A Calais, Natacha Bouchart fait des migrants une rente politique

ÉLECTIONS MUNICIPALES 2020: NOTRE DOSSIER – REPORTAGE MEDIAPART

23 FÉVRIER 2020 | PAR MORGAN RAILANE (MÉDIACITÉS)

La maire LR postule à un troisième mandat à la tête de la première ville du Pas-de-Calais. Favorite face à un RN divisé et à une gauche en reconstruction, elle a réussi à transformer la présence de migrants en atout politique… et en plantureuses subventions.

Quand, en 2008, elle monte au beffroi de Calais pour lancer la rénovation du vieil escalier en bois, Natacha Bouchart tourne un peu de l’œil. Sujette au vertige, elle reste accrochée au bras d’un journaliste mais va jusqu’au bout de la visite.

Une ténacité qui n’est pas pour rien dans une ascension politique qui n’était pas écrite. Sans diplôme – elle quitte le lycée prématurément – ni expérience professionnelle, la maire (LR) de Calais s’est imposée, en 20 ans, comme une figure majeure de la vie politique régionale.

Selon un étonnant sondage Ipsos-La Voix du Nord, elle serait en position de l’emporter dès le premier tour avec 56 % des voix, contre 25 % à la gauche et… 12 % au RN, quand ce dernier avait réuni 42 % des suffrages aux dernières européennes.

Un score trop beau pour être vrai ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle a su transformer la crise migratoire en véritable rente politique. Et que son positionnement à la fois anti-FN et ouvert au-delà de LR la rend très Macron-compatible (le mouvement du président lui a d’ailleurs apporté officiellement son soutien). Mais rien de théorique là-dedans. Plutôt des choix à l’instinct d’une politicienne de terrain, tombée « dans la marmite » quand elle était petite…

Natacha Bouchart vise un troisième mandat de maire de Calais aux municipales de 2020. © MR

Née en 1963 dans le bassin minier à Loison-sous-Lens, celle qui est encore Nathalie Keuroglanian à l’état civil, grandit dans une famille métissée : sa mère est fille d’immigrés polonais ; son père est arménien, fils d’un marchand de tissus. Gaulliste patenté, Maurice Keuroglanian est un homme influent dans les coulisses du mouvement.

Membre du Service d’action civique (SAC), l’ancienne officine des coups tordus du parti, il est également trésorier du RPR dans le Nord-Pas-de-Calais. Il siège ainsi avec tous les barons gaullistes régionaux et sa fille, encore enfant, l’accompagne parfois. « Son père était un vrai gaulliste, social, pas de droite », vante un vieux militant qui l’a côtoyé à l’époque. « Naturellement, comme tous les membres du SAC, il était armé », sourit-il. Des histoires circulent mais la discrétion est de mise…

Dans les années 1970, l’adolescente suit son papa dans les comités fédéraux du parti chiraquien. Que comprend-elle alors des secrets des hommes forts de la droite régionale ? Elle en retire peut-être le sentiment que son destin est là.

À la fin des années 1980, Maurice Keuroglanian place sa fille chez Jean-Paul Delevoye, alors maire de Bapaume et parlementaire. C’est son premier mentor en politique, celui auprès de qui elle apprend le métier. Natacha Bouchart tient le secrétariat, accueille, cale les rendez-vous, réseaute… mais reste toujours discrète.

  • Les années d’apprentissage à Calais

Quand elle arrive à Calais au début des années 1990, c’est Claude Demassieux, éternel opposant RPR au conseil municipal, qui est chargé de la cornaquer à la demande de Jean-Paul Delevoye. Il lui trouve aussi un travail, d’abord simple pionne à l’école privée Saint-Pierre qu’il dirige, avant de la bombarder responsable des ressources humaines. Natacha Bouchart est mariée depuis peu à un assureur qui vient d’Île-de-France. Le mariage dure peu.

« J’ai croisé son mari peu après son arrivée à Calais, au début des années 1990. J’ai le souvenir d’un grand et bel homme dans un costume bleu pétrole. Il n’est resté que quelques jours », nous dit une militante de l’époque. Natacha Bouchart a pourtant gardé son nom d’épouse.

Élue conseillère municipale en 2001, Natacha Bouchart avance très vite : conseillère régionale en 2004 derrière Jean-Paul Delevoye, elle réussit l’exploit, en 2008, de prendre Calais aux communistes, aux commandes de la ville depuis 37 ans. Une victoire surprise qu’elle doit au désistement en sa faveur du candidat FN François Dubout (12,5 %).

En 2011, elle devient sénatrice et abandonne la région. Écrêtée au registre de ses indemnités, conformément à la réglementation sur le cumul, elle en fait partager le surplus entre les élus de son choix. Parmi les bénéficiaires, Jacqueline Dewet, doyenne du conseil municipal… et belle-mère de Claude Demassieux. En 2014, Natacha Bouchart conserve la ville à la tête d’une liste d’ouverture. Là encore, elle profite d’une situation favorable avec une gauche divisée en deux listes qui se neutralisent (autour de 20 % chacune).

  • La « chasse gardée » des migrants

Les années qui suivent mettent Calais sous les feux de l’actualité avec le phénomène migratoire. Les exilés à Calais squattent la ville, ses usines désaffectées, ses hangars abandonnés. Natacha Bouchart lance la chasse via Facebook en appelant à la délation. Elle interdit les douches et les distributions de repas en ville, avant d’être sèchement rappelée à l’ordre par la préfecture et le tribunal.

Prospérant sur l’actualité, elle adopte des positions tranchées pour être visible. Elle y gagne son siège au Sénat… « Les migrants, c’est une chasse gardée pour Natacha Bouchart. Elle n’a jamais voulu d’un débat au conseil municipal », souligne Christophe Duffy, élu écologiste et colistier de la liste de gauche en 2020.

La solution de la maire de Calais ? « Pousser » les migrants hors du centre-ville vers les terrains vagues qui bordent la rocade portuaire et qui forment une décharge sauvage bien connue des calaisiens. Autrement dit, parquer les exilés à quelques centaines de mètres d’un port où converge la moitié des camions qui passent en Angleterre.

Jean-Marc Puissesseau, président de la société des ports du Détroit, qui gérait à l’époque l’exploitation du port de Calais en tant que président de la CCI, n’en revient toujours pas. Cela n’empêche pas Natacha Bouchart de dénoncer à longueur d’intervention la présence migratoire qui « tue l’économie locale ».

On connaît la suite : un bidonville dont la population monte jusqu’à 11 000 personnes, encadrées par plus de 2 200 CRS et gendarmes. Les barbelés poussent partout, les incidents routiers se multiplient… Natacha Bouchart est à la pointe (médiatique) du combat et devient une figure nationale. Elle harcèle les pouvoirs publics : elle veut des dédommagements.

Le 13 novembre 2015, le président de la région Daniel Percheron, les présidents des départements du Nord et du Pas-de-Calais et Natacha Bouchart signent, sous l’égide de l’État, un contrat de territoire exceptionnel. En tout, 155 millions sont mis sur la table pour aider le Calaisis.

Après avoir été rentière avec la dentelle, rentière encore avec le port et le Duty Free, Calais s’arrime à une nouvelle rente de situation grâce à la présence de migrants. Une rente qui est aussi politique.

Cette même année 2015, Natacha Bouchart est appelée par Xavier Bertrand à diriger la liste LR dans le Pas-de-Calais. L’édile coche toutes les cases : issue du même parti, adversaire déterminée du FN comme lui, et dotée d’une notoriété nationale toute fraîche. En 2015, Le Trombinoscope, l’annuaire du monde politique français, lui décerne le prix de l’élue locale de l’année. Après la victoire, elle devient vice-présidente de la région déléguée à la mer, aux ports et à la politique du littoral, et assoit encore davantage sa stature régionale.

« Elle nous saoule à la fin. Déjà qu’elle veut tout contrôler sur le littoral, elle demande tout le temps de l’argent. Y a pas que Calais dans la région », soupire l’un de ses collègues du conseil régional. En 2016, elle quitte le Sénat et déclenche une polémique en tentant de se faire embaucher comme attachée parlementaire de son remplaçant… Elle doit renoncer.

L’affaire est emblématique de son coté « culotté ». Capable de tout oser mais aussi de rentrer très vite dans sa coquille. C’est aussi vrai sur le plan personnel, où elle se montre réticente à toute confidence – sauf au journal Nord Littoral, auquel elle se livre un jour.

Son péché mignon ? Manger des coquillettes au beurre devant la télévision en pyjama. Sans complexe, on la voit aussi s’asseoir par terre dans un gymnase du Beau-Marais lors d’une battle de hip hop. Un côté nature qui la rend proche des Calaisiens. Un atout pour décrocher un troisième mandat ?

  • Rupture avec les patrons

Le phénomène migratoire, bien que plus faible qu’au temps de la Jungle, pèse toujours sur la vie locale. Mais la situation économique a repris de l’importance. Problème : Natacha Bouchart n’a plus le soutien des patrons, alors qu’ils se trouvaient au premier rang en 2008. Depuis, ils ont fortement déchanté. Ils ne s’attendaient pas à voir la fiscalité foncière augmenter. Et ils digèrent encore moins la hausse du versement transport, payé par les entreprises.

« Le taux a été porté à 2 % de la masse salariale, afin de financer un petit bateau – La Majestin – qui coûte environ un million d’euros, afin d’assurer la traversée du canal de Calais. Or il ne prend quasiment personne… », soupire un patron.

Les relations avec le port de Calais, principale activité économique de la ville, sont loin d’être au beau fixe. Alors que celui-ci a engagé le plus grand chantier d’infrastructure portuaire d’Europe pour accueillir de plus grands navires, ni la ville ni l’agglomération n’ont participé à son financement.

En revanche, Natacha Bouchart a tenté d’en retirer des recettes fiscales supplémentaires (3 millions d’euros, selon une estimation). Mais elle a perdu cette bataille face au président de la société d’exploitation, Jean-Marc Puissesseau. Il a fait valoir à Bercy que les ports ont une mission de service public et doivent donc être exonérés.

« Heureusement qu’on a eu ce rescrit [exonération – ndlr]. C’était le pic de la Jungle et le port perdait 1,5 million de voyageurs cette année-là. Mais personne ne s’est inquiété à l’époque de notre sort », tempête-t-il. Un autre patron se résigne : « Elle aurait pu apprendre, en deux mandats. Mais l’économie ne l’intéresse pas. » 

  • À la recherche d’une nouvelle rente

Quand la dentelle se meurt, Natacha Bouchart finit par en prendre acte après avoir englouti plusieurs millions d’euros en soutien au dentellier Noyon. En pure perte. « J’ai accompagné la fin d’une industrie », assume t‑elle. En matière de commerce, la maire de Calais croit toujours à l’extension de surfaces alors que la crête est déjà passée.

Le long de l’autoroute A16, les enseignes – souvent de discount – se sont multipliées. Dans le centre-ville, déjà concurrencé par le centre commercial Cité Europe qui jouxte le tunnel, les effets sont patents : des vitrines vides et des prix de l’immobilier qui se sont effondrés.

Face à cela, Natacha Bouchart ne jure que par le retour d’une autre rente : alors que le Brexit est acté, elle réclame une zone de dédouanement pour faire revivre le Duty Free. Christophe Castaner en a accepté le principe. Reste à en déterminer le périmètre. La maire, elle, rêve de l’étendre à toute la ville.

Natacha Bouchart a souvent beaucoup promis en matière économique. « 5 000 emplois directs et indirects », titrait ainsi Nord Littoral en 2008 à propos de son projet de parc d’attraction Spyland. Plus d’une décennie plus tard, ce projet maintes fois relancé, modifié, puis rabougri aura coûté, en vain, le prix de quelques études.

Aucune idée ne s’est vraiment concrétisée au cours des deux mandats de l’édile. À part, bien sûr, le fameux Dragon à 27,5 millions d’euros, déjà ausculté par Mediacités. Porteur de tous les espoirs d’attractivité de Calais, il s’accompagne de prévisions de retombées très optimistes. Mais l’utilisation de la machine s’avère plus complexe que prévu. Quelques semaines après le lancement, les points de rouille se multiplient sur la « bête », entraînant son immobilisation. La maintenance sera plus lourde que les 17 000 euros prévus au budget.

  • Un chômage toujours endémique

Sur le front du chômage, Natacha Bouchart porte en étendard depuis le début de la campagne une baisse de 30 % depuis son élection et un taux de 12,7 % de demandeurs d’emploi à la fin 2019. Sauf qu’elle se garde bien de dire que ces chiffres concernent tout le bassin d’emploi. Soit les trois intercommunalités (Calaisis, région d’Audruicq et Pays d’Opale) et pas la seule ville de Calais, pour laquelle le recueil de données s’apparente à un parcours du combattant. Il faut se plonger dans les documents de l’Insee, recouper les tendances des différents Pôles emploi et fureter du côté de l’Urssaf, où un administrateur finit par nous lâcher : « À Calais, le vrai chiffre, c’est 24,5 %. »

Le nombre de demandeurs d’emploi est quasiment stable jusqu’en 2018. La baisse se manifeste surtout en 2019 (avec 1 148 personnes en moins inscrites). Elle semble surtout être le fait de TPE-PME locales ou du port de Calais et devoir davantage à une tendance de fond nationale qu’à l’équipe municipale. Toujours est-il que cette « tendance globalement baissière », comme nous le confirme une cadre de Pôle emploi, ne change rien au constat : le chômage demeure endémique à Calais.

  • Une situation politique inédite

Politiquement, Natacha Bouchart a longtemps profité de configurations très favorables. Est-ce encore le cas aujourd’hui ? Son rival supposé le plus dangereux, le Rassemblement national, a parachuté un jeune capitaine de la Légion, Marc-Alexandre de Fleurian, attaché parlementaire d’un député européen, qui vient « par devoir » libérer les Calaisiens.

La maire en fait – comme Macron – son « meilleur ennemi », n’hésitant pas à préempter un bien immobilier que le candidat RN s’apprêtait à acheter. « Je ne veux pas du RN en plein centre-ville », se justifiait Natacha Bouchart dans Le Point.

En attendant, « l’extrême simplicité » du programme du RN se résume au slogan affiché sur un camion qui tourne dans la ville : « Bouchart = Macron ». Et à une campagne qui promet de « libérer les Calaisiens des migrants »pour résoudre tous les problèmes économiques.

Le Rassemblement national a parachuté Marc de Fleurian à Calais. © MR

Le RN transpire la confiance : « On n’a pas besoin de dire aux électeurs pour qui voter ; il suffit simplement de leur dire d’aller voter. On sait qu’ils votent pour nous dans les quartiers populaires », s’enthousiasme Philippe Olivier, ancien candidat à la députation à Calais et mari de Marie-Caroline Le Pen. Le couple s’est installé à Calais et figurera sur la liste. Mais il y a une ombre au tableau avec la tentative de constitution d’une liste dissidente d’ex-RN locaux menée par le conseiller régional Rudy Vercucque.

La gauche, à l’inverse, aborde ce scrutin sous la bannière unique du collectif Respirer 2020, derrière l’avocate et conseillère municipale communiste Virginie Quenez. « Une union des gauches et des écologistes à Calais, c’est déjà un événement considérable », insiste Francis Gest, figure historique des Verts calaisiens.

D’autant qu’elle affiche la volonté de ne pas se retirer au second tour, quel que soit le « risque » RN. Reste à savoir combien elle pèse vraiment : 35 % si l’on compte les deux listes (PCF et PS) de 2014 ? Ou moitié moins, si l’on considère le sondage le plus récent mais sujet à caution ?

Natacha Bouchart, pour s’imposer à nouveau, mise sur une liste renouvelée à 50 % et prône toujours l’ouverture. En 2008, le cocktail proposait une répartition par quarts entre candidats de droite, de gauche, du centre ou non encartés. En 2020, c’est une composition en tiers. Le premier comprend des barons et des gens « sûrs » de 2008 comme la belle-mère de Claude Demassieux.

Le deuxième regroupe des personnalités non engagées comme Ladislas Lozano, ex-entraîneur du Cruf, finaliste de la coupe de France de football il y a plus de 20 ans ; ou encore Delphine Ledoux, ex-championne de France et internationale de gymnastique rythmique.

Enfin un tiers est réservé à des politiques, y compris venus de la gauche, comme Daniel Boulogne, ex-président de la Maison pour tous et ex-attaché parlementaire du député PS de Calais Yann Capet ; ou Laurent Lenoir, ex-membre actif de la section locale du PS. La nouveauté, c’est que l’ouverture se traduit cette année par trois colistiers macronistes. Mais en l’occurrence, la maire de Calais a fait du Macron avant Macron.

Drôle d’animal politique, que Natacha Bouchart. Sa ville fait partie des cibles officielles du RN. Mais elle affiche sa sérénité. « La campagne, je la sens bien, confie-t-elle. C’est ça, une campagne, on sent les gens. C’est pas un camion dans la ville, une campagne. » Rendez-vous le 22 mars pour vérifier son intuition.

Ouistreham, 5 fois moins de migrants qu’il y a un an

A Ouistreham, il y a 5 fois moins de migrants qu’il y a un an : pourquoi ?

À Ouistreham, le nombre de réfugiés a considérablement baissé. Ils sont aujourd’hui une trentaine, contre plusieurs centaines au plus fort de la crise migratoire.

À Ouistreham le nombre de migrants qui stationnent a beaucoup baissé, de plus de 200 à 35 environ aujourd’hui.À Ouistreham le nombre de migrants qui stationnent a beaucoup baissé, de plus de 200 à 35 environ aujourd’hui. (©Archives Nicolas Claich/Liberté le Bonhomme Libre)Depuis l’été 2017 la crise migratoire est une réalité à Ouistreham près de Caen (Calvados). Cette année-là, la ville découvre que son port, qui relie Portsmouth via les navires de la Brittany Ferries, est une porte d’entrée prisée des réfugiés qui veulent se rendre au Royaume-Uni.

Essentiellement Soudanais fuyant la guerre et la pauvreté, ces (très) jeunes Africains ont délaissé Calais. D’autres ont transité par Paris, mais tous n’ont qu’un but : partir en Angleterre, ne pas rester en France. Miguel, responsable de la première heure du CAMO (collectif d’aide aux migrants de Ouistreham) estime qu’en deux ans et demi « plusieurs centaines sont passés en Angleterre. »

35 contre 200

La préfecture du Calvados n’a, elle, jamais communiqué de chiffres. En revanche aujourd’hui, les services de l’État, la municipalité et les associations d’aide aux réfugiés s’accordent sur le nombre actuel de migrants. 35 pour le CAMO (qui en comptait « 130, 160 l’an dernier ») et le maire de Ouistreham Romain Bail. Une « quarantaine, ou une cinquantaine » pour la préfecture.

« On constate une baisse globale depuis plusieurs mois », confirme Bruno Berthet, sous-préfet et directeur du cabinet du préfet du Calvados.

De multiples raisons

Là où les bénévoles et l’État se rejoignent également, c’est sur les raisons de la baisse du nombre de migrants. « Il n’y a pas d’explication immédiate », confie Bruno Berthet. « Je n’ai pas d’explications claires », abonde Miguel.

Les deux parties avancent néanmoins les mêmes pistes : « le blocage des frontières en Méditerranée ou ailleurs (CAMO) », « le contexte extérieur (préfecture) ».

La sécurisation renforcée du terminal portuaire, à la fois pour les migrants et pour préparer le Brexit est l’autre raison évoquée. Les camions dans lesquels les réfugiés tentaient de monter en pleine rue ont également vu leur sécurité renforcée.

« Les bénévoles ne lâchent rien »

Mais si le nombre de réfugiés a baissé, la crise demeure. Et comme auparavant, la maraude hivernale des services de l’État (mise à l’abri d’urgence à Caen du 31 octobre au 31 mars) n’a attiré depuis son lancement 2019 « que quelques dizaines de personnes », calcule le sous-préfet.

Les migrants en cet hiver doux préfèrent rester dehors. Les 10 couchages mis à disposition par la mairie de Lion-sur-Mer « ne sont pas toujours pleins », ajoute le CAMO.

Les bénévoles qui aident au repas, aux vêtements, à la santé, en revanche « ne lâchent rien », insiste Miguel. « Notre conviction reste profonde. » Le travail de longue haleine paye aussi :

Depuis le début de notre action, onze personnes ont obtenu leur papier de réfugiés.

Contrer le renvoi d’exilés parvenus en UK par petit bateau


Contrer le renvoi d’exilés passés en Angleterre par petit bateau

I’m getting in touch today about an issue that we have noticed recently about people who went to the UK by boat. We wondered whether l’Auberge des Migrants might be able to provide any information. We are concerned that there may be an unpublished and unlawful policy about how Dublin III is applied to people who go to the UK by boat. In particular, we have noticed that the Home Office has been relying on Article 13(2) Dublin III to remove people to France. We are looking into challenging such a policy. We wondered whether you had noticed something similar. It would be really helpful if you could provide us with further information about this. In particular, we would be interested in:

-the number of people you have worked with who have been returned to France after going to the UK by boat

-how quickly this happened/timeframes

-any other indicators/trends you have noticed regarding those who went to the UK by boat

 We would also be grateful for as many legal details as you can provide, such as what section of Dublin III the Home Office relied on to remove your clients to France (for example, Article 13(1), Article 13(2) etc). We would be eager to gather your insights on this troubling trend. We would be grateful for any information you can provide about this issue. If you prefer to speak directly, we hope to visit Calais within the coming weeks and would be happy to have a meeting. Please let me know if you have any questions about this or would like to discuss it further, as I would be happy to speak with you about it. Thank you & kind regards,

 Lily Parrott Caseworker
DDI: 02031141319
Fax: 020 7923 3320
Branch:  Harrow

projet LOVIS : mettre les voiles contre le racisme

Mettre les voiles contre le racisme – Invitation à une rencontre de préparation le 11 janvier 2020

L’AVENIR
En été 2020, le voilier LOVIS va larguer les amarres pour soutenir et mettre en lien différentes luttes antiracistes et pour la solidarité.
L’idée est de partir début juin de Hambourg, Allemagne, en suivant la côte des Pays-Bas et de la Belgique en passant par la Manche pour participer aux fêtes maritimes internationales de Brest et de Douarnenez, en juillet en France. Le long du trajet, le bateau peut être utilisé de plusieurs façons sur mer ou aux ports – comme scène, lieu de rencontre, cuisine, symbole, véhicule, etc.

Nous, le groupe de préparation ouvert, vous invitons ainsi que d’autres antiracistes, des groupes migrants & de réfugié*e*s, des activistes, musicien*ne*s, actrices & acteurs, écrivain*e*s – tou*te*s celles & ceux qui dépassent les frontières et qui œuvrent contre le racisme et pour la liberté de circulation, la décolonisation et pour des communautés solidaires. Vous êtes invité*e*s à vous joindre au processus de planification !

Venez à la rencontre de préparation le 11 janvier 2020 à Ostende/Belgique. Ou envoyez-nous vos idées sur la manière dont nous
pourrions soutenir votre groupe et qu’est-ce que vous imaginez pour l’été prochain
. Écrivez-nous, faites circuler l’information,
rassemblons-nous !

Pour tout contact : campaign@lovis.de

LE PRÉSENT

LOVIS est un vieux gréement à deux mâts de type lougre, fait 36 mètres de longueur et peut héberger 33 personnes. Toutes les voiles sont hissées ensemble et manuellement et tou*te*s participent également à la navigation, à la cuisine, au nettoyage, etc.. Le voilier LOVIS en soi est un objet qui attire l’attention et ainsi facilite le contact avec les gens qui flânent sur les quais du port. Le bateau peut être ouvert pour des visiteu*se/r*s, devient un lieu de rencontre, un espace ouvert pour des débats et un lien entre différents lieux – en général, c’est un outil utile pour rendre nos luttes plus visibles.
Nous sommes conscient*e*s que faire de la voile à bord de la LOVIS est un grand privilège mais que nous voulons partager. Nous voulons offrir le bateau comme scène et le mettre à disposition de celles & ceux qui n’ont pas encore eu accès à une telle infrastructure.

Vous trouverez plus d’informations sur le voilier LOVIS sur www.lovis.de (allemand, anglais, polonais).

LE PASSÉ
La planification de cette campagne antiraciste, prévue pour juin/juillet 2020, a démarré cet été par des visites aux camps no-border en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Mi-octobre a eu lieu un premier week-end
de mise en réseau et à la voile à Greifswald, au nord de l’Allemagne. 14 activistes de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne y
participaient avec des membres de l’équipage de la LOVIS. Lors de cette rencontre ont été échangées des premières idées, comme p. ex. :
– participer à des festivals maritimes, en tentant de les politiser
– organiser des concerts, des manifs de bateaux, des débats publics, des expositions
– utiliser la grande voile comme cinéma de plein-air
– utiliser le bateau comme support pour hisser des banderoles.

Ici, vous pouvez lire le premier appel à cette campagne : https://lovis.de/wp-content/uploads/campaign-flyer-fran.pdf

ET MAINTENANT?
Nous espérons que vous avez maintenant une petite idée de nos plans ! Quelles sont vos idées concernant le sujet ? Quelles sont vos luttes en ce moment et quels sont vos plans pour l’été prochain ? Comment cette campagne pourrait-elle soutenir vos luttes ? Pouvez-vous imaginer de vous joindre à la campagne avec une action ou un événement dans votre ville ?
Qui pourrait participer à la navigation le long de la côte ?
Connaissez-vous des groupes ou des personnes pour qui ce serait une bonne plateforme de mise en réseau ou de campagne ? Ou seule l’expérience de la voile vous intéresse ?

Pour soutenir et inclure davantage des luttes locales le long du trajet prévu, la prochaine rencontre de préparation aura lieu à Ostende/Belgique, le 11 janvier 2020. Nous espérons votre soutien !
Actuellement, nous sommes à la recherche d’un espace pour nous rencontrer.

Et enfin, même si nous essayons de les limiter, il y a quand même quelques exigences ou obstacles pour monter à bord : seuls les enfants accompagnés par une personne responsable peuvent le faire, les chiens ne sont pas acceptés, la langue principale sera l’anglais de base, il n’y a pas d’infrastructure pour les personnes à mobilité réduite. Mais contactez-nous quand même pour voir ensemble ce qui serait possible.

Les coûts (de voyage) de la prochaine rencontre seront partagés aussi solidairement que possible. L’argent ne doit pas être un obstacle à la participation : contactez-nous s’il y a un problème. Il est possible que le lieu implique d’autres exigences. Informez-nous s.v.p. si vous envisagez de participer via campaign@lovis.de

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English
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ANTI-RACIST SAILING CAMPAIGN – Invitation for preparation meeting on 11th of January 2020

THE FUTURE
In summer 2020 the sailing vessel LOVIS will go on a journey to support and connect struggles against racism and for solidarity. The idea is to sail in the beginning of June from Hamburg, Germany, along the coast of Netherlands, Belgium through the English Channel to finally participate in the international harbour festivals in Brest and Dournaenez, France in July. Along this route the ship can be used in any way either on the sea or in harbours as a stage, meeting place, kitchen, symbol, vehicle, etc.

We, an open preparation group, invite you and other anti-racist, migratory and refugee groups, activists, musicians, actors or writers –
anyone who is subverting borders and working against racism and towards freedom of movement, decolonialisation and solidary communities. Join the planning process! Come to the preparation meeting on 11th of January in Oostende Belgium. Or give us feedback about how we can support your group and the things you are already planning for next summer. Write to us, spread the word, let‘s get together!

To contact us write to: campaign@lovis.de

THE PRESENT
LOVIS is a two mast gaff-rigged sailing vessel (logger) which is 36m and provides (sleeping) space for 33 persons. All sails are managed together by hand and additionally, everyone is involved in navigation, cooking, cleaning etc. The sailing vessel LOVIS itself is an object of attention and as such facilitates access to people who are in the vicinity of the harbour. The ship can be opened for visitors, become a meeting place, an open space for discussion and a link between different spaces – overall
it is a useful tool to make our struggles more visible. We do realise that sailing with LOVIS is a huge privilege, this is why we want to share it consciously, offer the ship as a stage and put it at the disposal of those who haven’t had access to this kind of infrastructure so far.

More information about the sailing vessel LOVIS can be found on the website: https://www.lovis.de (German, English, Polish)

THE PAST
The planning of our campaign trip in June/July 2020 has started this summer with first trips to NoBorder Camps in France, the Netherlands and the UK. In mid-October there was a first networking sailing weekend in Greifswald, Northern Germany, in which 14 activists from Belgium, Germany and the Netherlands as well as crew members of the LOVIS sailing ship took part.

In this meeting first ideas were exchanged, such as
– joining and politicising harbour festivals
– organising concerts, boat demonstrations, panel discussions, exhibitions
– using the mainsail as open-air harbour cinema
– using the ship as a framework for hanging banners.

Here you can read the first call for this campaign: https://lovis.de/wp-content/uploads/campaign-flyer-eng.pdf

AND NOW?
We hope this provides you an idea of our plans! What are your ideas on this topic?
What are your struggles at the moment and plans for the summer next year?
How can the campaign support your struggles?
Can you imagine to join the campaign with a concrete action or event in your city?
Who should sail on board along the coast?
Do you know groups or people for whom this would offer a great networking and campaigning platform?
Or do you simply want to have a sailing experience?

In order to support and involve more local struggles along the route, the next preparation meeting will take place in Oostende, Belgium on 11th of January 2019. Hopefully with your support!

We try to keep them low, but there are some requirements to join. On the ship: Children only with a responsible person, main language is simple english, no dogs, not barrier-free. But contact us anyway to see what we can do together! The (travel) costs for the next meeting will be shared as solidary as possible. Please contact us in advance if you cannot raise the money. Other requirements depending on the location.

Please let us know if you plan to take part via campaign@lovis.de

Le tribunal administratif annule 3 décisions prises par la maire de Calais

La maire de Calais jugée incompétente …
… pour interdire les distributions de nourriture aux personnes exilées

Par un jugement rendu ce lundi 16 décembre 2019, le tribunal administratif de Lille a annulé trois décisions prises par la maire de Calais les 2, 6 et 9 mars 2017 dans le but d’empêcher les distributions de nourriture aux exilé·es, alors joliment qualifiées « d’occupations abusives, prolongées et répétées » de la zone industrielle des Dunes, du site du Bois Dubrulle et de la place d’Armes.

Une décision qui devrait mettre un coup d’arrêt à l’une des mesures les plus honteuses dans la panoplie des pratiques de harcèlement des personnes migrantes toujours en vigueur sur la commune.

*

Le 7 février 2017, la maire de Calais opposait un refus à la demande des associations d’être autorisées à mettre en place un nouveau lieu de distribution de repas pour les exilé·es. Par deux arrêtés des 2 mars et 6 mars, elle avait ensuite interdit « des occupations abusives, prolongées et répétées » des différents lieux où s’organisaient ces distributions dans le but d’y faire obstacle. Enfin, par une décision du 9 mars, elle avait rejeté la demande de plusieurs associations visant à être autorisées à occuper un lieu de la zone industrielle des Dunes pour y poursuivre leurs activités de distribution de vivres.

Nos associations [1] avaient alors saisi le tribunal administratif de Lille d’une requête en référé-liberté afin d’obtenir la suspension de ces décisions et d’une requête au fond tendant à obtenir leur annulation. Par une ordonnance du 22 mars 2017, le juge des référés avait ordonné leur suspension, estimant que « la maire de Calais avait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’aller et venir, à la liberté de réunion et, en faisant obstacle à la satisfaction par les migrants de besoins élémentaires vitaux, au droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants consacré par l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Dans son jugement du 16 décembre dernier, le tribunal administratif prononce cette fois l’annulation des mêmes décisions, constatant que, dans la commune de Calais, les pouvoirs de police en matière d’encadrement des rassemblements appartiennent au seul préfet et en déduisant fort logiquement que la maire « était incompétente pour prendre ces arrêtés ».

Ce rappel à l’ordre est d’autant plus opportun que la maire n’avait pas hésité, le 18 octobre dernier, à prendre un arrêté interdisant à nouveau « toutes occupations abusives, prolongées et répétées du centre-ville de Calais » visant en particulier « les distributions de repas et d’eau non encadrée (sic) organisées par quelques Associations ».

Il faudra donc que cet entêtement cesse et que la maire renonce définitivement à se fourvoyer dans des initiatives aussi indignes qu’illégales.

Le 20 décembre 2019

Associations signataires :

  • Auberge des Migrants
  • La Cabane Juridique
  • Gisti
  • Help refugees
  • Ligue des droits de l’homme
  • Médecins du monde
  • Secours Catholique
  • Utopia 56

[1L’Auberge des migrants, la Cabane Juridique, Care 4 Calais, le Gisti, Help Refugees, la LDH, Médecins du Monde, Community Refugees Kitchen, le Réveil Voyageur, le Secours Catholique et Utopia 56


					

A Grande Synthe, un modèle d’accueil malmené

Migrants : à Grande-Synthe, un modèle d’accueil malmené

Par Julia Pascual Publié dans Le Monde du 4 janvier 2020

Les associations et les proches de l’ancien maire de la ville du Nord – longtemps présentée comme un refuge pour les migrants – dénoncent la politique menée par son successeur, le socialiste Martial Beyaert.

Une famille kurde Irakienne dans un hangar où des centaines de migrants s’abritent, à Grande Synthe, le 30 décembre 2019.
Une famille kurde Irakienne dans un hangar où des centaines de migrants s’abritent, à Grande Synthe, le 30 décembre 2019. Aimée Thirion pour Le Monde

Grande-Synthe (Nord) reste-t-elle un havre pour les personnes migrantes ? La question taraude certains esprits depuis que l’ancien maire, Damien Carême, a rejoint le Parlement européen, cédant son fauteuil il y a six mois à son premier adjoint, le socialiste Martial Beyaert.

Passé du Parti socialiste à Europe Ecologie-Les Verts (EELV), maire de 2001 à 2019, M. Carême avait fait de l’accueil des migrants un marqueur politique fort, et mené une politique unique en son genre, dans cette ville littorale devenue depuis près de quinze ans une étape vers l’Angleterre. L’édile a fait de sa ville un refuge et un symbole national. Depuis sa succession, cet héritage semble voler en éclats.

Premier camp humanitaire pour réfugiés de France

M. Carême n’avait pas hésité à engager un bras de fer avec l’Etat en ouvrant avec Médecins sans frontières (MSF), en mars 2016, le premier camp humanitaire pour réfugiés de France, afin d’y accueillir plus d’un millier de Kurdes, alors relégués dans un bidonville. Le maire mettait volontiers en scène son engagement. Il avait appelé les maires de France à ouvrir des centres d’accueil dans leur commune, faisant fi de ceux qui y voyaient un risque d’appel d’air.

« Tant pis si ces décisions dérangent, écrivait M. Carême dans son livre paru en 2017, On ne peut rien contre la volonté d’un homme [Stock]. La presse me présente comme le maire des migrants et je suis fier d’avoir rendu un peu de dignité à ces femmes et ces hommes qui dormaient dans la boue sur ma commune. (…) J’ai rappelé aux Grand-Synthois que la solution choisie pouvait nous grandir aux yeux de tous ceux qui nous observent. »

La suite s’était moins bien passée. Confronté à une saturation de ses capacités et à des tensions croissantes – notamment dues à la présence de réseaux de passeurs –, le camp avait été ravagé par un incendie en avril 2017. M. Carême avait alors, à l’hiver suivant, ouvert un gymnase pour y mettre à l’abri d’une tempête de neige une centaine de migrants. Il avait réitéré l’opération à l’hiver 2018, cette fois sans obtenir le soutien de l’Etat.

A quelques mois des municipales, la tension entre M. Carême et son successeur est montée d’un cran. L’ancien maire a choisi de soutenir une liste dissidente, contre son ancien premier adjoint. Dans son bureau, il se défend d’avoir fait de Grande-Synthe une ville moins accueillante. Elle l’est « ni plus, ni moins qu’avant », estime M. Beyaert. Dans un exercice d’équilibre inconfortable, le socialiste de 47 ans, qui brigue une réélection, tente de s’inscrire dans la continuité d’une politique qu’il a accompagnée, tout en s’affranchissant d’un prédécesseur qui l’a désavoué.

« On ne l’entend plus, il ne fait rien »

En septembre, l’élu a signé, au côté de douze autres maires, l’appel dénonçant la « situation indigne » des campements de migrants. « Mais depuis, on ne l’entend plus et il ne fait rien »,considère Claire Millot, de l’association Salam, qui distribue des repas à Grande-Synthe et Calais. « On a eu deux contacts à son arrivée mais depuis, c’est silence radio, malgré nos relances et alors qu’on avait de bons contacts avec l’ancienne équipe », abonde Karim (le prénom a été modifié), membre de l’association locale Solidarity Border.

Près du site de l’ancien camp humanitaire, sous des hangars éventrés et abandonnés qui servaient autrefois de lieux de stockage de lin, des centaines de migrants – kurdes en majorité – campent actuellement dans des tentes et au milieu des gravats de béton et des ordures. Il y a ce jour-là plusieurs familles, dont une avec un bébé de quatorze jours à peine. Tous ont l’Angleterre en ligne de mire.« Parce que le système y est meilleur », se sont laissé convaincre Hedi et Truska, un couple de Kurdes iraniens originaires de la région de Sardasht. « Parce qu’il y a beaucoup de travail », assure Falah, originaire de Souleimaniye, la deuxième ville du Kurdistan irakien, et qui a des amis « livreurs, barbiers, employés de restauration ou encore laveurs de voiture » en Angleterre. En l’espace d’un mois, l’homme de 25 ans dit avoir déjà tenté onze fois de se cacher dans des camions pour passer outre-Manche.

Immobile devant un petit feu de bois de palettes qui réchauffe l’eau d’une future toilette, un Syrien pleure en regardant une photo de ses enfants sur son téléphone, restés dans la région kurde du Rojava, il y a trois mois. « C’est compliqué de passer, mais après, si Dieu le veut, tu gagneras les papiers et tu feras venir ta famille », le rassure un Irakien.

« Dans la boue au milieu des rats »

Outre ces hangars, le tout proche bois humide du Puythouck abrite aussi des campements. En octobre, la ville a fait installer à proximité une benne à ordures ainsi qu’une auge métallique surmontée de quelques robinets d’eau. Reza et Farad s’y rendent tous les soirs pour remplir des bidons afin de se laver et cuisiner. « Il n’y a pas de toilettes ni de douche », fait remarquer Claire Millot. « Ils vivent dans la boue et [au milieu des] rats, ajoute le membre de Solidarity Border. Et il fait entre 0 °C et – 1 °C la nuit. »

Sollicitée, Anne Peny, secrétaire générale de la sous-préfecture de Dunkerque, parle pourtant d’une « situation maîtrisée » et estime que 300 personnes migrantes se trouvent actuellement à Grande-Synthe. « Les arrivées augmentent, on est autour de 800 personnes », croit plutôt Karim, de Solidarity Border. Une évaluation que ne dément pas le maire. Ces chiffres approchent ceux atteints à l’automne, lorsque un millier de personnes campaient à l’intérieur et surtout autour d’un gymnase mis à disposition par l’ancien maire. Le site avait alors été évacué et les gens mis à l’abri.

« C’EST À L’ETAT DE PRENDRE SES RESPONSABILITÉS », SE JUSTIFIE LE MAIRE MARTIAL BEYAERT.

Aujourd’hui, et malgré l’hiver, Martial Beyaert n’a pas l’intention de rouvrir un lieu semblable. « C’est à l’Etat de prendre ses responsabilités », se justifie-t-il. Beaucoup y voient la preuve d’une rupture avec la politique menée jusque-là. L’élu revendique d’ailleurs le fait d’avoir pris le contre-pied de son prédécesseur en « reprenant contact avec les services de l’Etat », dès son élection le 3 juillet.

« Avec M. Beyaert, on est revenu à des relations normales, constructives et appréciées de part et d’autre », souligne Anne Peny. « Le préfet de région a pris le pouvoir grâce à un maire plus conciliant », estime plutôt Olivier Caremelle, ancien directeur de cabinet de M. Carême. « Une stratégie à la calaisienne est en train de se déployer », ajoute-t-il, en référence aux opérations quotidiennes de démantèlement de campements menées par les autorités dans la ville voisine de 30 kilomètres, dans le but d’en chasser les migrants, qui reviennent pourtant aussitôt les opérations de police achevées.

Les détracteurs du nouveau maire veulent aussi pour preuve du changement de ligne les opérations municipales de déboisage dans la zone du Puythouk pour empêcher, selon eux, les migrants de s’installer. Par ailleurs, depuis plusieurs semaines, la police municipale chasse ceux qui s’abritent sous quelques ponts de la ville. « [Le maire] a même été demander au service technique de la ville d’évaluer le coût de la pose de grilles », assure un ancien proche de M. Carême, qui y voit une « stratégie purement électorale », à trois mois des municipales.

Sous l’un de ces ponts, un groupe de Syriens s’apprête justement à passer la nuit. « La police vient tous les matins et nous donne des coups de pied pour nous réveiller et nous dire de partir », assure Wael. Lui a un frère qui vit depuis six ans en Grande-Bretagne.

« Moi aussi je suis un humaniste »

« Moi aussi, je suis un humaniste, se défend pourtant M. Beyaert. Moi aussi, je dénonce les accords du Touquet [traité franco-anglais relatif à la surveillance de la frontière], mais ce sont des grandes paroles… S’il y avait une recette magique, ça se saurait, et force est de constater que [Damien Carême] n’a pas réussi sur ce dossier. On a toujours eu des camps de la honte. »

Le socialiste se dit favorable à ce que l’Etat suspende sur le territoire l’application du règlement de Dublin pour inciter les migrants à demander l’asile en France, sans craindre d’être renvoyés vers l’Etat membre de l’Union européenne où leurs empreintes ont été enregistrées. C’est le cas aujourd’hui de nombreux migrants sur le littoral, qui croient que l’Angleterre se montre plus souple que ses voisins.

M. Beyaert regrette aussi que « les solutions d’accueil [proposées par l’Etat] se fassent en dehors de la bande littorale », poussant les migrants à les refuser. « Nous faisons des mises à l’abri quotidiennes, de dix, vingt ou trente personnes, mais nous avons des refus trop régulièrement », reconnaît Anne Peny. « De toute façon, les gens ne veulent pas rester, rappelle Karim, de Solidarity Border. Ne serait-ce que parce qu’ils ont déjà payé leur passage. »

A Bruxelles, un centre d’hébergement pour les migrants en transit

A Bruxelles, un refuge pour les migrants chassés de Calais

Le centre d’hébergement de la Porte d’Ulysse a ouvert en 2015 contre l’avis des nationalistes flamands alors au gouvernement. Malgré ses 350 lits, le lieu n’est pas toujours en mesure de répondre à l’urgence.

Au centre d’hébergement  « La Porte d'Ulysse » à Haren, près de Buxelles, en février 2018. Au centre d’hébergement  « La Porte d’Ulysse » à Haren, près de Bruxelles, en février 2018. LAURIE DIEFFEMBACQ / BELGA/AFP

Pour lui, la Belgique n’est qu’une étape. Ahmed, jeune Syrien de 23 ans, s’étire sur le canapé élimé de la Porte d’Ulysse, un centre d’hébergement d’urgence spécialisé dans l’accueil des migrants « en transit », situé au nord-est de Bruxelles. Cela fait bien longtemps qu’il a quitté son pays. « Peut-être quatre ans », estime-t-il, les yeux dans le vague. Longtemps bloqué en Turquie avec sa femme et ses enfants, Ahmed a décidé, en septembre dernier, de partir en éclaireur vers l’Europe, avec un seul objectif en tête : gagner le Royaume-uni.

Depuis, l’exilé syrien erre entre Dunkerque, Calais, Bruxelles et les autoroutes de Wallonie, dans l’espoir de se faufiler dans un camion qui traversera la Manche. Il a déjà tenté le passage « une vingtaine de fois ». « La prochaine fois, j’essaierai en bateau », lance-t-il sans trop y croire car la traversée est risquée et difficile : soixante et onze migrants qui tentaient de passer la Manche sur différentes embarcations ont été interceptés et pris en charge, jeudi 26 décembre au petit matin, par les autorités françaises et britanniques.

La Porte d’Ulysse, Ahmed ne la fréquente qu’occasionnellement, comme un lieu de repli stratégique. « Je reviens ici quand je n’en peux plus de dormir dans des maisons abandonnées à Dunkerque. Ici, c’est plus sécurisé, il fait chaud et il y a un lit. Lorsque c’est complet, je dors dans le parking du Décathlon, juste à côté. » Car ce centre, malgré ses 350 couchages, n’est pas toujours en mesure de répondre à l’urgence. « Ces jours-ci, environ 950 personnes par nuit ont besoin d’un hébergement », estime Mehdi Kassou, porte-parole de la plate-forme citoyenne initiatrice du projet.

Une bataille entre région et fédéral

A 19 h 30, une foule d’hommes de tous âges attendent en file devant l’entrée de la Porte d’Ulysse. C’est l’heure de l’ouverture. Un par un, les migrants, préenregistrés, entrent calmement dans « le camp » et se saisissent de draps propres. Ils gagnent l’un des six étages du bâtiment et s’installent dans de vastes dortoirs de 75 places. A l’heure du dîner, c’est un va-et-vient permanent qui rythme la vie du centre.

Sous les quelques guirlandes décolorées accrochées au plafond, les migrants semblent apprécier des restes du repas de réveillon. L’atmosphère est plutôt calme. On est ici pour reprendre des forces. Parmi les pensionnaires de la Porte d’Ulysse, 87 % ont comme première intention de se rendre au Royaume-Uni. D’autres voudraient s’extirper du règlement dit de « Dublin », qui les contraint à demander l’asile dans le pays de leur entrée dans l’Union européenne. Un dispositif contesté qui les destine à un transfert, souvent vers l’Italie.

A la consigne, comme à la buanderie et en cuisine, des bénévoles s’activent aux côtés des salariés. Leur place y est essentielle car la Porte d’Ulysse est née dans le giron d’un groupe apparu spontanément : la plate-forme citoyenne de soutien aux réfugiés, créée en 2015 pour venir en aide aux milliers de réfugiés syriens qui débarquaient à Bruxelles et dormaient dehors, dans le parc Maximilien, proche de la gare du Nord.

Au fil des mois, après 2015, le public de migrants présents dans ce secteur de la ville a changé. Les demandeurs d’asile ont trouvé des places dans le réseau d’accueil et d’autres exilés ont afflué vers le parc. Des migrants sans solution, souvent en attente d’un passage vers l’Angleterre et lassés de la vie à la dure dans le Calaisis.

En 2017, face au désastre humanitaire en plein centre de Bruxelles, des milliers de Belges membres de la plate-forme ont accueilli chez eux ces exilés. « Plus de neuf mille personnes ont ouvert leur foyer. Cela a permis de prendre en charge jusqu’à six cents personnes par nuit », se souvient Mehdi Kassou, qui, au même moment, réclamait que le gouvernement belge s’implique pour trouver une solution.

De 2014 à 2018, la coalition dirigée au niveau fédéral par Charles Michel incluait cependant les nationalistes flamands de la NVA. L’un des leurs, Theo Francken, le secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration, n’a cessé d’enchaîner les piques provocantes contre la plate-forme et ses initiatives suspectées de créer un « appel d’air ». « Vu l’absence totale d’implication du gouvernement, nous avons dû prendre le relais », explique-t-on au cabinet de Rudi Vervoort, ministre-président socialiste de la région bruxelloise. La région et la ville de Bruxelles ont débloqué des moyens pour que la Porte d’Ulysse voit le jour – 3,3 millions d’euros en 2019.

Six rescapés dans la nuit

Il est presque 22 heures, un groupe d’Erythréens termine son repas. Ashenafi, le plus âgé, jure qu’il aurait aimé demander l’asile en Belgique. « Mais l’administration est contre nous, croit-il. C’est pour ça que nous allons en Angleterre. » Face à la désinformation des passeurs, les travailleurs de la Porte d’Ulysse donnent des éléments objectifs. Le premier d’entre eux : 92 % des demandeurs d’asile érythréens ont obtenu une protection, en 2018, en Belgique.

Mais peu importe. Tafari, jeune homme de 19 ans, l’affirme haut et fort : « J’essaierai jusqu’au bout. » Il enchaîne les verres de soda, sous l’œil amusé de ses amis. « Il me faut de l’énergie. » Le carburant pour enjamber la Manche. Il a déjà tenté sa chance si souvent, s’est fait arrêter à Calais, avant d’être relâché. Sa volonté reste intacte. Après tout, ces péripéties ne sont que des broutilles face aux deux années passées dans une prison libyenne. « J’y ai perdu des amis », murmure-t-il, le regard vers le sol.

Il est 22 heures, le « refuge » n’est pas plein. Six places sont vacantes. Alors Simon Franssen et Félix Hottet, salariés de la Porte d’Ulysse, prennent le volant de leur camionnette. Direction le parc Maximilien, pour « trouver des gens ». A l’approche du véhicule, une trentaine de migrants jaillissent d’un abribus. C’est la bousculade. En ce 25 décembre, le thermomètre n’affiche que 2 degrés. Les trente hommes jouent des coudes. Simon Franssen hausse la voix : « Nous n’avons que 350 lits, pas un de plus, je suis désolé ». « Si c’est pour nous faire ça, autant ne pas venir », assène, les yeux rouges, un jeune homme dans le brouillard. Il a compris que, pour son groupe, il n’y aura pas de solution. Ils devront dormir dehors, à l’exception des six chanceux convoyés vers la Porte d’Ulysse.

A leur arrivée, quelques personnes devisent encore dans le salon. Un Guinéen qui refuse son transfert vers l’Italie. Un Yéménite qui n’a toujours pas demandé l’asile et s’interroge sur l’opportunité de suivre son frère outre-Manche. Un Syrien qui ne rêve que de Londres. Tous partagent une conviction : le sentiment d’être piégés dans ce coin du continent, à quelques encablures de leur objectif fantasmé. Et tous s’offrent quelques nuits de répit, dans cet abri imparfait, avant de sauter vers l’inconnu.

Soutien aux expulsé.es et inculpé.es du 5*, les 11 et 12 janvier à Lille

Nous, différents collectifs et individus, vous invitons à un week-end de soutien aux expulsé.es et inculpé.es du 5* les 11 et 12 janvier 2020 à Lille.

La journée commencera à 15h au parc des Olieux par une DÉAMBULATION en fanfare dans le quartier de Moulins pour arriver à 16h30-17h devant l’ancien squat 5* où un goûter/pizza/open mic’ nous attendra. Il y aura des tables de presse et des prises de parole. Le soir, à partir de 20h30, le CCL nous accueillera pour des concerts avec Mirles et Krondstadt ; des dj set et open mic’ avec DJ Dirty Berlin et DJ Hope.Le dimanche, on t’invite à une FRITES PARTY à 13h12, ainsi qu’à la réunion hebdomadaire du collectif des Olieux, au 32 rue d’arras

À Lille le 4 juin dernier, sur ordre du préfet du Nord, quelques 200 CRS ont violemment expulsé des personnes exilées qui occupaient un ensemble de bureaux et hangars, surnommé ironiquement le 5 étoiles.
Cet espace était squatté par environ 250 personnes en grande majorité exilées mais aussi par des sans-abri.Tous et toutes sont arrivé.es là car le Département et l’État refusent de leur donner un hébergement durable et décent.
Ces institutions profitaient sans scrupule de ce lieu ouvert pour y envoyer les personnes exilées qui se présentaient dans leurs services.
Particulièrement brutale, cette expulsion s’est soldée par la rafle et la déportation de 178 habitant.es. Une cinquantaine d’exilé.es ont été enfermé.es en centres de rétention administratif (CRA) et les autres ont été réparti.es aux quatre coins de la région, dans des lieux pourris qu’ils nomment «foyers».
Isolé.es, éloigné.es de leurs ami.es, de leurs soutiens. Loin aussi des lieux où ils avaient l’habitude de s’organiser ou de défendre leurs droits.
Lors de l’intervention policière, 16 soutiens ont été arrêté.es et placé.es 36 heures en garde à vue. Inculpé.es pour attroupement illégal (16/16), dissimulation du visage (6/16), violences aggravées (4/16) et refus de signalétique (14/16).
Le dossier judiciaire n’ayant toujours pas été transmis à leurs avocat.es, le procès initialement prévu à Lille le 16 janvier 2020, sera probablement reporté à une date ultérieure.
Dans cette mascarade, ce qui est important, ce n’est pas le procès concernant les 16 inculpé.es, mais l’intimidation et le traitement réservé à l’ensemble des habitant.es et aux soutiens du 5*.
Nous sommes conscient.es qu’à travers les expulsions et les procès comme ceux-ci, ce sont aussi nos solidarités et nos luttes qui sont visées.
Nous continuerons à dénoncer et à refuser ces pratiques de contrôles administratifs et policiers qui visent à précariser, exploiter, violenter, enfermer et expulser.
Nous pensons qu’il est urgent et important de construire et renforcer les liens entre collectifs et individus impliqués dans les luttes des exilé.es, d’échanger et de s’organiser au-delà de nos localités respectives.
Cette idée trotte dans nos têtes depuis un moment, mais pris dans l’urgence du quotidien, nous ne l’avons encore jamais concrétisée. Ce procès et les enjeux qu’il soulève nous semble une bonne occasion pour vous proposer une première rencontre, pour entamer une discussion, échanger sur nos pratiques…
Partout chez nous!

Pour plus d’informations sur le collectif des Olieux et l’expulsion du 5*, voir sur le site olieux.herbesfolles.org les communiqués n° 63 et 64.

Communiqué de presse – Jugement du 16 décembre 2019 déclarant la mairie de Calais incompétente pour des arrêtés anti-distribution

La maire de Calais jugée incompétente …
… pour interdire les distributions de nourriture aux personnes exilées

Par un jugement rendu ce lundi 16 décembre 2019, le tribunal administratif de Lille a annulé trois décisions prises par la maire de Calais les 2, 6 et 9 mars 2017 dans le but d’empêcher les distributions de nourriture aux exilé·es, alors joliment qualifiées « d’occupations abusives, prolongées et répétées » de la zone industrielle des Dunes, du site du Bois Dubrulle et de la place d’Armes.

Une décision qui devrait mettre un coup d’arrêt à l’une des mesures les plus honteuses dans la panoplie des pratiques de harcèlement des personnes migrantes toujours en vigueur sur la commune.

*

Le 7 février 2017, la maire de Calais opposait un refus à la demande des associations d’être autorisées à mettre en place un nouveau lieu de distribution de repas pour les exilé·es. Par deux arrêtés des 2 mars et 6 mars, elle avait ensuite interdit « des occupations abusives, prolongées et répétées » des différents lieux où s’organisaient ces distributions dans le but d’y faire obstacle. Enfin, par une décision du 9 mars, elle avait rejeté la demande de plusieurs associations visant à être autorisées à occuper un lieu de la zone industrielle des Dunes pour y poursuivre leurs activités de distribution de vivres.

Nos associations [1] avaient alors saisi le tribunal administratif de Lille d’une requête en référé-liberté afin d’obtenir la suspension de ces décisions et d’une requête au fond tendant à obtenir leur annulation. Par une ordonnance du 22 mars 2017, le juge des référés avait ordonné leur suspension, estimant que « la maire de Calais avait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’aller et venir, à la liberté de réunion et, en faisant obstacle à la satisfaction par les migrants de besoins élémentaires vitaux, au droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants consacré par l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Dans son jugement du 16 décembre dernier, le tribunal administratif prononce cette fois l’annulation des mêmes décisions, constatant que, dans la commune de Calais, les pouvoirs de police en matière d’encadrement des rassemblements appartiennent au seul préfet et en déduisant fort logiquement que la maire « était incompétente pour prendre ces arrêtés ».

Ce rappel à l’ordre est d’autant plus opportun que la maire n’avait pas hésité, le 18 octobre dernier, à prendre un arrêté interdisant à nouveau « toutes occupations abusives, prolongées et répétées du centre-ville de Calais » visant en particulier « les distributions de repas et d’eau non encadrée (sic) organisées par quelques Associations ».

Il faudra donc que cet entêtement cesse et que la maire renonce définitivement à se fourvoyer dans des initiatives aussi indignes qu’illégales.

Le 20 décembre 2019

Associations signataires :

  • Auberge des Migrants
  • La Cabane Juridique
  • Gisti
  • Help refugees
  • Ligue des droits de l’homme
  • Médecins du monde
  • Secours Catholique
  • Utopia 56

[1L’Auberge des migrants, la Cabane Juridique, Care 4 Calais, le Gisti, Help Refugees, la LDH, Médecins du Monde, Community Refugees Kitchen, le Réveil Voyageur, le Secours Catholique et Utopia 56