Communiqué des EGM

 

États généraux des Migrations

Opposés au projet de loi Asile et Immigration, les acteurs des États Généraux des Migrations appellent à une politique migratoire radicalement différente.

Les collectifs citoyens et les associations, nationales et locales, impliqués dans le processus des États Généraux des Migrations appellent les députés à rejeter le projet de loi Asile et Immigration discuté à partir du 16 avril, et à réfléchir d’urgence à une politique migratoire radicalement différente.

Alors que les députés s’apprêtent à débattre dans l’Hémicycle du projet de loi « Asile et Immigration », les centaines d’acteurs de la société civile réunis dans le processus des États Généraux des Migrations alertent collectivement sur les conséquences prévisibles des dispositions de ce projet de loi qui durcit les conditions d’accès à l’asile, et qui a pour objectif principal de faciliter les expulsions des personnes déboutées ou sans titre de séjour. Ce projet de loi va porter atteinte aux droits fondamentaux de personnes vulnérables qui, dans leur immense majorité, ont mis leur vie en péril pour fuir des situations de conflits ou de violence, dans l’espoir d’une vie plus sûre et plus digne. Au-delà, cette réforme stigmatise l’ensemble des personnes étrangères venant en France, aggravant les soupçons permanents à leur encontre, les privant de droits élémentaires et de conditions d’accueil dignes.

Pour manifester publiquement leur profond désaccord avec l’esprit et le contenu de ce projet de loi et « résister à bras ouverts », les acteurs des EGM appellent à des mobilisations citoyennes dans toute la France entre le samedi 14 et le jeudi 19 avril. Une manifestation est aussi organisée à Paris le dimanche 15 avril à l’initiative du BAAM et de dizaines d’organisations d’Île-de-France, et le lundi 16 avril de 12h30 à 14h place Édouard Herriot à côté de l’Assemblée nationale.

Les membres des EGM regrettent à nouveau que le président de la République et le Gouvernement aient refusé d’ouvrir un dialogue sincère et attentif avec les acteurs de la société civile qui sont engagés au quotidien auprès des personnes migrantes et invitent vivement les autorités à écouter les recommandations qui émergeront au travers des cahiers de doléances des États généraux.

Depuis son lancement, en effet, le processus des EGM a permis l’organisation de plus de 75 assemblées locales, à l’échelle de villes, de départements, de régions (voir la carte sur le site eg-migrations.org). Au total ce sont déjà des centaines d’associations et des milliers de citoyens et citoyennes qui, sur l’ensemble du territoire, élaborent des propositions en vue d’une politique migratoire alternative.

Ces propositions feront l’objet d’une synthèse et d’une première assemblée plénière des États Généraux des Migrations qui se tiendra en région parisienne les 26 et 27 mai 2018.

13 avril 2018

FAS // Circulaire Collomb : les précisions du Conseil d’Etat

http://www.federationsolidarite.org/champs-d-action/hebergement-logement/8711-circulaire-collomb-les-pr%C3%A9cisions-du-conseil-d%E2%80%99etat-2

Dans un arrêt rendu le 11 avril 2018, le Conseil d’Etat a statué au fond sur le recours déposé par 28 associations contre la circulaire “Collomb” relative à l’examen du droit au séjour des étrangers dans l’hébergement d’urgence. Il reprend pour l’essentiel sa décision rendue en référé le 20 février 2018.

Les associations requérantes contestaient l’intervention au sein des centres d’hébergement d’équipes composées d‘agents de l’Etat et chargées de recenser et de contrôler le droit au séjour des personnes en situation de détresse qui y sont accueillies.
Le Conseil d’Etat rejette le recours tout en précisant l’interprétation qu’il convient de faire de cette circulaire.
Cette décision pose ainsi les principes qui doivent être respectés par ces équipes, et sans lesquels ces interventions dans les centres d’hébergement seraient illégales.

1 – La circulaire ne « confère aucun pouvoir de contrainte aux agents chargés de se rendre dans les lieux d’hébergement, que ce soit à l’égard des personnes hébergées ou des gestionnaires des lieux d’hébergement

Le Conseil d’Etat lève l’ambiguïté du texte et considère que la circulaire « ne saurait […] constituer un titre pour pénétrer dans des locaux privés hors le consentement des personnes intéressées » et que ces équipes « sont exclusivement chargés de recueillir, auprès des personnes hébergées qui acceptent de s’entretenir avec elles, les informations que ces personnes souhaitent leur communiquer ».
En conséquence :
–    L’entrée dans les centres d’hébergement, qui sont des lieux privés, implique l’accord préalable des gestionnaires de ces établissements.
–    les personnes hébergées sont libres d’accepter l’entretien et l’examen de leur droit au séjour par les agents de l’OFII et des préfectures.
Les interventions des équipes ne pouvant légalement être contraignantes, le conseil d’Etat considère qu’il n’y a donc pas d’atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale et en particulier au droit à la protection du domicile.

2 – La circulaire ne fait que rappeler la possibilité pour l’Etat de reconduire les personnes faisant l’objet d’une OQTF selon les procédures légales

Pour le Conseil d’Etat, en précisant que « les personnes de nationalité étrangère qui ont fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français se verront proposer une aide au retour et, à défaut de départ volontaire du territoire, devront être orientées vers un dispositif adapté en vue de leur départ contraint », la circulaire ne fait que rappeler la possibilité pour l’Etat d’obliger, « dans le respect des règles applicables en la matière »,.des étrangers qui ne sont pas autorisés à séjourner régulièrement en France à quitter le territoire français.
Dès lors qu’ils ont accepté les entretiens avec les agents de l’OFII et des préfectures, les étrangers sans droit au séjour peuvent légalement faire l’objet d’une reconduite à la frontière et être placés en centre de rétention.
Il n’y a donc aucune atteinte au principe d’inconditionnalité de l’accueil dans le dispositif d’hébergement d’urgence, ni aux règles prévues par le code procédure pénale en matière de contrôle d’identité et de vérification du droit au séjour.

3 – La circulaire n’a ni pour objet ni pour effet de dispenser les services de l’Etat du respect de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978

Le Conseil d’Etat considère que la circulaire ne prévoit pas la transmission par les gestionnaires des structures d’hébergement d’informations nominatives aux agents de l’administration. Il précise par ailleurs que le traitement des données personnelles par les agents des équipes doit nécessairement respecter les principes prévus par la loi informatique et libertés (autorisation de la CNIL, information des personnes sur la finalité du traitement et leurs droits, sécurisation du traitement etc).
Le Conseil d’Etat apporte des éclaircissements au texte initial. Il n’y a pas de recensement de l’ensemble des personnes hébergées. Seules les données que les personnes rencontrées acceptent de communiquer elles-mêmes peuvent être collectées par les agents de l’OFII et des préfectures.
Par conséquence, le Conseil d’Etat considère qu’il n’y a pas d’atteinte au droit des personnes hébergées à la protection de leurs données personnelles

4 – La circulaire ne modifie pas les conditions de fonctionnement des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS)

Le Conseil d’Etat indique, enfin, que la circulaire n’apporte pas de modifications aux conditions techniques minimales d’organisation et de fonctionnement des CHRS. Un décret en Conseil d’Etat n’était donc pas nécessaire.

La Fédération des acteurs de la solidarité demande au gouvernement d’appliquer scrupuleusement ces principes protecteurs des droits fondamentaux des personnes et des prérogatives des associations qui les accompagnent.
Cette décision implique également une vigilance particulière des associations et des organismes gestionnaires de centre d’hébergement quant à l’information des personnes hébergées de nationalité étrangère qui sont sans droit au séjour ou qui font l’objet d’une OQTF. Pour leur permettre de consentir librement à l’examen de leur droit au séjour, elles doivent bénéficier d’une information claire quant à ses suites possibles et notamment au risque d’un éloignement forcé du territoire.

Lien vers :

NouvelObs // La police française accusée d’avoir falsifié les dates de naissance de deux migrants mineurs

https://www.nouvelobs.com/societe/20180412.OBS5097/la-police-francaise-accusee-d-avoir-falsifie-les-dates-de-naissance-de-deux-migrants-mineurs.html

La police française accusée d'avoir falsifié les dates de naissance de deux migrants mineurs
Un migrant enveloppé dans une couverture regarde près du camp de migrants “Jungle” à Calais, dans le nord de la France, le 27 octobre 2016. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

La Commission européenne et le ministère de l’Intérieur italien ont été saisis par sept ONG transalpines.

L’histoire est à peine croyable. Selon des ONG italiennes, citées par le “Guardian” qui publie ce jeudi 12 avril un article à charge, des policiers aux frontières français auraient falsifié l’acte de naissance d’au moins deux migrants mineurs non accompagnés afin de leur refuser l’entrée sur le territoire. La Commission européenne et le ministère de l’Intérieur italien ont été saisis par sept associations transalpines.

“Nous avons vu les policiers”

Le droit européen garantit aux migrants mineurs isolés, voyageant seuls, une protection et la possibilité de rejoindre un membre de leur famille installé dans un des Etats membres. Les migrants doivent alors prouver leur identité et leur âge aux autorités du pays dans lequel ils se trouvent. S’ils ont moins de 18 ans, ils doivent pouvoir bénéficier des droits relatifs aux mineurs. Pour pouvoir refuser l’entrée du territoire français à au moins deux mineurs, des policiers français auraient ainsi falsifié leur date de naissance.

C’est à la frontière franco-italienne, dans la ville de Vintimille, que les deux mineurs qui tentaient de rejoindre la France ont été stoppés par la police. Daniela Ziterosa, juriste pour l’ONG Intersos, raconte au “Guardian” :  “Nous étions là par hasard et nous avons vu deux mineurs, que nous connaissions bien, se faire arrêter par la police française.”

La juriste poursuit :

“Nous avons alors vu les policiers écrire une date de naissance erronée sur le document ‘refus d’entrée sur le territoire’. Un des enfants a pris une photo du document, on peut y voir que la date de naissance d’origine a été modifiée.”Le mineur qui a pris la photo est né en Erythrée, en Afrique de l’Est, le 1er octobre 2001. La date inscrite sur le formulaire est celle du 1er janvier 2000.

Le jeune voulait passer par la France pour tenter de rejoindre la Suède, où son frère est installé.

L’ONG finit par faire le poids face à la police :

“Nous avons réussi à empêcher leur renvoi et les Français les ont finalement acceptées.”Selon le “Guardian”, la police française n’a pas encore souhaité commenter l’affaire.

L'Obs

Rapport d’activité de l’OFPRA

https://www.ofpra.gouv.fr/fr/l-ofpra/actualites/publication-du-rapport-d-activite-6

Le rapport de l’OFPRA 2017 est en ligne.

ra_ofpra2017_web_0604

Il y a plusieurs données spécifiques aux demandes d’asile des femmes et des violences subies par les demandeuses d’asile, notamment à retrouver en annexe.

C’est assez intéressant à parcourir. Nous avons essayé d’extraire les données qui peuvent nous intéresser plus particulièrement :

100 800 demandes d’asile introduites, + 17,5% de demandes en 2017

115 000 décisions prises

Augmentation des demandes des Mineur.e.s Non Accompagné.e.s

Les demandes sont traitées de + en + rapidement, délais proches de l’objectif des 3 mois prévus dans la loi de juillet 2015 sur l’asile

Trentaine de missions foraines (en dehors des locaux de l’OFPRA)

1ères nationalités de demandes :

1 ère : Albanie , 2ème : Afghanistan, 3ème : Haiti, 4ème : Soudan , 5ème : Guinée, 6ème Syrie

34,7 % sont des demandeuses d’asile

39% des demandeurs – euses sont des personnes placées en procédures accélérées (parce que provenant d’un pays d’origine sur, demande tardive…)

 

L’OFPRA détaille les profils des demandeurs d’asile, les motifs de demandes, les particularités :

Page32 pour érythréen.ne.s : service national obligatoire, crainte en cas de retour puisque sortie illégale du pays.

Page 34 pour soudanais.e.s : personnes originaires majoritairement du Darfour, beaucoup de conflits inter-ethniques, personnes qui témoignent de violences en Libye et avec les passeurs.

Page 37 pour afghan.e.s : dégradation de la situation sécuritaire, motifs politiques, sociétaux, religieux, mais aussi situation d’esclavage. Des personnes menacées parce qu’elles ont travaillé avec des ONG internationales.

Page 39 pour albanais.e.s : conflits ouverts entre familles, vendettas, problème avec la mafia, parfois communautés roms. De nombreuses personnes victimes de violences familiales, problème de prostitution, traite des êtres humains. Femmes albanaises particulièrement victimes de la traite, prostitution.

Page 42 pour irakien.ne.s : membres de minorités religieuses yezides, chrétiennes.Moitié des demandes sont des personnes kurdes qui ont changé de projet migratoire, qui partaient pour l’angleterre et sont restées un moment dans le nord de la France. Pour ces personnes, les motifs peuvent être : conflits familiaux, orientation sexuelles, violences familiales, excision, menaces de membres infiltrés de l’organisation état islamique, militantisme politique ou participation à la lutte armée, situation sécuritaire sur certaines zones.

Page 43 pour iranien.ne.s : problèmes de conversion au christiannisme, proximité avec des mouvements politiques, lutte pour la liberté d’expression, appartenance à une minorité ethnique kurde ou arabe.

Page 43 pour syrien.ne.s : La demande est en baisse. Personnes qui ont des vulnérabilités physiques ou psychologiques lourdes. Elles dénoncent les conditions de vie, les bombardements, exactions sur les populations, personnes provenant de l’administration syrienne. L’OFPRA signale qu’il est vigilant sur ces dossiers, car risque que des personnes aient participé à des exactions. Aussi des motifs d’appartenance à une minorité ethnique ou religieuse. Les personnes invoquent la situation générale de conflit.

Les demandeurs d’asile érythréen.ne.s, éthiopien.ne .s, soudanais.e.s font état de torture sur leurs parcours et particulièrement en Libye.

 

Page 44 Pour les Mineur.e.s Non Accompagné.e.s :

30% des demandes des MNA sont des afghan.e.s, 12, 4% des soudanais.e.s

67,4% de protection obtenues

 

Page 46 pour les demandeuses d’asile :

34, 7% des demandes

Énormément de violences faites aux femmes : mutilation génitale, mariages forcées ou précoces, violences au sein du couple ou de la famille, victimes de violences sexuelles.

 

Page 98 Taux d’acccord à l’OFPRA :

Albanie 6% / Afghanistan 83% / Irak 84% / Iran 32,5% / Syrie 95,2% / Erythrée 73% / Ethiopie 49,6% / Soudan 59,5%

Histoire de rencontres – Témoignages de bénévoles

Le 29 mars 2018, Akhtar, dans ses habits traditionnels,  est venu à notre rencontre, à la sortie de la gare de Birmingham… Il vit dans un quartier modeste de cette ville,  fait de petites maisons de briques et de béton. Il y est arrivé il y a un an et demi, le 9 septembre 2016, dans un camion avec 10 autres exilés.  Nous l’avions rencontré pour la première fois dans  le camp de Tatinghem. Il est venu nous chercher en taxi et nous ouvre sa maison qu’il partage avec d’autres Afghans : Salim, dont la main soignée par Brigitte a bien guéri, Noor ou encore Gul Mohammad, dont le frère est toujours coincé dans la jungle.

Peu ou pas de meubles, mais une moquette et des coussins moelleux pour s’asseoir et s’allonger. On partage un thé et un assortiment de fruits secs : pistaches, amandes enrobées de sucre et mûres séchées. Pour nous accueillir, il n’est pas allé travailler. Il bosse au nord de Birmingham, à Walsall, dans la construction. Un gros chantier de plusieurs mois. Il s’y rend en bus chaque matin, six jours sur sept. 45 min de trajet. Il ne lui aura fallu que quelques semaines pour décrocher cet emploi. Le vendredi est son jour off. Celui de la prière et, avec le retour des beaux  jours, celui des parties de cricket.

Et tout en attendant le bus pour nous rendre à l’hôtel, on voit surgir tour à tour deux bambinos Said Alam et Khanwali, qui n’ont plus rien de… bambinos. Ce sont désormais des ados qui nous dépassent en taille. L’école est finie. Ils sont en vacances pour quinze jours. Tous deux sont passés suite au démantèlement de la jungle de Calais. Ils font partie des quelques centaines de chanceux qui ont pu bénéficier du rapprochement familial avant que l’Angleterre ne referme ses portes. En l’espace d’un an, ils parlent couramment anglais, avec un débit à nous donner le vertige.

Plus tard  nous voilà partis pour Star city, sorte de zone commerciale en banlieue. Il y a là-bas une salle de jeux. On peut y boire un verre tout en y jouant au billard. La haute silhouette de Naeem apparaît. Il avait  franchi le dernier obstacle de son voyage en septembre 2017. Naeem avait la tuberculose. Il a passé de longues semaines à l’isolement à l’hôpital d’Helfaut, près de Saint-Omer.  Le voir là, en pleine forme, tout sourire… c’est un bonheur partagé. Il n’a pas oublié. Nous non plus. Il travaille comme beaucoup dans le bâtiment. Avec les restaurants et les épiceries, les cars wash sont leurs principales sources d’emploi.
Le lendemain, nous arpentons Alum rock road et à  l’arrière d’une boutique nous découvrons Hazrat Ali en train de cuire du pain, Sharafdin qui nous fera don d’une batte de cricket pour le camp, Ostaz descendant la rue à notre rencontre, Najeeb déchargeant un camion… Mais aussi Gul Mohammad, Dawood, Javed et bien d’autres amis londoniens que nous irons voir le lendemain et le surlendemain du côté de Tooting  Bec et de Stratford.

Ismail, Sorgul, Dawood, Abdul, Noorudin, Rahmatullah, Muhammadullah… Nous les avons connus au bout d’un chemin à Tatinghem, dans un fossé coincé entre deux champs, un petit coin de terre que nous appellerions Baghlan, éprouvés par la rudesse du voyage et les conditions de vie du camp, mais déterminés à rejoindre l’autre rive.
Ni la boue, ni la fatigue, ni les risques n’ont entamé leur  détermination jusqu’au jour où ils sont  montés dans le bon camion ! À voir leurs  sourires, leur  accueil et leurs  belles baskets neuves, leurs  efforts ont payé.

Pour eux, l’Eldorado existe. Il y pleut plus que de raison. Mais on y dort sous un toit. On y travaille. On y va à l’école. On n’y craint pas l’éclat des bombes.

Louya, Nathalie & Anna

Communiqué de Romeurope – vigilante sur les expulsions

Communiqué de Romeurope sur la fin de la trêve hivernale:

CP – Fin trêve hivernale – CNDH Romeurope – 6 avril 2018 (1)

http://www.romeurope.org/instruction-gouvernement-visant-a-donner-nouvelle-impulsion-a-resorption-campements-illicites-bidonvilles/

Bidonvilles : instruction du 25 janvier 2018 signée par 8 ministres

Instruction du Gouvernement visant à donner une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles

Résumé : La France compte près de 570 bidonvilles où vivent 16 000 personnes, pour une grande partie d’entre elles ressortissantes roumaines et bulgares. Ce nombre reste relativement stable depuis plusieurs années, et ce malgré les évacuations qui trop souvent se traduisent par des réimplantations de campements. Cette instruction du Gouvernement définit un cadre d’action renouvelé afin de donner une nouvelle impulsion à la politique de résorption des campements illicites et bidonvilles, une politique à la fois humaine et exigeante quant au respect du droit et de la loi mais aussi une politique efficace,avec un objectif de réduction durable du nombre de bidonvilles dans les 5 ans à venir.

Afin d’atteindre cet objectif, cette instruction du Gouvernement préconise le développement d’actions qui ont fait la preuve de leur efficacité dans certains territoires et se caractérisent par :

– la définition et la mise en oeuvre d’une stratégie territoriale poursuivant un objectif clairement exprimé de résorption des bidonvilles ;

– un partenariat impliquant tous les acteurs concernés à l’échelle d’un territoire pertinent et engageant de manière indispensable les collectivités territoriales ;

– une gestion globale, s’inscrivant dans le temps, depuis l’installation du campement jusqu’à sa disparition, et alliant à la fois programmes d’insertion en France, respect des lois de la République et coopération transnationale avec les pays d’origine des populations.

Le suivi de la mise en oeuvre de cette instruction du Gouvernement est confiée au DIHAL qui mettra en place une commission chargée de rendre compte des progrès enregistrés en matière de développement des stratégies territoriales et de réduction du nombre de bidonvilles et de personnes y vivant.

Action de sensibilisation dans un collège de Lambersart

https://www.francebleu.fr/infos/societe/des-refugies-de-calais-exposent-leurs-oeuvres-dans-un-college-de-lambersart-1521819749

Des réfugiés de Calais exposent leurs œuvres dans un collège de Lambersart

dimanche 25 mars 2018 à 7:05 Par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu

Dans la métropole lilloise, les élèves du collège Savio de Lambersart sont sensibilisés à la question des migrations. Ils proposent une exposition de peintures et de dessins, réalisés par des exilés, dans les locaux de l’accueil de jour du secours catholique à Calais.

Sam, Julien, Anna, Clémence, en compagnie du professeur d'Anglais Vincent de Reu
Sam, Julien, Anna, Clémence, en compagnie du professeur d’Anglais Vincent de Reu © Radio France – Arthur Szczesniak

Le parcours des invisibles” : c’est le titre d’une exposition, dont le vernissage a eu lieu ce vendredi soir au collège Dominique Savio de Lambersart, dans la métropole lilloise. Elle rassemble une cinquantaine d’œuvres, dessins et peintures, réalisées par des migrants, au centre d’accueil de jour du Secours catholique, à Calais.

Des collégiens sensibilisés à la question migratoire

A l’occasion de la quinzaine de la citoyenneté, près de 200 adolescents de quatrième et de troisième ont été sensibilisés, informés sur la question migratoire, la situation des exilés de Calais. Ils ont pu assister à des conférences sur le sujet. Ils ont été marqués et touchés.

Clémence commente un tableau représentant un canot rouge et blanc, perdu au milieu de la mer : “si j’étais à leur place, je ne sais pas si je tiendrais le coup !

Anna trouve cette exposition “touchante, parce qu’ils nous transmettent ce qu’ils ressentent grâce à la peinture“. Julien trouve “triste” que ces exilés aient dû quitter leur pays, “ça pourrait être un dessin d’enfant“, commente-t-il devant une œuvre intitulée “Soudan“.

Sam, lui, a appris ce qu’étaient les accords de Dublin, et se dit “choqué“. Il dit que ce travail sur les peintures lui a permis “d’avoir une autre vision” que ce qu’il voit à la télévision.

Quinzaine de la citoyenneté

A l’origine du projet, un professeur d’Anglais, Vincent de Reu, lui même bénévole au secours catholique. Dans le cadre de la quinzaine de la citoyenneté, au collège Savio, il se dit “ému de pouvoir transmettre cela aux élèves, de leur montrer qu’il n’y a pas qu’une façon de voir les choses, ça les fait réfléchir sur leur adolescence privilégiée“.

Pour chaque œuvre, des collégiens ont écrit un petit texte, une notice en français et en anglais.

 

 

http://www.lavoixdunord.fr/348420/article/2018-03-31/les-collegiens-de-dominique-savio-ont-planche-sur-la-situation-migratoire

Les collégiens de Dominique Savio ont planché sur la situation migratoire

«
Chaque dessin est l’expression d’une souffrance d’un homme ou d'une femme
», Didier Degremont responsable du Secours Catholique.

« Chaque dessin est l’expression d’une souffrance d’un homme ou d’une femme », Didier Degremont responsable du Secours Catholique.

Dans le cadre de la quinzaine citoyenne, les élèves ont travaillé la question des migrants par le biais de plusieurs supports (conférence, chanson, film, art pictural), afin de voir comment les différentes formes d’art ont traité cette question à travers le temps.

«
Chaque dessin est l’expression d’une souffrance d’un homme ou d'une femme
», Didier Degremont responsable du Secours Catholique.
« Chaque dessin est l’expression d’une souffrance d’un homme ou d’une femme », Didier Degremont responsable du Secours Catholique.

Une exposition itinérante de dessins et gravures, proposée par le Secours Catholique du Pas-de-Calais, a notamment éveillé leur sensibilité. Il s’agit d’œuvres réalisées à Calais par des migrants, lors d’un atelier d’expression picturale de l’accueil de jour du Secours catholique. À la fois naïves et pleines de réalisme, elles reflètent la souffrance des exilés et leur envie de liberté. Avion bombardant un village de cases, silhouettes sombres derrière des barbelés, scènes de tortures ou simples souvenirs du pays natal (palmiers, drapeau aimé), toutes sont explicites et touchantes. Les élèves de 4e euro et de 3e les ont étudiées et légendées avec leurs professeurs d’anglais, et ont servi vendredi de guides aux visiteurs.

« Cette expo les amène à grandir, à cheminer en tant que citoyens ; eux qui feront des choix demain. »

Vincent De Reu, professeur d’Anglais au collège et bénévole du Secours catholique de Calais, à l’origine du projet, explique : «  Le but de cette soirée, et du travail réalisé en amont avec les élèves, est de faire réfléchir les élèves à la thématique migratoire, d’une part, et de mettre en valeur le travail du Secours catholique, d’autre part. Par le biais du collège, on peut donner envie aux autres collèges d’accueillir l’expo  ». Sandrine Debray, sa collègue renchérit : : «  Lorsque l’on a 14 ans, on est fort d’infos reçues au sein de la famille, de l’entourage, ou pas. Cette expo les amène à grandir, à cheminer en tant que citoyens ; eux qui feront des choix demain  ».

Tribune Le Monde // Demandeurs d’asile “Partout autour de nous, nous observons la récurrence de la suspicion”

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/04/04/demandeurs-d-asile-partout-autour-de-nous-nous-observons-la-recurrence-de-la-suspicion_5280564_3232.html

La politique d’accueil part d’un principe : le réfugié ment. Cette présomption rend encore plus difficiles ses démarches administratives et ajoute de nouveaux symptômes aux traumatismes liés à l’exil témoigne un collectif de psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et psychanalystes, dans une tribune au « Monde ».

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Collectif

Tribune. Au quotidien, nous soignons des patients réfugiés. Ce sont des adultes seuls, en couple ou en famille, ce sont des mineurs isolés et des enfants. Ils sont originaires des Balkans ou du Caucase, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est, du Maghreb ou du Proche-Orient. Ils sont tous demandeurs d’asile, déboutés de cette protection, des sans-papiers ou bénéficiaires de certains titres de séjour.

Ils souffrent de psychotraumatismes, voire de traumatismes physiques, à la suite des violences subies ou des menaces encourues : arrestations arbitraires, emprisonnements, tortures, viols, harcèlements, humiliations. Sans avoir pu bénéficier de la protection des autorités de leur pays.

S’ils se considèrent « chanceux » d’avoir pu partir et pour certains « d’être arrivés », quelquefois après un parcours migratoire à lui seul traumatisant, ils découvrent vite l’accueil indigne qui leur est réservé.

Ce que notre expérience professionnelle auprès de ces personnes nous apprend, c’est que cet accueil n’est pas respectueux de la dignité humaine. Cet accueil reste indigne en raison d’un paradigme qui domine, influence et conditionne toute la politique d’accueil : la présomption de mensonge, qui repose sur tout demandeur d’asile et le place d’emblée dans une position d’imposteur et non de victime potentielle.

Parcours du combattant

Sous ce prisme, de nombreuses demandes d’asile sont rejetées au motif que les menaces et persécutions alléguées sont « improbables », voire falsifiées. Mais surtout, c’est sur ce paradigme que repose toute une machinerie juridico-administrative qui fait de la demande d’asile un véritable parcours du combattant, avec un impact négatif et destructeur sur la santé psychique de nos patients.

Et parce qu’il repose sur cette présomption de mensonge, le projet de loi sur un « droit d’asile effectif » [projet de loi Collomb « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », présenté le 21 février en conseil des ministres] constitue une aggravation de cette politique mise en place, rappelons-le, depuis des décennies, par les gouvernements précédents.

Oserait-on, par exemple, écouter sans égard une femme victime de viol, en suspectant d’emblée qu’elle est une simulatrice ? C’est pourtant ce qui arrive à la majorité de nos patientes victimes de viol.

Cette image illustre le fondement de notre politique d’accueil : le traumatisme du réfugié n’est pas pris en compte, alors même qu’il demande des conditions d’accueil et d’écoute spécifiques.

Un récit en français

Tout demandeur d’asile doit produire en français un récit qui retrace les faits vécus. Auditionné devant les institutions de l’Etat, il est sommé de montrer ses blessures et démontrer les souffrances qu’il dit avoir vécues. Cette injonction à se remémorer, à montrer et prouver n’est pas sans conséquences sur le psychisme d’une personne victime de psychotraumatismes.

Certains de nos patients sont dans l’impossibilité psychique (du moins immédiate) de raconter et d’aller témoigner. Si aucun individu n’est à l’abri de reviviscences traumatiques, certaines circonstances génèrent une actualisation mortifère. C’est le cas des injonctions à témoigner.

Nous observons que la plupart d’entre eux sont en difficulté pour être auditionnés, en lien avec leurs symptômes. Certains développent des mécanismes de défense pour « tenir le coup » : tension anxieuse continue avec pour conséquences des troubles cognitifs comme des troubles de l’attention, la concentration et la mémoire, un clivage avec distance affective, oublis des faits, confusion… Cette situation impacte fortement l’instruction de leur dossier. Elle contribue très souvent à l’échec de leur audition.

D’autres patients semblent moins affectés, probablement grâce à une plus forte résilience, à des ressources externes et/ou au travail thérapeutique. Mais même cette résilience ne correspond pas systématiquement à l’octroi d’une protection.

Jugement subjectif

Comme nous continuons à soigner nos patients « déboutés », nous pouvons témoigner que les persécutions et menaces continuent à produire leurs effets destructeurs. Malheureusement, les réouvertures de dossier sont quasiment impossibles.

Comment peut-on en arriver là ?

Il y a une logique : lors de l’instruction de la demande, ni la fonction de l’officier de protection ni celle du juge de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ne consistent à soutenir le réfugié dans son discours douloureux. Il s’agit de détecter si son parcours est avéré et s’il peut être authentifié.

Dans de nombreuses situations vécues, c’est le jugement subjectif qui s’est substitué au droit, ainsi qu’à une instruction approfondie. Les caractéristiques du droit dans ce domaine, donnent à l’intime conviction des juges, comme des officiers au premier examen, un rôle exceptionnel dans la décision. Dans les notifications de rejet, il y a souvent des expressions remettant en question la bonne foi des personnes.

Là encore, c’est la présomption de mensonge qui domine. Même nos certificats médicaux et attestations de suivi psychologique restent très souvent insuffisants pour étayer le témoignage, apporter un questionnement ou provoquer un doute pouvant se traduire par une demande d’expertise supplémentaire, en vue d’une instruction plus approfondie.

Une forme de contamination

C’est ainsi que sont fabriqués nos patients sans papiers : ils deviennent alors automatiquement des exilés économiques ou thérapeutiques, venus profiter et abuser du système de protection sociale ou de santé français. Donc expulsables.

Partout autour de nous, nous observons la récurrence de la suspicion : pour la reconnaissance du statut de mineur isolé ouvrant à une prise en charge par le service de protection de l’enfance du conseil départemental, pour la mise à l’abri des patients et leurs enfants à la rue ou encore pour la reconnaissance d’autres titres de séjour.

Le traumatisme du réfugié n’est pas pris en compte, alors même qu’il demande des conditions d’accueil et d’écoute spécifiques

Il y a une forme de contamination, des institutions, mais aussi des personnes.

Nous observons alors l’éclosion ou la persévérance des troubles post-traumatiques, l’apparition ou la consolidation de nouveaux symptômes en lien avec ce parcours juridico-administratif. Si la majorité des symptômes dont les patients se plaignent s’articulent à leur vécu, ils se trouvent amplifiés par ce parcours ubuesque, l’inhospitalité et les conditions de précarité, notamment d’hébergement.

Le projet de loi annoncé est une catastrophe, car il rendra ce parcours du combattant encore plus inhumain qu’il ne l’est déjà.

Risque d’expulsion

Les délais ne sont pas réduits « au bon endroit », mais là où le temps est nécessaire pour la construction d’un dossier. C’est dire : délai réduit pour faire la demande (quid des personnes réfugiées dans l’incapacité psychique de produire un récit et d’être auditionnée ?) et délai réduit pour déposer un recours.

On voit aussi réapparaître le retour du risque d’expulsion en cas de rejet de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) pour le demandeur originaire d’un pays dit « sûr », alors même qu’il entreprend un recours devant la CNDA.

Sans parler des expulsions et des personnes soumises au règlement Dublin et des aberrations du dispositif.

Des solutions politiques existent, notamment européennes. L’une d’elles a été évoquée dans une tribune de ce journal, le 16 janvier, en proposant de confier l’octroi de l’asile à un office européen indépendant des Etats. Elle repose néanmoins sur l’abandon de cette présomption de mensonge et sur un changement radical de paradigme au profit d’un accueil respectueux de la dignité des personnes réfugiées.

Digne, car respectueux de la prise en compte de leur vie psychique.

Premiers signataires : Vincent Feireisen, psychologue, établissement public de santé Alsace-Nord, Strasbourg ; Andrée Bauer, psychiatre, directrice médicale du centre médico-psycho-pédagogique, Strasbourg ; Félicia Dutray, psychiatre, praticien hospitalier, centre hospitalier de Rouffach (Haut-Rhin) ; Myriam Cayemittes, psychiatre, présidente de Parole sans frontière, Strasbourg ; Bertrand Piret, psychiatre psychanalyste, membre fondateur de Parole sans frontière, Strasbourg ; Elisabeth Kauffmann, psychologue psychanalyste, Parole sans frontière, Strasbourg ; Georges Federmann, psychiatre, centre médico-psycho-pédagogique, Strasbourg ; Magali Danel, psychologue, établissement public de santé Alsace-Nord, Strasbourg.

Fermeture du parking de Setques

http://www.lavoixdunord.fr/328102/article/2018-03-03/fermeture-du-parking-de-setques-c-est-un-peu-le-jeu-du-chat-et-de-la-souris

Fermeture du parking de Setques, « c’est un peu le jeu du chat et de la souris »

Le sous-préfet de Saint-Omer explique pourquoi le parking poids lourds du péage de Setques a fermé le 20 février dernier.

Le sous-préfet de Saint-Omer explique pourquoi le parking poids lourds du péage de Setques a fermé le 20 février dernier.

Il y avait urgence à prendre cet arrêté…

« Après le démantèlement, on a pensé que le flux de migrants allait se tarir dans le secteur mais ça n’a pas été le cas. On a interdit le stationnement des poids lourds sur le parking du péage de Setques de façon à ce que les passeurs n’aient plus la possibilité de faire monter les migrants dans les poids lourds stationnés là. Si on limite les parkings poids lourds, on limite la zone d’activité des passeurs. »

Les aires de repos, les parkings poids lourds ferment les uns après les autres. Est-ce que finalement, ça ne déplace pas sans cesse le problème ?

« Nous avons vu le résultat lorsque l’aire de Villefleur a fermé. Le flux s’est tari mais c’est vrai, il s’est reporté sur l’aire de Setques. Notre but reste de gêner au maximum les passeurs. »

C’est un jeu sans fin…

« Les passeurs s’adaptent à ce que nous faisons, et nous, à ce qu’ils font. C’est un peu le jeu du chat et de la souris. Malgré tout, l’État obtient des résultats comme à Calais où nous sommes passés de plus de 8 000 migrants à environ 400-500 personnes aujourd’hui. Ce bilan n’est pas critiquable. On fait dans la dentelle. On essaie de gérer intelligemment le problème dans un contexte international. »

Avez-vous déjà des retours une semaine après la mise en place du dispositif ?

« Dans quelques semaines, nous devrions voir le flux baisser. Mardi 6 mars, je vais faire un premier bilan avec les forces de gendarmerie et la SANEF (exploitant de l’A26, NDLR). »

Quels effets, cet arrêté peut-il avoir sur le camp de migrants qui s’est reformé à Longuenesse ?

« Cela pourrait avoir des conséquences sur ce camp. Ce qui intéresse les personnes qui y vivent, c’est la proximité avec le parking poids lourds de Setques. Ce n’est plus le cas pour l’instant. »

Deux articles sur le camp d’Angres et ses habitant.e.s

http://www.liberation.fr/societe/2018/04/05/a-100-km-de-calais-vietnam-city-discret-camp-de-migrants-aux-mains-de-passeurs_1641148

A 100 km de Calais, «Vietnam City», discret camp de migrants aux mains de passeurs

Par AFP

 

A cent kilomètres au sud de Calais, à l’abri des regards, une quarantaine de Vietnamiens vivent dans une maison abandonnée, en attendant de rejoindre l’Angleterre. Régi par des passeurs, ce camp de migrants d’Angres est dans le viseur de l’État qui compte le démanteler avant l’été.

Dans la cour, à l’orée d’un bois, un autel bouddhiste accueille les visiteurs. «Camp d’Angres, 50 personnes maximum», peut-on lire sur une pancarte placardée sur cet ancien bâtiment des mines mis à disposition par la mairie communiste.

Les premiers migrants vietnamiens sont arrivés en 2006. D’abord «à côté de la station-service, dans la gadoue» puis, depuis 2010, sur ce terrain communal avec des «conditions de vie moins précaires», raconte Maryse Roger-Coupin, maire de cette petite ville de 4.300 habitants.

Ils sont aujourd’hui une quarantaine dans ce bâtiment, surnommé «Vietnam City», à côté d’un site classé Seveso. «Ils ont déjà été plus de 200», affirme Benoît Decq, bénévole du collectif Fraternité migrants. «Des migrants économiques originaires de la région de Vinh, quelques mineurs, 20% de femmes et le turn-over est important», expose-t-il.

Dans le dortoir, de nombreux migrants dorment encore. Il est 15H, mais certains ont passé la nuit à essayer de grimper dans des camions en partance pour l’Angleterre. Des ballons dégonflés pendent au plafond du hangar à côté, «des restes de la fête du Têt, le nouvel an vietnamien», commente Benoît Decq. Plus loin, des jeunes jouent au ping-pong, se réchauffent autour d’un poêle ou cuisinent du poulet aux oignons. Le silence est de mise.

Comme chaque soir, ils dîneront ensemble avant de traverser la forêt pour rejoindre l’aire de repos sur l’A26, l’avant-dernière avant Calais, où des chauffeurs de camion font halte la nuit. Sur leur route, certains fleuriront la tombe de soldats français morts en 1915. «Inconcevable pour eux de laisser une tombe à l’abandon», explique M. Decq.

– «Jusqu’à 30.000 euros le passage» –

Après ses dix années de bénévolat, celui-ci a une certitude: «Du Vietnam en Angleterre, le trajet est géré par des passeurs. On n’arrive pas à Angres par hasard, en se promenant!»

Une filière de passeurs a d’ailleurs été démantelée en février: 14 personnes ont été interpellées à Angres et Paris et mises en examen du chef d’aide à l’entrée et au séjour irrégulier d’étrangers en France en bande organisée. «Mais il s’agit de trafics tellement rentables que les équipes de passeurs se reconstituent rapidement», selon le procureur de Béthune, Philippe Peyroux.

Selon une source proche du dossier, «le coût du passage varie en fonction du degré d’organisation. Les passages +garantis+, dans des véhicules avec des caches aménagées difficiles à détecter lors de contrôles, peuvent monter jusqu’à 30.000 euros».

Pour payer, certains migrants empruntent: «les réseaux avancent l’argent et les personnes remboursent avec leur salaire une fois passées en Angleterre. Elles deviennent ainsi prisonnières de ces réseaux pendant des années», dénonce cette source. D’autres, en deviennent complices : «Ce sont les +concierges+, ils ferment la porte des camions», explique Benoît Decq persuadé que les «chefs» du réseau n’habitent pas dans le camp.

Vendredi, cinq migrants vietnamiens ont été blessés au couteau lors d’une rixe dont les circonstances sont pour l’heure inconnues.

A Angres, «nous avons affaire à un trafic criminel d’êtres humains», estime la préfecture du Pas-de-Calais qui a mis en demeure la mairie de fermer le bâtiment. «C’est un point de fixation pour les passeurs, le site est dangereux et les conditions de vie indignes, l’État est déterminé à ce que ce lieu ne puisse plus accueillir de migrants», tonne la préfecture.

Réponse de la maire: «Ce n’est pas le camp qui aspire les Vietnamiens, c’est l’aire de repos. Si on démantèle, ils continueront à arriver et se retrouveront dans le bois, dans des conditions épouvantables».

https://www.mediapart.fr/journal/international/050418/angres-des-migrants-vietnamiens-en-partance-vers-les-fermes-de-cannabis-anglaises?onglet=full

A Angres, des migrants vietnamiens en partance vers les fermes de cannabis anglaises

Par Elisa Perrigueur

Avant de gagner l’Angleterre, des centaines de ressortissants vietnamiens transitent chaque année par la commune d’Angres, dans le Pas-de-Calais, où se situe le camp de migrants baptisé « Vietnam City ». Outre-Manche, une grande partie d’entre eux deviennent esclaves des fermes de cannabis, loin des promesses d’emploi de leurs passeurs.

Angres (Pas-de-Calais), Londres (Royaume-Uni), envoyée spéciale.– Le crépuscule tombe sur la bâtisse de briques, les lampions asiatiques rouges ondulent dans le froid, un feu éclaire le hangar adjacent. Le silence domine et ils sont pourtant une trentaine à tuer le temps sur ce site, ce 20 février. Des silhouettes à capuche se réchauffent les mains, deux hommes coupent du bois à la hache. D’autres fument autour d’un poêle dans un dortoir aux graffitis colorés où pendent les câbles électriques. Dans quelques heures, lorsque la nuit aura enrobé le bois qui touche le camp, ces hommes franchiront à pied les centaines de mètres qui les séparent de la station-service British Petroleum (BP) en bordure de l’A26, dite « l’autoroute des Anglais ». Ces Vietnamiens tenteront, comme presque chaque nuit, de monter dans les camions garés qui rejoignent ensuite le Royaume-Uni.

Ces locaux vétustes, situés à Angres, commune du Pas-de-Calais, sont connus des migrants sous le nom de « Vietnam City ». Ils n’abritent que des ressortissants vietnamiens depuis la création du camp en 2010. Rares sont ceux qui pénètrent en ces lieux isolés derrière des locaux techniques municipaux. Ce 20 février, ces hommes ombrageux sont sur la réserve. Un jeune Vietnamien souriant s’approche toutefois. Il est l’un des rares à parler anglais. Venu de la région d’Hanoï, il a mis « trois mois à traverser l’Europe » : un stop en Ukraine, en Allemagne, puis à Paris avant d’échouer dans cette commune du bassin minier de 4 000 habitants, il y a trois semaines. L’homme svelte à la capuche grise n’a pas le temps de terminer son récit, de décrire ses ambitions en Grande-Bretagne. Un cercle se resserre autour de lui, des hommes le scrutent. Le jeune se crispe. Comme le reconnaissent les autorités, les associations et la municipalité d’Angres, les passeurs dorment à « Vietnam City » et vivent aux côtés de ceux que les réseaux surnomment leurs clients.

Basé à une centaine de kilomètres au sud de Calais, le camp d’Angres est méconnu en France. En bordure d’une usine classée Seveso, il constitue pourtant la dernière escale incontournable, avant le Royaume-Uni, de tous les exilés économiques du Vietnam qui ont traversé illégalement l’Europe. Ils échouent ici après avoir payé un trajet 15 000 à 30 000 euros. « Ils passent généralement par la Russie où ils arrivent en avion, souligne Vincent Kasprzyk, capitaine de la brigade mobile de recherche (BMR) à Coquelles (Pas-de-Calais). De là, les Vietnamiens viennent ensuite par les frontières terrestres jusqu’en France. » À pied ou à l’arrière des camions, ils franchissent la Biélorussie ou l’Ukraine, la Pologne, la République tchèque, l’Allemagne puis la France avant leur destination finale.

Sur la façade ocre de la maison, une pancarte indique « Camp d’Angres, 50 personnes maximum, interdit aux mineurs », traduit aussi en vietnamien. « On compte généralement 10 à 15 % de moins de 18 ans, 20 % de femmes et 80 % d’hommes, assez jeunes », explique Mimi Vu, de l’ONG Pacific Links, basée au Vietnam, qui s’est rendue plusieurs fois sur le site. Les familles sont rares. Selon les périodes, entre 70 et 150 personnes logent entre ces murs octroyés par la municipalité communiste. Difficile de chiffrer, car à « Vietnam City » le turn-over règne. « On a vu passer des milliers de Vietnamiens ces dernières années. Ce ne sont jamais les mêmes à quelques mois d’écart », détaille Benoît Decq, du collectif Fraternité migrants bassin minier 62, groupe qui soutient ces migrants depuis plus de dix ans et a gagné leur confiance.

Passeurs comme exilés se succèdent. De nouvelles têtes arrivent, quand d’autres réussissent chaque mois à traverser la Manche. « Il arrive que les autorités au port de Calais retrouvent jusqu’à 20 ou 30 Vietnamiens plusieurs soirs par semaine, indique Julien Gentile, patron de l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière (Ocriest). Et la police ne peut pas les intercepter tous les jours, donc on estime qu’il y a un gros trafic entre la France et l’Angleterre. Cette activité importante est très surprenante car le camp est petit comparé au nombre de passages supposé. »

Le camp, créé en 2010, est isolé derrière des locaux
            techniques de la mairie d’Angres. Il compte de 70 à 150
            personnes, selon les périodes. © Elisa Perrigueur
Le camp, créé en 2010, est isolé derrière des locaux techniques de la mairie d’Angres. Il compte de 70 à 150 personnes, selon les périodes. © Elisa Perrigueur

Un trafic régulier, opéré par des passeurs très organisés. « Il y a plusieurs filières au sein du camp, parfois quatre ou cinq », estime Julien Gentile. Ces passeurs donnent des consignes aux « clients » : se méfier des habitants, rester mutique. Car les « concierges », comme les appellent parfois les associations, veillent. Ils ont méticuleusement organisé le voyage Vietnam-Royaume-Uni et ne lâchent pas leurs clients endettés.

À la différence des autres migrants kurdes, afghans, érythréens ou soudanais présents dans le Nord, « les Vietnamiens ne payent pas les passeurs en amont mais travaillent sur la route – dans la restauration, les usines de textile… – pour financer leurs déplacements au fur et à mesure », remarque Vincent Kasprzyk. Ainsi Cam, 32 ans, interrogé pour un rapport de l’association France terre d’asile paru en mars 2017, raconte-t-il avoir travaillé pendant trois mois à Varsovie « pour des Viêt Kiêu (diaspora vietnamienne) dans un restaurant » avant de payer son trajet jusqu’à Paris. En fin de parcours, ils sont déposés à Angres – dont ils ignorent souvent le nom – par des taxis « immatriculés en région parisienne », indique le capitaine. « Ils payent ces courses jusqu’à 600 euros, poursuit-il. Enfin, le franchissement de la dernière frontière à Calais [difficile à passer en raison des contrôles et barbelés – ndlr] coûte jusqu’à 10 000 euros. »

Ils acceptent ce parcours onéreux, souvent long de plusieurs mois, séduits par le discours des passeurs rencontrés au Vietnam qui leur promettent un emploi dans le supposé eldorado britannique. « Ces migrants viennent des régions pauvres du centre et du nord : les provinces de Nghê An, Hà Tinh, Quang Binh… Il n’y a aucun travail pour eux et ils ont une culture de la migration économique, clarifie Mimi Vu, de Pacific Links. Leur objectif est de gagner de l’argent pour l’envoyer à la famille. Les trafiquants leur garantissent qu’ils vont gagner entre 1 500 et 2 000 livres (1 680 à 2 250 euros) par mois, alors ils acceptent malgré le coût pour venir. Ils se disent qu’ils les rembourseront et qu’ils pourront aussi envoyer 1 000 livres à leurs proches. » Beaucoup savent qu’ils travailleront illégalement. Ils ignorent néanmoins le sort réel qui les attend au Royaume-Uni lorsqu’ils sont en transit à Angres.

Les passeurs vietnamiens ont « remporté » Angres au terme d’une longue bataille

Dans la ville aux maisons ocre, où l’on s’habitue à leur présence discrète et permanente, le Collectif Fraternité « veut soutenir ces Vietnamiens ». Car « ce sont des victimes », constate Benoît Decq. « Bien sûr qu’il y a des filières merdiques de passeurs au sein du camp et nous devons aider ces victimes de trafic. C’est pourquoi les membres de notre collectif les emmènent prendre des douches tous les week-ends [le camp comporte une maison, un hangar et des toilettes, mais pas de douches – ndlr], leur apportent du bois, essayent de communiquer avec eux en utilisant les mains, Google traduction… Les migrants, en revanche, font leurs courses eux-mêmes, avec leurs propres moyens. »

Une boule à facettes tournoie au-dessus des longues tables installées dans le hangar éventré, des guirlandes clignotent. « Nous organisons des repas avec eux, comme le jour de la fête du Têt [le nouvel an vietnamien, le 16 février 2018 – ndlr] », explique Benoît Decq. Ce camp officieux est un moindre mal pour la mairie qui fournit les locaux. « Les camps se multipliaient depuis 2006, détaille une source anonyme, les Vietnamiens vivaient dans les bois, autour de la station-essence, c’était difficilement tenable. Au moins, maintenant, ils ont un toit. Et si jamais on le démantèle, un autre campement viendra se créer ailleurs dans la ville. » Angres est en effet l’une des places les plus convoitées des mafias de passeurs depuis la fin des années 1990.

Dans le dortoir, un tag a été dessiné par les “ultras”
            du racing club de Lens qui ont visité le camp il y a
            quelques années. © Elisa Perrigueur
Dans le dortoir, un tag a été dessiné par les “ultras” du racing club de Lens qui ont visité le camp il y a quelques années. © Elisa Perrigueur

Le 6 février, les équipes de l’Ocriest ont découvert un monde souterrain. À quelques encablures du camp, lors d’une opération « antipasseurs » comme elles en mènent presque chaque année dans le camp, elles ont déniché une cavité au cœur du bois. Un câble attaché à un tronc d’arbre permettait de descendre en rappel dans ses profondeurs. Sous trois mètres, des galeries de briques rouges datant de l’exploitation minière donnaient sur des caves. L’un des tunnels abandonnés menait sous le hangar de « Vietnam City ». Sept trafiquants présumés ont été arrêtés lors de cette opération. Au total, la police a emmené 35 ressortissants, dont quatre femmes et huit mineurs. Mais ces passages auraient pu servir à d’autres migrants pour se cacher lors d’opérations policières, d’après les autorités. Quatorze postes de surveillance ont aussi été découverts sur le trajet boisé menant à la station BP.

La logistique traduit l’organisation consciencieuse de l’endroit, gardé comme une forteresse. La cause de cet arsenal : la station-service BP voisine. Stratégique, elle agit comme un aimant sur les passeurs. Elle est l’avant-dernière avant le port de Calais ou l’Eurotunnel. Les poids lourds s’y garent, il faut ensuite y dissimuler les migrants.

Cette aire, les groupes vietnamiens l’ont « remportée » au terme d’une longue bataille de la « guerre des parkings », au milieu des années 2000. Les clans de passeurs se disputaient alors les aires du Pas-de-Calais comme des territoires, au cours de rixes armées. « Les Vietnamiens sont arrivés en France aux alentours de 2002, ils possédaient un parking sur l’autoroute en direction de la Belgique, mais la préfecture l’a fermé, se souvient Vincent Kasprzyk, de la BMR. Ils sont ensuite descendus vers Angres. » Le parking BP « appartenait » alors à un Albanais, tué par le passeur Kurde irakien Ali Tawil, qui voulait reprendre les lieux. Contraint de fuir en Belgique après ce meurtre, il a laissé la place à ses « lieutenants », soit les membres de sa cellule, selon le jargon. Ils n’ont pas tenu longtemps face aux Vietnamiens, qui ont saisi Angres au bout de quelques semaines. Le parking prisé a subi d’autres attaques. Des mafias tchétchènes ont bien tenté de racketter les Vietnamiens en 2009. En vain : ils transitent depuis douze ans en dépit des opérations policières antipasseurs. « Aujourd’hui, l’ambiance est plus fermée qu’il y a quelques années, note toutefois Benoît Decq. Après ces raids, il est difficile pour nous [le collectif] d’aller parler aux Vietnamiens, les chefs deviennent méfiants. »

Récemment, des faits de violence ont également eu lieu dans le camp. Le 30 mars, cinq migrants vietnamiens y ont été agressés dans l’après-midi. Selon une source policière, quatre ont été blessés à l’arme blanche, dont un plus gravement au dos et aux jambes, par deux assaillants selon les premiers éléments de l’enquête. Un autre Vietnamien souffre de contusions. Les autorités ne disposent pour l’heure d’aucune information sur les auteurs de l’agression.

Esclaves des fermes de cannabis

À Angres, ces exilés sont discrets. Outre-Manche, ils restent pour beaucoup des fantômes. Travaillant au noir, une grande partie tombe dans l’esclavage moderne. Le compte-rendu de la National Crime Agency, qui analyse la période allant d’octobre à décembre 2017, rappelle que les Vietnamiens restent parmi les trois nationalités les plus exploitées (pouvant par exemple être victimes de travail forcé, d’exploitation sexuelle ou domestique…) au Royaume-Uni, aux côtés des Albanais et des Britanniques eux-mêmes.

« Tous les migrants que j’ai rencontrés à Angres et Coquelles avaient prévu de travailler dans un bar à ongles », raconte Mimi Vu, de l’ONG Pacific Links. En décembre 2016, les autorités ont perquisitionné plus de 280 nail bars à Londres, Édimbourg et Cardiff dans le cadre de l’opération Magnify, visant à lutter contre la traite humaine. Près de 100 personnes, « majoritairement vietnamiennes », avaient alors été détenues pour « infraction à la législation sur l’immigration », comme le rapporte la chaîne BBC.

L’autre préoccupation des autorités et organisations concerne la traite de Vietnamiens au sein de fermes de cannabis « indoor ». Business souterrain colossal, ces usines de cannabis fleurissent aux quatre coins du pays. La police en démantèle régulièrement. « Ce sont les mafias vietnamiennes qui dominent ce marché », explique Mimi Vu (suivies des Albanais et des Britanniques, selon l’organisation de défense des mineurs Ecpat UK).

Ces groupes asservissent d’autres ressortissants vietnamiens. « Des migrants disent lors de leur périple qu’ils travailleront dans les bars à ongles, mais ils refont en réalité surface dans ces fermes », précise Mimi Vu. En 2014 et 2015, en Angleterre et au Pays de Galles, 366 841 plants de cannabis ont été saisis en douze mois, soit plus de 1 000 chaque jour, selon l’Office national de la statistique cité dans un rapport du commissaire indépendant contre l’esclavage. Le 23 février 2017, la police du Wiltshire, comté du sud-ouest de l’Angleterre, découvrait ainsi une usine de cannabis nichée dans un bunker antinucléaire datant des années 1980. Les champs de cannabis, qui s’étendaient à perte de vue sur vingt pièces, valaient près d’1,12 million d’euros. Trois Vietnamiens, dont un mineur, travaillant « comme des esclaves » d’après les autorités, avaient été interpellés lors de l’opération.

En Grande-Bretagne, ces fermes informelles ont réellement été révélées au grand jour « il y a environ douze ans, lorsqu’un mineur vietnamien avait été retrouvé dans l’une d’elles », raconte Chloé Setter de l’organisation Ecpat UK qui a été au contact de nombreux anciens « jardiniers » enrôlés, parfois même des orphelins enlevés dans leur pays d’origine. Les conditions de leur misère restent floues dans ce business obscur. Enfermés, certains dorment à même le sol dans les usines, d’autres dans des appartements loués. Ils entretiennent le cannabis, qui nécessite un arrosage précis, une température et une lumière calculées. Ils ne comptent pas leurs heures, exposés aux risques dans des locaux vétustes dotés d’installations électriques précaires.

Les trafiquants agitent sans cesse la dette du voyage pour garder le contrôle sur leurs proies. Ils les logent, mais ne restent pas sur place. « Les premiers mois, ils ne les payent pas, en disant qu’ils les hébergent gratuitement et leur fournissent de la nourriture… Ensuite, les jeunes commencent à travailler pour rembourser l’itinéraire mais vu ce qu’ils gagnent, ils n’atteignent jamais les sommes dépensées », relate Chloé Setter. Les travailleurs sortent rarement, et toujours accompagnés d’un trafiquant. Ils gagnent peu, « parfois 10 à 15 livres [11 à 17 euros] par mois, parfois 300 livres [330 euros] pour six mois, parfois rien », détaille-t-elle. Une pression peut aussi être exercée sur les familles dans le pays d’origine pour contribuer au remboursement. « Personne n’ose s’échapper, les trafiquants leur disent que, sans papiers, ils finiront en prison et ne pourront plus les payer. De plus, ces jeunes continuent d’espérer gagner de l’argent, pensant que c’est humiliant de ne rien envoyer à leur famille », conclut Chloé Setter.

Culture du cannabis en Angleterre. © Elisa Perrigueur
Culture du cannabis en Angleterre. © Elisa Perrigueur

Pour les trafiquants, la recette est rentable : peu de risques, pour des profits faramineux. Ils sont souvent absents lorsque les petites mains sont interpellées, au cours des démantèlements d’usines. Ecpat UK se bat désormais pour faire reconnaître ces jeunes Vietnamiens comme des victimes d’esclavage. Dans le court métrage de sensibilisation The Secret Gardeners (Les Jardiniers secrets), réalisé par l’organisation, un adolescent raconte sa séquestration dans une ferme de cannabis. Interpellé par la police britannique, le jeune Vietnamien est accusé de mentir sur son âge, d’être un criminel, il ne « comprend pas » ce qui lui arrive. En 2016, 227 mineurs vietnamiens ont été reconnus comme potentielles victimes de traite, selon Ecpat UK. Mais l’acquisition de ce statut demeure un processus complexe. Au Royaume-Uni comme en France, ces migrants restent silencieux : Chloé Setter explique que les passeurs exigent d’eux qu’ils se taisent en cas d’arrestation.

The Secret Gardeners vise aussi à sensibiliser d’autres intéressés : les fumeurs de cannabis. « Les consommateurs ne savent pas que leurs joints viennent de l’esclavage, traduit Chloé Setter. Le phénomène ne concerne pas uniquement l’Angleterre. Nous savons que des fermes existent aussi en République tchèque, en Allemagne… Nous avons également enquêté en France. » Dans l’Hexagone aussi, des cultures de cannabis indoor poussent dans l’ombre, comme dans cet atelier de confection désaffecté découvert à La Courneuve en 2011, cette maison à Saverne (Bas-Rhin) en 2012 ou encore ce pavillon à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) en 2014. À chaque fois, des Vietnamiens étaient derrière ces plantations illégales.