Tentative de discussion à Calais…

http://www.nordlittoral.fr/89149/article/2018-06-13/les-esprits-s-echauffent-la-reunion-publique-sur-l-avenir-du-bois-chico-mendes

Les esprits s’échauffent à la réunion publique sur l’avenir du bois Chico Mendès

Mardi soir, on parlait de l’avenir du bois Chico Mendes à la salle Gauguin Matisse. Et les esprits se sont peu à peu échauffés entre les riverains, la maire et l’auberge des migrants.

Par Nord Littoral |

A l’issue de la réunion, les membres de l’Auberge et certains riverains ont discuté sans beaucoup s’entendre…

Qui aurait cru que ce modeste bois de cinq hectares, en bordure de l’A16, pouvait susciter autant de passions?

Un bois aimé de tous

Pour les plus anciens habitants du Beau-Marais, le bois Chico Mendès est la dernière relique du temps où le quartier méritait son nom : « Moi, j’habite ici depuis 1962, je vous ai tous vu arriver !, s’exclame le référent du quartier. A l’époque, il y avait des bois partout au Beau-Marais. Aujourd’hui il ne reste plus que celui-là… » Un autre habitant, arrivé lui en 1972, serappelle d’un espace durable, écologique avant l’heure: « Du temps de Jean-Jacques Barthe, on en parlait déjà. On voulait que ça reste le plus naturel possible: protéger la précieuse mare, et mettre des grand peupliers pour étouffer le bruit de l’A16… »

« On voulait que ça reste

le plus naturel possible : protéger la précieuse mare, mettre des peupliers »

Des éducatrices soulignent que pendant des années, se sont les élèves, notamment de l’école Mouchotte voisine, qui y faisaient des sorties et ont même mis en terre quelques plantes… D’autres parlent de la faune qui peuple la mare, des tritons et salamandres… Et puis, il y a les membres de l’Auberge des migrants, qui parlent de ceux qui vivent aujourd’hui dans le bois, et qu’ils viennent chaque jour ou presque alimenter en nourriture et vêtements : les migrants.

Les « infiltrés »

En constatant qu’une bonne dizaine de membres des associations d’aide aux migrants sont venus assister à la réunion publique, Natacha Bouchart fait au début bonne figure : « C’est la population riveraine qui a été invitée en priorité ici ce soir. Il y a dans cette salle des gens qui n’ont rien à voir avec le quartier… Mais c’est une réunion publique, je leur souhaite la bienvenue. »

La première polémique ne vient pas d’ailleurs pas du tout des associations. Natacha Bouchart présente rapidement son projet pour le bois Chico Mendès: en faire une sorte de parc Curie, mais sur quatre fois plus d’espace vu la taille du bois. On y retrouverait des aménagements comparables: cheminements, jardin partagé, bancs, jeux, tables de pique-nique, terrain multi-sport…

Une éducatrice de la Spirale trouve que ce dernier équipement est superflu: « Des terrains de multi-sport, il y en a plein dans le quartier : Matisse, Marinot… Il suffirait de les réhabiliter, d’autant que les jeunes ont déjà leurs habitudes là-bas… » Sur le détail des équipements, la maire se veut rassurante: on n’en n’est qu’au début de la réflexion, tout est censé être encore négociable… Alors les plus nostalgiques des habitants remettent en cause le fondement même du projet: pourquoi transformer le « bois » en « parc » ? La nuance peut paraître fine, mais il y a une différence de taille: un bois est libre d’accès et sans frontières physiques, un parc est entouré d’une enceinte fermée… et est soumis à des horaires d’ouverture. Or, Natacha Bouchart annonce que cet aménagement-là n’est pas négociable: la clôture qui va enserrer le bois Chico Mendès est du même modèle que celle qui entoure le parc Curie, elle est déjà commandée et doit être installée dans le courant du mois de juillet… « Nous y voilà », semblent se dire les militants associatifs, qui, jusqu’ici, ne se passionnaient pas spécialement pour la taille des bancs prévus ou l’intensité de l’éclairage public…

Hors sujet, vraiment?

La première militante est dans l’ironie bien calibrée: « Je ne suis pas une habitante du quartier, mais je vis à Calais. Il y a dans ce bois des gens qui sont aussi des personnes humaines. (…) Et c’est aussi leur présence qui permet de faire réaménager cet espace… » « C’est une interprétation un peu osée… », souffle un riverain du parc, et Natacha Bouchart nie fermement le lien de cause à effet: « On ne rénove pas la ville à cause des migrants, on le fait quartier par quartier. » Mais la Maire remercie l’intervenante, malgré leur désaccord, parce « qu’on est en démocratie ».

« C’est aussi la présence des migrants qui permet de faire réaménager cet espace… »

Pour le moment… Car les interventions de militant(e)s se succèdent pour dénoncer la clôture du bois, et la Maire finit par couper court : « Je ne vais pas rentrer dans le débat ce soir. » Un vœu pieux qui ne tient pas longtemps, car elle reprend : « Ces personnes ont des solutions d’hébergement et de mise à l’abri qu’elles refusent. Elles choisissent d’être dans l’illégalité. Je suis là pour permettre à la population de se réapproprier l’espace, pas pour répondre aux associations! Je vous renvoie donc aux services de l’État et à la sous-préfecture! »

L’État, le grand absent

Mais le sous-préfet étant retenu ailleurs -ou ayant prudemment décliné l’invitation- ça vire vite au dialogue de sourds, faute d’interlocuteur… Surtout qu’une patrouille de police municipale est apparue comme par enchantement à la sortie de la salle Gauguin Matisse… Certains riverains interpellent d’ailleurs les membres de l’Auberge des Migrants : on entend un très lucide « Ca va finir en pugilat », l’incontournable « Vous n’avez qu’à les héberger chez vous », le lapidaire « Ils sont sales, ils sont sauvages » et le mélancolique « J’ai longtemps eu de la compassion pour eux mais ça fait trop longtemps que ça dure… »

Edouard Odièvre

Grande-Synthe : plus de 300 migrants conduits vers des centres d’accueil

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/grande-synthe/grande-synthe-plus-300-migrants-conduits-centres-accueil-1492225.html

400 migrants avaient déjà été évacués d'un gymnase de Grande-Synthe le 24 mai 2018 / © MaxPPP
400 migrants avaient déjà été évacués d’un gymnase de Grande-Synthe le 24 mai 2018 / © MaxPP

Une opération de mise à l’abri des personnes migrantes s’est déroulée ce lundi matin à Grande-Synthe.  336 exilés, qui s’étaient installés aux abord de l’usine Air liquide, classée Seveso, sont emmenés vers des centres d’accueil de la région.

Par MS avec afp

L’opération a démarré vers 7h00 ce lundi matin. En tout, 336 personnes migrantes ont été invitées à monter dans des bus, direction les centres d’accueil et d’orientation (CAO) ou les centres d’accueil et d’examen des situations (CAES) de la région Hauts-de-France.

Trois semaines après l’évacuation du gymnase de Grande-Synthe qui avait concerné près de 400 migrants , cette nouvelle opération de mise à l’abri conduite par les autorités préfectorales s’est déroulée “dans le calme, sans incident“, selon Olivier Caremelle, directeur de cabinet du maire de Grande-Synthe.
Une fausse évacuation humanitaire volontaire, comme à chaque fois“, nuance Claire Millot, bénévole de l’association Salam. “Ils étaient encerclés par les forces de l’ordre, des policiers en  faction tous les 5 mètres“.

Déboutés de l’asile en Allemagne

Les migrants s’étaient installés aux abords de l’usine Air Liquide, site classé Seveso. Ils sont principalement Kurdes irakiens, et viennent directement d’Allemagne, où ils ont été déboutés de l’asile. Des hommes seuls principalement.
Ils arrivent au rythme de 10 à 15 chaque jour“, indique Olivier Caremelle. “Les filières sont très organisées, très maîtrisées.” Grande-Synthe, à 40 km à l’Est de Calais, continue d’être une étape sur la route de l’Angleterre, dernier espoir des candidats à l’exil en Europe.

Les hommes isolés ont été conduits vers les centres de Villeneuve d’Ascq, Bailleul, Armentières, Saint-André-lez-Lille, Douai ou Cuincy.
77 personnes en famille ont également été mises à l’abri et conduites vers Lille.

Du gaspillage d’argent du contribuable“, pour la bénévole de Salam, qui prédit un retour des migrants dans les jours à venir. “Ils n’ont aucune chance de pouvoir demander l’asile en France (déboutés dans un autre pays d’Europe, les exilés doivent attendre six mois avant de pouvoir introduire une nouvelle demande, NDLR). Ils vont donc revenir. Leur but, c’est l’Angleterre“, résume-t-elle, fataliste.

Les évacuations de migrants par les autorités sont relativement fréquentes dans cette ville jouxtant Dunkerque.
Outre celle d’un gymnase le 24 mai dernier, plus de 500 personnes avaient déjà fait l’objet d’un transfert vers des installations dédiées en septembre.

Grande-Synthe, 22.000 habitants, avait été touchée par l’arrivée de migrants à l’été 2015 dans le sillage de la création de la “Jungle” de Calais.

Début 2016, Damien Carême, le maire, avait ouvert, contre l’avis de l’État, le camp humanitaire de la Linière, fait de petits chalets en bois, qui avait été détruit par un incendie un an après son installation

Message de la Cimade: Signez l’initiative citoyenne européenne!

Une initiative citoyenne européenne (ICE) vient d’être lancée pour demander aux institutions européennes de prendre en compte la voix de toutes celles et ceux qui souhaitent accueillir davantage en Europe et ainsi donner à voir les mobilisations et solidarités qui existent partout en Europe.

Nous avons jusqu’à février 2019 pour récolter 1 million de signatures dans toute l’Europe.

Des dizaines d’organisations de la société civile sont actuellement mobilisées dans 15 pays différents pour récolter le maximum de signatures ! En France, nous visons 300 000 signatures ! Aidez-nous à les récolter !

 

Comment ?

En signant la pétition sur le site de La Cimade : https://www.lacimade.org/nos-valeurs-sont-menacees-demandons-une-europe-accueillante/

En diffusant largement cette pétition dans vos réseaux, auprès de vos collègues, ami·e·s et proches et en en parlant autour de vous lors d’évènements publics.

En partageant la pétition, les visuels et contenus de l’ICE sur les réseaux sociaux ( Facebook et twitter)

C’est une campagne de longue haleine, alors n’oublions pas de partager cette pétition pour montrer que l’Europe, ce sont aussi des millions de citoyens et citoyennes qui veulent plus d’accueil, d’ouverture et de justice !

 

Nous sommes une Europe accueillante : laissez-nous agir !

Nous voulons que la Commission européenne :

Solidarité

Mette fin au “délit de solidarité” qui permet à certains gouvernements de punir les citoyens, citoyennes et les organisations de la société civile qui apportent de l’aide aux personnes migrantes.
Nous voulons que la Commission Européenne modifie la directive définissant l’aide à l’entrée, au transit et au séjour irréguliers pour empêcher les États membres de punir les citoyens et citoyennes solidaires.

Jutice

Garantisse des moyens et des règles plus efficaces pour défendre toutes les victimes de l’exploitation par le travail et de la criminalité en Europe, ainsi que toutes les personnes victimes de violations des droits humains à nos frontières.
Nous voulons que la Commission Européenne renforce les mécanismes de plainte présents dans le règlement relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes et les directives européennes concernant le travail.

Protection

Soutienne les citoyens et citoyennes qui souhaitent offrir un foyer sûr et une nouvelle vie à des personnes réfugiées.
Nous voulons que la Commission Européenne offre un soutien direct aux groupes locaux venant en aide aux personnes réfugiées qui se voient délivrer un visa national.

Qu’est-ce qu’une Initiative Citoyenne (ICE) ?

Une Initiative Citoyenne Européenne (ICE) est le meilleur instrument de démocratie participative à l’échelle européenne. L’objectif est de recueillir un million de signatures sur papier ou en ligne en un an et dans au moins sept États membres. Une fois ces exigences réunies, les organisateurs sont invités à présenter leur initiative lors d’une audition publique organisée au Parlement européen ainsi la Commission est obligée de répondre aux propositions de l’ICE.

Qui peut signer une ICE ?

Pour pouvoir participer à une Initiative Citoyenne Européenne, vous devez être citoyen européen (citoyen d’un état membre de l’UE) et avoir l’âge requis pour voter aux élections européennes (soit 18 ans à l’exception de l’Autriche où l’âge légal de vote est 16 ans).

Pour en savoir plus quant à votre éligibilité à signer cette pétition, rendez-vous sur le site de la Commission européenne.

Pourquoi demandez-vous autant d’informations personnelles ?

Une initiative citoyenne européenne est un instrument juridique formel qui exige de respecter certaines règles.

Pour qu’une signature soit prise en compte, les informations demandées par les États membres de l’UE peuvent varier.

Qu’allez-vous faire avec mes informations ?

Nous les cryptons et les stockons temporairement sur un serveur sécurisé en Allemagne. Une fois que nous aurons collecté assez de signatures, nous remettrons ces informations aux États membres de l’UE pour des vérifications officielles.

Nous ne pouvons utiliser ces informations pour d’autres usages que l’Initiative Citoyenne Européenne à laquelle elles sont liées. Elles seront détruites à la fin de l’ICE. Notre serveur est certifiée en matière de sécurité des données.

 

Streetpress // Le burn out des bénévoles

Welcome

Le burn-out des « super-héros » bénévoles mobilisés auprès des exilés

https://www.streetpress.com/sujet/1528120260-burn-out-benevoles-mobilises-exiles?amp&__twitter_impression=true

« Tu es retenue par une espèce d’addiction à l’adrénaline »

Refugees | Contre enquête | par Quentin Guillon | 7 Juin 2018

Blues passagers, petits bobos, et burn-out… Il n’y a pas que les exilés qui pâtissent de la crise migratoire. Sur les camps de réfugiés, la déprime guette les bénévoles.

Le froid et le vent glacial enveloppent Paris en ce mois de novembre. Il est 11 heures bien tassées. Tout sourire, Amandine distribue avec d’autres bénévoles thé, café et pains au chocolat au plus de 150 exilés présents ce matin-là. Quand StreetPress a rencontré la jeune femme de 30 ans, elle donnait de son temps à l’association Utopia 56, à Porte de la Chapelle à Paris. Amandine a été particulièrement affectée par la condition des exilés en France, dans son propre pays :

« La culpabilité est encore plus forte quand le soir, une fois rentrée bien au chaud, on imagine les migrants dehors sous la pluie à quelques arrêts de métro de chez soi… »

Depuis, la jeune femme est partie à Kharmen au Yémen, où elle est volontaire pour sa quatrième mission avec Médecins Sans Frontières en tant que personnel soignant. A des milliers de kilomètres de Paris, elle analyse :

« Le retour à la maison après une mission est heureux un court instant, mais la vie semble tellement fade ! Tous les sujets de conversation semblent futiles. Le dernier film sorti, les soldes, le nouveau canapé de tatie Chantal, etc. J’en avais même du mépris. »

Des scènes de l’hôpital ou du camp de réfugiés, des enfants malnutris, des blessés par balle tournent en boucle dans sa tête :

« C’est clairement quelques semaines de déprime. »

Amandine n’est pas la seule à souffrir de la situation ambigüe des bénévoles qui viennent en aide aux migrants. Mal à l’aise par rapport à leur propre confort, « happés » par les liens noués avec certains exilés ainsi que par l’immensité du travail à accomplir… les bénévoles pâtissent aussi de la crise migratoire. Blues passager, burn-out, StreetPress a rencontré ces super-héros de l’asile pour raconter leurs petits et gros bobos.

Malaise en allant à une réunion

Le burn-out, c’est ce qui est arrivé à Marianne Humbersot. Urgentiste avec MSF en Ukraine et en Afrique lors de l’épidémie Ebola, elle devient fin 2015 coordinatrice de l’Appel de Calais, un collectif qui a ouvert une permanence juridique en plein cœur de la « jungle », surnommée la Cabane. La tâche est énorme : trouver des moyens logistiques, financiers et humains, développer des relations avec les associations partenaires et, évidemment, venir en aide aux exilés sur le plan juridique. « C’est un engagement bénévole dans lequel tu mets corps et âme », commente Marianne.

La tension s’accroît avec l’incendie à deux reprises de la Cabane, les démantèlements successifs, les menaces de mort, les violences policières envers les exilés à documenter. « On est câblés pour supporter des stress, mais quand ça s’accumule, le cerveau, l’organisme ne peut plus absorber », décrypte la psychologue Géraldine Kahn, qui a travaillé avec l’ONG Résonances humanitaires pendant six ans.

Le 4 mars 2016, Marianne s’évanouit de fatigue en voiture à 9 heures du matin, alors qu’elle se rend à une réunion. Elle s’en sort sans dommage physique. Elle prend conscience de la situation mais ne tient pas pour autant compte de l’alerte :

« En tant que cheffe de mission, tu ne peux pas tout dire à ton équipe sur ta santé. Il faut que tu leur donnes de l’énergie, que tu les entraînes positivement ».

Dodo au boulot

Victor n’a pas connu un tel signe annonciateur. En avril 2017, il met ses études entre parenthèses et devient bénévole pour Utopia 56. En juillet, le jeune homme de 24 ans est embauché six mois en tant que service civique. Avec Maël, 21 ans, qui a suivi le même parcours, ils deviennent potes et font le même job. Rapidement passés en équipe de nuit, leur rôle est d’aiguiller les couples et les mineurs exilés sortis du camp de la Chapelle vers des hébergeurs citoyens. Puis de partir en maraude.

Quand ils rentrent au milieu de la nuit, il n’est pas rare que les deux compères dorment au local de l’association, situé porte de la Chapelle, ce qui n’aide pas à couper. « A force, les exilés sont devenus des potes. Si je suis en soirée et qu’il y en a un qui m’appelle, je ne vais pas lui dire : bah non, ce n’est pas sur mon temps de travail, je ne m’en occupe pas », explique Maël tout en montrant sur son portable, les multiples conversations Whatsapp ou Messenger :

« Il n’y a pas vraiment de « frontière » entre vie privée et vie à Porte de la Chapelle. »

Lorsqu’elle n’était pas sur le terrain à Paris, Amandine raconte aussi qu’elle ne pensait qu’aux exilés. À Calais, Marianne était surnommée « Miss téléphone ».

La chute

Entre les CRS qui les harcèlent, la fatigue, le déménagement du local Utopia 56 à gérer, Victor cède. « Ça faisait une paire de semaines qu’on hébergeait une famille du Kosovo, avec une petite fille de 10 mois qui avait été malade. Ce soir-là, il y avait zéro solution et la famille avait dû dormir à l’arrière du camion. » Le lendemain, il envoie sa lettre de démission, avant de se raviser deux jours plus tard. Il est finalement de retour après dix jours de vacances chez lui dans les Vosges.

De son côté, Marianne réussit en juin 2015 à trouver un remplaçant. La présidente de l’Appel de Calais rentre souffler chez elle en Dordogne. A l’issue de ses deux semaines de vacances, ses potes constatent son épuisement et lui interdisent de retourner à Calais. Elle y reviendra uniquement pour annoncer son départ.

Comme un boomerang, le burn-out se manifeste les mois qui suivent. Un médecin lui diagnostique également une encéphalomyélite myalgique, une maladie neuronale avec une baisse du système immunitaire. Devenue allergique aux écrans, Marianne décrit sa torpeur : « Tu te chopes tout. Je faisais bronchite sur bronchite, et surtout tu dors 22 heures sur 24. Pour aller faire les courses, il fallait que je fasse une sieste pendant le trajet de trente minutes en voiture. Tu n’as plus d’énergie, tu fonctionnes au ralenti ».

Elle retrouve une vie normale à la toute fin de l’année 2017, un an et demi après avoir quitté Calais. Sébastien a été bénévole sur une plus brève période : deux semaines en mai dernier sur le camp de Chios en Grèce. Il lui faut de longues semaines avant que cessent les cauchemars, nés de scènes vécues sur place. Après une gorgée de thé, Sébastien choisit posément ses mots :

« Je me souviens très bien d’un Camerounais, qui était gravement malade. Il disait que s’il ne se faisait pas opérer dans un pays occidental, on ne pourrait pas le sauver. Il attendait et chaque jour qui passait était un pas de plus vers la mort. »

Narcissisme

Blues, dépression ? Sébastien ne le sait pas trop. Comme d’autres, il refuse de consulter un psychologue. « C’est comme les pompiers, les policiers, etc. On ne va pas voir les psys car on est des durs. C’est con mais c’est ancré », glisse Géraldine Kahn, grandes lunettes rondes posées sur le nez. La psychologue était intervenue en octobre à Utopia 56 pour une petite formation sur les problématiques de stress. Les bénévoles avaient par la suite la possibilité de la rencontrer individuellement. Mais elle n’a pas reçu de demande. « Le sentiment de se sentir utile est très fort, on a l’impression d’avoir un réel impact sur une population en souffrance », explique Amandine, qui enchaîne un peu plus tard :

« Tu ne guéris que quand tu repars sur le terrain. »

« Il y a un petit côté narcissique : d’un coup, tu fais quelque chose de bien, plein de gens t’apprécient », abonde Sébastien, écharpe rouge grenat autour du coup :

« Cela participe du fait que c’est difficile de rentrer, car tu reviens dans quelque chose de moins exceptionnel, plus normal. »

Marianne renchérit :

« Tu es retenue par une espèce d’addiction à l’adrénaline, à tout ça. On est un peu des super-héros quelque part. Tu te dis qu’il faut que tu fasses quelque chose. »

Géraldine Kahn explique l’impérieuse nécessité de conserver un lien avec sa famille et ses amis pendant son activité de bénévole, même si ceux-ci ne comprennent pas :

« Je leur dis toujours : une fois que vous êtes grillés, bah vous ne servez plus à rien. Vous faîtes chier les autres car vous êtes insupportables, agressifs ou hypersensibles. Il faut juste se reposer. A terme, on se bousille la santé. »

Maël reconnaît de son côté quelques périodes de démotivation. « Si je me suis déjà cramé ? Non, pas encore » sourit-il. « J’espère que ça ne va pas m’arriver, mais je sais que personne n’est à l’abri ».

Communiqué commun: Ouvrez les guichets!

Communiqué de presse – 5 juin 2018
La Cimade, le Gisti, LDH, SAF

Ouvrez les guichets !
Les associations et syndicats se mobilisent pour défendre l’accès aux préfectures des personnes étrangères

Ce mardi 5 juin et les jours qui suivent, dans plusieurs grandes villes notamment Strasbourg, Grenoble, Toulouse ou Lyon, les associations d’aide aux personnes étrangères, dont La Cimade, le Gisti et la Ligue des droits de l’Homme, et le Syndicat des Avocats de France, se rassemblent devant les préfectures pour exiger la réouverture des guichets aux personnes devant demander un titre de séjour.

Le manque de moyens dédiés à l’accueil des personnes étrangères, et plus largement à l’accueil des usagers et usagères du service public, n’est pas nouveau : nos associations dénoncent de longue date les files d’attentes interminables et parfois nocturnes, les délais démesurés pour accéder aux démarches, l’arbitraire des pratiques des préfectures envers leurs usager·e·s, notamment étranger·e·s.

Mais depuis plusieurs années désormais, la prise de rendez-vous obligatoire par Internet s’est ajoutée, dans toujours plus de préfectures, à la liste déjà longue des difficultés à surmonter pour demander ou renouveler un titre de séjour, ou parfois demander l’accès à la nationalité française. En effet, certaines préfectures ne proposent qu’un accès dématérialisé à leur service, sans aucune modalité alternative. Or, comme l’a encore souligné le 9 mai 2018 le Défenseur des droits, tou·te·s les administré·e·s ne peuvent pas utiliser internet. Et de plus, pénalisant l’intégralité des usagers et usagères, les sites saturés ne proposent quasiment jamais aucun rendez-vous.

Certaines statistiques issues du sondage des sites préfectoraux que réalisait toutes les heures par le robot informatique de La Cimade, bloqué depuis le 15 mai dernier par le ministère de l’Intérieur, sont catastrophiques :
– A Bobigny, Créteil ou Colmar, il est quasiment impossible pour les travailleurs et travailleuses sans papiers ou pour les personnes en France depuis plus de dix ans, notamment, de solliciter leur admission exceptionnelle au séjour. A Montpellier, il faut se connecter à minuit pile le dimanche pour espérer obtenir un des trente rendez-vous proposés chaque semaine pour une première demande de titre de séjour !
– A Perpignan, Rennes ou Grenoble, des rendez-vous pour demander un premier titre de séjour sont accordés sur envoi d’un mail, ce qui laisse toute la latitude aux exigences préfectorales abusives, comme fréquemment des scans de passeports n’ayant pas à être demandés, et permet des refus opaques de la part de l’administration. Les délais pour le rendez-vous peuvent atteindre plusieurs mois.
– Et à Lyon, La Rochelle, Melun, Douai ou Toulouse, les rendez-vous sont octroyés dans des délais si longs que les personnes en situation régulière perdent leurs droits avant de parvenir au guichet ; exposées à une perte d’emploi et de droits sociaux, elles sont aussi soumises à un risque d’arrestation.

Cette situation ne peut plus durer : la dématérialisation, qui pourrait dans de bonnes conditions représenter une avancée pour les administré·e·s, est trop souvent une barrière pour les personnes étrangères. Alors que le projet de loi Asile et Immigration, en cours d’examen, expose ces personnes à de graves reculs de droits, nos associations exigent l’attribution de moyens supplémentaires à leur accueil en préfecture, le maintien de modalités alternatives pour l’accès aux démarches conformément aux préconisations de la CNIL, et des délais raisonnables d’accès au service public.

Ci-après : graphiques statistiques sur l’accès des personnes étrangères aux rendez-vous par Internet, issus du robot aguichetsfermes.lacimade.org

 

Contacts presse :
La Cimade – Rafael Flichman : +33 1 44 18 72 62 / +33 6 42 15 77 14 / rafael.flichman@lacimade.org
Ligue des droits de l’Homme : 01 56 55 51 08 / 01 56 55 51 15 / communication@ldh-france.org
Syndicat des Avocats de France – Laurence Roques : 01 42 82 01 26 / saforg@orange.fr

Communiqué de soutien aux associations hongroises

1er juin 2018

 

Soutenons les associations hongroises de défense des droits de l’Homme et des personnes étrangères, soutenons la démocratie en Europe

 

La victoire du Fidesz et de son leader, Viktor Orban, aux élections législatives hongroises du mois d’avril 2018, ouvre une nouvelle page noire pour les associations hongroises. Les menaces dont elles font l’objet de la part du gouvernement depuis plusieurs mois et la publication dans un journal proche du Premier ministre d’une liste de 200 militants et membres d’associations qualifiés de « mercenaires de Soros » ont pour objectif de créer un climat de peur et de faire taire les associations. L’adoption annoncée d’une loi intitulée « Stop Soros » vise plus particulièrement, dans sa version dévoilée le 29 mai, les associations de défense des personnes migrantes et réfugiées. Elle introduit des sanctions pénales, allant jusqu’à des peines d’emprisonnement, pour « aide à l’immigration illégale ». Seront ainsi pénalisées des activités telles qu’aider une personne à déposer une demande d’asile, distribuer des supports d’information sur la procédure d’asile ou d’organiser des réseaux (y compris d’avocats spécialisés). Cette loi, qui s’inscrit dans la continuité d’une première législation de juin 2017, constitue une attaque sans précédent dans l’Union européenne contre la liberté d’association, le pluralisme et la liberté d’expression.

 

Les associations françaises sont extrêmement préoccupées pour l’avenir de leurs collègues hongrois du Comité Helsinki de Hongrie, d’Amnesty International et des autres organisations non gouvernementales qui œuvrent sur le terrain pour la défense des droits de l’Homme et de la démocratie. Elles souhaitent exprimer leur soutien et leur solidarité avec les associations hongroises dont elles connaissent, à travers les nombreux réseaux européens, l’engagement et le professionnalisme. Ces associations mènent un travail de terrain quotidien pour soutenir les personnes étrangères en Hongrie et aux frontières, alors que plusieurs lois répressives ont été adoptées, permettant les refoulements vers la Serbie et la détention automatique des demandeurs d’asile.

 

S’attaquer à la liberté d’association, c’est s’attaquer à un des fondements de l’Europe. Les associations sont des acteurs majeurs de la démocratie. Elles sont garantes du respect des droits de l’homme, du pluralisme et de la citoyenneté. Lors de son discours devant le Parlement européen le 17 avril 2018, le président de la République française a rappelé son engagement pour la démocratie et contre les populismes. Cependant, aucune parole forte de la France n’est venue condamner les attaques contre les associations hongroises, alors que des pays comme les États-Unis, le Canada et la Suède leur ont exprimé leur soutien.

 

Par conséquent, les associations françaises demandent aux autorités françaises de donner tout son sens au discours du président de la République en utilisant les moyens à sa disposition pour condamner la politique du gouvernement Orban et apporter un soutien aux associations hongroises. Parmi ces moyens, figurent le soutien à la proposition de la Commission européenne de lier, dans la programmation financière 2021-2027, l’octroi des crédits européens à une conditionnalité liée au respect de l’état de droit, mais aussi l’activation des dispositions du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne sanctionnant la violation de l’état de droit. En effet, on ne peut pas appartenir à une union politique et bénéficier de la solidarité financière de ses membres sans partager et respecter pleinement l’état de droit, les droits de l’Homme et la démocratie.

 

 

SIGNATAIRES :

 

Thierry Le Roy, Président et Pierre Henry, Directeur général – France terre d’asile

Malik Salemkour, Président – Ligue des Droits de l’Homme

Geneviève Jacques, Présidente et Jean-Claude Mas, Secrétaire général – la Cimade

Dominique Sopo, Président – SOS Racisme

Marc Noailly, Président et  Jean-François Ploquin, Directeur général – Forum réfugiés-Cosi

Patrick Baudoin et Michel Tubiana, Présidents d’honneur – FIDH

Emmanuel Blanchard, Président – Migreurop

 

 

CONTACT PRESSE :

 

FRANCE TERRE D’ASILE

Danya BOUKRY

dboukry@france-terre-asile.org

01 53 04 39 93

Soutien à la Marche citoyenne et solidaire pour les migrant.e.s

Action collective

Marche Citoyenne et Solidaire pour les migrant⋅e⋅s
Du 30 avril au 7 juillet 2018, de Vintimille à Calais

Cette Marche Citoyenne et Solidaire de Vintimille à Calais, initiée par l’Auberge des migrants (Calais) et Roya citoyenne (Alpes maritimes), dénonce le blocage des frontières, le délit de solidarité et exige une politique d’accueil de personnes migrantes digne de ce nom.

Au moment où a lieu au Parlement le débat sur le projet de loi « asile / immigration » qui va à l’encontre de ces objectifs, il est plus que jamais nécessaire de soutenir les marcheurs et marcheuses. Nous vous appelons à rejoindre leur mouvement.

Le Gisti


Nous marchons pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité », contre le blocage de la frontière franco-italienne et de la frontière franco-britannique.

LAISSEZ LES PASSER !

Nous demandons la liberté de circulation et d’établissement des migrants en Europe et en France : pas de blocage des frontières à l’intérieur de l’Europe, notamment entre la France et l’Italie, entre la Grande-Bretagne et la France ; pour les migrants, liberté de choix du pays dont ils veulent demander la protection.

ACCUEILLONS LES !

Nous sommes solidaires avec les migrants : nous demandons l’ouverture de centres d’accueil inconditionnel, la fin du « délit de solidarité » et des autres entraves au travail des citoyens et des organisations d’aide aux migrants.

Réactions sur le rapport de l’auberge des migrants dénonçant les expulsions forcées

Calais : l’Auberge des Migrants alerte sur les expulsions et les destructions d’abris, en hausse

Par Quentin Vasseur Publié le 06/06/2018 à 15:16

L’association “L’auberge des migrants”, parmi les plus actives à Calais, a publié un nouveau rapport ce mercredi 6 juin sur les opérations menées par la police contre les abris des migrants.

Les bénévoles y dénoncent “les opérations de confiscation et les opérations de destruction” en s’appuyant sur les observations et enregistrements de bénévoles et d’humanitaires. Des opérations qui, ajoute le rapport, “se sont grandement intensifiées depuis le 31 mars”.


Quasiment tout le matériel utilisé par les habitants pour s’abriter, dormir, se nourrir, boire, se réchauffer, se soigner est confisqué” au cours des opérations de confiscation, détaille le rapport. L’association ajoute que les demandes des réfugiés pour récupérer leurs biens “sont refusées par les officiers ou ne portent “que sur une partie de leurs effets”.

Médecins du Monde et l’équipe Hospital Run ont constaté que les éléments de soins sont confisqués

Quant aux opérations de destruction, elles auraient lieu la nuit, souvent pendant que les exilés dorment”. Les forces de l’ordre, selon les témoignages recueillis par les bénévoles, “détruisent leurs effets personnels en utilisant objets coupants, matraques et gaz CS.”

Toujours selon l’association, “Médecins du Monde et l’équipe Hospital Run ont constaté que les éléments de soins sont confisqués“.

36 expulsions à moins de 5°C

L’Auberge des migrants compte en sept mois 142 interventions de ces deux types, sous le nom d’expulsions forcée

Le rapport s’attarde également sur les conditions climatiques dans lesquelles se sont déroulées ces opérations : “entre octobre 2017 et avril 2018, plus de 36 expulsions forcées se sont produites alors que les températures descendaient entre 0 et 5°C.”

Au moins 10 expulsions ont été faites alors qu’il y a eu plus de 10 mm de pluie sur la journée

Entre octobre 2017 et avril 2018, plus de 36 expulsions forcées se sont produits alors que les températures descendaient entre 0 et 5°C. Encore plus grave, des exilés se sont vus privés d’abri à 5 reprises alors que les températures étaient en dessous de 0°C. (…) Au moins 10 expulsions ont été faites alors qu’il y a eu plus de 10 mm de pluie sur la journée” ajoutent les bénévoles, s’appuyant sur les données de la station boulonnaise de Météo France.

L’association appelle par ailleurs à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les traitements subis par les exilés à Calais. La semaine dernière, une militante accusait les CRS de confisquer les chaussures des migrants lors de contrôles.

L’Auberge des migrants publie un rapport sur les expulsions forcées et lance une pétition

L’Auberge des Migrants lance une pétition contre les expulsions forcées à Calais

https://www.change.org/p/minist%C3%A8re-de-l-int%C3%A9rieur-plus-de-140-expulsions-forc%C3%A9es-%C3%A0-calais-cela-doit-cesser-shelternow?recruiter=477616338&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

Plus de 140 expulsions forcées à Calais : cela doit cesser. #ShelterNow

Les expulsions forcées à Calais se sont grandement intensifiées depuis le 31 mars. Les exilés sont expulsés de leur abri, et se font confisquer tente, couverture et matériel. Nous constatons également des opérations de destruction, où les forces de l’ordre pénètrent dans les lieux de vie pour détruire les effets personnels en utilisant objets coupants, matraques et gaz lacrymogène.

Nous venons de publier un rapport accompagné de données sur ces opérations, qui pointe du doigt plusieurs atteintes aux droits fondamentaux et les conséquences de ces expulsions.

Entre octobre 2017 et avril 2018, nous avons observé plus de 140 expulsions forcées.

Les exilés n’ont pas de recours juridique effectif, et reçoivent peu ou pas de solution d’hébergement, même dans des conditions météos difficiles. Cela a des conséquences graves sur leur santé mentale et physique, l’accès aux soins, à l’aide alimentaire ou matérielle.

Ces conséquences sont accrues pour les personnes vulnérables, notamment les mineurs non accompagnés.

Nous faisons face aujourd’hui à Calais à une politique volontaire de dégradations des conditions de vie, afin de décourager les exilés à s’installer dans une région spécifique. Utiliser les conditions de vie comme moyen de dissuasion est injustifiable, quand bien même il y aurait une base juridique ou administrative pour ces opérations.

La lutte contre la formation de bidonville ne peut se résumer à des opérations d’expulsion de terrain : il faut surtout que des solutions d’accueil et administratives soient proposées à ces gens.

C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui le ministère de l’Intérieur à mettre fin à ces expulsions. Nous appelons également l’Assemblée nationale à lancer une commission d’enquête parlementaire sur les traitements que subissent les exilés à Calais.

Pour soutenir ces recommandations, signez notre pétition !