Le Royaume-Uni veut restreindre drastiquement les arrivées de migrants « illégaux »

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/24/londres-veut-restreindre-drastiquement-les-arrivees-de-migrants-illegaux_6074348_3210.html

Le Monde, 23 mars 2021

Priti Patel, la ministre de l’intérieur, entend contraindre les personnes en transit par les pays de l’UE, dont la France, à déposer une éventuelle demande d’asile dans ces pays, avant de se rendre sur l’île.

Par Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)

Au cœur de l’été 2020, alors qu’un nombre historiquement élevé de « small boats » (des bateaux gonflables pour la plupart) s’engageaient dans la Manche pour rejoindre les côtes britanniques, Priti Patel était passée à l’offensive : le système d’asile du pays étant « brisé », il fallait en concevoir un nouveau, plus conforme au « take back control » (reprendre le contrôle) cher aux brexiters. La très radicale ministre de l’intérieur de Boris Johnson a rendu mercredi 24 mars une copie conforme à sa promesse, suscitant l’indignation des associations d’aide aux migrants et même les interrogations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Deux classes de réfugiés

Le nouveau système d’asile à la britannique, qui pour l’instant n’est qu’une « proposition » soumise à consultation – un projet de loi viendra ultérieurement, a assuré Mme Patel –, introduirait deux classes de réfugiés. Ceux arrivant au Royaume-Uni par des « routes légales » (négociées entre Londres et l’UNHCR, par exemple), venus directement de zones en crise (guerres, famines), auraient accès à tous les droits attachés à leur statut de réfugié : regroupement familial, aides sociales.

Tous les autres, arrivant par bateau (ou cachés dans des camions), en passant par des filières de passeurs, n’auraient pas le même accès aux aides, même s’ils décrochent le statut de réfugié au Royaume-Uni, ni les mêmes droits au regroupement familial. Ils se verraient remettre un « statut de protection temporaire » d’une durée maximale de trente mois. Cependant, « ce statut ne leur donnera pas un droit illimité à rester dans le pays », a précisé Mme Patel. « Notre nouveau système est basé sur la fermeté mais aussi la justice, pas sur la capacité de certains à se payer des passeurs. Ceux qui viennent par ces routes illégales encombrent notre système d’accueil et nous empêchent de bien nous occuper de ceux ayant réellement besoin d’une protection », a ajouté la ministre lors d’un débat à la Chambre des communes. « Les migrants qui viennent de pays sûrs – les pays européens, dont la France, sont des pays sûrs – devraient faire leur demande d’asile dans ces pays»

Limiter les possibilités de recours

En plus de vouloir décourager les passages « illégaux », le gouvernement Johnson entend augmenter les contrôles de l’âge des migrants parvenus dans le pays, pour éviter que certains se fassent passer pour des adolescents et bénéficient de conditions d’accès facilitées. Londres veut aussi « accélérer » les expulsions des personnes n’ayant pas réussi à décrocher le statut de réfugié et limiter leurs possibilités de recours devant les tribunaux. « Au moins les trois quarts des migrants [à qui a été refusé le statut de réfugié] font appel. Il faut en finir avec cette justice confisquée [par les recours] », a martelé la ministre, très en verve contre les avocats se mettant au service des migrants.

En 2020, environ 8 500 personnes ont pris le risque de s’engager dans un des axes maritimes les plus denses du monde. La plupart ont fait une demande d’asile en arrivant sur le sol britannique. Selon la chaîne Sky News, environ 800 auraient entrepris la traversée depuis le début de cette année, malgré les conditions hivernales. En tout, selon des chiffres officiels du ministre de l’intérieur, 35 099 personnes ont fait une demande d’asile au Royaume-Uni entre mars 2019 et mars 2020 (11 % de plus qu’un an auparavant) et 20 339 personnes se sont vu accorder le statut de réfugié (ou une « protection humanitaire ») sur la même période (17 % de plus qu’un an auparavant).

La ministre de l’intérieur britannique, Priti Patel, lors de son intervention du 24 mars 2021 sur le droit d’asile au Royaume-Uni, à la Chambre des communes, à Londres. – / AFP

Pas d’explosion des passages, donc, ni des demandes d’asile, mais Mme Patel veut mettre en musique une des grandes promesses des brexiters : leur fameux « take back control ». En 2020, la ministre a déjà présenté – et fait adopter –, une loi migratoire bien plus restrictive, obligeant les candidats à l’installation au Royaume-Uni (pour y vivre ou y travailler) à disposer d’un plancher assuré de revenus.

Ces projets gouvernementaux sont « cruels », estime l’avocate Sonia Lenegan, de l’Immigration Law Practitioners’Association

La nouvelle politique d’asile va « créer une catégorie de bons réfugiés et une de mauvais réfugiés, qui ne font pas les choses correctement. Il y a des gens qui ont été déplacés, qui se sont retrouvés en Europe et qui ont besoin d’un endroit sûr. On doit trouver une manière plus humaine de les traiter », a déploré Bridget Chapman, à la tête de l’association caritative Kent Refugee Action Network, au micro de Sky News. Ces projets gouvernementaux sont « cruels », ils vont « traumatiser les gens qui disposeront du statut de réfugié temporaire », a relevé Sonia Lenegan, de l’association d’avocats Immigration Law Practitioners’Association (ILPA).

Légalité des propositions en question

Certains députés, sur les bancs de l’opposition, ont même questionné la légalité des propositions gouvernementales au regard de la convention de Genève de 1951 relative au droit d’asile. « La convention ne donne pas aux gens un droit absolu de choisir le pays où déposer leur demande, mais elle ne les oblige pas pour autant à déposer leur demande dans le premier pays sûr atteint », a réagi un porte-parole au UNHCR interrogé par le Guardian. « Notre proposition est en ligne avec nos engagements internationaux », a rétorqué Mme Patel. « Notre but est de sauver des vies, d’éviter que des gens meurent en mer ou dans des camions », a ajouté la ministre, en faisant référence au drame des 39 migrants vietnamiens morts étouffés dans un camion réfrigéré, venu depuis la Belgique en ferry, fin 2019.

Elle a aussi défié les critiques sur son « manque de compassion », rappelant que ses parents « ont fui les persécutions eux aussi ». La famille de Mme Patel est arrivée au Royaume-Uni à la fin des années 1960, fuyant l’Ouganda comme des milliers d’autres Indiens aux prises avec la politique anti-asiatique du dictateur de l’époque, Idi Amin Dada : « Les Britanniques sont des gens généreux », a conclu la ministre. Il est vrai que Londres a proposé en 2020 aux Hongkongais détenteurs d’un passeport « BNO » (British National Overseas, pour Britanniques d’outre-mer), délivré avant la rétrocession de Hongkong à la Chine, un visa de longue durée au Royaume-Uni. En 2015, avait également été mis en place un schéma de réinstallation des Syriens – presque 25 000 personnes en ont bénéficié. Mais aucune autre route « sûre » n’a été, à ce jour, ouverte.

Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)

Coquelles : expulsion et pose d’enrochements

Une opération de démantèlement de campements de migrants a eu lieu ce mardi 30 mars à Coquelles, autour de l’ancien magasin Conforama. La pose d’enrochements s’en est suivie pour dissuader de nouvelles personnes de s’installer.

Une opération de démantèlement de campements de migrants a eu lieu ce mardi 30 mars à Coquelles, autour de l’ancien magasin Conforama. La pose d’enrochements s’en est suivie pour dissuader de nouvelles personnes de s’installer.

Ce mardi matin, une opération de démantèlement a été menée autour de l’ex-magasin Conforama à Coquelles. D’après le communiqué de la préfecture ce mardi, « à 9 heures, 76 personnes ont été prises en charge et mises à l’abri dans différentes structures d’hébergement du département (à Merlimont, Nédonchel et Croisilles) ».

 

Cette opération a mobilisé 14 camions de CRS. Elle intervient, précise la préfecture, après que « le propriétaire du terrain concerné a saisi le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer. Une ordonnance d’expulsion a été rendue le 18 mars 2021 ».

 

« Suite à la délivrance de cette ordonnance, le préfet du Pas-de-Calais a décidé d’octroyer le concours de la force publique sur ce terrain. Préalablement, de nouvelles maraudes avaient été effectuées sur ce site pour proposer aux migrants intéressés une mise à l’abri dans différents centres d’accueil et d’hébergement du Pas-de-Calais », précise encore le communiqué.

Un enrochement autour de l’ancien Conforama

À l’heure où nous avons suivi les opérations, vers 11 h, plus aucun migrant n’était sur place. À la demande du propriétaire des lieux et du futur acquéreur, des pierres étaient en train d’être posées tout autour de la surface abritée du bâtiment afin de décourager toute tentative d’installation des migrants. La plupart ont un campement de fortune sur des terrains voisins de la zone commerciale la Française.

 

Michel Hamy, le maire de Coquelles, soutient l’opération  : « De futurs travaux vont avoir lieu sur la zone. Les choses sont désormais réglées », estime-t-il. La pose de blocs de pierre est « une solution complémentaire pour éviter que les migrants ne reviennent ».

Un problème « déplacé » pour les commerçants

Cette opération intervient à la suite de « nombreuses plaintes des commerçants riverains », justifie encore le maire. Pourtant, les commerçants interrogés étaient surtout dans l’incompréhension : « Ils déplacent juste le problème », estime une commerçante. « Personnellement, i ls ne nous embêtent pas, même si certains clients avaient un peu peur. » Même écho chez le commerce voisin  : « Dernièrement, il y avait une trentaine de tentes tous les soirs, on n’a jamais eu de soucis avec eux. »

Une opération similaire d’enrochement avait été organisée au fort Nieulay en décembre pour empêcher le passage des associations d’aide aux migrants non mandatées par l’État.

 

Le Tribunal Administratif rejette la requête de la Commune de Calais concernant l’expulsion du site dit de ‘BMX’ à Calais

Le 18 mars 2021, une demande d’expulsion par la Commune de Calais a été affichée sur le site dit du « BMX » [rue du Petit Courgain, à Calais]. Il s’agissait d’un référé mesures utiles avec une audience prévue le 23 mars 2021. Ledit campement, est un lieu où (sur)vit la communauté érythréenne, dont près de 200 personnes ; majoritairement des hommes seuls mais aussi des enfants et des femmes. Par une décision du 26 mars 2021, le Tribunal Administratif rejette la requête de la Commune.
Nous tenons toutefois à dénoncer certains préjugés entendus lors de l’audience.
Premièrement, les associations, telles que la Cabane Juridique, ne sont pas payées par le contribuable et ne tirent aucun profit de la situation d’errance des personnes exilées. De plus, les associations font le travail de l’État et ont pour vocation à disparaître lorsque l’État remplira ses obligations. En second lieu, la Commune ne fait pas généreusement le minimum concernant l’accès aux droits et besoins fondamentaux mais elle a été condamnée par le Conseil d’État pour cela. Quant aux ‘mises à l’abri’, ces dernières doivent être volontaires. En aucun cas, mise en place le jour d’une
expulsion escorté par une armada de CRS avec pour autre possibilité que le commissariat voire le centre de rétention administratif. Les CAES [centres d’analyse et d’examen des situations] sont de fausses solutions. En effet, il s’agit uniquement d’une remise à la rue des personnes en raison de leur situation administrative qui vise à éloigner les personnes exilées de Calais plutôt que d’un élan humanitaire des autorités. Pour rappel, vivre dans une tente sur un terrain boueux n’est pas un choix et encore moins un caprice. Troisièmement, la parole des associatifs doit avoir autant de poids que celle de la préfecture. En effet, lorsque des chiffres sont avancées par une partie sur le nombre de personnes hébergées au 115 et que l’autre partie dénonce la saturation du service, il est demandé de vérifier la méthode de décompte et d’analyse.
Pour conclure, il s’agira d’une véritable victoire. En effet, nous n’aurons pas un copié/collé d’une précédente décision avec un délibéré de plus de 4 heures.
Ce site particulier a été désigné par l’État comme le lieu où s’applique le « socle humanitaire ». En effet l’entièreté des associations y interviennent (associations indépendantes et associations mandatées par l’État) pour y permettre l’accès
au soin, au droit, à la nourriture, à l’eau, aux sanitaires, aux douches, à l’information, l’accompagnement sociojuridique des mineurs, …Le terrain fait l’objet d’un harcèlement étatique quotidien. En effet, des convois, toutes les 48 heures, dans le cadre d’infractions constatées en flagrance, interviennent dans la matinée pour expulser les lieux de vie : forcer les habitant.e.s à être levés et déplacer leurs tentes. Par ailleurs, nombreuses violences et abus policiers constatés : violences physiques, destruction des provisions d’eau, éclairage en pleine nuit, … Hormis le court temps de préparation à l’audience [soit deux jours pour se constituer, conclure et apporter des pièces], 4 habitants soutenus par la Cabane Juridique et Utopia 56, ont été représentés par Maître Eve Thieffry. Dans sa décision du 26 mars, la juge a rejeté les arguments
de la Commune sur l’urgence et l’utilité de la mesure. En effet, il n’est pas démontré que le campement porte atteinte à la salubrité publique et soit contraire à la dignité humaine. Il n’est, non plus, démontré l’impossibilité d’accès aux terrains de sport ni que le campement porte nuisance au voisinage ou le coût excessif du nettoyage du site.

Journal des Jungles n°14

Journal des Jungles n°14 // Violences

Cette nouvelle résidence d’écriture du Journal des Jungles a été accueillie, du 16 au 18 octobre 2020, dans les locaux du syndicat  Solidaires à Caen. Ce numéro a réuni des personnes exilées ayant quitté le Soudan, et survivant aujourd’hui dans un campement sur un quai de Ouistreham, des personnes ayant fui l’Afghanistan, dans la longue attente d’une réponse à leur demande d’asile, ainsi que des bénévoles et militant.e.s de Caen, Ouistreham, Norrent-Fontes, St-Omer et  d’ailleurs !

Découvrez le Journal des Jungles n°14 en cliquant sur les images ci-dessous ! Vous pouvez également le télécharger en format PDF ici.

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Pourquoi des mineurs non accompagnés ont fui leur pays

A bord de l’«Ocean Viking», pourquoi les mineurs non accompagnés ont fui leur pays

 PAR 

Lors de ses deux rotations en 2021, du 11 au 25 janvier, puis du 2 au 7 février, l’Ocean Viking a recueilli 254 mineurs non accompagnés, soit près du tiers des personnes secourues. Certains fuient la dictature de leur pays, la pauvreté ou un mariage forcé, d’autres aspirent à la mobilité. Ils embarquent seuls à bord de canots pneumatiques dans l’espoir d’une vie meilleure.

Serviette violette enroulée sur la tête, sweat-shirt bleu marine sur les épaules et couverture sur les jambes, Mohamed observe, en silence, les allées et venues sur le pont de l’Ocean Viking. La veille, les marins-sauveteurs du navire humanitaire l’extirpaient du canot pneumatique surchargé qui le transportait depuis les côtes libyennes vers les portes de l’Europe.

« J’ai etrès peur, j’ai risqué ma vie dans ce bateau. On est partis de Zouara le matin, les Libyens nous ont entassés dans le bateau, on devait être une centaine. Au début, la mer était calme mais elle a commencé à s’agiter ensuite », raconte-t-il, les yeux écarquillés et les sourcils levés, comme s’il revivait l’espace d’un instant l’impressionnante épopée.

 

Mohamed, 17 ans, veut s'installer en France, dans son «pays de rêve». © NBMohamed, 17 ans, veut s’installer en France, dans son «pays de rêve». © NB

 

Mohamed a 17 ans. Il quitte la Guinée un an et demi plus tôt, en passant d’abord par le Mali, puis Blida en Algérie, où il travaille plusieurs mois sur les chantiers de construction tenus par des travailleurs chinois (lire notre enquête à ce sujet), comme de nombreux jeunes rencontrés à bord du navire humanitaire. En Libye, il tente de traverser la Méditerranée à trois reprises mais échoue toujours in extremis« Le plus souvent, la police nous a arrêtés sur le rivage. Je me suis retrouvé en prison à chaque fois. »

Depuis qu’il a quitté « l’enfer libyen » (que Mediapart raconte ici), Mohamed nourrit l’espoir de rejoindre la France, son « pays de rêve ». Il est le cadet d’une fratrie de quatre et doit endosser la responsabilité de faire vivre sa famille restée au pays. « Parfois, les mineurs sont envoyés par leur famille et sont chargés de lui fournir un revenu complémentaire », analyse François Gemenne, chercheur et spécialiste des migrations.

 

Pour d’autres, la migration représente une « sorte de rite de passage » : « Ils partent seuls, à l’aventure, parce qu’ils ont vu des amis ou des cousins partir. Et puis il y a ceux qui se trouvent dans des situations personnelles désespérées et qui tentent de partir car c’est la seule alternative. Pour eux, c’est une question de survie. »

« Mon père est décédé en 2015 et on s’est retrouvés dans une situation difficile. Mon grand frère est resté auprès de ma mère pour l’aider, c’est donc moi qui suis parti », lâche Mohamed d’un ton entremêlant candeur et pragmatisme. Il triture le bracelet jaune qui entoure son poignet et expose sa minorité aux yeux de tous, puis ajoute : « En France, j’aimerais étudier et travailler pour les aider. »

Souvent, la famille assure le début du voyage et le jeune doit ensuite travailler pour financer chaque nouvelle étape, créant des migrations « étalées dans le temps et dans l’espace » s’agissant des Subsahariens, explique François Gemenne. « C’est un vrai investissement. Lorsque la famille envoie l’un des fils à la ville ou à l’étranger, les proches se cotisent pendant plusieurs mois et cela constitue une obligation de réussite à la migration pour l’adolescentqui sait qu’il ne peut pas échouer. C’est une assez grande responsabilité. »

Le lendemain, dans le conteneur servant d’abri aux femmes et aux enfants, Aminatou*, 16 ans, avance en tapant des mains et en remuant la tête, laissant sa voix suivre les chants a capella des migrantes qui l’entourent. « Tiens-moi, tiens-moi par la main, je vais te suivre ohohhh. Si tu me laisses, les anciens vont me tuer ! », implore le cercle dansant, qui s’est formé inopinément et près duquel des enfants se trémoussent.

Un moment de grâce auquel la jeune fille s’adonne, le visage inexpressif, dans une ostensible indifférence. Cette matinée marque le début du débarquement au port d’Augusta, en Sicile, pour les personnes secourues par l’Ocean Viking les 21 et 22 janvier derniers. Aminatou a échappé à son passé et ignore tout de son avenir. À l’issue de la danse, elle s’assoit en tailleur sur le sol, de son corps chétif habillé de vêtements amples, et ajuste d’une main la capuche jaune qui lui couvre la tête.

 

Aminatou* a quitté la Guinée à l'âge de 16 ans pour échapper à un mariage forcé. © NBAminatou* a quitté la Guinée à l’âge de 16 ans pour échapper à un mariage forcé. © NB

 

« Jusqu’à présent, mes parents ne savent pas où je suis », confie-t-elle. Ses yeux pleins d’innocence fixent un moment le sol, puis elle reprend : « J’ai fui ma famille à cause d’un mariage forcé. Mes parents sont pauvres et je suis leur seul enfant. Ils ont voulu me marier à un homme âgé de 45 ans qui avait promis de subvenir à nos besoins. Je n’ai pas pu. »

Près de son village en Guinée, l’adolescente rencontre un homme à qui elle raconte son histoire. Celui-ci l’emmène au Mali, puis en Algérie, où il l’abandonne à son sort. « Je n’avais jamais quitté mon pays avant. J’ai rencontré d’autres Africains [subsahariens – ndlr] qui voulaient se rendre en Libye et ils m’ont proposé de les suivre », relate Aminatou.

Arrivée à Tripoli en mai 2020, durant le mois de ramadan, elle est enfermée dans une pièce et réduite à l’état d’esclave sexuelle. Nue, sans matelas ni couverture, elle est violée « tous les jours » durant trois mois par des hommes. « Ensuite, ils m’ont emmenée dans un autre endroit où il y avait plus de monde. Là, les Arabes nous ont vendus à d’autres et on s’est retrouvés en prison. »

Son visage rond et juvénile contraste avec l’horreur qui émane de son récit. « Un jour, un homme est venu me choisir en disant qu’il allait me faire travailler. Il m’a emmenée chez lui et j’y suis restée. Je ne sais même pas combien d’hommes m’ont violée. Même quand tu as tes règles, ils s’en fichent. » C’est finalement cet homme qui la réveille une nuit, l’enferme dans le coffre de sa voiture et la laisse sur le rivage à Tripoli.

« Beaucoup de migrants, a fortiori les mineurs, perdent la capacité de décider de leur migration »

À cet instant, le jeune fille ignore qu’elle s’apprête à monter à bord d’un canot pneumatique pour tenter la traversée de la Méditerranée. « J’ai vu tous ces gens au bord de l’eau… Des hommes armés nous ordonnaient d’aller sur le bateau. Mais moi, je n’avais jamais dit que je voulais aller en Europe. Je ne comptais pas y aller ! », martèle Aminatou en tordant le cordon de son masque chirurgical, précisant qu’elle n’a même pas payé le voyage.

Selon un rapport de SOS Méditerranée intitulé « Jeunesse naufragée », 17 % des personnes secourues par l’association entre 2016 et 2019 étaient des mineurs non accompagnés. En 2019, ils étaient 22 %. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’Unicef soulignent que 81 % des mineurs, âgés de 14 à 17 ans et voyageant seuls entre 2016 et 2017, ont déclaré avoir été victimes d’exploitation et de traite humaine.

« La plupart de ces expériences traumatiques ont surtout lieu en Libye. […] Ces multiples exactions ont motivé leur décision de risquer leur vie en mer pour la majorité d’entre eux, quand ils n’y ont pas été contraints », pointe le rapport.

« C’est une problématique des migrations actuelles, relève le chercheur François Gemenne. Beaucoup de migrants, a fortiori les mineurs, perdent la capacité de décider de leur migration. Leur inexpérience et leur immaturité, mais aussi les attentes de leur famille restée au pays, font qu’ils peuvent être plus facilement leurrés par les passeurs. »

Et sont donc davantage exposés aux dangers durant le parcours migratoire. « Pour une majorité d’entre eux, c’est la première fois qu’ils voyagent. Ils sont donc très dépendantdes intermédiaires, auprès de qui ils vont s’endetter et obtenir des informations pour chaque nouvelle étape. »

 

Ahmed, un jeune Érythréen, a fui la dictature de son pays dans l'espoir d'un avenir meilleur en Europe. © NBAhmed, un jeune Érythréen, a fui la dictature de son pays dans l’espoir d’un avenir meilleur en Europe. © NB

 

Sur le pont de l’Ocean Viking lors de la deuxième rotation du navire humanitaire, du 2 au 7 février, Ahmed n’est jamais loin d’un groupe de Soudanais. Souvent isolé, il suit du regard chaque membre de SOS Méditerranée qui lui passe devant, empli de timidité et de pudeur. Il est le seul Érythréen présent à bord et peu le savent.

« J’ai dit aux autres que j’étais soudanais pour pouvoir partir avec eux », chuchote-t-il en arabe littéraire, laissant son regard virevolter de gauche à droite pour s’assurer que personne ne l’a entendu. À 17 ans, Ahmed dit avoir quitté son pays pour fuir la dictature. « J’ai perdu mon père quand j’étais petit, il a été tué au combat. Mon oncle nous a élevés, mon petit frère et moi. »

C’est lui qui l’aide à partir aux côtés de Nader, son ami et compagnon de route. Alors qu’ils souhaitent d’abord s’établir au Soudan, la situation politique instable et le mouvement de protestation sociale que le pays traverse les contraignent de nouveau au départ. Ils suivent trois Somaliens, décidés à partir pour la Libye, et frôlent la mort dans le désert entre les deux pays.

« Des milices armées nous ont agressés. Un des Somaliens a été touché à la tête et a perdu la vie. Mon ami et moi avons pu nous échapper. »

Enfermés durant plusieurs mois au camp de détention de Bani Walid, au sud de la capitale, ils sont « vendus » à des hommes qui les transfèrent à Zaouia et leur réclament 300 dollars pour les libérer. « Je n’avais pas d’argent. Mon ami avait un frère qui a pu payer pour lui. Je leur ai dit que je pouvais travailler en échange de ma liberté et j’ai cuisiné pour eux pendant trois mois. »

À sa sortie de prison, Ahmed apprend que son ami a réussi à quitter la Libye et se trouve en Europe. Il dégote un emploi en tant que plâtrier chez des Syriens et garde l’objectif de le retrouver. « La séparation a été très difficile car on était très proches. J’ai tellement pleuré ! »

À l’annonce du débarquement au port d’Augusta le 7 février, le jeune homme, habituellement introverti, apparaît une couverture de survie dorée enroulée sur la tête, au milieu de la foule déchaînée, et se laisse aller à l’euphorie, s’imaginant déjà aux côtés de son ami.

« Je veux m’installer en Suède et travailler en tant que plâtrier, maintenant que j’ai été formé à ce métier. Je joue très bien au freestyle foot aussi. J’espère pouvoir continuer à le pratiquer là-bas. » Il ignore encore quel sort sera réservé à son petit frère resté en Érythrée. « Mais je refuse qu’il passe par la Libye et vive les horreurs que j’ai vécues », conclut-il.

« Moi, je n’ai pas raconté les difficultés que j’ai eues à ma mère, sinon elle m’aurait dit de rentrer », explique Mohamed, le jeune Guinéen. « On est obligés de prendre ces risques puisqu’on ne nous donne pas les moyens de prendre l’avion », résume-t-il, conscient du privilège de la mobilité dont jouissent les personnes nées du bon côté du monde, comme le rappelait François Gemenne dans son ouvrage On a tous un ami noir (Fayard).

« Je n’ai jamais voulu quitter mon pays, lance Mohamed, un autre mineur non accompagné secouru par l’Ocean Viking qui rêve de devenir journaliste et écrivain. La Côte d’Ivoire est l’un des plus beaux pays d’Afrique. Mais la situation politique et socio-économique n’est pas facile. On n’a ni éducation ni formation, on ne peut rien faire de nos vies. »

Quelles que soient les raisons qui poussent ces jeunes à la migration, comment les blâmer d’avoir soif de mobilité, à l’heure de la mondialisation ? « Ils sont sans cesse exposés à des images et des récits d’Europe, parfois même des récits très enjolivés de ceux qui sont partis… », rappelle le spécialiste des migrations.

Et d’ajouter : « C’est une aspiration très humaine que de chercher à améliorer sa vie. Combien de jeunes Français migrent à Londres chaque année, convaincus qu’ils deviendront millionnaires à la City, alors que beaucoup seront serveurs dans un restaurant ? Au nom de quoi refuserions-nous aux jeunes Africains des aspirations qui sont si répandues et valorisées en Europe ? »

A Calais, on met des noms sur les tombes

A Calais, on met des noms sur les tombes

Depuis plus de vingt ans, près de 300 migrants sont morts en tentant de franchir la frontière franco-britannique.

Pour éviter que ces disparitions ne passent inaperçues, à Calais, une vingtaine de personnes, réunies dans un « groupe décès », œuvrent pour identifier les disparus, retrouver leur famille et leur donner une sépulture digne.

  • Nathalie Birchem,
  • le 21/01/2021 à 06:00
  • Modifié le 21/01/2021 à 07:00

Lecture en 6 min.

A Calais, on met des noms sur les tombes

A Calais, on met des noms sur les tombes

Tout a commencé par un article dans La Voix du Nord. Ce dimanche 18 octobre 2020, le journal local écrit que « le corps sans vie d’un migrant a été retrouvé sur la plage de Sangatte, au niveau de la mairie », et que la victime, qui ne porte pas de papiers d’identité sur elle, « serait un homme, âgé entre 20 et 40 ans, d’apparence moyen-orientale ». Prise derrière des poteaux de bois plantés dans le sable, une photo montre des officiers de police penchés sur un corps dont on n’entrevoit presque rien.

Ce jour-là, comme à chaque fois que l’un d’entre eux apprend la mort d’un migrant, les membres du « groupe décès » de Calais, qui comprend une vingtaine de personnes, simples citoyens ou salariés d’associations comme le Secours catholique, Utopia 56, Médecins du monde ou la Croix-Rouge, échangent leurs informations. Créé en 2017, le groupe décès s’est donné pour objectif d’identifier les personnes décédées, de retrouver leur famille et de les enterrer conformément à leur rite et aux souhaits de leurs proches. Pour rendre leur dignité à ces disparus, le lendemain de chaque décès, un petit rassemblement a lieu à 18 h 30 place Richelieu pour une minute de silence et un petit temps d’échange.

Tout de suite, une réunion est aussi organisée dans les locaux du Secours catholique, rue de Moscou. Il y a là Juliette Delaplace, chargée de mission « exilés » au Secours catholique de Calais, Mariam Guérey, animatrice dans la même association, Siloé Médriane, la coordinatrice d’Utopia 56, et plusieurs autres Calaisiens. Des équipes sont constituées. Une militante, Fabienne, s’occupera des contacts avec la police, Siloé et Mariam se chargeront des proches.

« Normalement, quand il y a décès, c’est aux policiers de trouver l’identité et de rechercher les causes du décès, explique Juliette Delaplace. Mais ils ne vont plus enquêter dans les camps à la recherche des proches. » Cette fois, par exemple, l’enquête n’avance guère. L’officier de police judiciaire indique qu’il part en vacances le vendredi suivant, et que si d’ici là aucun nom n’apparaît, l’enterrement se fera sous X.

Pas question que l’homme de la plage connaisse ce sort. Au groupe décès, c’est le branle-bas de combat. Chacune de leur côté, Siloé et Mariam, accompagnées d’interprètes en pachtoune et en persan, font le tour des quatre ou cinq lieux de vie des migrants de Calais, avec les maigres informations à leur disposition. Un manteau noir. Une implantation capillaire un peu haute. Chez les Iraniens, où se rend Mariam, un homme manque à l’appel. La description pourrait correspondre. Surtout, quand elle indique que l’homme avait sur lui 50 € dans une poche en plastique, un compatriote est saisi d’effroi. On lui demande une photo de son ami, qui est présentée à la police, laquelle confirme que c’est bien lui. Il s’appelle Behzad Bagheri Parvin, il a 32 ans, il est né à Rasht, dans le nord-ouest de l’Iran, et sa vie s’est arrêtée à la frontière franco-britannique.

« Son camarade, qui partageait sa tente, nous a raconté que la veille du départ, Parvin avait fait un rêve, se souvient Mariam. Il avait expliqué qu’il s’était vu, seul, en Grande-Bretagne. Le lendemain, il est allé acheter un canot pneumatique pour tenter la traversée en solitaire. Quand il est revenu, il lui restait 60 €. Il a donné 10 € à son ami. Ils se sont dit au revoir le samedi à 15 heures. » Le dimanche matin, la Manche avait rejeté le corps de Parvin sur la plage de Sangatte.

Traumatisé, le camarade de tente quitte Calais, refusant hébergement et prise en charge psychologique. Omid, le traducteur persan, et Mariam se chargent alors d’appeler la famille en Iran. Une tâche délicate. Les parents sont incrédules. Il faut leur envoyer le certificat de décès. Ils envisagent alors de faire revenir le corps en Iran. Mais ce souhait se heurte au coût du rapatriement. La décision est alors prise de l’enterrer à Calais, en respectant le rite chiite et les volontés de la famille.

Le jour des funérailles, « j’ai apporté un foulard noir qu’on a mis sur la tombe, et sur lequel on a posé la photo de Parvin et des gâteaux cuisinés par une amie et un collègue iranien. Un représentant du culte musulman a dit une prière, raconte Mariam. On a tout filmé et envoyé à la famille. On a mis de côté pour eux un peu de terre, une photo et un bonnet que son ami a retrouvé dans sa tente ». « On n’était pas beaucoup, ça n’a pas duré très longtemps, c’était un peu triste », se souvient Siloé. Mais, pour le groupe décès, l’essentiel est accompli : Parvin a une tombe à son nom au carré musulman du cimetière nord de Calais.

Ce n’est pas toujours le cas. En mai, le corps d’un homme a été retrouvé dans le port de Calais. Au poignet, il portait un bracelet au nom de Camara, mais son patronyme est resté inconnu. Il a été enterré sous X au carré des indigents du cimetière sud de la ville. Sur la plaque qui surplombe sa tombe est indiqué « Mr X 20-323 ». « Cela arrive, malheureusement, commente Mariam.Ce sont des personnes à qui leurs parents ont donné un nom, c’est insupportable de ne pas le leur rendre. » Les cheveux bouclés, les yeux noirs cernés, le regard intense, Mariam est un peu la mémoire du groupe décès. Depuis 2003 qu’elle travaille au Secours catholique, elle a été témoin de dizaines de disparitions, qui n’ont pas toujours été traitées avec respect. Du temps de la « jungle », il est arrivé que la photo d’un cadavre soit affichée à l’entrée d’un centre, pour avertir d’éventuels proches.

Désormais, depuis la mort le 27 octobre dernier de sept personnes dans un naufrage, dont toute une famille originaire du Kurdistan iranien, avec trois enfants, le groupe décès travaille en lien étroit avec la Croix-Rouge. « Notre travail, explique Marion Huot, officier de recherches du service rétablissement des liens familiaux, c’est de faire le lien avec les autres membres de la famille, de les accompagner dans leur deuil grâce à nos correspondants sur place et de faire en sorte que leurs souhaits soient respectés. » La famille des naufragés, qui a eu la douleur d’apprendre leur décès par la presse, a demandé la plus grande discrétion.

Cette sextuple disparition figure dans la frise chronologique qu’a réalisée Maël Galisson. Ce militant du Gisti, compagnon de route du groupe décès, a fait un impressionnant travail de recensement des décès à la frontière franco-britannique. Depuis 1999, il a compté 296 décès. « Mais je ne prétends pas à l’exhaustivité, commente-t‑il, car je n’ai pas connaissance de toutes les disparitions et avec la croissance des tentatives de traversée en mer, il y a certainement des naufrages dont on n’entend pas parler. »

« Au-delà du nombre de morts, ce qui ressort de ces statistiques, détaille Maël Galisson, c’est que la frontière tue et que ces morts sont étroitement liées aux décisions successives de fortification des lieux de passage. » La majorité des disparitions sont dues aux tentatives de passage elles-mêmes, notamment en camion, bien plus qu’aux violences ou conditions de vie des exilés à proprement parler (lire les repères)« L’une des techniques consiste à s’accrocher sous les essieux ou à essayer de se cacher dans la cargaison, reprend Maël. Certains meurent asphyxiés ou écrasés par les marchandises. Beaucoup décèdent en descendant du camion, percutés par des véhicules. »

Mais surtout, précise-t‑il, « à chaque fois qu’une voie se ferme, les exilés tentent une autre voie, plus dangereuse ». Depuis que le port a fait l’objet de lourds travaux de fortification, « on voit se multiplier le nombre de morts via Eurotunnel ». Puis, après la sécurisation d’Eurotunnel, les exilés tentent de créer des embouteillages sur la rocade, et de nombreux accidents sont recensés. Enfin, à la suite de la fortification de la rocade, se multiplient les tentatives par voie maritime. Dernièrement, « les embouteillages liés au Brexit ont conduit à ce que beaucoup tentent leur chance en essayant de grimper dans des camions sur l’autoroute », note Juliette Delaplace, qui se souvient, alors qu’une réunion d’urgence était organisée à propos d’un décès sur l’A16 le 19 novembre dernier, qu’une vingtaine de Soudanais étaient arrivés au Secours catholique. « Ils savaient ce qui s’était passé, c’était leur ami qui était décédé », se rappelle Siloé.

Le jeune homme en question s’appelait Mohamed Khamisse Zakaria. Il avait 20 ans. Il était arrivé moins de deux mois auparavant à Calais, avec un ami qui, depuis, avait réussi à passer en Angleterre. L’un des jeunes gens du groupe des Soudanais l’a aidé à monter dans un camion et a fermé la porte derrière lui. Que s’est-il passé ensuite ? Mohamed a-t‑il eu peur ? Quoi qu’il en soit, il est ressorti du camion et alors que la police faisait usage de gaz lacrymogène, on a vu Mohamed courir à travers la voie. Avant d’être percuté par une voiture.

C’est un camarade mineur, originaire du même village du Darfour que Mohamed, qui s’est chargé, avec Mariam et Siloé, d’appeler la famille, qui vit désormais dans un camp de réfugiés. « C’était très dur », euphémise Siloé. « La mère n’arrêtait pas de répéter : “Mais il est où ? Mais il est où ?” », se souvient Mariam, qui a mis de côté pour les parents les bijoux que portait leur fils. La Croix-Rouge a pris le relais. Un trio d’amis s’est chargé d’organiser les funérailles au cimetière nord. Les associations ont, elles, organisé deux cérémonies du souvenir au Secours catholique, avec prières musulmane et catholique. Il y avait plus de 150 personnes. Écrit par ses compagnons de route, un texte a été lu. « Ses vingt ans de vie crient à nos cœurs, nos consciences, et à la conscience de l’humanité. Voici en écho notre cri, celui des exilés de Calais : “Nous ne savons pas quoi faire, nous voudrions accéder légalement au Royaume-Uni, nous rêvons d’une vie digne, d’une vie d’humains. Les circonstances nous affaiblissent mais nos cœurs sont forts et l’espoir nous pousse à traverser les frontières.” »

enquête ouverte après la mort du nouveau-né d’une migrante

Deux articles à propos de la mort d’une nouveau-née, Aleksandra Hazhar, dès suite d’une intervention de la police sur la plage de Oye-Plage: Le Monde (ci-dessous) et Libération (plus bas).

« Ils n’avaient qu’un coup de fil à passer mais ils n’ont rien fait » : enquête ouverte après la mort du nouveau-né d’une migrante

Une plainte pour « violences volontaires » a été adressée au parquet de Boulogne-sur-Mer après le décès. Sa mère, une Kurde, avait été interpellée par les forces de l’ordre sur une plage du Pas-de-Calais alors qu’elle s’apprêtait à accoucher.

Par  et 

Publié hier à 20h03, mis à jour à 08h35

Une patrouille de la gendarmerie, à Oye-Plage (Pas-de-Calais), en janvier 2020.

Une patrouille de la gendarmerie, à Oye-Plage (Pas-de-Calais), en janvier 2020. DENIS CHARLET / AFP

Fin août 2020, dans l’arrière-pays calaisien, Anas, 9 ans, et Eilarya, 2 ans, jouaient dans le jardin d’une grande maison de famille. Leur petite sœur « était dans le ventre », comme le racontaient au Monde leur mère Rwpak, 35 ans, et leur père Hazhar, 40 ans, migrants clandestins originaires de la province de Souleymanieh, au Kurdistan irakien.

Ensemble, ils avaient déjà tenté deux fois la traversée de la Manche dans une petite embarcation, malgré la grossesse très avancée de Rwpak, à un mois du terme. « Bien sûr, on a très peur, l’eau ça fait très peur. Les enfants ont très peur, ma femme enceinte a très peur. Mais je préfère qu’on soit morts dans l’eau plutôt que de vivre au Kurdistan », expliquait Hazhar, derrière ses lunettes qui lui donnaient davantage l’air d’un professeur que d’un mécanicien, sa profession en Irak. A ses côtés, sa femme avait l’air effrayé, mais décidé.

Quelques jours plus tard, le 9 septembre 2020, dans le carré musulman du cimetière de Calais, la famille a enterré la petite Aleksandra, née en grande détresse le jour de l’arrestation de sa mère à Oye-Plage (Pas-de-Calais) par une patrouille de gendarmerie.

Rwpak et Hazhar, assistés de Me Julie Gommeaux, viennent d’adresser une plainte, dont Libération et Le Monde ont pris connaissance, contre les forces de l’ordre, le 19 février 2021, au procureur de la République de Boulogne-sur-Mer pour « violences volontaires sur une femme en état de grossesse ayant possiblement causé le décès de son enfant à la naissance ». L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de l’affaire « et la prend très au sérieux », précise l’avocate.

Dans les hautes herbes

Ce 2 septembre 2020, la nuit est plutôt claire. A telle enseigne que les tentatives pour franchir la Manche se multiplient : 41 en quelques heures, précise la préfecture du Pas-de-Calais, pour « un total de 592 migrants recensés ». Pressée d’arriver en Angleterre pour que les enfants puissent faire leur rentrée des classes, et Rwpak accoucher sur place, la famille kurde espère que cette troisième fois sera la bonne. Sur cette plage située entre Calais et Dunkerque (Nord), ils sont une petite dizaine – une autre famille et deux hommes seuls les accompagnent – cachés dans les hautes herbes qui bordent une partie de l’étendue de sable, où est également dissimulée une embarcation pneumatique.

Le semi-rigide est sur le point d’être mis à l’eau lorsqu’une patrouille de gendarmerie surgit. Les gendarmes confisquent aussitôt le moteur du bateau et emmènent les migrants sur le bord de la route afin de saisir leurs gilets de sauvetage. C’est à partir de cet instant que le récit des autorités et celui des membres de la famille divergent.

Dans un communiqué de presse rendu public mercredi 3 mars, après avoir refusé dans un premier temps de s’exprimer, la préfecture du Nord-Pas-de-Calais assure qu’« à ce moment précis, aucun des migrants ne fait part de difficultés particulières ». Ceux-ci, précise encore le communiqué, sont donc « laissés libres et invités à s’éloigner du littoral ».

Mais, d’après la plainte déposée par Me Gommeaux, que Le Monde a pu consulter, les forces de l’ordre n’auraient pas porté secours à Rwpak : « Peu après l’arrivée des policiers [des gendarmes, en réalité], ma cliente a perdu les eaux, écrit l’avocate. Elle a aussitôt informé les policiers de la situation. Ceux-ci ont contacté leur supérieur et lui ont dit d’attendre. Le groupe est ainsi resté sur le bord de la route, dans le froid, pendant plusieurs heures, sous la surveillance constante » des gendarmes.

« Les policiers n’ont rien voulu entendre, peut-on lire dans la plainte. Ils sont restés sur place sans entreprendre aucune démarche pour aider ma cliente qui saignait »

Contactée en Angleterre, où la famille a finalement réussi à passer après une quatrième tentative, Rwpak raconte : « Mon mari leur a dit en anglais “My friend”, mon ami, mais le policier lui a dit “Je ne suis pas ton ami” (…) Je leur ai dit tout de suite, avec quelques mots d’anglais, que j’étais enceinte, tout le monde leur a dit que j’étais enceinte, j’essayais de leur expliquer mon histoire, que je voulais traverser, mais ils n’avaient aucune considération, ils ont déchiré les sacs et les gilets au couteau, ils ont pris les téléphones portables. » Seul un gendarme « roux, un peu plus âgé » que les autresaurait tenté d’aider la jeune femme, en pure perte. « Il n’avait pas d’autorité », explique-t-elle encore.

Dans le courant de la nuit, deux fonctionnaires en civil de la police aux frontières (PAF), contactés par les gendarmes, sont dépêchés sur place et prennent en charge les deux hommes seuls du groupe, suspectés d’être des passeurs.

Selon la famille, les nouveaux arrivants sont, eux aussi, mis au courant de la situation. Rwpak aurait même montré son ventre à cette occasion, pour tenter de les alerter sur l’urgence médicale de son état. « Les policiers n’ont rien voulu entendre, peut-on lire dans la plainte. Ils sont restés sur place sans entreprendre aucune démarche pour aider ma cliente qui saignait. »

« A aucun moment ils n’ont été avisés de l’état de la mère de famille, répond une source policière. Ils ont donc fait leur travail en procédant aux vérifications administratives sur les deux individus », avant de quitter les lieux.

Une situation « exceptionnellement triste »

Les gendarmes finissent par imiter les policiers aux alentours de 7 heures du matin, après un nouvel entretien téléphonique avec, pense la famille kurde, leur hiérarchie. Désormais libres de leurs mouvements, les migrants marchent jusqu’au plus proche arrêt de bus, près duquel ils allument un feu pour essayer de se réchauffer. Ils sont alors repérés par une nouvelle patrouille de gendarmerie. Cette fois, les militaires appellent une ambulance, qui conduit Rwpak, seule, au centre hospitalier de Calais.

Désormais en attente de son statut de réfugiée à Londres, Rwpak pense tous les jours à la mort de sa petite fille

Echographie fœtale, césarienne : le nourrisson, de sexe féminin, souffre de problèmes respiratoires et neurologiques graves. « Quand je l’ai vue, elle était si belle, elle était belle et joufflue, se souvient Rwpak. Mais j’ai vu qu’elle était reliée à plein de machines. Ils m’ont dit qu’il y avait eu un arrêt cardiaque, puis ils l’ont ranimée, mais il y avait du sang dans les poumons et des atteintes neurologiques (…) Je n’arrêtais pas de pleurer mais la veille de sa mort, j’ai pu la prendre dans mes bras et ça m’a un peu soulagée. » Hospitalisée dans le service de réanimation néonatale, l’enfant est extubée trois jours plus tard, le 5 septembre 2020, faute de la moindre évolution de son état.

« C’est une situation exceptionnellement triste, mais pas exceptionnelle au regard du comportement habituel des forces de l’ordre dans cette zone », estime Frances Timberlake, membre du Refugee Women’s Centre basé à Dunkerque, qui connaît très bien la famille pour l’avoir accompagnée en France pendant des mois et organisé l’enterrement d’Aleksandra. La jeune militante sait que la bataille judiciaire s’annonce longue et complexe. L’enquête est, pour le moment, confiée à l’IGPN, saisie via un signalement effectué sur sa plate-forme en ligne.

La police des polices a sollicité un délai de huit jours auprès du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Pascal Marconville, pour tenter de déterminer si elle est effectivement compétente, le premier service intervenu étant la gendarmerie. Si tel n’est pas le cas, les investigations pourraient alors être confiées à l’Inspection générale de la gendarmerie.

En attendant, d’autres mesures doivent permettre d’établir formellement le lieu de l’interpellation, Oye-Plage se situant en partie sur le ressort du tribunal judiciaire de Saint-Omer, dont le parquet pourrait finalement se trouver chargé de la procédure.

Désormais en attente de son statut de réfugiée à Londres, Rwpak pense tous les jours à la mort de sa petite fille. Si elle a décidé de porter plainte, dit-elle, c’est « pour que ça n’arrive pas à d’autres ». « Les médecins étaient si tristes, si désolés, ils m’ont dit “si vous étiez arrivés un peu avant, une heure avant, un tout petit avant, les choses ne se seraient pas passées comme ça”, se désespère la mère de famille. C’est la faute de la police si ma fille est morte, ils n’avaient qu’un coup de fil à passer mais ils n’ont rien fait. »

https://www.liberation.fr/societe/exilee-irakienne-dans-le-nord-pas-de-calais-elle-perd-son-bebe-apres-une-intervention-policiere-20210303_AQFWJ2LMWVA4PIIECKTHHZ4OCA/

Exilée irakienne dans le Nord-Pas-de-Calais, elle perd son bébé après une intervention policière

En septembre, une femme enceinte de huit mois, son mari et ses deux enfants ont été interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à tenter de rejoindre l’Angleterre. Malgré les demandes répétées de la jeune Irakienne, les secours ont tardé à être appelés. Son bébé est mort trois jours après sa naissance. Une plainte a été déposée et l’IGPN a été saisie.

par Stéphanie Maurice, correspondante à Lille

publié le 3 mars 2021 à 13h59

Un bébé mort trois jours après sa naissance, à la suite d’une nuit passée dehors, sous surveillance policière, «hors de tout cadre légal», estime Me Julie Gommeaux, l’avocate de la famille, des Kurdes irakiens en exil. Les faits se seraient déroulés à Oye-Plage, entre Calais (Pas-de-Calais) et Dunkerque (Nord), dans la nuit du 1er au 2 septembre. Hajar et Rupak, enceinte de 8 mois, avec leurs deux enfants de 10 et 2 ans, tentaient de passer en Grande-Bretagne par la mer. Lors de leur interpellation, Rupak a perdu les eaux, et n’a jamais été emmenée à l’hôpital, malgré ses demandes répétées, explique-t-elle. La plainte a été déposée le 25 février auprès du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), pour violences volontaires.

Aujourd’hui, ils vivent en Grande-Bretagne, et y ont demandé l’asile, après deux ans et demi d’errance en Europe. Leur plus jeune enfant est née en Grèce, en janvier 2018. Ils sont partis d’Irak, à cause des tensions grandissantes. Hajar travaillait pour un parti politique d’opposition, le Goran. Sur l’écran du téléphone, par visio interposée, elle a l’air vive, même si ses traits sont tirés. Elle refuse d’oublier ce qui s’est passé cette nuit-là. Ils ont retrouvé leur passeur au Puythouck, à Grande-Synthe, près de Dunkerque, un bois où les exilés vivent sous les tentes, vers 22 heures. «Il faisait noir, on a marché vers de Calais, trois heures à pied. C’était plus loin que prévu, on avait un guide qui nous emmenait», explique-t-elle. Un classique sur le littoral de la Manche, où les réseaux déposent les candidats au passage loin de la plage, pour éviter d’être repérés.

«On a marché une heure environ, et j’ai senti que je perdais les eaux. J’avais mal.»

—  Rupak

Ils sont trois familles, et deux hommes seuls, environ une quinzaine de personnes. Arrivés sur la plage, ils sont surpris par une patrouille. «Les deux hommes qui gonflaient le canot et notre guide se sont enfuis», raconte Rupak. Les forces de l’ordre les contrôlent, tailladent le bateau pneumatique pour qu’il ne puisse pas resservir. Elle estime qu’il est alors dans les deux heures du matin. Les fonctionnaires les conduisent vers leurs deux voitures, de couleur sombre, garées en bord de route, par un chemin de pierres et de sable. «On a marché une heure environ, et j’ai senti que je perdais les eaux. J’avais mal. J’ai prévenu les policiers, en leur disant que j’avais besoin d’une ambulance», précise Rupak. Ceux-ci tentent plusieurs fois de joindre un interlocuteur, sans résultat. Cette nuit-là, 41 tentatives sont recensées, concernant 592 exilés, précise la préfecture du Pas-de-Calais.

Ce n’est que trois ou quatre heures plus tard que deux autres voitures arrivent. «J’ai cru que c’était pour moi, mais c’était pour un nouveau contrôle», raconte Rupak. Les deux hommes célibataires sont emmenés. Les familles sont laissées là. «Ils nous ont dit «bye-bye», et c’est tout», se souvient-elle. L’aurore pointait : «Les policiers attendaient qu’il fasse jour pour éviter qu’ils ne retentent le passage», estime Frances Timberlake, du Refugees Women’s Centre de Dunkerque. Le récit de la famille est confirmé par un autre exilé, témoin de cette nuit, précise l’avocate. La préfecture donne une autre version des faits dans un communiqué : «A 4h26, les gendarmes interviennent pour interdire la traversée à 18 Irakiens […]. Ils prennent alors contact avec les services de la police aux frontières, qui se rendent sur place pour prendre en compte les migrants présents et interpeller certains d’entre eux aux fins de vérifications administratives. A ce moment précis, aucun des migrants ne fait part de difficultés particulières. Ils sont donc laissés libres et invités à s’éloigner du littoral.»

«C’est une satisfaction, l’IGPN a pris le signalement au sérieux et a démarré une enquête rapidement»

—  Me Julie Gommeaux, avocate de la famille

Aidée par les autres, Rupak a pu rejoindre un arrêt de bus : ils bricolent un feu de camp pour la réchauffer. D’autres gendarmes s’arrêtent : «Ils ont appelé tout de suite une ambulance, je leur dis encore merci», témoigne-t-elle. L’hôpital de Calais pratique une césarienne en urgence. La petite fille, Aleksandra, souffre d’une anoxie sévère, une absence d’oxygène. Elle est extubée le samedi 5 septembre, et meurt dans les bras de son père, précise le dossier médical, lu par l’avocate. Une échographie du 28 août ne pointait pourtant aucun problème, ce que confirment plusieurs associatifs qui suivaient la famille à Dunkerque.

Me Julie Gommeaux a saisi l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale en parallèle de sa plainte. La famille n’avait pas clairement identifié les fonctionnaires, les pensait des policiers. «C’est une satisfaction, l’IGPN a pris le signalement au sérieux, et a démarré une enquête rapidement», note-t-elle. C’est aussi sur la base de ce signalement, antérieur à la plainte, que le procureur de Boulogne-sur-Mer s’est saisi de l’affaire. La préfecture du Pas-de-Calais insiste sur le dispositif mis en place sur les plages : «Les migrants qui nécessitent une prise en charge médicale sont examinés par les sapeurs-pompiers, et dirigés, le cas échéant vers le centre hospitalier le plus proche.» Les autres se voient proposer une place dans un centre d’accueil, affirme-t-elle.

Les associations d’aide aux migrants ont un autre récit des nuits de Calais. «Il n’y a pas trop de protocole de prise en charge, ils sont généralement très embarrassés d’avoir une famille sur les bras», explique Pierre Roques, d’Utopia 56, qui organise des maraudes de nuit. «Cela peut se passer bien, avec une place dans un foyer d’hébergement, cela peut se passer mal, en faisant attendre les exilés pour les dissuader de passer.»

11.02.2021 : La CNCDH publie son avis sur la situation des personnes exilées à Calais et Grande-Synthe

Les 15 et 16 décembre 2020, une délégation de la CNCDH se rendait, pour la troisième fois, à Calais et Grande-Synthe, et y rencontrait les associations agissant à la frontière, des personnes exilées venues en nombre témoigner de leurs conditions de (sur)vie, ainsi que les différentes autorités. Elle publie, ce 11 février 2021, un avis issu de ces différentes rencontres, incluant une série de recommandations.

« La Commission recommande aux autorités publiques de mettre un terme à la politique sécuritaire dite « zéro point de fixation », aux conséquences désastreuses pour les personnes exilées et les aidants. La CNCDH rappelle également la nécessité de mettre en place un « socle humanitaire » à Calais évoqué par le Président de la République pour répondre aux besoins les plus essentiels des personnes exilées. Enfin, à l’issue d’une trentaine de recommandations, la CNCDH souligne la nécessité de mettre en place, dans les négociations post Brexit avec le Royaume-Uni, une protection internationale des personnes exilées. »

Pour télécharger l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, c’est ici : https://www.cncdh.fr/fr/publications/avis-sur-la-situation-des-personnes-exilees-calais-et-grande-synthe-2021-2

Ci-dessous, le communiqué de presse associé

Newsletter n°47 – Décembre 2020

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°47 // 4 décembre 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

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Infos des lieux de vie

  • A Calais, le 4ème arrêté d’interdiction de distribution des repas en Centre-Ville est valable jusqu’au 14 décembre pour les mêmes 49 rues de l’arrêté précédent. Les expulsions se poursuivent, et ont même repris un rythme quotidien que documente Human Rights Observers (retrouver ici leurs bulletins mensuels) : non seulement la préfecture accorde le concours de la force publique pour les opérations d’expulsion, mais la Mairie de Calais est également allée en justice pour demander l’expulsion du lieu de vie Calypso en utilisant la voie du « référé mesures utiles » que le juge lui a accordé, malgré une mobilisation à l’audience des personnes habitantes soutenues par la Cabane juridique. Une autre manière d’expulser, le déboisement, a été documentée par Reporterre, un article du 2 décembre à retrouver ici. Un philosophe interrogé, Dénètem Touam Bona, s’exprime sur la situation :  » En privant d’hébergement ou de nourriture, l’État ne tue pas lui-même, il délègue aux éléments de la nature le travail de la mort. C’est une nécropolitique active mais discrète. ». L’article ajoute que le samedi 28 novembre, la mairie de Calais a annoncé l’installation de six caméras de vidéosurveillance dans les environs du Fort-Nieulay — comme en février, aux abords de l’Hôpital du Virval.
  • A Ouistreham, depuis début novembre, une maraude propose aux personnes exilées qui y sont présentes de rejoindre le centre de Tailleville pour s’y confiner. Des départs qui devraient être volontaires mais, devant le refus des personnes de s’y rendre, les autorités multiplient ce qu’elles appellent des « opérations de nettoyage », obligeant les personnes exilées à déplacer leurs tentes et affaires de quelques mètres, pendant que les services techniques, sous l’œil des forces de l’ordre, jettent tout ce qui reste, comme le détaille cet article de Ouest France. Les personnes se plaignent par ailleurs du comportement de la police et témoignent de vols de portables, tandis que la mairie de Ouistreham refuse toujours de garantir un accès à l’eau potable…
  • A Marseille, là aussi une expulsion : le 30 novembre, près de 200 demandeurs d’asile, pour la plupart arrivés d’Afrique de l’ouest, principalement du Nigéria ont dû quitter le squat où ils avaient trouvé refuge. Lire le reportage de FranceInfo
  • A Paris, le 17 novembre, plus de 2800 personnes sont expulsées d’un campement au pied du stade de France à Saint-Denis. « Ce campement était majoritairement constitué d’hommes seuls, originaires d’Afghanistan pour la plupart, mais aussi du Soudan, d’Ethiopie et de Somalie. Beaucoup sont des demandeurs d’asile, et étaient auparavant passés par d’autres campements en périphérie de Paris, démantelés les uns après les autres. Depuis la crise migratoire de 2015, il s’agit du soixante-cinquième démantèlement de grande ampleur, comptant pour l’une des trois cents opérations dites de « mise à l’abri » ». A lire l’article du Monde.
  • A Paris encore, le 23 novembre, environ 450 personnes exilées sont chassées violemment de la place de la République . » Laissées à la rue après l’évacuation du campement de Saint-Denis, elles ont essayé de s’installer place de la République à Paris. Soutenues par des associations et des élus, elles espéraient ainsi se rendre visibles. Ce qui a été visible, c’est la violence de leur évacuation par les forces de l’ordre, suscitant critiques et indignations« . Lire la suite d’une analyse de Sébastien Thiery, coordinateur des actions du PEROU (Pôle d’exploration des Ressources Urbaines) et le témoignage d’un réfugié Afghan sur France info

Des migrants dans des tentes sur la place de la République à Paris avant d’être évacués par les forces de l’ordre, le 23 novembre 2020. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA / MAXPPP)

  • Les Canaries : campement de la honte : la Croix-Rouge a monté un campement en août afin de prodiguer les premiers soins aux migrant.e.s qui arrivent, en majorité originaires du Maroc et du Sénégal. Prévu pour 400 places, il y a près de 17 000 personnes à être arrivées sur les côtes des Canaries depuis le début de l’année, dont 5 300 en octobre et 1 400 durant la seule journée du 7 novembre. Pour les ONG, l’explication de ce boom migratoire est double. D’une part, la fermeture de la route du détroit de Gibraltar par le Maroc, en 2019, a provoqué le report des flux sur la voie canarienne, beaucoup plus dangereuse. D’autre part, « la pandémie a augmenté le nombre de personnes parties du fait de la crise économique », résume Txema Santana, porte-parole de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR). A lire l’article de Sandrine Morel dans Le Monde du 16 novembre.

César Dezfuli pour « LE MONDE »

Infos des assos

  • La Note d’analyse 2020 de l’Observatoire des expulsions collectives des lieux de vie informels est sortie début novembre. Les chiffres sont édifiants, pour une année de crise sanitaire, les expulsions se sont poursuivies, particulièrement à la frontière franco-britannique. Pour l’ensemble de la France, 448 personnes sont expulsées tous les jours de lieux de vie informels depuis le début de la crise sanitaire, alors même qu’aujourd’hui, des milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des habitats de fortune : des bidonvilles, des squats, des tentes… Encore cette année, de nombreuses expulsions viennent les précariser davantage. Retrouvez sur le site de l’Observatoire la Note d’analyse complète, une synthèse des chiffres principaux, et la possibilité de devenir contributeur de l’Observatoire, pour être tenu informé mensuellement de l’évolution des expulsions en France.

  • Project Play, qui travaille avec les enfants sur les Jungles à la frontière, leur permettant d’exercer leur droit à jouer, mais qui aussi plaide pour tous leurs autres droits, vient de sortir un rapport : « Les expulsions – Des pratiques qui bafouent les droits des enfants à la frontière franco-britannique » A trouver en ligne ici !

  • Communiqué du GISTI – Sortie du rapport « Deadly Crossings ». En 2016, le Gisti publiait un numéro de sa revue Plein Droit intitulé « Homicides aux frontières » dans lequel paraissait l’article « Voir Calais et mourir ». L’auteur, un ancien coordinateur de la Plateforme des Soutiens aux Migrant·e·s (PSM), y décrivait ce travail d’enquête sur les mort·es à la frontière franco-britannique (qui permettait de dresser une liste des victimes et une cartographie) et montrait comment « l’addition d’accords européens et de traités bilatéraux, destinés à empêcher les indésirables d’accéder au territoire britannique a fait de cette région un mur meurtrier ». Des liens récents entre militant·es français·es et activistes britanniques ont permis de travailler à la publication de cette enquête sur les personnes exilées mortes à la frontière franco-britannique

  • Le Refuges Solidaires est un accueil d’urgence à la frontière franco-italienne, à Briançon, dans les Hautes-Alpes. Depuis, leur création en Juillet 2017, le Refuge a accueilli, soigné, orienté près de 1 200 personnes exilées. La plupart sont d’origine Afghane et Iranienne et arrivent de Triestre et de la route des Balkans. « Ce n’est pas tant le confinement en Italie qui nous impacte actuellement mais le doublement des forces de polices à la frontière annoncé par le Président. Le résultat est immédiat avec énormément de refoulement dont des familles avec enfants. Cela pousse les exilés à prendre plus de risques pour arriver en France en passant plus profondément dans la forêt. Depuis cette semaine, nous avons eu de nouveaux beaucoup d’arrivées (15 à 20 personnes par jour) mais l’arrivée de la neige nous inquiète énormément« .
  • L’équipe du Secours Catholique de l’accueil de jour de Calais a proposé le 29 novembre, sa 6ème journée de Talents de femmes. Une journée de partage et d’échanges entre femmes uniquement en visio-conférence. En quelques clics les femmes arrivaient dans la salle virtuelle de l’atelier qu’elles avaient choisi : découverte des langues, cuisine, échanges musicaux, épilation au fil et au sucre, bougies personnalisées, yoga, contes.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • Hommage collectif à Mohamed Khamisse Zakaria. Le 19 novembre, sur l’A16, ce jeune soudanais de 20 ans a perdu sa vie et ses rêves. « Mohamed nous rassemble. Nous sommes tous habités du même désir de vivre qu’il avait…Nous ne savons pas quoi faire, nous voudrions accéder légalement au Royaume-Uni, nous rêvons d’une vie digne, d’une vie d’humains…«  Retrouvez cet hommage des compagnons de route de Mohamed sur le site de Passeurs d’hospitalités
  • Appel des exilé.es du campement de Saint-Denis :  » Nous sommes plus de 1500 à vivre sous les ponts à St Denis dans des conditions innommables. nous écrivons pour alerter sur notre situation. Nous adressons ce texte aux autorités françaises, pour qu’elles cessent de bafouer nos droits, pour qu’elles nous traitent enfin comme des êtres humains. Nous l’adressons aussi à la population française et plus particulièrement francilienne : nous avons besoin de votre soutien, pour lutter ensemble, pour nous faire entendre… » La suite sur le site du Gisti
  • 11 personnes exilées soutenues par 8 associations assignent le préfet du Pas-de-Calais devant le tribunal judiciaire de Boulogne sur-mer suite à l’expulsion dite « en flagrance » par les autorités le 29 septembre du terrain où elles vivaient. A lire ici le communiqué de presse qui parle de cette action en justice, dans lequel une personne habitante de terrain témoigne de l’expulsion du 29 septembre, et de celle qui a suivi le 2 octobre. L’audience aura lieu courant décembre.

Infos de la PSM

  • La PSM vous propose une conférence qui se tiendra le mardi 15 décembre de 18h à 20h en visio-conférence ! C’est le GISTI qui sera présent pour nous partager ses réflexions sur les processus d’externalisation de la frontière, et plus particulièrement l’externalisation de la demande d’asile. Pour organiser au mieux ce temps de conférence, voici le lien pour vous y inscrire : https://framaforms.org/conference-lexternalisation-en-question-15122020-18h-1605701038 . Nous vous enverrons rapidement les modalités pour pouvoir assister à ce temps de discussion avec nous.

Envie d’agir

  • Terre d’errance Norrent Fontes, qui agit dans le Béthunois, vous invite à rejoindre le groupe de familles solidaires de l’association. Ces familles se mobilisent pour offrir aux personnes exilées un peu de dignité, un lit, une douche, des repas chauds, du linge propre, des moments de détente devant les vidéos de musique qu’ils aiment ou devant des jeux de société…
    Pour les contacter, c’est soit sur leur Facebook, ou via leur site internet : https://terreerrance.jimdofree.com/
  • Participez à l’opération « Speak Out ! » – Il s’agit d’une initiative de Médecins du Monde Hauts-de-France et de L’accueil de jour du Secours catholique de Calais « Venez à #Calais, venez à #GrandeSynthe, observez et témoignez. Que ce soit une heure, une demi-journée ou une semaine, qu’il s’agisse de produire une image, un reportage, une illustration, un simple tweet ou un article, qu’il s’agisse de travailler sur une enquête approfondie ou sur un travail de recherche, quel que soit votre mode d’expression ou de travail nous vous accueillerons sur place (dans le cadre de nos activités habituelles) pour vous permettre de vous orienter, de vous repérer et de témoigner de vos observations. Notre objectif est simple: dénoncer publiquement et au niveau national ce qu’il se passe d’indigne au niveau local et municipal. Parce que nous refusons de nous habituer et encore davantage de nous taire. » Si vous êtes intéressé.e.s, s’adresser à ces adresses mails : contact.littoral-nord@medecinsdumonde.net ou juliette.delaplace@secours-catholique.org
  • Des pochettes solidaires à coudre : l’appel du Secours Catholique de Calais à de la couture solidaire est sur leur site ici ! Pour accéder directement au patron, et à toutes les explications, c’est ici. Attrapez vos tissus, vos aiguilles pour réaliser ces pochettes solidaires et aidez à dénoncer les expulsions des lieux de vie et le traitement inhumain des personnes exilées bloquées à la frontière franco-britannique !

Belles échappées

  • Des livres qui bousculent les idées reçues, idées de cadeaux pour les plus petits. « Le choix de Koki », à partir de 3 ans : sur la planète Dragona, chaque dragon naît soit bleu, soit rose, et se comporte selon sa couleur. Koki veut faire ce qui lui plaît et qui le rend heureux, qu’importe sa couleur ! « Massamba, le marchand de tour Eiffel » : arrivé à Paris au terme d’un voyage éprouvant, Massamba doit s’improviser marchand de souvenirs pour touristes. Il découvre, en vrai, la tour Eiffel dont il a tant entendu parler. « La princesse et le grand sage » : Il était une fois une princesse lasse de broder et de jouer de la musique. « Pourquoi ne suis-je pas libre comme mon frère ? » se demandait-elle. Elle entama alors un voyage périlleux à la recherche de la fleur de la liberté. Et vous en découvrirez d’autres en suivant ces liens : les éditions Talents Hauts et la boutique livres jeunesse d’Amnesty International

Autres temps de formation et d’échanges

  • Gynécologie Sans Frontières propose des modules web sur les femmes en exil. Le sujet du prochain rendez-vous : Prendre en charge le psycho-trauma des femmes en exil. Ce sera le 9 décembre. Pour s’inscrire, c’est ici !

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Fiche pratique : accompagner une personne étrangère en préfecture. Le groupe chantier des EGM consacré aux pratiques préfectorales a construit une fiche récapitulant divers conseils pour aiguiller les militant·es qui n’en ont pas l’habitude dans la préparation de l’accompagnement des personnes étrangères en préfecture. A retrouver ici .
  • « On enferme pour enfermer au centre de rétention » : à Toulouse, la Cimade multiplie les recours en justice. Enfermer au centre de rétention administrative des étrangers sans papiers, sans expulsion possible du fait de la fermeture des frontières liée à la pandémie représente pour la Cimade, qui saisit la justice, une privation de liberté abusive. A lire la suite sur le site de FranceInfo

Le Centre de Rétention de Toulouse sur la commune de Cornebarrieu • © France 3 Midi-Pyrénées

  • Asile : la France revoit sa position sur l’Afghanistan. Le 20 novembre, la Cour nationale du droit d’asile considère que la violence régnant à Kaboul ne justifie pas d’octroyer une protection internationale. Cette décision met donc fin à la jurisprudence dite « Kaboul », en vigueur depuis 2018. Celle-ci permettait jusque-là à la CNDA d’accorder une protection quasi systématique aux demandeurs d’asile afghans.A lire l’article de Julia Pascual dans le journal Le Monde et cette tribune de Adam Baczko, chargé de recherche au CNRS et Gilles Dorronsoro, professeur de sciences politiques à Paris : « Nier l’ampleur de la crise actuelle en Afghanistan et notre part de responsabilité dans celle-ci n’est ni justifiable d’un point de vue éthique ni avisé d’un point de vue politique« .

Un migrant afghan à l’intérieur d’un campement de fortune aux abords du Stade de France, le 2 novembre. Benjamin Girette pour « Le Monde »

  • Relaxé grâce à une vidéo, c’est possible ! C’était en juin 2019, le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, a relaxé Tom Ciotkowski, un militant britannique des droits de l’Homme, poursuivi pour outrage et violence sur un CRS à Calais, discréditant les témoignages de trois policiers, qui devront répondre notamment de faux en écriture.. Rappel de cette affaire . A ce jour, les violences policières peuvent être dénoncées grâce au travail des journalistes et des citoyen·ne·s, ainsi qu’à la liberté de prise et de diffusion des vidéos dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le vote de la loi Sécurité Globale par le Parlement français suscite des inquiétudes. A lire l’article du Monde

Désinfox, outils pour lutter contre les idées reçues

  • « On a tous un ami noir«  François Gemenne, directeur de l’Observatoire Hugo dédié à l’étude des migrations environnementales, publie cet essai où il propose « d’en finir avec les polémiques stériles sur l’immigration » comme On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, L’immigration coûte cher, Il faut fermer les frontières pour éviter une nouvelle crise migratoire, Si on améliore les conditions d’accueil, cela va créer un appel d’air : la question de l’immigration, omniprésente, se heurte à de nombreuses idées reçues. Ce qui contribue à libérer la parole raciste, à rendre les débats passionnels et stériles, à renforcer le caractère déshumanisant des politiques d’asile. Pour en savoir plus, c’est ici.

Pour comprendre / pour cogiter

  • Pour armer notre imaginaire dans ce contexte mortifère, découvrez ici la note de lecture réalisée par Martine sur l’ouvrage de Christiane Vollaire et Philippe Bazin : « Un archipel des solidarités. Grèce 2017-2020« 
  • « Frontières de fer, le cloisonnement du monde« . Dans ce livre, le géographe Stéphane Rosière dresse un indispensable état des lieux. Du mur que Donald Trump érige à la frontière avec le Mexique au mur de séparation édifié par Israël dans le cadre de son projet colonial en passant par les multiples murs de l’Europe forteresse, tout indique que nous assistons à un « nouveau cloisonnement du monde ». Ils sont la partie visible de systèmes de surveillance et de contrôle plus vastes. Des expérimentations de l’époque colo­niale à la création néolibérale d’un vaste marché de la sécurité, ce livre ­rappelle le coût humain des tentatives de contournement de ce monde muré. Plus d’informations sur le blog de Libération

  • La France et le Royaume-Uni s’entendent pour freiner « l’immigration clandestine » par la Manche. L’accord prévoit le doublement des patrouilles françaises à partir du 1er décembre – sans en donner le nombre précis –, qui seront appuyées de drones et de radars permettant de repérer ceux qui tentent la traversée, a déclaré Priti Patel, ministre de l’intérieur britannique, sur la chaîne BBC. Elle s’est félicitée de l’accord en déclarant qu’il permettrait aux deux pays de « partager la mission de rendre impossibles les traversées de la Manche ». Les deux pays ont accepté de dépenser 31,4 millions d’euros pour ces mesures. A lire l’article du journal Le Monde du 28 novembre
  • De Calais à Menton, une pression de tous les instants contre les personnes exilées. De Menton à Calais, des Alpes à la capitale, les bénévoles et exilés font le même récit de tentes détruites, de coups de matraque, d’insultes ou de dispersions systématiques au gaz lacrymogène. A Calais, les bénévoles en témoignent sans détours : «Le triptyque disperser, détruire et violenter, c’est ce que nous connaissons ici», pose Juliette Delaplace, du Secours catholique. «Ce qui se passait à Calais est en train d’arriver ici. Désormais, on vit la même chose à Paris, un harcèlement permanent», explique Yann Manzi, d’Utopia 56. A la frontière franco-italienne, les renvois sont quotidiens, la brutalité est fréquente. Sur la frontière briançonnaise, un collectif d’associations a relevé en 2018 des «pratiques illégales et dégradantes» des forces de l’ordre : «Refoulements de personnes exilées dont des mineurs, contrôles discriminatoires, courses-poursuites dans la montagne, propos menaçants et insultants, entraves à l’enregistrement de demandes d’asile…» A lire l’article paru dans le journal Libération du 24 novembre

A Calais, des migrants voulant rejoindre l’Angleterre bloqués par un policier en 2015. Photo Philippe Huguen. AFP

 


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

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Newsletter n°48 – Janvier 2021

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°48 // 11 janvier 2021

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

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Infos des lieux de vie

à la frontière franco-britannique

  • A Calais, 5ème arrêté d’interdiction de distribution des repas en Centre-Ville, valable jusqu’au 12 janvier. Les violences que subissent les personnes exilées sont toujours les mêmes : la survie dans la boue, les expulsions de leurs abris de fortune, leurs tentes parfois lacérées de coups de couteaux, leurs objets personnels jetés dans des bennes, les palets de lacrymo, les tirs de LBD. A retrouver dans cet article de l’Humanité

Les exilés qui s’absentent pour trouver de la nourriture prennent le risque que leurs campements de fortune soient détruits et jetés dans une benne. © David Pauwels

  • A Grande-Synthe, le 8 janvier, des associations dénoncent des contrôles au faciès par les forces de l’ordre à l’entrée du centre commercial Auchan, aboutissant à empêcher les personnes exilées d’accéder au centre commercial. Le Défenseur des droits a été saisi. Retrouvez ici des vidéos sur le compte twitter HRO, cet article de franceinfo relatant les événements, ainsi que le communiqué de presse inter-associatif dénonçant ces pratiques discriminatoires.

et ailleurs…

  • A Lille, une semaine après l’incendie qui a détruit des baraquements du camp de la friche Saint-Sauveur à Lille où survivent des personnes exilées, les associations haussent le ton en direction de la préfecture et de la ville, qu’elles accusent de rester trop « inactives » face aux besoins de relogement. Elles réclament de trouver en urgence une solution pour une soixantaine de jeunes adultes et une dizaine d’adolescents installés depuis plusieurs mois sur cette friche, dans des conditions indignes. A lire dans un article La voix du Nord

Photos Pascal Bonnière

  • A Paris, le retour d’un campement de personnes exilées boulevard de la Chapelle. Un mois et demi après la violente expulsion des personnes installées sur la place de la République, de petits groupes sont à nouveau installés dans Paris ou continuent d’errer en périphérie, au gré des évacuations et de la météo. Leur précarité est de plus en plus grande et le travail des associations presque impossible. A lire l’article de francebleu et celui du Monde
  • A la frontière italienne, depuis 2019, ni les élus, ni les associations ne peuvent entrer dans les locaux où se trouvent les personnes exilées avant leur renvoi en Italie. La préfecture des Alpes-Maritimes a notifié une nouvelle décision de refus le 30 décembre 2020 à ces associations qui dénoncent « des conditions d’accueil indignes » et demandent un droit de regard sur les conditions sanitaires au sein du poste-frontière de Menton. Me Zia Oloumi, avocat en droit de la mobilité internationale et des droits fondamentaux dénonce : « Il y a des mineurs avec des majeurs… parfois une femme avec des hommes alors que c’est interdit » . A lire l’article de Loïc Blache pour franceinfo provence alpes côte d’azur
  • En Bosnie-Herzégovine, l’enfer des personnes après l’incendie du camp de Lipa. Près d’un millier de personnes vivent depuis fin décembre dans le plus grand dénuement, par un temps glacial. Sur fond d’opposition locale, et malgré l’aide européenne, aucune solution d’urgence n’a pour l’heure été trouvée. A lire l’article de Margot Davier dans Libération

Construction d’abris temporaires le 27 décembre, après l’incendie. Photo Dado Ruvic. Reuters

Infos des assos

  • Pour la « journée internationale des migrations », le 18 décembre, le CCFD-Terre Solidaire, organisation qui soutient la PSM depuis sa création, a réalisé un podcast : Sidonie Hadoux nous y invite à partager la journée d’associations de notre réseau, qui témoignent de la situation intolérable dans laquelle sont maintenues les personnes exilées, tout en poursuivant inlassablement leur action auprès de ces personnes et en continuant d’inventer d’autres possibles. Embarquez avec elle !

Deux bénévoles se préparent à partir en maraude à la rencontre des personnes migrantes ©Sidonie Hadoux/CCFD-Terre Solidaire

  • Un concert avec la compagnie Tire-Laine à l’accueil de jour du Secours Catholique de Calais dans l’après midi du 31 décembre. Musique et goûter pour les personnes exilées.

  • Des boites cadeaux, apportées par les bénévoles du CAMO (Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham ), ce samedi 2 janvier. Les jeunes soudanais de Ouistreham, qui vivent dans un campement de fortune sur les bords du canal, ont reçu chacun ce matin-là une boite « cadeau » contenant douceurs, chocolats et autres gâteaux emballés, gants, chaussettes et surtout produits d’hygiène. Plusieurs paquets contenaient aussi des dessins d’enfants. Une dizaine de personnes de l’association SOS sans abris de Caen avaient aussi apporté des cadeaux.
  • Help 4 Dunkerque, un collectif venu en soutien aux assos de Grande-Synthe, était présent au Puythouck du 24 décembre au 10 janvier. Cette équipe d’une quinzaine de personnes est arrivée très chargée, avec des camions et véhicules remplis de dons pour les personnes exilées, collectés un peu partout en France. Ils ont aussi installé un barnum pour proposer thé, crêpes, coiffure, jeux pour les enfants et différentes animations.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Des récits de vie de personnes migrantes proposés par Marie-Odile Lainé. « En menant ce projet, je me suis très vite trouvée confrontée à la problématique de la rencontre de l’Autre, « l’étrange étranger », pour citer Jacques Prévert… Comment parler pour ceux qui viennent d’une autre culture, d’un autre climat, d’autres usages, sans se projeter, sans interpréter leurs paroles à l’aune de nos propres références et en évitant les pièges de la pitié ? » Retrouvez ici les récits de Ahmad, Mira, Moussa, Soraya et des autres.

Belles échappées

  • Le grand RECHO. Histoire(s) d’une cuisine fraternelle, de Vanessa Krycève, Valérie Sévenet Gentil et Alice Barbosa. Photographies de Alice Barbosa . À l’initiative du RECHO – association agissant pour l’inclusion des personnes exilées à travers la cuisine –, et du maire d’Arras, ce projet collaboratif a fait le pari ambitieux de réunir tous les acteurs et actrices d’un territoire autour de la question de l’accueil. Pendant 10 jours, ce lieu a réunit des communautés qui n’auraient jamais eu l’opportunité de se rencontrer. Chef.fe.s étoilé.e.s ou non, exilé.e.s, associations, artistes, étudiant.e.s, bénévoles, ensemble, ils ont ri, cuisiné, dansé, chanté, raconté, se sont mis à table et ont inventé la plus belle des recettes, celle de la fraternité. C’est la richesse et la créativité de la cuisine née de ces rencontres inédites que ce livre propose à son tour de faire partager.

Désinfox, outils pour lutter contre les idées reçues

  • Ce que les mots « réfugiés » et « migrants » révèlent de nous. Réfugié.e, migrant.e, le statut des ces personnes est-il différent ? Et que signifient ces termes pour nous ? Le discours public dominant aujourd’hui, « c’est que la plupart des demandeurs d’asile sont des faux », explique Karen Akoka, maître de conférence en sciences politiques à l’université de Nanterre. Pour aller plus loin sur ce processus de catégorisation, et sur ce qu’il dit de nous, qui posons ces étiquettes, retrouvez l’interview de Karen Akola sur franceinfo et son livre  » L’asile et l’exil, une histoire de la distinction réfugiés/migrants »

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Kit Cimade/Gisti : dématérialisation et prise de rendez-vous en préfecture. Dans cette note réactualisée en décembre 2020, la Cimade et le Gisti, expliquent pourquoi il est souvent nécessaire de saisir un tribunal pour avoir la possibilité de déposer une demande en préfecture, et comment faire ces démarches. A trouver ici
  • Dans une décision rendue le 6 janvier 2021, le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer se déclare incompétent pour trancher sur la légalité de l’expulsion du 29 septembre à Calais. Retrouvez l’information sur Passeurs d’hospitalités et franceinfo hauts de france

Lou Blaster, artiste calaisienne

  • Le tribunal administratif de Lille a rejeté, le 5 janvier, la demande de deux reporters indépendants d’enjoindre, en urgence, aux préfectures du Nord et du Pas-de-Calais de les autoriser à accéder aux différents sites où il est procédé à l’évacuation de campements. En cause, notamment, plusieurs épisodes durant lesquels les deux journalistes disent avoir été entravé dans leur travail, évoquant une atteinte grave à la liberté d’informer. Louis Witter, photojournaliste indépendant qui couvre les questions migratoires depuis 6 ans, déclarait ainsi : « Jusqu’ici, il n’y avait que deux pays qui m’avaient empêché de travailler : la Hongrie de Viktor Orban et le Maroc de Mohammed VI. Maintenant, il y a la France. » A lire cet article du journal Le monde

Pour comprendre / pour cogiter

  • L’exception Emmaüs : La loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie du 10 septembre 2018 a donné la possibilité aux 3 000 compagnes et compagnons « sans-papiers » d’Emmaüs d’obtenir une carte de séjour sur la base de leur expérience au sein des communautés. Un an et demi après l’entrée en vigueur des textes, Emmaüs France constate que leurs chances de régulariser leur situation sont très disparates en fonction des préfectures. Lire l’article de Thiphaine Guignat paru dans le plein droit n°126 du Gisti
  • Brexit et politique migratoire. Après la sortie du Royaume-uni de l’Union européenne, le règlement Dublin cesse de s’appliquer outre-Manche. Un nouveau règlement visant à remplacer Dublin n’a pas encore été trouvé. Pour l’heure, la situation est donc floue et cela pourrait être le cas pendant plusieurs mois. Infosmigrants fait le point sur les changements
  • L’Europe, mortelle forteresse. « Harcèlement des navires de sauvetage, accords avec des pays peu sûrs comme la Lybie. Sur la Manche ou en Méditerranée, le vieux continent ne cesse de renforcer la protection de ses frontières, quitte à pousser les personnes exilées à emprunter des routes toujours plus dangereuses. Souvent au péril de leur vie ». Pour lire la suite de cet article de Nelly Didelot paru dans Libération, c’est ici

Au port de pêche du quartier de Tefess, dans le village sénégalais de Mbour, à une centaine de kilomètres de Dakar, d’où partent pour l’Europe la majorité des pirogues. Photo Sylvain Cherkaoui pour Libération


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

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