleksandra Hazhar, fille de Hazhar Ibrahim et Rupak Sharifest, née le 2 septembre 2020, est décédée 3 jours plus tard d’une anoxie périnatale suite à une naissance prématurée. Sa famille, sa mère enceinte de plusieurs mois, avait été interceptée sur une plage par la police suite à une tentative de traversée en bateau. A lire sur le site de Calais Migrants Solidarity la lettre de cette mère au cœur brisé.
  • Malgré une formation diplômante, la difficile obtention d’un titre de séjour à 18 ans pour les jeunes non accompagné.e.s. Les refus de titre de séjour laissent les jeunes désabusé.e.s, c’est la grève de la faim d’un patron à Besançon pour l’apprenti guinéen qu’il employait dans sa boulangerie qui a mis la lumière sur ces refus de régularisation. Ousmane, un apprenti cuisinier malien de 20 ans, a le sentiment « d’avoir fait tout ce qui était demandé » : apprendre le français, suivre assidûment son CAP de cuisine dans le Calvados… « Quand j’allais en cours, je me levais à 4 heures du matin pour ne jamais être en retard », insiste-t-il. Il poursuit aujourd’hui sa formation en apprentissage dans un restaurant normand. Lui aussi a reçu une obligation de quitter le territoire. « Je ne comprends pas, répète-t-il. On nous aide au départ et ensuite plus rien. C’est comme si on nous faisait monter en haut d’un arbre, et une fois qu’on y est, on le coupe. » ». Des témoignages des personnes concernées à retrouver dans cet article du Monde.

Infos de la PSM

  • La sortie du Journal des Jungles n°14, c’est pour très bientôt ! C’est un numéro sur les violences subies par des personnes en exil survivant dans des campements de fortune sur un quai de Ouistreham et des demandeurs d’asile, qui se retrouvent « entre parenthèses » à Caen. Des violences connues durant leur voyage et retrouvées sous des formes différentes une fois arrivées en France. En attendant d’avoir le JDJ entre les mains, un extrait du texte de Akmar : « En Afghanistan J’avais tout entre les mains, c’était moi qui décidai. Si je croisais quelqu’un dans la rue, je lui disais : « passe à la boutique ». J’avais des choses à faire. J’étais avec ma femme. Ici, je suis dans une chambre et on me dit de dormir. Je ne connais personne, je n’ai pas d’activité. Je n’ai pas de programme sauf deux jours par semaine où j’ai un rendez-vous fixe avec mon cours de français« .

Envie d’agir

  • Appel des associations de Grande Synthe à un envoi citoyen massif d’un courrier demandant un hébergement inconditionnel ! Les associations vous proposent de demander avec elles « un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte ». Elles ont déjà envoyé la lettre au préfet du Nord, au Sous-préfet de Dunkerque, au Président de la Communauté Urbaine de Dunkerque et au Maire de Grande-Synthe. A vos plumes, voici le modèle de la lettre à modifier, signer et envoyer aux autorités !
  • A Paris, « Les cuistots migrateurs » proposent à des réfugié.e.s une formation culinaire gratuite et qualifiante. Les personnes sont Soudanaises, Afghanes, Ougandaises ou Libyennes et suivent cette formation intensive combinant apprentissage du français et découverte pratique du métier. Ils devraient décrocher, fin avril, le certificat professionnel de commis de cuisine. « La cuisine est, avec le BTP, un des premiers débouchés pour les migrants. Mais trop souvent, quand ils trouvent un travail, c’est à la plonge ou dans des postes où ils sont exploités sans perspective d’évolution », explique Sébastien Prunier, l’un des fondateurs des Cuistots migrateurs dans un article de Télérama. Le projet est amené à se développer : Les Cuistots migrateurs espère former une centaine d’élèves en 2021, et ouvrir un deuxième cursus « service en restauration et sommellerie », suivi, pourquoi pas, d’un autre en boulangerie-pâtisserie… Une envie d’agir à suivre !

Belles échappées

  • Le Prix Caritas Photo Sociale soutient les photographes qui s’investissent sur les questions de la pauvreté et de l’exclusion en France. Aglaé Bory est la lauréate de cette première édition. Voir « Odyssées », le travail photographique sur l’exil qu’elle a réalisé dans la ville du Havre : la photographe y a suivi plusieurs personnes en situation d’exil, demandeurs d’asile ou réfugiés, le plus souvent en attente de statut.

« Odyssées » Aglaé Bory

Désinfox, outils pour lutter contre les idées reçues

  • Troisième édition du Petit guide de la Cimade – Lutter contre les préjugés sur les migrants. Elle a été mise à jour et entièrement remaniée. Elle est encore plus accessible, pour jouer avec nos représentations, et susciter curiosité et réflexions. Un Petit guide conçu pour être glissé facilement dans une poche, consulté, partagé et distribué (gratuitement).

La réponse c’est ici ainsi que le guide complet

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Une Foire Aux Questions (FAQ) sur la procédure française en cas de décès d’une personne exilée, produite par La Cimade. Première règle d’or : écouter, respecter et accompagner les souhaits de la famille, des proches et de la communauté. Ils et elles savent gérer les deuils et les décès dans des contextes classiques. Les proches ne sont pas familiers des procédures prévues en cas de décès d’une personne en France. C’est dans ce cadre que les besoins de soutien apparaissent. A retrouver sur le site de La Cimade
  • Contre l’inaction de l’Etat français face aux contrôles d’identité discriminatoires, Amnesty International et cinq autres associations lancent une action de groupe et mettent en demeure le Premier ministre et les ministres de l’Intérieur et de la Justice d’apporter des remèdes à la pratique généralisée des contrôles d’identité discriminatoires, appelés aussi « contrôles au faciès ». Il est temps que le gouvernement français s’attaque aux causes profondes de ces pratiques et prenne des mesures concrètes pour qu’elles cessent. Cette initiative intervient dans un contexte de crise de confiance entre la police et la population. A retrouver sur le site d’Amnesty International

  • « Il est urgent de garantir la liberté citoyenne d’informer et d’être informé ». Pour rappel, deux journalistes empêchés par la police, sur « ordre de la préfecture », de couvrir les opérations d’évacuations des camps de personnes migrantes à Calais avaient déposé un référé-liberté afin que la justice enjoigne aux préfectures du Nord et du Pas-de-Calais de laisser la presse travailler sereinement lors de ces opérations. Le Tribunal administratif de Lille avait rejeté leur recours le 5 janvier dernier, au motif d’une “absence d’urgence”. C’est avec le concours de plusieurs confrères et consœurs entravés dans leur travail ces dernières semaines, que ces deux journalistes ont décidé de faire appel devant le Conseil d’État qui a validé le 3 février l’éloignement des journalistes lors des évacuations et estimé qu’il n’y avait pas atteinte à la liberté de la presse. Information à retrouver sur le site de Reporterre et de France Info

Pour comprendre / pour cogiter

  • « Nous, élus, avons décidé de soutenir SOS Méditerranée » : l’appel de 28 collectivités pour « l’inconditionnalité du sauvetage en mer » Ces élu.e.s, maires et président.e.s d’intercommunalités, de conseils départementaux et régionaux ont décidé, avec leurs assemblées locales, d’apporter un soutien moral et financier à SOS Méditerranée, qui vient en aide aux migrant.e.s. Les élu.e.s lancent un appel dans une tribune publiée sur France Info

Ocean viking, Crédit : Anthony Jean / SOS Méditerranée

  • « La forteresse Europe remonte le pont-levis ». « Le Pacte sur la migration et l’asile récemment présenté par la Commission européenne a pour objectif quasi exclusif d’empêcher les migrants et les réfugiés de mettre le pied en Europe et de les décourager de venir« . Retrouvez ce décryptage du pacte européen sur la migration sur le site Voxeurop

Saman Torabi

  • « Impunité : l’urgence de changer de cap » Le 11 décembre, a eu lieu une journée de réflexion coorganisée sous forme de webinaire par le Pôle Solidarités Internationales-Europe, la Cimade Centre-Ouest et le CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement). 470 personnes ont creusé le sujet de l’impunité : de ses origines, de comment elle se maintient et perdure et de comment se mobiliser contre elle. Une des thématiques portait sur les violations des droits des personnes migrantes à la frontière gréco-turque. Un retour en images et vidéos de la journée à trouver sur le site de la Cimade.


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

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Modèle de courrier : Demande de dispositifs de mise à l’abri pour la période hivernale dans le Dunkerquois

A Dunkerque, le …. février 2021

Objet : dispositifs de mise à labri pour la période hivernale dans le Dunkerquois

Copies à Messieurs le Sous-préfet de Dunkerque, le Président de la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD), le Maire de la commune de Grande-synthe

Monsieur le Préfet de Région,

Je m’appelle ……………… ……………. et, en tant que bénévole de l’association ……………………………. , je vous demande d’ouvrir, en urgence, un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte.

Les associations venant en aide aux personnes exilées à Grande-Synthe constatent quotidiennement d’innombrables témoignages d’hommes, de femmes et d’enfants épuisés physiquement et mentalement par les conditions hivernales (froid, pluie, humidité, vent etc.). Celles-ci rendent insoutenables les conditions de survie inhumaines que ces personnes sans abri subissaient déjà bien avant l’hiver.

Depuis le 1er novembre, date du début de la trêve hivernale, les associations non mandatées par l’Etat ont accompagné :

  • 652 hommes seuls ;
  • 101 familles, équivalent à 282 personnes ;
  • 95 femmes, dont 33 femmes seules (dont 11 mères seules), et 7 femmes enceintes ;
  • 127 enfants, dont 107 de moins de 12 ans, 39 de moins de 5 ans et 19 de moins de 3 ans ;
  • 173 mineurs isolés

L’instruction interministérielle en date du 3 novembre 2020 concernant la prise en charge des populations précaires pendant la crise sanitaire vous enjoint d’ouvrir : « autant de places que nécessaires en vous fondant sur les demandes non pourvues de SIAO-115 et les données remontées par les maraudes. Lobjectif est quune solution soit proposée à chacun afin d’éviter la présence de personnes à la rue ».

Conformément, au rapport de l‘IGPN/IGA de 2017, il y a trois ans de cela : « La réduction de la tension sur place passe enfin par une amélioration de la situation humanitaire des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l’approche de l’hiver, et facteur dagressivité. La mission estime que la lutte contre l’immigration clandestine et la réapparition de camps est compatible avec des mesures destinées à garantir le respect de la personne et sa dignité ».

Dans ce même rapport, l’IGPN/IGA invitait les autorités à abriter les personnes sans abri en cas de froid et de forte pluie : « Il convient également, à l’approche de l’hiver, de prévoir un dispositif provisoire d’hébergement à actionner, en cas de grand froid ou de pluies intenses, pour ceux qui persisteraient à refuser d’aller dans une structure daccueil. A défaut, la situation de ces migrants, en situation d’extrême précarité, pourrait devenir dramatique et placer l’État et les forces de l’ordre présentes sur place dans une situation risquée, tant sur le plan humanitaire que de la sécurité des personnes ».

Plus encore en cette période hivernale, les mineur.e.s isolé.e.s etranger.e.s dans leur totalité, doivent être systématiquement hébergé.e.s au sein de dispositifs d’accueil d’urgence. Conformément à la protection temporaire prévue par l’article L 223-2 du CASF, un double principe de présomption de minorité et de danger doit prévaloir dans l’attente d’investigations ultérieures.

Or, les associations sur place ont pu constater que les dispositifs de mise à l’abri existants, loin de Grande-Synthe, ne suffisent pas à répondre à cette urgence et comptabilisent depuis le 1er novembre 2020, à minima 203 demandes de mises à l’abri refusées par manque de place au 115 pour des hommes seuls adultes.

Le Défenseur Des Droits rappelait, il y a deux ans déjà, en décembre 2018 que « la politique du gouvernement ne doit pas empêcher l’accueil digne ». Seule la mise en place d’un dispositif de mise à l’abri adapté, de façon pérenne et ouvert à tous de manière inconditionnelle peut permettre de garantir un minimum de respect de la dignité humaine.

Compte tenu de tout ce qui précède et afin que les demandes ministérielles soient respectées, je vous demande de permettre la mise à l’abri des personnes exilées durant toute la période hivernale.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes salutations respectueuses.

…………….

L’agence européenne Frontex fragilisée par les accusations d’expulsions illégales

Publié le 29 janvier 2021 dans Le Monde

Par Jean-Baptiste Chastand, (Vienne, correspondant régional), Jean-Pierre Stroobants, (Bruxelles, bureau européen)

L’agence de surveillance des frontières de l’UE, qui a annoncé qu’elle suspendait ses opérations en Hongrie, est accusée d’avoir participé au « pushback », qui consiste à repousser les migrants sans leur laisser la possibilité de déposer une demande d’asile.

Accusations d’implication dans des « pushbacks » – des refoulements illégaux de migrants et demandeurs d’asile aux frontières –, enquêtes de l’Office de lutte antifraude de l’Union européenne (UE) et de la Commission de Bruxelles, mise en cause de son directeur, Fabrice Leggeri : l’agence chargée de surveiller les frontières extérieures de UE Frontex traverse de grosses turbulences. Mercredi 27 janvier, elle a même été contrainte d’annoncer qu’elle allait arrêter ses opérations en Hongrie, une première dans l’histoire de cette institution, fondée en 2004.

« Nos efforts communs pour protéger les frontières extérieures ne peuvent réussir que si nous veillons à ce que notre coopération et nos activités soient pleinement conformes aux lois de l’UE », a expliqué un porte-parole, en critiquant implicitement les pratiques illégales de la police hongroise, auxquelles l’agence européenne participait pourtant depuis la crise des réfugiés de 2015.

En cause, la pratique du « pushback », inventée par le premier ministre ultranationaliste Viktor Orban et progressivement adoptée ailleurs dans l’Union. Le fait de repousser les migrants arrivés sur le sol européen sans leur laisser la possibilité de déposer une demande d’asile n’a pas été partout aussi clairement assumé qu’en Hongrie mais la Grèce, la Croatie, l’Italie ou la Slovénie, notamment, ont été mises an cause pour s’être livrées, elles aussi, à cette pratique illégale. Un « Livre noir », épais de 1 500 pages et présenté récemment par un réseau d’ONG, a recensé pas moins de 900 cas de ce type, concernant près de 13 000 personnes.

Expulsions inhumaines

Depuis une loi adoptée en 2016, la Hongrie considère, elle, que tous les migrants arrivant sur son sol peuvent être immédiatement renvoyés vers la Serbie voisine. Lorsqu’ils sont arrêtés, après avoir réussi à franchir la clôture que M. Orban a fait construire tout le long de la frontière, ou même à Budapest, les migrants se voient systématiquement refuser de déposer une demande d’asile et sont expulsés sans autre forme de procès, dans des conditions parfois inhumaines.

Présents à la frontière hongroise depuis 2015, les agents de Frontex ont participé à cette politique, malgré les critiques des organisations non gouvernementales. « La Hongrie est le seul pays à avoir légalisé les “pushbacks” ou à les pratiquer aussi ouvertement. La police hongroise publie même des chiffres tous les jours sur le nombre de personnes renvoyées en Serbie », dénonce Andras Lederer, du Comité Helsinki hongrois, une ONG spécialisée dans l’aide aux migrants. Il estime que la Hongrie a pratiqué 50 000 refoulements depuis 2016. A l’issue d’une longue bataille juridique, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé, le 17 décembre 2020, que les pratiques hongroises enfreignent les directives régissant le droit d’asile.

Malgré cet arrêt, le gouvernement de Budapest a refusé de modifier sa législation et d’adapter ses pratiques. « La Hongrie ne va pas céder devant la pression des forces pro-immigration », affirmait encore le porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, jeudi 28 janvier. « Bruxelles veut nous prendre le peu d’aide qu’on avait », a-t-il ajouté en réaction au retrait de Frontex, devenu inéluctable après l’arrêt de la Cour de Luxembourg. Pour M. Lederer, ce retrait est en revanche « bienvenu ». « La Hongrie ne pourra plus se cacher derrière la présence de Frontex pour continuer cette pratique. »

Violences aux frontières de l’Union

Avec un contingent censé atteindre 10 000 hommes, un budget pluriannuel passé à 5,6 milliards d’euros et son rôle de gardienne stricte des frontières, l’agence dirigée par M. Leggeri est l’un des pièces essentielles de la politique migratoire de l’UE et du « pacte » proposé en 2020 pour la Commission. Sa mise en cause, alors même qu’elle est loin de tourner à plein régime, est de mauvais augure.

Jeudi 28 janvier, alors que les vingt-sept ministres de l’intérieur, réunis en visioconférence, évoquaient – en présence du directeur de Frontex – le dossier de la migration, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés évoquait un droit d’asile « menacé » en Europe et disait recevoir « de nombreux rapports » sur les violences exercées aux frontières de l’Union.

D’où l’attention toute particulière que porte la commissaire aux affaires intérieures, Ylva Johansson, au dossier des « pushbacks ». La responsable suédoise se satisfait-elle des explications de la direction de Frontex, dont le conseil d’administration affirmait, le 21 janvier, qu’il n’avait pas trouvé de preuves de violations des droits de l’homme dans les cas qu’il a examinés ? « Sur la base des informations fournies », il n’aurait « pu établir de preuves ». Il a toutefois précisé que ses conclusions ne concernaient que certains incidents en Grèce et que des clarifications étaient nécessaires. Frontex n’avait, en tout cas, pas fourni à temps des informations sur certains « incidents ». M. Leggeri maintiendrait que cinq cas sont « en discussion ».

Jeudi, devant les ministres, Mme Johansson a réclamé « toutes les analyses nécessaires » pour, dit-elle, rétablir la confiance dans l’agence. Elle a aussi évoqué un projet de réforme, incluant la nomination de trois sous-directeurs et la mise en place – enfin – d’un système de surveillance des droits humains.

Le débat « recule »

Au-delà du sort de Frontex, la question est celle de savoir si une définition d’une véritable politique migratoire européenne, avec une refonte des règles de l’asile et une solidarité accrue entre les pays, a une chance de se réaliser. Confirmant que le débat sur le « pacte » élaboré par la Commission « n’a pas beaucoup avancé », le secrétaire d’Etat belge à la migration, Sammy Mahdi, déclarait, jeudi au quotidien La Libre Belgique qu’il fallait le rendre « rationnel ». Pour sortir le débat de l’ornière, pour vérifier que la proposition de la Commission est opérationnelle et, enfin, pour que chacun annonce vraiment ses intentions, M. Mahdi propose « une simulation » : sur la base des chiffres de l’année 2019, chaque pays indiquerait ce qu’il pourrait accomplir en termes d’accueil, de solidarité, de financement des infrastructures d’accueil aux frontières, etc.

Un communiqué du secrétaire d’Etat évoquait une possible évolution de la Hongrie et de ses partenaires du Groupe de Visegrad, à condition que soit satisfaite leur revendication (très floue) d’une solidarité « flexible ».

Un participant à la réunion de jeudi faisait preuve de moins de conviction : « Faire avancer le débat ? Mais il recule ! ». Vétéran des conseils européens sur la migration, le ministre luxembourgeois Jean Asselborn n’est pas loin de confirmer : « Nous sommes sans doute tous d’accord sur les contrôles aux frontières extérieures ou sur les retours. Mais pas sur la manière de respecter les droits humains des demandeurs d’asile, sur les relocalisations obligatoires ou sur l’impératif de solidarité. » Les Etats prêts à respecter ces principes se compteraient, en effet, désormais sur les doigts d’une main.

TRIBUNE du Monde – 28-01-2021 « A la frontière franco-italienne, l’Etat commet des violations quotidiennes des droits humains »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/28/a-la-frontiere-franco-italienne-l-etat-commet-des-violations-quotidiennes-des-droits-humains_6067856_3232.html

« A la frontière franco-italienne, l’Etat commet des violations quotidiennes des droits humains »

Didier Fassin, anthropologue et Alfred Spira, médecin

Publié le 28 janvier 2021

Au nom de la lutte contre l’immigration irrégulière, la militarisation de la montagne n’est qu’un geste vain de l’Etat, alertent l’anthropologue Didier Fassin et le médecin Alfred Spira.

Tribune. Toutes les nuits, dans les Hautes-Alpes, au col de Montgenèvre, des hommes, des femmes et des enfants en provenance du Moyen-Orient, d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb tentent de passer à pied d’Italie en France, dans la neige et le froid. Toutes les nuits, puissamment équipés, des agents de la police aux frontières et des gendarmes dépêchés sur place s’efforcent de les en empêcher et de les reconduire de l’autre côté de la frontière. Toutes les nuits, des bénévoles font des maraudes pour porter assistance à ceux qui, une fois sur le territoire français, essaient d’échapper à leur arrestation.

Cette étrange dramaturgie se reproduit depuis quatre ans, et, si les hivers sont particulièrement dangereux, certains des accidents les plus tragiques se sont produits en été : il n’est pas de période sûre pour les exilés qui se perdent ou se blessent dans cette voie par laquelle ils espèrent obtenir la protection de la France ou poursuivre plus loin leur périple. Ajoutons à ce tableau la présence de deux compagnies de policiers et de gendarmes chargés du secours en haute montagne qui, en conformité avec leur noble mission, sont parfois paradoxalement conduits à intervenir pour aider des exilés qui fuient leurs collègues.

Leur action se fait au nom du contrôle de l’immigration, et le président de la République a récemment ordonné un doublement des forces de l’ordre qui gardent les frontières.

Mais cette impressionnante mobilisation se révèle à la fois disproportionnée et inefficace, comme le reconnaît un haut fonctionnaire préfectoral. Disproportionnée, car elle ne concerne que 2 000 à 3 000 passages par an. Inefficace, car celles et ceux qui sont reconduits retentent inlassablement leur chance jusqu’à ce qu’ils réussissent.

La véritable conséquence du déploiement de ce dispositif est de contraindre les exilés à emprunter des chemins de plus en plus périlleux, sources de chutes, de blessures et de gelures. Plusieurs décès ont été enregistrés, des amputations ont dû être réalisées. La militarisation de la montagne n’est ainsi qu’un geste vain de l’Etat, dont le principal résultat est la mise en danger des exilés, souvent des familles.

« Délit de solidarité »

Geste d’ailleurs d’autant plus vain qu’il est difficile d’imaginer que des personnes qui ont quitté un pays où ils n’étaient pas en sécurité pourraient y retourner. Les uns ont fait des milliers de kilomètres sur la route des Balkans, y ont été enfermés dans des camps infâmes sur des îles grecques ou ont subi les violences des policiers et des miliciens croates.

Les autres ont franchi le Sahara où ils ont été dépouillés de leurs biens par des gangs avant d’arriver en Libye, où ils ont été détenus, torturés et libérés contre rançon, puis de traverser la Méditerranée sur des embarcations précaires et surchargées. Il est difficile d’imaginer que ces exilés puissent renoncer à cet ultime obstacle, fût-il rendu hasardeux par l’action de la police et de la gendarmerie.

C’est pourquoi l’activité des maraudeurs est cruciale. Les premiers d’entre eux, il y a quatre ans, étaient des habitants de la région pour lesquels il était impensable de laisser des personnes mourir en montagne sans assistance. « Pas en notre nom » était leur cri de ralliement et l’intitulé de leur association, qui est devenue un peu plus tard Tous Migrants, récompensée en 2019 par un prix des droits de l’homme remis par la garde des sceaux. Très vite, ils ont été rejoints par des bénévoles venus de toute la France et même de plus loin, certains étant des professionnels de santé intervenant au nom de Médecins du monde.

Ces maraudeurs qui essaient de mettre à l’abri les exilés ayant franchi la frontière dans des conditions extrêmes ont à leur tour été réprimés. Bien que censuré par le Conseil constitutionnel en 2018, au nom du principe supérieur de fraternité, le « délit de solidarité » continue à donner lieu à des interpellations et parfois à des poursuites.

Nous avons nous-mêmes récemment été, en tant que médecins, les témoins de ces pratiques. L’un de nous a fait l’objet, avec son accompagnateur, d’un long contrôle d’identité et de véhicule qui les a empêchés de porter secours, quelques mètres plus loin, à une dizaine de personnes transies, dont une femme âgée qui paraissait présenter des troubles cardiaques. Alors qu’ils insistaient devant le poste de police sur les risques encourus par cette personne et rappelaient la condamnation de la police aux frontières pour refus de laisser les organisations humanitaires pénétrer leurs locaux pour dispenser une assistance médicale et juridique, ils se sont fait vigoureusement éconduire.

Double contradiction

Un autre a pu, quelques jours plus tard, mettre à l’abri deux adultes avec quatre enfants qui venaient de franchir la frontière par − 15 °C ; il s’est alors rendu compte que deux fillettes étaient sans leurs parents qui avaient, eux, été interpellés ; revenu au poste-frontière pour solliciter la libération du père et de la mère au nom de l’intérêt supérieur des enfants de ne pas être séparés de leur famille, il n’a obtenu celle-ci qu’au prix d’une audition par un officier de police judiciaire, après avoir été fallacieusement accusé d’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire, délit puni de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Dans les jours qui ont suivi ces deux épisodes, tous les maraudeurs ont fait l’objet d’un harcèlement non justifié des forces de l’ordre, avec jusqu’à six contrôles et trois contraventions par personne certains soirs.

Tous les policiers et les gendarmes n’adhèrent pas à ces pratiques. Certains vont jusqu’à féliciter les maraudeurs pour leurs actions. Ils sont d’autant plus légitimes à le faire qu’au nom de la lutte contre l’immigration irrégulière le gouvernement viole les droits humains, lorsque ses agents insultent, volent et frappent des exilés, comme des décisions judiciaires l’ont établi, et qu’il enfreint la législation lorsque les exilés ne sont pas autorisés à demander l’asile à la frontière. Parfois, les mineurs non accompagnés se voient refoulés, ce que condamne la justice.

On aboutit à cette double contradiction : garant de la loi, l’Etat y contrevient au moment même où il sanctionne celles et ceux venus lui demander sa protection ; promoteur des valeurs de la République, il punit celles et ceux qui se réclament de la fraternité. Ces violations des droits humains et ces infractions à la législation contribuent à la crise humanitaire, sécuritaire et sanitaire, contre laquelle le devoir éthique de tout citoyen est d’agir, comme nous le faisons, pacifiquement et dans le strict respect de la loi.

Didier Fassin est professeur à l’Institut d’études avancées de Princeton et titulaire de la chaire annuelle « santé publique » au Collège de France ; Alfred Spira est professeur honoraire de santé publique à la faculté de médecine de Paris-Saclay et membre de l’Académie nationale de médecine. Tous deux sont occasionnellement maraudeurs bénévoles pour l’association Médecins du monde.

 

Malgré une formation diplômante, la difficile obtention d’un titre de séjour à 18 ans pour les mineurs non accompagnés

 

La récente grève de la faim d’un boulanger à Besançon, afin d’obtenir la régularisation de son apprenti guinéen, met en lumière les difficultés que rencontrent nombre de jeunes migrants.

Par Juliette Bénézit

Publié le 23 janvier dans LE MONDE

Ousmane, apprenti cuisinier malien de 20 ans, dans le restaurant qui l’emploie, dans le Calvados, le 19 janvier. BENJAMIN CARROT POUR « LE MONDE »

L’histoire est celle d’un patron au grand cœur, Stéphane Ravacley, un boulanger de 50 ans qui a entamé une grève de la faim pour voir son apprenti guinéen, Laye Fodé Traoré, obtenir un titre de séjour. L’histoire est aussi celle d’une mobilisation inédite d’élus locaux, nationaux, européens, de personnalités, de citoyens et de médias, pour que ce jeune de 18 ans, menacé d’expulsion alors qu’il suit avec succès une formation en France, puisse rester sur le territoire. L’histoire, enfin, a connu un dénouement heureux : le 14 janvier, la préfecture de Haute-Saône a indiqué qu’il pourrait être admis au séjour après « l’examen de nouvelles pièces apportées à son dossier ». Stéphane Ravacley a perdu huit kilos, a fait un tour aux urgences, mais qu’importe : son apprenti est de retour derrière les fourneaux, dans sa boulangerie de Besançon, depuis le 19 janvier.

Dans l’ombre, depuis plusieurs années, des centaines de jeunes étrangers sont confrontés à une situation similaire. M. Ravacley a d’ailleurs créé une page Facebook, « Patrons solidaires », pour tous les cas semblables à celui de son apprenti. « La situation [de Laye Fodé Traoré] n’est absolument pas isolée, c’est partout sur le territoire », avance Violaine Husson, de l’association de soutien aux migrants La Cimade.

De leur arrivée en France et en principe jusqu’à leur majorité, ces mineurs non accompagnés sont pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), un service géré par les départements. Ces dernières années, leur nombre a augmenté de façon exponentielle. Au 31 décembre 2019, l’Assemblée des départements de France recensait 40 000 mineurs non accompagnés pris en charge par l’ASE. Ils étaient quelques milliers au début des années 2010.

Dans ce cadre, ils entament très souvent une formation, majoritairement dans les filières manuelles. L’année de leurs 18 ans, ils doivent déposer un dossier en préfecture pour se voir délivrer un titre de séjour. Les jeunes pris en charge par l’ASE avant 16 ans peuvent bénéficier d’une carte dite « vie privée et familiale », octroyée de plein droit si plusieurs critères sont remplis. La situation est plus incertaine pour les jeunes pris en charge par l’ASE après 16 ans. Eux dépendent de la procédure dite de l’« admission exceptionnelle au séjour », soumise à une plus large interprétation des préfectures.

« Si on n’a pas ces jeunes, on fait quoi ? »

Plusieurs motifs peuvent justifier un refus. Parmi eux : une fraude qui démontrerait l’absence de minorité du jeune lors de sa prise en charge, la commission d’actes délictueux, des liens persistants avec la famille au pays, des actes d’état civil jugés non authentiques, une formation qui ne serait pas réellement suivie… Moult décisions de refus de titre de séjour sont contestés par les associations, qui dénoncent leur caractère « arbitraire » et évoquent une « pluie d’obligations de quitter le territoire », selon les mots de Violaine Husson. Parmi les situations récurrentes, les spécialistes notent une « remise en cause fréquente des documents d’état civil, par exemple guinéens et ivoiriens. Les autorités vont dire qu’ils sont faux alors que les pays ont validé ces documents », rapporte Clément Cavelier, avocat au barreau de Caen et spécialiste du droit des étrangers.

La mobilisation de Stéphane Ravacley a mis en lumière une situation que connaissent de nombreux patrons. A Beuvron-en-Auge, un village du Calvados, le maire, Jérôme Bansard, possède deux restaurants, dont un étoilé au guide Michelin. Depuis des années, il travaille avec des jeunes migrants « très motivés » qu’il forme en apprentissage. « En France, il y a une pénurie de main-d’œuvre pour tous les métiers manuels. J’ai déjà reçu des élèves du coin mais ils ne restent jamais longtemps. Donc si on n’a pas ces jeunes, on fait quoi ? », interroge-t-il.

A Lisieux (Calvados), Alexandre Bezault dresse le même constat. En septembre 2018, il avait accueilli Azim (les prénoms ont été modifiés), un Albanais alors âgé de 17 ans, dans son entreprise d’agencement pour deux ans de contrat d’apprentissage en ébénisterie. Il raconte : « En trois semaines, il a mis tout le monde d’accord. A la fin de sa formation, j’étais prêt à l’embaucher. » En réponse à sa demande de titre de séjour, Azim a reçu une obligation de quitter le territoire, la préfecture estimant qu’il avait toujours des liens avec sa famille en Albanie. Son patron, lui, a dû renoncer à l’embaucher. « Le but d’un apprentissage, c’est de former les jeunes pour les garder ensuite. Sinon, ça n’a aucun intérêt », déplore-t-il. Avec un CAP validé à plus de 14 de moyenne, Azim est aujourd’hui en situation irrégulière et vit sur les économies qui lui restent.

« Perdre pied »

Les refus de titre de séjour laissent les jeunes désabusés. Ousmane, un apprenti cuisinier malien de 20 ans, a le sentiment « d’avoir fait tout ce qui était demandé » : apprendre le français, suivre assidûment son CAP de cuisine dans le Calvados… « Quand j’allais en cours, je me levais à 4 heures du matin pour ne jamais être en retard », insiste-t-il. Il poursuit aujourd’hui sa formation en apprentissage dans un restaurant normand. Lui aussi a reçu une obligation de quitter le territoire. « Je ne comprends pas, répète-t-il. On nous aide au départ et ensuite plus rien. C’est comme si on nous faisait monter en haut d’un arbre, et une fois qu’on y est, on le coupe. »

Les jeunes peuvent contester leur obligation de quitter le territoire devant les juridictions administratives. Dans l’attente, certains se noient dans un désespoir sans fin. Psychologiquement, il arrive qu’ils « vrillent », observe Thierry Choubrac, responsable de mission pour Médecins du monde et pédopsychiatre : « Ce ne sont pas des jeunes qui sont structurellement psychotiques mais ils subissent de telles pressions qu’ils peuvent perdre pied. »

C’est le cas d’Abdul, un Sierra-Léonais de 21 ans. Après avoir suivi une formation en hôtellerie-restauration, il a reçu cette même obligation de quitter le territoire en 2018. « Je me suis retrouvé à la rue, sans rien, sauf mon diplôme », explique-t-il. Emu, il livre : « J’étais mélangé dans ma tête. J’avais beaucoup de stress et d’angoisses. C’était très dur, il fallait trouver à manger, une place où dormir. » Après plusieurs épisodes de violence, il a été placé en détention puis hospitalisé en psychiatrie. « Je ne veux pas devenir un soûlard, sans occupation, sans responsabilité », dit-il. Il est en ce moment pris en charge par le Samusocial et attend la décision d’une ultime tentative de régularisation.

« C’est comme si on nous faisait monter en haut d’un arbre, et une fois qu’on y est, on le coupe. » Ousmane, dans le restaurant qui l’emploie, le 19 janvier. BENJAMIN CARROT POUR « LE MONDE »

« J’ai perdu des amis »

Les refus de titre de séjour sont d’autant plus compliqués à digérer qu’ils interviennent à un moment « où les jeunes commençaient à se stabiliser », explique Géraldine Bidel, intervenante sociale à Lisieux. Depuis plusieurs années, ils « accumulent les psychotraumatismes », rapporte Thierry Choubrac. Pour expliquer leur venue en Europe, beaucoup évoquent la perte d’un parent, une situation familiale impossible, une vie à la rue. Avant d’arriver, ils sont souvent passés par la Libye avant de traverser la Méditerranée. Moussa, un Malien de 20 ans, apprenti cuisinier, raconte, la voix tremblante : « On était beaucoup sur le bateau, moi je n’ai pas coulé mais j’ai perdu des amis. » L’obtention de ses papiers à 18 ans devait lui permettre d’aller de l’avant. L’obligation de quitter le territoire qu’il a reçu lui a « donné envie de se suicider ».

Après 18 ans, certains jeunes peuvent bénéficier d’un contrat dit « jeune majeur », par lequel un département décide de prolonger la prise en charge jusqu’à 21 ans. Les autres se débrouillent pour se loger, via leur établissement scolaire, des associations ou le 115, et pour se nourrir. Des patrons font le choix de les garder malgré leur situation irrégulière. Certains poursuivent leurs études en dépit des nuits blanches et des difficultés de concentration.

Au ministère de l’intérieur, on insiste sur une circulaire envoyée par Gérald Darmanin aux préfets, le 21 septembre 2020, visant à « généraliser l’examen anticipé du droit au séjour des mineurs étrangers confiés à l’ASE de manière à éviter des ruptures de droits à leur majorité alors qu’ils sont engagés dans un parcours professionnalisant ».

Les mesures d’éloignement sont loin d’être toujours effectives. Ces dernières années, le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire oscille entre 10 et 20 %. Dans le Calvados, le département et l’Office français de l’immigration et de l’intégration ont lancé, en début de semaine, une expérimentation permettant d’accompagner la réinsertion dans le pays d’origine. Azim résume le sentiment de beaucoup de jeunes dans sa situation : « Je suis prêt à tout plutôt que repartir. »

Juliette Bénézit

 

Réinsérer les réfugiés par la cuisine : l’étonnante école des Cuistots migrateurs

https://www.telerama.fr/debats-reportages/reinserer-les-refugies-par-la-cuisine-letonnante-ecole-des-cuistots-migrateurs-6791322.php

Réinsérer les réfugiés par la cuisine : l’étonnante école des Cuistots migrateurs

Virginie Félix – Photos, Léa Crespi

Publié le 04/01/21  dans Télérama

« Nous nous sommes inspirés de l’école créée par Thierry Marx pour réinsérer des personnes éloignées du marché du travail. » Imaad Ali, responsable pédagogique. Léa Crespi pour Télérama

« Nous nous sommes inspirés de l’école créée par Thierry Marx pour réinsérer des personnes éloignées du marché du travail. » Imaad Ali, responsable pédagogique.

Ils sont Soudanais, Afghans, Ougandais ou Libyens. Tous font partie de la première promotion d’une formation culinaire gratuite ouverte à Paris par Les Cuistots migrateurs. Un traiteur solidaire qui aide les réfugiés à s’insérer. Et espère former en 2021 une centaine d’élèves.

Sur le mur blanc, les Post-it s’éparpillent façon puzzle. « Le navet » côtoie « le poulet », « le saumon » fraye avec « le piment », « la mandoline » voisine avec « la marmite ». Et une poignée de verbes colorés — habiller, attendrir, pocher, barder… — rappelle la poésie du lexique culinaire. Dans une salle de classe du quartier du Père-Lachaise, à Paris, le français s’enseigne à la façon Top chef, et les élèves ont tous dépassé l’âge de la cour de récré. Ce vendredi après-midi, ils sont neuf, trois femmes et six hommes, âgés de 26 à 46 ans, assis autour d’une table en U, qui apprivoisent les sonorités coriaces de « la louche » ou de « l’eau chaude », et s’approprient la langue de Bocuse à coups de vidéos mettant en scène des pros des fourneaux. Dans quelques jours, ils enfileront eux aussi toque et tablier blanc pour apprendre à tailler, émincer, désosser, rôtir. En attendant, Gonpotso, Kunchok, Tahsi, Ali, Hiba, Dogolou, Victoria, Qdarkhan et Lobsang collent studieusement sur le mur leurs petits papiers griffonnés de « spatule » ou de « fouet ». Ces aspirants marmitons viennent du Soudan, d’Afghanistan, d’Ouganda, du Mali, du Tibet ou de Libye, et constituent la promotion pilote d’une école sans équivalent. La première à offrir à des réfugiés une formation culinaire gratuite et qualifiante, qui devrait leur permettre, fin avril, de décrocher le certificat professionnel de commis de cuisine.

L’idée, aussi évidente qu’ambitieuse, a mûri dans la tête de Sébastien Prunier et Louis Jacquot, deux trentenaires qui ont plaqué leur job dans le marketing et la finance pour créer il y a six ans Les Cuistots migrateurs : un traiteur solidaire dont les plats sont mitonnés par des réfugiés venus d’un peu partout dans le monde. Des amateurs, pour la plupart, formés sur le tas, qui concoctent houmous, sfihas (petits pains syriens chauds fourrés à l’agneau et aux épices) ou mantis (des raviolis tchétchènes) pour des buffets d’entreprise ou des soirées événementielles. Faire de la cuisine un outil d’insertion mais aussi d’ouverture aux autres cultures, et transformer le regard sur les migrants, voilà le projet de ces deux baroudeurs, amateurs de voyages et de plats sans frontières. Fin 2019, l’aventure s’est enrichie avec l’ouverture d’un restaurant dans le 11e arrondissement de Paris. Entreprise de l’économie sociale et solidaire, Les Cuistots migrateurs compte aujourd’hui une trentaine de salariés, dont treize réfugiés, tous en CDI. Elle produisait quelque deux cents repas par jour avant que le Covid ne vienne jouer les trouble-fête. « Nous avions envie d’aller plus loin et d’avoir plus d’impact, raconte Sébastien Prunier. Malgré notre activité de traiteur et notre restaurant, nous sommes limités dans la création d’emplois. Ouvrir cette école est un moyen d’accroître le nombre de personnes que nous pouvons aider dans leur insertion sociale. Et de construire une passerelle entre ces migrants et le monde de la restauration qui a un besoin chronique de main-d’œuvre. »

Cours de cuisine de Fabrice Corbonnois et Andy Fernandez à l’Institut culinaire de Paris, qui accueille les premiers stagiaires de l’école des Cuistots migrateurs.
Cours de cuisine de Fabrice Corbonnois et Andy Fernandez à l’Institut culinaire de Paris, qui accueille les premiers stagiaires de l’école des Cuistots migrateurs.

“ La cuisine est un des premiers débouchés pour les migrants. Mais trop souvent, quand ils trouvent un travail, c’est à la plonge ou dans des postes où ils sont exploités.” Sébastien Prunier, l’un des fondateurs des Cuistots migrateurs

Avant la crise sanitaire, cent mille emplois étaient en effet à pourvoir dans le secteur. « La cuisine est, avec le BTP, un des premiers débouchés pour les migrants. Mais trop souvent, quand ils trouvent un travail, c’est à la plonge ou dans des postes où ils sont exploités sans perspective d’évolution », explique le chef d’entreprise, en soulignant la difficulté d’accès à l’emploi pour les étrangers non originaires de l’Union européenne. En 2018, le taux de chômage était de 22 % dans cette catégorie de la population, contre 8 % pour les personnes de nationalité française, selon les chiffres de l’Insee. « Le secteur est en perpétuel recrutement, la restauration collective emploie énormément de monde. Mais il est difficile de mettre la main sur du personnel qualifié », observe Fabrice Corbonnois, le chef formateur qui sera chargé de transmettre aux futurs commis les bases du métier. « Si vous n’avez pas la technique, il sera compliqué de grimper les échelons, vous resterez un exécutant. »

L’objectif de cette formation intensive de quatre mois combinant apprentissage du français et découverte pratique du métier est donc de permettre aux réfugiés statutaires d’obtenir un diplôme reconnu par la profession. Elle se terminera par un stage de trois semaines, au printemps. Et idéalement par une embauche. Une douzaine de restaurants se seraient déjà portés volontaires pour accueillir les étudiants de la première promo. Ce mercredi gris de décembre marque la rentrée pour les neuf élèves que l’on retrouve dans le hall de l’Institut culinaire de Paris, un centre de formation professionnelle situé dans le 11e arrondissement. Les stagiaires sont accueillis là en attendant que Les Cuistots migrateurs déniche les locaux de leurs rêves pour abriter leur école. Derrière les masques, les élèves intimidés font la connaissance de l’équipe qui va veiller sur leur avenir professionnel : responsable pédagogique, profs de français, mais aussi formateurs chargés de les sensibiliser à l’agriculture responsable ou à la gestion de conflit. « Dans les cuisines, il y a parfois beaucoup de stress, de pression, il arrive qu’on se parle mal. Il faut apprendre à mieux gérer ça », détaille Kiran Dihan, qui animera l’atelier. Deux psys, habituées à intervenir dans des camps de réfugiés ou auprès de demandeurs d’asile, sont présentes pour accompagner ces femmes et ces hommes au parcours souvent douloureux, dont les traumas peuvent rejaillir « au détour d’une recette, d’un goût évocateurs de souvenirs… »

Une campagne de financement participatif efficace

La première photo de classe, dans le décor tout en inox de la cuisine d’application, vient briser la glace entre les étudiants. Là, dans quelques jours, ils apprendront l’épluchage et le taillage des légumes, les fonds de sauce, les cuissons rôtie ou braisée, et la centaine de techniques qu’ils auront à maîtriser pour l’examen. Pour l’heure, le ton est à la bienveillance et aux encouragements : « Nous avons reçu plus de cent candidatures. Vous avez été choisis parce que vous étiez les plus motivés. Bravo d’être là ! Je vous souhaite une belle réussite, je suis sûre que vous allez y arriver ! » s’enthousiasme Fatem Zahra Berrada, une des responsables de l’école, en expliquant qu’elle-même a suivi une formation de cuisine de trois mois, au sein de l’école de Thierry Marx, « une belle aventure ». Positif, Sébastien Prunier détaille aux élèves la chaîne de solidarité qui a entouré le projet. « Plus de mille citoyens se sont manifestés pour nous soutenir financièrement et nous avons déjà récolté plus de 85 000 euros. Il y a une grande envie de vous aider et de vous emmener vers ce diplôme. » Lancée début novembre, la campagne de crowdfunding menée sur la plate-forme Ulule aura permis de rassembler 103 632 euros. Joli succès d’un financement participatif auquel s’ajoutent une dotation conséquente du ministère du Travail et le soutien de fondations d’entreprise (Carrefour, Société générale, ERDF, Veolia…), qui ont permis de boucler le tour de table. Le budget de l’école s’élève à 2 millions d’euros sur trois ans. « La formation d’un élève coûte 10 000 euros, notre souhait est que le financement citoyen contribue à hauteur de 1 000 euros », explique Sébastien Prunier, insistant sur l’importance d’impliquer la « société civile » dans l’aventure. De la même manière, chaque élève peut compter sur un parrain ou une marraine, un « monsieur ou madame tout-le-monde bénévole », qu’il rencontrera deux fois par mois pour une balade dans Paris, un ciné ou un café — quand le contexte sanitaire le permettra…

Les Cuistots migrateurs espère former une centaine d’élèves en 2021, et ouvrir un deuxième cursus « service en restauration et sommellerie », suivi, pourquoi pas, d’un autre en boulangerie-pâtisserie. « Nous nous sommes beaucoup inspirés de Cuisine mode d’emploi(s), l’école créée par Thierry Marx pour réinsérer des personnes éloignées du marché du travail. Un modèle de formation intensive et qualifiante que nous adaptons pour des réfugiés. L’école nous a d’ailleurs ouvert ses portes et donné des conseils », explique Imaad Ali, le responsable pédagogique.

“Mettre en valeur le capital culinaire de chacun, à travers des recettes qui font écho aux souvenirs, aux lieux qui influencent la manière de cuisiner. ” Imaad Ali, responsable pédagogique.  

“Mettre en valeur le capital culinaire de chacun, à travers des recettes qui font écho aux souvenirs, aux lieux qui influencent la manière de cuisiner. ” Imaad Ali, responsable pédagogique.

Parmi les quatre-vingts recettes que les élèves apprendront à maîtriser, une vingtaine sont issues des cuisines du monde. « Même s’il y a un cadre de référence avec des incontournables — monter une mayonnaise, émincer une brunoise ou une mirepoix, réaliser un beurre blanc —, on peut y insérer une ouverture aux goûts d’ailleurs, souligne Fabrice Corbonnois. La technique de la tortilla, un appareil à œuf saisi à la poêle puis cuit au four, sera par exemple enseignée à travers une recette iranienne, le coucou sabzi. » Imaad Ali insiste : « Un des éléments importants de cette formation est de mettre en valeur le capital culinaire de chacun, à travers des recettes qui font écho aux souvenirs, aux lieux qui influencent la manière de cuisiner. » Un creuset prometteur qui permettra peut-être un jour d’accrocher le portrait de Gonpotso, Kunchok, Tahsi, Ali, Hiba, Dogolou, Victoria, Qdarkhan ou Lobsang au mur des célébrités de l’Institut culinaire de Paris. Et d’ajouter une touche de diversité aux photos de Pierre Gagnaire, Alain Passard et de la brochette d’étoilés blancs comme leur tablier.

Modèle de lettre au maire de Grande-Synthe

Monsieur Martial Beyaert, maire de la commune de Grande-Synthe
Mairie de Grande-Synthe
Place François Mitterrand
BP 149
59792 Grande-Synthe Cedex

 

A Dunkerque, le …. janvier 2021

Objet : dispositifs de mise à l’abri pour la période hivernale dans le dunkerquois

Copies à Messieurs le préfet du Nord, le sous-préfet de Dunkerque, le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD)

Monsieur le Maire de Grande-Synthe,

Je vous demande d’ouvrir, en urgence, un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte.

Les associations venant en aide aux personnes exilées à Grande-Synthe constatent quotidiennement dinnombrables témoignages dhommes, de femmes et denfants épuisés physiquement et mentalement par les conditions hivernales (froid, pluie, humidité, vent etc.). Celles-ci rendent insoutenables les conditions de survie inhumaines que ces personnes sans abri subissaient débien avant l’hiver.

Depuis le 1er novembre, date du début de la trêve hivernale, les associations non mandatées par l’État ont accompagné :

  • 652 hommes seuls ; 
  • 101 familles, équivalent à 282 personnes ;
  • 95 femmes, dont 33 femmes seules (dont 11 mères seules), et 7 femmes enceintes ;
  • 127 enfants, dont 107 de moins de 12 ans, 39 de moins de 5 ans et 19 de moins de 3 ans ;
  • 173 mineurs isolés. 

Linstruction interministérielle en date du 3 novembre 2020 concernant la prise en charge des populations précaires pendant la crise sanitaire vous enjoint d’ouvrir : « autant de places que nécessaires en vous fondant sur les demandes non pourvues de SIAO-115 et les données remontées par les maraudes. Lobjectif est quune solution soit proposée à chacun afin d’éviter la présence de personnes à la rue ».

Conformément, au rapport de lIGPN/IGA de 2017, il y a trois ans de cela : « La réduction de la tension sur place passe enfin par une amélioration de la situation humanitaire des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l’approche de l’hiver, et facteur dagressivité. La mission estime que la lutte contre l’immigration clandestine et la réapparition de camps est compatible avec des mesures destinées à garantir le respect de la personne et sa dignité ».

Dans ce même rapport, l’IGPN/IGA invitait les autorités à abriter les personnes sans abri en cas de froid et de forte pluie : « Il convient également, à l’approche de l’hiver, de prévoir un dispositif provisoire d’hébergement à actionner, en cas de grand froid ou de pluies intenses, pour ceux qui persisteraient à refuser d’aller dans une structure daccueil. A défaut, la situation de ces migrants, en situation d’extrême précarité, pourrait devenir dramatique et placer l’État et les forces de l’ordre présentes sur place dans une situation risquée, tant sur le plan humanitaire que de la sécurité des personnes ».

Plus encore en cette période hivernale, les mineur.e.s isolé.e.s etranger.e.s dans leur totalité, doivent être systématiquement hébergé.e.s au sein de dispositifs d’accueil d’urgence. Conformément à la protection temporaire prévue par l’article L 223-2 du CASF, un double principe de présomption de minorité et de danger doit prévaloir dans l’attente d’investigations ultérieures.

Or, les associations sur place ont pu constater que les dispositifs de mise à l’abri existants, loin de Grande-Synthe, ne suffisent pas à répondre à cette urgence et comptabilisent depuis le 1er novembre 2020, à minima 203 demandes de mises à l’abri refusées par manque de place au 115 pour des hommes seuls adultes.

Le Défenseur Des Droits rappelait, il y a deux ans dé, en décembre 2018 que « la politique du gouvernement ne doit pas empêcher laccueil digne ». Seule la mise en place d’un dispositif de mise à l’abri adapté, de façon pérenne et ouvert à tous de manière inconditionnelle peut permettre de garantir un minimum de respect de la dignité humaine.

Compte tenu de tout ce qui précède et afin que les demandes ministérielles soient respectées, je vous demande de permettre la mise à l’abri des personnes exilées durant toute la période hivernale.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le maire de Grande-Synthe, l’expression de mes salutations respectueuses.

Modèle de lettre CUD

M. Patrice Vergriete, président de la Communauté urbaine de Dunkerque
Communauté urbaine de Dunkerque
Pertuis de la marine
59140 Dunkerque

A Dunkerque, le …. janvier 2021.

Objet : dispositifs de mise à l’abri pour la période hivernale dans le dunkerquois

Copies à Messieurs le préfet du Nord, le sous-préfet de Dunkerque, le Maire de la commune de Grande-Synthe

Monsieur le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque,

Je vous demande d’ouvrir, en urgence, un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte.

Les associations venant en aide aux personnes exilées à Grande-Synthe constatent quotidiennement dinnombrables témoignages dhommes, de femmes et denfants épuisés physiquement et mentalement par les conditions hivernales (froid, pluie, humidité, vent etc.). Celles-ci rendent insoutenables les conditions de survie inhumaines que ces personnes sans abri subissaient débien avant l’hiver.

Depuis le 1er novembre, date du début de la trêve hivernale, les associations non mandatées par l’État ont accompagné :

  • 652 hommes seuls ;
  • 101 familles, équivalent à 282 personnes ;
  • 95 femmes, dont 33 femmes seules (dont 11 mères seules), et 7 femmes enceintes
  • 127 enfants, dont 107 de moins de 12 ans, 39 de moins de 5 ans et 19 de moins de 3 ans ;
  • 173 mineurs isolés.

Linstruction interministérielle en date du 3 novembre 2020 concernant la prise en charge des populations précaires pendant la crise sanitaire vous enjoint d’ouvrir : « autant de places que nécessaires en vous fondant sur les demandes non pourvues de SIAO-115 et les données remontées par les maraudes. Lobjectif est quune solution soit proposée à chacun afin d’éviter la présence de personnes à la rue ».

Conformément, au rapport de lIGPN/IGA de 2017, il y a trois ans de cela : « La réduction de la tension sur place passe enfin par une amélioration de la situation humanitaire des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l’approche de l’hiver, et facteur dagressivité. La mission estime que la lutte contre l’immigration clandestine et la réapparition de camps est compatible avec des mesures destinées à garantir le respect de la personne et sa dignité ».

Dans ce même rapport, l’IGPN/IGA invitait les autorités à abriter les personnes sans abri en cas de froid et de forte pluie : « Il convient également, à l’approche de l’hiver, de prévoir un dispositif provisoire d’hébergement à actionner, en cas de grand froid ou de pluies intenses, pour ceux qui persisteraient à refuser d’aller dans une structure daccueil. A défaut, la situation de ces migrants, en situation d’extrême précarité, pourrait devenir dramatique et placer l’État et les forces de l’ordre présentes sur place dans une situation risquée, tant sur le plan humanitaire que de la sécurité des personnes ».

Plus encore en cette période hivernale, les mineur.e.s isolé.e.s étranger.e.s dans leur totalité, doivent être systématiquement hébergé.e.s au sein de dispositifs d’accueil d’urgence. Conformément à la protection temporaire prévue par l’article L 223-2 du CASF, un double principe de présomption de minorité et de danger doit prévaloir dans l’attente d’investigations ultérieures.

Or, les associations sur place ont pu constater que les dispositifs de mise à l’abri existants, loin de Grande-Synthe, ne suffisent pas à répondre à cette urgence et comptabilisent depuis le 1er novembre 2020, à minima 203 demandes de mises à l’abri refusées par manque de place au 115 pour des hommes seuls adultes.

Le Défenseur Des Droits rappelait, il y a deux ans dé, en décembre 2018 que « la politique du gouvernement ne doit pas empêcher laccueil digne ». Seule la mise en place d’un dispositif de mise à l’abri adapté, de façon pérenne et ouvert à tous de manière inconditionnelle peut permettre de garantir un minimum de respect de la dignité humaine.

Compte tenu de tout ce qui précède et afin que les demandes ministérielles soient respectées, je vous demande de permettre la mise à l’abri des personnes exilées durant toute la période hivernale.

Je vous prie de vouloir agréer, Monsieur le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque, l’expression de mes salutations respectueuses

Modèle lettre sous-préfecture Dunkerque

M. Hervé Tourmente, sous-préfet de Dunkerque
Préfecture de Dunkerque
27 Rue Thiers
59140 Dunkerque

 

A Dunkerque, le …. janvier 2021

Objet : dispositifs de mise à l’abri pour la période hivernale dans le dunkerquois

Copies à Messieurs le préfet du Nord, le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD), le maire de la commune de Grande-Synthe

Monsieur le sous-préfet de Dunkerque,

Je vous demande d’ouvrir, en urgence, un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte.

Les associations venant en aide aux personnes exilées à Grande-Synthe constatent quotidiennement dinnombrables témoignages dhommes, de femmes et denfants épuisés physiquement et mentalement par les conditions hivernales (froid, pluie, humidité, vent etc.). Celles-ci rendent insoutenables les conditions de survie inhumaines que ces personnes sans abri subissaient débien avant l’hiver.

Depuis le 1er novembre, date du début de la trêve hivernale, les associations non mandatées par l’État ont accompagné :

  • 652 hommes seuls ; 
  • 101 familles, équivalent à 282 personnes ;
  • 95 femmes, dont 33 femmes seules (dont 11 mères seules), et 7 femmes enceintes ;
  • 127 enfants, dont 107 de moins de 12 ans, 39 de moins de 5 ans et 19 de moins de 3 ans ;
  • 173 mineurs isolés. 

Linstruction interministérielle en date du 3 novembre 2020 concernant la prise en charge des populations précaires pendant la crise sanitaire vous enjoint d’ouvrir : « autant de places que nécessaires en vous fondant sur les demandes non pourvues de SIAO-115 et les données remontées par les maraudes. Lobjectif est quune solution soit proposée à chacun afin d’éviter la présence de personnes à la rue ».

Conformément, au rapport de lIGPN/IGA de 2017, il y a trois ans de cela : « La réduction de la tension sur place passe enfin par une amélioration de la situation humanitaire des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l’approche de l’hiver, et facteur dagressivité. La mission estime que la lutte contre l’immigration clandestine et la réapparition de camps est compatible avec des mesures destinées à garantir le respect de la personne et sa dignité ».

Dans ce même rapport, l’IGPN/IGA invitait les autorités à abriter les personnes sans abri en cas de froid et de forte pluie : « Il convient également, à l’approche de l’hiver, de prévoir un dispositif provisoire d’hébergement à actionner, en cas de grand froid ou de pluies intenses, pour ceux qui persisteraient à refuser d’aller dans une structure daccueil. A défaut, la situation de ces migrants, en situation d’extrême précarité, pourrait devenir dramatique et placer l’État et les forces de l’ordre présentes sur place dans une situation risquée, tant sur le plan humanitaire que de la sécurité des personnes ».

Plus encore en cette période hivernale, les mineur.e.s isolé.e.s étranger.e.s dans leur totalité, doivent être systématiquement hébergé.e.s au sein de dispositifs d’accueil d’urgence. Conformément à la protection temporaire prévue par l’article L 223-2 du CASF, un double principe de présomption de minorité et de danger doit prévaloir dans l’attente d’investigations ultérieures.

Or, les associations sur place ont pu constater que les dispositifs de mise à l’abri existants, loin de Grande-Synthe, ne suffisent pas à répondre à cette urgence et comptabilisent depuis le 1er novembre 2020, à minima 203 demandes de mises à l’abri refusées par manque de place au 115 pour des hommes seuls adultes.

Le Défenseur Des Droits rappelait, il y a deux ans dé, en décembre 2018, que « la politique du gouvernement ne doit pas empêcher laccueil digne ». Seule la mise en place d’un dispositif de mise à l’abri adapté, de façon pérenne et ouvert à tous de manière inconditionnelle peut permettre de garantir un minimum de respect de la dignité humaine.

Compte tenu de tout ce qui précède et afin que les demandes ministérielles soient respectées, je vous demande de permettre la mise à l’abri des personnes exilées durant toute la période hivernale.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le sous-préfet, l’expression de mes salutations respectueuses.

Modèle lettre préfecture région Hauts de France

M. Michel Lalande, préfet de région Hauts-de-France
Préfecture du Nord
12, rue Jean sans Peur
CS 20003
59039 Lille Cedex

 

A Dunkerque, le …. janvier 2021

Objet : dispositifs de mise à l’abri pour la période hivernale dans le dunkerquois

Copies à Messieurs le sous-préfet de Dunkerque, le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD), le maire de la commune de Grande-Synthe

Monsieur le préfet de région,

Je vous demande d’ouvrir, en urgence, un dispositif de mise à l’abri pérenne, accessible à tous de manière inconditionnelle, durant toute la période hivernale et disséminé le long de la côte.

Les associations venant en aide aux personnes exilées à Grande-Synthe constatent quotidiennement dinnombrables témoignages dhommes, de femmes et denfants épuisés physiquement et mentalement par les conditions hivernales (froid, pluie, humidité, vent etc.). Celles-ci rendent insoutenables les conditions de survie inhumaines que ces personnes sans abri subissaient débien avant l’hiver.

Depuis le 1er novembre, date du début de la trêve hivernale, les associations non mandatées par l’État ont accompagné :

  • 652 hommes seuls ; 
  • 101 familles, équivalent à 282 personnes ;
  • 95 femmes, dont 33 femmes seules (dont 11 mères seules), et 7 femmes enceintes ;
  • 127 enfants, dont 107 de moins de 12 ans, 39 de moins de 5 ans et 19 de moins de 3 ans ;
  • 173 mineurs isolés. 

Linstruction interministérielle en date du 3 novembre 2020 concernant la prise en charge des populations précaires pendant la crise sanitaire vous enjoint d’ouvrir : « autant de places que nécessaires en vous fondant sur les demandes non pourvues de SIAO-115 et les données remontées par les maraudes. Lobjectif est quune solution soit proposée à chacun afin d’éviter la présence de personnes à la rue ».

Conformément, au rapport de lIGPN/IGA de 2017, il y a trois ans de cela : « La réduction de la tension sur place passe enfin par une amélioration de la situation humanitaire des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l’approche de l’hiver, et facteur dagressivité. La mission estime que la lutte contre l’immigration clandestine et la réapparition de camps est compatible avec des mesures destinées à garantir le respect de la personne et sa dignité ».

Dans ce même rapport, l’IGPN/IGA invitait les autorités à abriter les personnes sans abri en cas de froid et de forte pluie : « Il convient également, à l’approche de l’hiver, de prévoir un dispositif provisoire d’hébergement à actionner, en cas de grand froid ou de pluies intenses, pour ceux qui persisteraient à refuser d’aller dans une structure daccueil. A défaut, la situation de ces migrants, en situation d’extrême précarité, pourrait devenir dramatique et placer l’État et les forces de l’ordre présentes sur place dans une situation risquée, tant sur le plan humanitaire que de la sécurité des personnes ».

Plus encore en cette période hivernale, les mineur.e.s isolé.e.s etranger.e.s dans leur totalité, doivent être systématiquement hébergé.e.s au sein de dispositifs d’accueil d’urgence. Conformément à la protection temporaire prévue par l’article L 223-2 du CASF, un double principe de présomption de minorité et de danger doit prévaloir dans l’attente d’investigations ultérieures.

Or, les associations sur place ont pu constater que les dispositifs de mise à l’abri existants, loin de Grande-Synthe, ne suffisent pas à répondre à cette urgence et comptabilisent depuis le 1er novembre 2020, à minima 203 demandes de mises à l’abri refusées par manque de place au 115 pour des hommes seuls adultes.

Le Défenseur Des Droits rappelait, il y a deux ans dé, en décembre 2018, que « la politique du gouvernement ne doit pas empêcher laccueil digne ». Seule la mise en place d’un dispositif de mise à l’abri adapté, de façon pérenne et ouvert à tous de manière inconditionnelle peut permettre de garantir un minimum de respect de la dignité humaine.

Compte tenu de tout ce qui précède et afin que les demandes ministérielles soient respectées, je vous demande de permettre la mise à l’abri des personnes exilées durant toute la période hivernale.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le préfet de région, l’expression de mes salutations respectueuses.