Initiatives solidaires

Le Mone, dimanche 2 août
Hébergement de migrants : « Ça a changé ma vie »

Julia Pascual

Touchés par le sort de jeunes réfugiés contraints de dormir dans la rue, des citoyens ordinaires leur ouvrent la porte de leur domicile. Ils racontent au « Monde » cette expérience

TÉMOIGNAGES
C’est l’été et celui-ci, comme les précédents depuis cinq ans, n’offre pas de répit aux personnes migrantes qui vivent à la rue. Avant une opération de mise à l’abri de la préfecture d’Ile-de-France, mercredi 29 juillet, ils étaient plus de 2000 à camper le long du canal, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ; des demandeurs d’asile, afghans et soudanais en majorité. Parmi eux, des familles avec des enfants en bas âge et des femmes enceintes.

En France, un demandeur d’asile sur deux n’est pas hébergé, faute de capacité dans le dispositif national d’accueil. Le 115 est, lui aussi, saturé.

En plein centre de Paris, dans un petit square, autour de 70 jeunes se réclamant mineurs, vivent aussi sous tente depuis un mois. Ils viennent en majorité d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) et ont migré seuls en Europe. Lorsque les départements dont relève l’Aide sociale à l’enfance ne les reconnaissent pas mineurs – à l’issue d’un entretien souvent sommaire –, ils ne font l’objet d’aucune prise en charge, malgré leurs recours devant le juge des enfants.

Cette réalité a suscité ici et là des élans de solidarité de simples citoyens, épaulés parfois par des associations. Ils offrent une chambre, un canapé, le temps d’une nuit, d’un mois, d’une année. Personne n’est capable de dire précisément combien ils sont tant les initiatives sont éparses. Ces retraités ou actifs, qui vivent seuls ou en couple, à Paris ou en province, sont portés par un devoir d’humanité bien plus souvent qu’un élan politique. Le Monde est allé à leur rencontre. Portraits de cette France discrète et active.

Pascale et Bertrand Cohen, 58 ans, Paris
« Ça a changé ma vie. » Pascale Cohen se souvient du jour où elle a décidé de participer à des distributions de repas pour des mineurs isolés étrangers. Cela faisait quelque temps qu’elle entendait Manuela, avec qui elle chante dans une chorale du 11e arrondissement, parler de ces jeunes tout juste arrivés à Paris et qui, faute d’être reconnus mineurs, se retrouvent à la rue.

Manuela est très investie dans l’association Les Midis du Mie, qui aide ces jeunes. Pascale Cohen suit d’abord son engagement de loin, puis saute le pas à son tour. Fille de déporté, elle a toujours entendu son père lui raconter des histoires d’enfants juifs dont les parents avaient été envoyés dans les camps de concentration. Cette histoire familiale l’a marquée. « J’ai toujours eu envie de faire quelque chose en faveur des enfants », confie-t-elle. Son mari, Bertrand, a lui « un rapport à la migration particulier ». A 5 ans, avec sa famille, il a fait partie de ces juifs qui ont massivement dû quitter la Tunisie, dans le climat d’hostilité des années 1960.

Pascale et Bertrand ne se disent pas militants mais l’engagement a toujours accompagné leur histoire. Le couple s’est rencontré au sein d’un mouvement de jeunesse kibboutznik. Ils sont aujourd’hui actifs au sein d’une association pour la paix en Israël.

Le vendredi, Pascale Cohen voit défiler les jeunes lors des distributions de repas de l’association. Un soir d’hiver, début 2019, la situation d’un gamin sans solution d’hébergement la saisit. Elle pleure. « Quand ça vous tombe sur la tête, c’est difficile à encaisser », reconnaît-elle. Une réflexion chemine en elle. Dans l’appartement de 130 m2 qu’elle occupe avec son mari, deux chambres sont vides. Elle consulte ses enfants, tous trois indépendants, qui lui disent de « foncer ». Elle accueille rapidement Madjiou (qui préfère garder l’anonymat), un Guinéen de 16 ans. Le garçon vient d’arriver en France. Son oncle, avec qui il avait entrepris le voyage, s’est noyé en Méditerranée. Ce qui ne doit durer que quelques nuits va se prolonger pendant six mois, jusqu’à ce que Madjiou soit finalement reconnu mineur par un juge des enfants et pris en charge.

Cette expérience a été « vivifiante », rapporte Bertrand, qui évoque même un gain d’amour. « Ça a été un chamboulement positif dans notre vie », abonde Pascale. En août 2019, le couple réitère et accueille cette fois Lateef, un Afghan de 15 ans. « Je l’avais aperçu lors d’une distribution, il était un peu en retrait, se souvient Pascale. En deux minutes j’ai dit que je le prenais chez moi. Au bout de deux jours, je lui confiais les clefs de l’appartement. »

« Je dormais porte d’Aubervilliers depuis deux mois, rapporte l’adolescent. Depuis que j’avais quitté l’Afghanistan en 2018, je n’avais été que dans des camps. » Lateef a finalement été reconnu mineur par un juge. Il entamera à l’automne une formation en informatique. Pascale et Bertrand ont eux été reconnus comme famille d’accueil bénévole. Lateef restera chez eux « jusqu’à ses 18 ans », dit Pascale. Quand leurs amis les félicitent de cette démarche « formidable », Pascale est mal à l’aise. « C’est beaucoup plus simple qu’on ne le croit, dit-elle. Je n’en veux pas aux gens qui ne le font pas, il y a un moment pour ça. Mais j’en veux à ceux qui pensent que c’est extraordinaire. Parce que ce qui est extraordinaire, on n’est pas censé le faire, on l’évite. »

Marie et Stéphane Roussel, 43 et 45 ans, Paris
« Le fruit du hasard » ; « un concours de circonstances ». Marie Roussel ne s’était jamais imaginée accueillir quelqu’un chez elle. Cofondatrice d’un espace de travail partagé dans le 11e arrondissement de Paris, pour lequel travaille son mari Stéphane, elle était peu familiarisée avec la question migratoire. Mais la présence dans son quartier du dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers du département a attiré l’attention du couple de quadragénaires. « On voyait tous les jours des jeunes qui attendaient [pour un entretien d’évaluation] », se souvient Marie. Un soir de novembre 2018, sous une pluie battante, un Sénégalais entre dans le lieu de coworking. Il est fatigué, il a froid et nulle part où aller.« Je n’ai pas compris tout de suite ce qui se passait », explique Marie Roussel. Elle finit par contacter une association qui lui conseille de l’amener porte d’Aubervilliers. Le jeune homme se verra remettre une couverture pour passer la nuit, lui dit-on.

« Avec Stéphane, on s’est dit que ce n’était pas possible », relate-t-elle. Ismaïla est aussitôt hébergé par le couple, qui habite un duplex dans le 10e arrondissement, avec leurs deux enfants de 11 et 15 ans. « La troisième ou la quatrième nuit, Ismaïla a ramené son ami Samba », rapporte Marie Roussel. Les deux jeunes sont installés dans un coin aménagé de l’appartement. « C’est un peu bizarre au début, on ne sait pas comment communiquer, se souvient Marie. Mais les enfants ont permis d’établir un lien facilement. » Au bout de deux semaines, Ismaïla est finalement pris en charge par le tissu associatif et orienté provisoirement vers un hôtel. Samba, lui, est logé encore quelque temps par le couple et d’autres hébergeurs citoyens.

Dans l’entourage du couple, les réactions sont mitigées. « Nos parents nous ont tout de suite dit qu’on pourrait avoir des problèmes. C’était lointain pour eux », se souviennent-ils. Puis, les lignes bougent. Y compris dans l’esprit de Stéphane Roussel : « Ça m’a interrogé sur les raisons de la migration. Ismaïla est venu du fait de l’absence de perspectives économiques dans son pays. Je trouve ça légitime. Il y a des inégalités folles dans le monde. On ne peut pas empêcher ce qui se passe et, à un moment, la solidarité devra jouer pleinement. »

Depuis cette première expérience, le couple est toujours en contact régulier avec Ismaïla – évalué majeur, il a finalement déposé une demande d’asile, qui a été rejetée – mais n’a pas accueilli d’autre personne. « On s’était dit qu’on le referait mais je n’avais pas envie que ça soit une obligation, explique Marie. Je ne sais pas si je serais capable d’en faire un sacerdoce. » Elle reconnaît l’engagement qu’une telle démarche nécessite. « Ça bouleverse ton quotidien », résume-t-elle. Stéphane, lui, veut croire que l’« histoire n’est pas forcément finie ».

Georges Lafon, 72 ans, Paris
Le vaste appartement qu’il occupe, au pied de Montmartre, dans le 18e arrondissement de la capitale, est« trop grand »pour que Georges Lafon, 72 ans, y vive seul. Sa femme habite en Belgique, et il a pris l’habitude, depuis des années, d’héberger des amis ou de louer une chambre à des étudiants. Quand il est allé chercher Abdul Saboor à la gare d’Austerlitz, en novembre 2017, c’était pour « faire plaisir à [sa] belle-sœur ». Un groupe de Bruxellois investi dans le milieu associatif cherchait un pied à terre en urgence pour un Afghan qui débarquait en France. Ce devait être l’affaire de quelques jours. « Ce n’était pas un acte raisonné », assure-t-il. Près de trois ans se sont écoulés et Abdul, âgé d’une trentaine d’années, vit toujours chez lui.

A son arrivée, le jeune homme est dans une situation confuse. Après avoir quitté l’Afghanistan en 2016, il a passé beaucoup de temps sur la route des Balkans, a notamment vécu un an en Serbie et a déjà erré en Espagne, en Belgique, en Italie et en Suisse.« Un ami m’a dit de venir en France pour les papiers », se souvient Abdul.

Georges n’est pas familiarisé avec l’asile. Il a fait carrière dans l’industrie pharmaceutique, notamment aux Etats-Unis, avant d’enseigner l’économie de la santé dans des écoles de commerce ou à l’université. Il mesure aujourd’hui ce que sa rencontre avec Abdul a généré. « Je viens d’un milieu classique de bourgeois parisiens. Aujourd’hui, je suis beaucoup moins sûr de moi à propos de ce que sont de bonnes conditions de vie. Est-ce que l’enrichissement est un but ? J’y croyais, je l’ai enseigné mais je n’y crois plus du tout. Ça engendre des inégalités, des conflits, des pollutions effroyables. » Abdul fait partie de la « famille »de Georges désormais, même si les deux hommes évoluent dans « des mondes différents ». Abdul a obtenu le statut de réfugié. Il s’investit dans la photo. Il a pour projet de refaire le chemin qu’il a parcouru à travers l’Europe des Balkans, pour documenter en images cette route migratoire.

Valérie et Laurent Jorigné, 53 et 55 ans, Montauban
« Je veux rendre l’ISF[impôt sur la fortune]. » C’est animée par cette envie de réinjecter son argent dans la solidarité que Valérie Jorigné, 53 ans, a adressé un mail, fin 2018, à Utopia 56, une association d’aide aux migrants qu’elle a découverte au hasard de recherches sur Internet. Avec son mari Laurent, 55 ans, ils étaient prêts à « accueillir des gamins vivant à la rue », dans leur maison de 400 m2 située sur une route de campagne près de Montauban.

Aucun n’a l’habitude du militantisme associatif ou politique. Valérie connaît, en revanche, les galères de la vie. Il y a près de trente ans, jeune mère célibataire, elle a dû s’en sortir seule, loin d’un premier conjoint tourmenté, violent et porté sur la boisson. Laurent, lui, a hérité d’un père qui a fait fortune en participant à l’aventure des magasins Leclerc. « On a bien conscience de ce qu’on a », résume simplement Valérie Jorigné.

Surtout, le couple a vécu une expérience déterminante en 2018. Ils ont recueilli chez eux Marko Nicic, un Serbe du Kosovo âgé de 22 ans qui dormait sous les gradins du stade de Montauban. Marko est un coureur de demi-fond talentueux. Alertés par le club d’athlétisme de la ville et touchés par l’histoire du jeune homme, Valérie et Laurent le prennent chez eux. Leurs deux aînés, Nikita et Bastien, issus de premières unions, sont déjà indépendants. Leur dernière, Juliette, a 16 ans. Marko devient un frère de plus dans cette famille recomposée.

Il a aujourd’hui intégré une école d’éducateur spécialisé à Albi et le club d’athlétisme de Toulouse. Valérie s’est démenée« au culot »pour arracher sa régularisation en janvier. « Cela nous a apporté beaucoup, dit-elle. Le bonheur de voir un gamin broyé sortir la tête de l’eau, s’ouvrir, reprendre goût à la vie. »

En 2019, le couple veut renouveler l’expérience. Utopia 56 leur propose d’héberger un jeune réputé « compliqué ». Abdoulaye Barry est guinéen et il a fait « deux ans de route jusqu’en Europe », ponctuée par une traversée du désert, des travaux des champs au Maroc et une traversée périlleuse de la Méditerranée. « On était 32 dans un canot pneumatique, se souvient l’adolescent, aujourd’hui âgé de 17 ans. Il y avait aussi des cartons de shit. Trois Marocains conduisaient. Avant d’arriver sur les côtes espagnoles, ils ont sorti des machettes et nous ont dit “vous sautez ou on vous coupe en morceaux” ». Plusieurs passagers sont morts noyés.

Abdoulaye arrive en France en 2018. Il passe de longs mois dans la rue à Paris, sans prise en charge de l’ASE malgré la minorité d’âge qu’il invoque. Utopia 56 et Médecins sans frontières (MSF) le repèrent et, après plusieurs mois dans un hôtel, l’envoient chez Valérie et Laurent Jorigné, à Montauban.« Je me suis dit qu’ils m’avaient jeté au fin fond de la brousse, je flippais un peu », avoue le garçon. Aujourd’hui, il a été reconnu mineur, suit un bac pro mécanique moto, une passion qu’il partage avec Laurent, et affiche des résultats brillants.

En avril 2019, Ihtisham Arif, un Pakistanais de 17 ans, a, lui aussi, rejoint la maisonnée. L’adolescent a quitté son pays en septembre 2016 et, dit-il,« [a] vu la mort devant [lui] »en rejoignant l’Europe. Il a notamment franchi « treize montagnes en une nuit entre l’Iran et la Turquie », voyagé dans la soute d’un bus ou sur l’essieu d’un camion, échappé de peu au naufrage d’un bateau en feu en Méditerranée… A Paris, il ne parvient pas à être reconnu mineur, écume plusieurs départements, se fait rejeter, accusé de présenter des faux documents d’identité… Lorsqu’il arrive dans la famille Jorigné, orienté par Utopia 56 et MSF, il pèse 53 kg pour 1 m 82, parle peu, prend des antidépresseurs. A peine un an plus tard, il s’exprime en français avec facilité. Il a été admis en première générale, avec des spécialités scientifiques. Il a plus de 14 de moyenne générale et ses professeurs louent son « implication ».

Béatrice Le Floch-Meunier, 58 ans, Toulouse
« Sans avoir l’idée de sauver qui que ce soit, j’offre une parenthèse à quelqu’un, ainsi qu’à moi-même. » Béatrice Le Floch-Meunier parle d’une voix douce et sans emphase. Elle repense aux cinq semaines pendant lesquelles, à l’hiver 2019, elle a hébergé Mifta Keita, une Guinéenne de 27 ans, dans son appartement de trois pièces d’un quartier calme du nord-est de Toulouse. « J’ai trouvé l’expérience intéressante dans le partage, j’ai appris plein de choses », souligne-t-elle.

Pour cette infirmière de métier, devenue cadre de santé, la migration renvoie à sa propre expérience de vie. Petite-fille d’immigrés italiens installés en Algérie, elle a rejoint la France au moment de l’indépendance, en 1962, âgée d’à peine 3 mois. L’actualité des personnes migrantes arrivant en Europe lui donne « très envie de [s’] inscrire dans ces histoires ». Valérie voulait trouver sa « juste place », sans tomber dans le « voyeurisme ». Une collègue de travail lui parle de son engagement auprès du programme Welcome de l’association jésuite JRS, qui accompagne des hébergements citoyens de demandeurs d’asile. Elle saute le pas. En décembre 2019, Mifta Keita arrive chez Béatrice.

La jeune femme, danseuse professionnelle en Guinée et mère d’un enfant de 11 ans resté au pays, est en France depuis février 2019. Malgré sa demande d’asile, aucun hébergement ne lui a été proposé par l’Etat. Après des mois de vie en squat, elle est prise en charge par plusieurs familles grâce à Welcome. Chez chacune d’entre elles, elle peut rester un mois. Le programme d’accueil est prévu pour durer au total six mois maximum.

Avec Béatrice, Mifta partage des moments de complicité, devant la télé le soir ou quand elles vont faire le marché. Elles préparent ensemble sa demande d’asile. « J’ai tout découvert, confie Béatrice. A la fois les réseaux de solidarité, mais aussi la complexité du parcours administratif. » La procédure est toujours en cours. Lors du confinement, les six mois du programme Welcome arrivés à leur terme, Mifta a manqué retourner à la rue. Une amie l’a hébergée un mois, puis le 115 lui a trouvé une chambre d’hôtel. « On m’a prévenue que je devrai partir en août, je suis inquiète », avoue-t-elle. De son côté, Béatrice Le Floch-Meunier est prête à réitérer l’expérience. Mais à voir la situation précaire de Mifta, elle pense : « Si elle est à la rue, je préfère l’accueillir, elle, plutôt que quelqu’un d’autre. »

Olivia Martinez et Emilie Kelly, 42 et 34 ans, Banyuls-sur-Mer
Olivia Martinez et Emilie Kelly sont deux amies de longue date installées à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Depuis deux ans, elles partagent leur appartement avec Mohamed Ali, un demandeur d’asile soudanais de 25 ans. Leur rencontre est liée au hasard. Celui de l’itinéraire d’un chauffeur routier dans le camion duquel Mohamed et une poignée d’autres Soudanais et Erythréens s’étaient cachés en Italie, pour passer la frontière et entrer en France. Mais lorsque le petit groupe de migrants est extrait du poids-lourd, plusieurs heures plus tard, ils découvrent avec surprise qu’ils sont en Espagne, à Figueras. Ils rebroussent chemin, en train, mais la police française les interpelle à la frontière et veut les refouler en Espagne. Mohamed et trois autres Soudanais parviennent à s’enfuir en courant vers les chemins de montagne. Deux heures après, ils arrivent sur les hauteurs de Banyuls-sur-Mer, par une petite route bordée de vignes, en pleine chaleur, à l’été 2018.

Un couple d’amies d’Olivia et Emilie les croise, leur donne à boire et, de fil en aiguille, le réseau amical se met en branle pour offrir quelques jours de répit à ces voyageurs exténués. Deux d’entre eux ne tardent pas à reprendre la route. Mohamed veut rester à Banyuls. Son ami Habib hésite. Lorsque Emilie et Olivia les accompagnent pour déposer une demande d’asile à Perpignan, elles découvrent qu’aucun hébergement ne leur est proposé. « Sans même avoir besoin de se parler, on les a ramenés à la maison », se souvient Olivia. Les deux amies se connaissent depuis longtemps, elles ont travaillé ensemble dans un club de plongée en Egypte, vécu au Mexique…

Aujourd’hui, elles développent un projet de cosmétique naturelle et de plantes aromatiques et médicinales. Peu de temps après leur rencontre avec les deux Soudanais, ils déménagent tous les quatre dans un nouvel appartement pour entamer une grande colocation. Comprenant que les démarches vont être longues, « on leur a dit qu’ils pouvaient rester le temps qu’ils voulaient », se souvient Emilie. Les deux femmes voient leur rôle comme celui de « grandes sœurs ».

Habib a finalement décidé de rejoindre le Royaume-Uni, tandis que Mohamed n’a toujours pas été convoqué par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides pour être entendu. En attendant, il entraîne les équipes jeunes du club de foot et a été « adopté » par la famille d’Olivia, installée dans la région. Les deux femmes refusent de voir dans leur démarche un geste politique. « C’est juste humain,fait valoir Emilie Kelly.On ne devrait pas avoir à porter une bannière pour ce genre de droits fondamentaux. »

Des vidéos filmées à Calais ont permis de blanchir un bénévole accusé de violence envers des policiers

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/10/violences-policieres-des-images-ont-permis-a-la-justice-de-blanchir-un-benevole-de-calais_6042338_3224.html

Selon nos informations, trois CRS sont renvoyés devant la justice, accusés d’avoir menti pour couvrir l’un des leurs, coupable de violences contre un membre d’ONG.

Par Nicolas Chapuis et Juliette BénézitPublié aujourd’hui à 06h54, mis à jour à 08h45

Les images paraîtraient presque anodines en comparaison des nombreuses vidéos de violences policières diffusées ces derniers mois. Mais les trois courtes séquences sont lourdes de conséquences : elles ont permis à la justice de blanchir un bénévole de Calais (Pas-de-Calais), injustement accusé de violence et d’outrage envers des policiers. Et elles valent désormais à trois CRS d’être renvoyés devant la justice, l’un pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, et les trois pour faux en écriture publique.

Selon une information du Monde, les fonctionnaires de police sont accusés d’avoir menti pour couvrir l’un des leurs, qui s’était rendu coupable de violences, et d’avoir ainsi provoqué le renvoi devant la justice d’un innocent.

Les faits ont eu lieu à l’été 2018 sur l’une de ces bretelles routières qui avoisine la rocade de Calais, où se massent des migrants, candidats au départ vers l’Angleterre. Ce matin-là, Thomas Ciotkowski, un bénévole britannique âgé d’une trentaine d’années, circule en camionnette avec l’un de ses amis. Il fait partie d’une des associations qui défend les droits des réfugiés. Apercevant trois personnes en train de se faire contrôler par quelques policiers, à proximité de migrants, il s’arrête pour filmer la scène. Les fonctionnaires décident alors « d’évincer » l’ensemble du groupe.

Une version de la suite est racontée sur procès-verbal, par le chef de groupe, Laurent M., membre de la CRS 40, qui porte plainte contre Thomas Ciotkowski :

« Nous avons essayé de les repousser, mais ça durait et, à ce moment-là, l’individu anglais que nous avons interpellé après a commencé à parler fort, à crier et nous a insultés dans sa langue en ces termes bitch-bastard et il est venu à mon contact, puis a positionné ses mains sur ma poitrine et m’a poussé en arrière. J’ai effectué un geste pour le repousser, il a reculé et comme derrière lui se trouvait la glissière de sécurité, il a basculé en arrière et, comme il me tenait, j’ai suivi et j’ai basculé avec lui. Nous nous sommes retrouvés au sol tous les deux et j’ai procédé à son interpellation.

– Est-ce que les insultes ont été prononcées plusieurs fois ?

– Oui, plusieurs fois en anglais, à chaque fois qu’on essayait d’avancer, ils nous repoussaient tout en nous insultant. »

Les deux collègues de Laurent M. confirment sur procès-verbal l’ensemble de ces déclarations, citant les mêmes propos : « Ils étaient agressifs envers nous et nous ont copieusement insultés en anglais, de mots comme “bastard, bitch, fuck…” et j’en passe », assure le brigadier G. Quant au gardien de la paix L., il est formel : « J’ai vu l’individu qu’on a ramené qui s’est approché du chef M. et l’a poussé au niveau du torse. J’ai entendu le chef M. dire aux Anglais “Me pousse pas », mais le gars l’a refait, donc le chef M. l’a repoussé mais en reculant l’individu a butté contre la glissière de sécurité et est parti en arrière en s’agrippant au chef M., ils sont tombés tous les deux. »

Une réalité toute différente

Insultes, provocations, agression physique, tous les éléments semblent être réunis pour un dépôt de plainte. A ce détail près que les images, filmées sous trois angles différents, qui montrent l’intégralité de la scène et sur lesquelles l’ensemble des propos échangés sont audibles, présentent une réalité toute différente. Tout au long des vidéos, les bénévoles ne profèrent pas la moindre injure, Thomas Ciotkowski ne pousse jamais le CRS et ce dernier ne se retrouve à aucun moment au sol.

On y voit au contraire des policiers qui évacuent un groupe de migrants et de bénévoles dont aucun ne semble être virulent. L’un des fonctionnaires traite un militant de « putain d’Anglais ». Un autre assène un coup de pied par derrière dans le mollet d’un jeune homme pour le faire avancer. Thomas Ciotkowski s’en indigne. « C’est illégal », l’entend-on dire dans un français mâtiné d’accent britannique. Il relève le matricule de l’un des policiers.

Un policier donne alors un coup de matraque à une jeune femme sur le bras. « Don’t hit women », intervient Thomas Ciotkowski, qui ne porte jamais la main sur le fonctionnaire. Laurent M. le pousse pourtant par-dessus la glissière de sécurité. Il tombe à la renverse sur la route, alors qu’un camion passe à ce moment-là, juste derrière sa tête. Les policiers tentent d’empêcher une jeune femme de lui porter assistance et interpellent dans la foulée le jeune homme. Il fera vingt-neuf heures de garde à vue et sortira avec une convocation devant le tribunal correctionnel pour violence et outrage sur une personne dépositaire de l’autorité publique.

Les vidéos, « remparts à la logique d’impunité »

Jugé en juin 2019, le jeune homme a été relaxé de toute poursuite. A la sortie de l’audience, le procureur de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), interpellé par la diffusion des vidéos, a saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour faire la lumière sur les déclarations des policiers. Sur la base de l’enquête qui lui a été remise un an plus tard, le magistrat a décidé de citer à comparaître les trois CRS. Interrogés par Le Monde, ces derniers n’ont pas souhaité pour le moment faire de commentaire. Pour Thomas Ciotkowski, « c’est bien de voir la justice en action et de voir qu’une enquête solide a été menée. Bien que je leur pardonne ce qu’ils m’ont fait, j’ai été chanceux de ne pas être sévèrement blessé ou même tué et ils devraient être tenus pour responsables de leurs actes. »

Les avocats du bénévole, Me William Bourdon et Me Apolline Cagnat, estiment que « les poursuites pour faux sont un signal fort qui tranche avec la présomption de crédibilité invariablement accordée aux fonctionnaires de police, même face à de nombreux témoignages contraires ». Mais ils regrettent qu’il ait fallu « comme trop souvent des vidéos pour rendre possibles ces poursuites. Elles ont été le rempart à la logique d’impunité que les policiers recherchent systématiquement. »

A l’audience de juin 2019, le représentant du parquet, qui avait pourtant vu les vidéos, avait choisi de croire la version des policiers en requérant quatre mois de prison avec sursis contre le jeune homme.

Nicolas Chapuis et Juliette Bénézit

Immigration : la cour des comptes étrille les lourdeurs administratives

 

Le Monde,par Julia Pascual Publié le 05 mai 2020 à 10h00 – Mis à jour le 06 mai 2020 à 19h12

Simplifier le droit au séjour. Après des années de politiques migratoires échafaudées dans un objectif de « maîtrise » des flux, les procédures de l’immigration régulière sont devenues « inutilement longues et complexes ». Dans un rapport qui devait être rendu public mardi 5 mai sur « l’entrée, le séjour et le premier accueil des personnes étrangères », la Cour des comptes étrille les lourdeurs administratives qui entourent le droit au séjour.

La France se situe « parmi les grands pays les plus restrictifs », constate le rapport. Près de 280 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2019. Si cela représente une hausse de 30 % en dix ans, à l’arrivée, la France n’a délivré que 3,72 titres pour 1 000 habitants, soit beaucoup moins que son voisin allemand (12,18 titres), que la Suède (14,53 titres) ou encore que l’Espagne (7,65 titres). « Seuls les Etats-Unis délivrent moins de titres que notre pays (3,67 titres) », souligne le document.

Corollaire de cette approche limitative, les procédures se distinguent par leur lourdeur. Aujourd’hui, une personne passe en moyenne 3,7 fois en préfecture et attend entre quatorze et deux cents jours pour obtenir un titre de séjour qui, le plus souvent, est de courte durée. Ainsi, l’administration n’accorde quasiment pas de cartes de séjour permanent (43 en 2018) et les naturalisations – instruites selon des délais « anormalement longs » − ont baissé de 28 % en dix ans. A contrario, 76 % des premiers titres délivrés le sont pour moins d’un an, de même que les deux tiers des titres renouvelés.

« Plus grande restrictivité »

Cette réalité alimente de multiples tensions :

« Files d’attente importantes le matin et saturation des guichets dès leur ouverture, réception du public limitée à quelques demi-journées par semaine, obligation de se présenter en personne sans certitude d’être reçu, et, épisodiquement dans les préfectures les plus engorgées, fermeture des services de plusieurs jours à plusieurs mois le temps de résorber une partie des stocks de dossiers. »

« Les conditions de gestion des titres de séjour par les préfectures sont dégradées et pénibles, tant pour les personnes concernées que pour les agents de l’Etat », soulignent les magistrats de la Rue Cambon.

Cette situation a en outre eu tendance à s’accentuer, notamment sous l’effet d’une montée en charge des demandes d’asile. « La priorité donnée à l’asile en termes d’attention et de moyens a eu pour contre-effet de ralentir la modernisation des procédures de l’immigration régulière », souligne la Cour des comptes, qui, pour plus d’efficacité, recommande d’alléger les formalités de procédures et d’allonger la durée des titres, notamment en automatisant le renouvellement de ceux qui s’y prêtent.

Outre qu’elle a asphyxié par endroits les services de l’Etat, la volonté de maîtrise de l’immigration affichée par les gouvernements a été source de nombreuses réformes : pas moins d’une dizaine de textes législatifs et réglementaires ont vu le jour ces quinze dernières années, « dans le sens d’une plus grande restrictivité ». A cette occasion, le ministère de l’intérieur a progressivement ramené à lui « l’essentiel des compétences en matière d’immigration », qu’il s’agisse de naturalisations, d’accueil, de visas et, bientôt, d’immigration professionnelle.

Politique obsolète et déconnectée des besoins

Toutefois, observe la Cour, ce « durcissement des conditions de séjour en France » n’a qu’une portée relative, le régime des entrées sur le territoire ne relevant que pour partie d’un pouvoir discrétionnaire de l’administration. « Seule la moitié des premiers titres accordés en 2018 procède d’une décision entièrement maîtrisée par les autorités publiques, rappelle le rapport. L’autre moitié étant la contrepartie de droits individuels protégés par la Constitution et l’ordre juridique international, que l’Etat ne peut ni prévoir ni restreindre. »

Ainsi en est-il de l’immigration familiale − plutôt stable – et humanitaire – qui augmente indépendamment des efforts menés pour durcir les conditions matérielles d’accueil et réduire les délais d’instruction des demandes d’asile « en partie conçus comme des signaux supposés décourager les demandes infondées ».

Restent l’accueil d’étudiants et l’immigration professionnelle. Si le premier a augmenté de 40 % en dix ans pour dépasser les 90 000 titres en 2019, la seconde est « tombée à un niveau d’étiage tout au long de la dernière décennie », notent les auteurs. Moins de 40 000 titres ont été délivrés pour motif économique en 2019, soit 14 % du total des admissions au séjour. Reprenant un constat largement documenté, la Cour des comptes regrette une politique obsolète et déconnectée des besoins. « La tentative de recentrage des arrivées sur les talentsn’est pas encore probante, les flux concernés, hors échanges académiques, apparaissant faibles, relève-t-elle. En sens inverse, les tensions constatées sur le marché du travail portent sur des métiers peu qualifiés, qui sont presque totalement fermés à l’immigration. »

Les velléités de réforme affichées par le gouvernement fin 2019, à travers notamment l’instauration de « quotas » – et ajournées dans le contexte de crise sanitaire actuelle –, convainquent peu les auteurs du rapport. « Plutôt qu’un système étendu de quotas qui n’a guère de vraisemblance, écrivent-ils, le contexte de concurrence internationale accrue vis-à-vis des travailleurs qualifiés et les tensions que rencontrent plusieurs secteurs d’activité en matière de recrutement pourraient justifier une modernisation ambitieuse des voies d’immigration professionnelle fondée sur des cibles quantitatives pluriannuelles et un système de sélection par vivier. »

 

 

proposition de loi portée par le député Eric Ciotti visant à interdire la diffusion des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Tribune de Libération du 30 mai 2020

Empêcher de filmer et diffuser des images de violences policières, c’est livrer les victimes à encore plus d’arbitraire

Par Amal Bentounsi , Hamid Aït Omghar , Abdourahmane Camara et Jessica Lefèvre, membres du Collectif Urgence Notre Police Assassine

Signé par de nombreuses personnalités, cet appel du collectif Urgence notre police assassine s’insurge contre la proposition de loi portée par le député Eric Ciotti visant à interdire la diffusion des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Dans une proposition de loi, le député Eric Ciotti et d’autres parlementaires veulent faire condamner d’une amende de 15 000 € et d’une peine de 6 mois d’emprisonnement toute personne qui diffuserait des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions. Éric Ciotti ne s’en cache pas : il vise directement l’application Urgence Violences Policières lancée au mois de mars par le collectif Urgence notre police assassine et mise en libre accès (sur Apple Store et Android) afin de lutter contre les violences et crimes de la police et de la gendarmerie.

Selon Eric Ciotti et les porteurs de ce texte, cette loi viserait à «protéger» la police.

Mais qui faut-il protéger ?

Zyed Benna, Bouna Traoré, Amadou Koumé, Lahoucine Ait Omghar, Abdoulaye Camara, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Hocine Bouras, Mourad Touat, Babacar Gueye, Rémi Fraisse, Wissam El Yamni, Lamine Dieng, Aboubakar, Fofana, Adama Traoré, Angelo Garand, Karim Taghbalout, Ibrahima Bah, Shaoyo Liu, Romain Chenevat, Gaye Camara, Allan Lambin, Steve Maia Caniço, Zineb Redouane, Cédric Chouviat, Mohamed Habsi… Ce sont des dizaines et des dizaines de personnes – dont une majorité d’hommes non-blancs, souvent issus des quartiers populaires – qui sont mortes entre les mains de la police ces dernières années, et ce dans des circonstances rarement éclaircies. Sur la seule période de confinement qui nous précède, près d’une quinzaine d’hommes sont encore venus allonger la liste de ces tués, asphyxiés, noyés, traqués, pourchassés. Presque à chaque fois, les policiers impliqués ne sont pas inquiétés ou sont vite blanchis faute de «preuves», et souvent au mépris des nombreux témoignages les incriminant.

Les vidéos sont capitales : elles sont des preuves.

À côté de ces dizaines de crimes policiers, les violences se multiplient sous d’autres formes qui vont de l’insulte raciste tels que «bicot», «bougnoule», «sale arabe», «bamboula» à la mutilation en passant par les incessants contrôles au faciès. Là encore, c’est dans les quartiers populaires que ces violences s’exercent notablement depuis des décennies. Mais elles ont fait une irruption fracassante dans les mouvements sociaux, ces dernières années, notamment dans les manifestations des Gilets Jaunes, provoquant la multiplication des images de ces violences et leur diffusion dans différents médias. Grenades et tirs de LBD à bout portant, passages à tabac, croche-pieds, coups de poing, de pied, de matraque… Le pouvoir de ces graves images a réveillé bon nombre de consciences sur la réalité de ces pratiques policières et a permis d’expliquer le nombre extraordinaire de blessés et de mutilés. Elles ont aussi ulcéré la police et ses syndicats – Alliance en tête – qui voudraient continuer d’avoir, au sens propre, les mains libres. Ces derniers se félicitent donc publiquement de cette proposition de loi, qu’ils ont appelée de leurs vœux, car peut-on agir plus librement que lorsque l’on reste dans l’ombre ?

Les vidéos sont capitales : elles sont des preuves. Ce sont elles qui, dans la plupart des cas, permettent de mettre à mal les versions des forces de l’ordre qui plaident quasi systématiquement ce qu’elles appellent la légitime défense ou «les règles de l’art». Même quand il s’agit de tirer dans le dos d’un homme, d’étrangler une personne menottée, ou d’en violer une autre à coups de matraque. Nous le répétons : ces images sont des preuves, et c’est pour cela que l’application UVP-Urgence Violences Policières a été lancée. Elle permet à tout citoyen de conserver les images de ces agressions. Cela, dans le but de pouvoir agir ensuite aux côtés des victimes et de leurs familles, de manière efficace et organisée – preuves à l’appui – contre l’impunité policière qui règne dans 95% des cas. En France comme aux États-Unis. On l’a d’ailleurs encore vu ces derniers jours : à Minneapolis, ce sont des images devenues virales qui ont permis de confondre et d’inculper le policier meurtrier d’un homme noir, George Floyd.

Plus que jamais, il est donc essentiel de pouvoir filmer la police lors de ses interventions et il est essentiel que les citoyens, journalistes et associations qui le souhaitent puissent diffuser publiquement les images des abus ou violences constatés afin d’informer, de protéger et de prouver. La proposition de loi d’Éric Ciotti, si elle devait passer, viendrait allonger la liste des lois scélérates qui bafouent nos droits fondamentaux et déshonorent la France dont l’image dans le monde s’est considérablement écornée ces dernières années. Mobilisons toutes nos forces pour l’en empêcher.

En soutien aux familles qui ont créé l’application Urgence Violences Policières : Hamid Aït Omghar, Abdourahmane Camara, Jessica Lefèvre, Amal Bentounsi (une cagnotte a, par ailleurs, été lancée pour les aider financièrement).

Signataires : Kery James, auteur, artiste ; Adèle Haenel, actrice ; Aïssa Maïga, actrice ; Camélia Jordana, chanteuse, actrice ; Angèle, chanteuse ; Leïla Bekhti, actrice ; Omar Sy, acteur ; Marina Foïs, actrice ; Youssoupha, auteur, rappeur ; Ladj Ly, réalisateur ; Vincent Cassel, acteur ; Fary, humoriste ; Lilian Thuram, ancien footballeur, président de la Fondation Thuram contre le racisme ; Vegedream, artiste ; Jain, chanteuse ; IAM, artistes rap ; Sonia Rolland, actrice, réalisatrice ; Ayo, chanteuse ; Stomy Bugsy, artiste, comédien ; Demi Portion, rappeur ; Waly Dia, humoriste, comédien ; Rokhaya Diallo, journaliste, réalisatrice ; Imany, chanteuse ; Seth Gueko, artiste ; Faïza Guène, écrivaine ; Samir OGB, artiste, auteur, producteur ; Mati Diop, réalisatrice ; Juliette Fiévet, journaliste, animatrice ; Féfé, artiste ; Jo le Phéno, artiste, rappeur ; Moise 21, chanteur ; Chilla, artiste, chanteuse ; Audrey Dana, comédienne ; Yaniss Odua, chanteur ; Léonie Pernet, musicienne ; Claudy Siar, journaliste, producteur ; Leila Sy, réalisatrice ; Cyrille Teranga, manager ; Tété, artiste, musicien ; Ussar, musicien, auteur, interprète ; Raphäl Yem, journaliste, animateur ; Pascal Boniface, universitaire ; Olivier Bassuet Linda, producteur ; Jean Pascal Zadi, acteur, réalisateur ; Mouss et Hakim de Zebda, artistes, chanteurs ; François Durpaire, auteur ; Nicolas Duvauchelle, acteur ; Jeanne Added, chanteuse ; Rebeka Warrior, chanteuse ; Nadège Beausson-Diagne, actrice ; Enora Malagré, Comédienne, animatrice ; Gilbert Melki, acteur ; Nabil Fekir, footballeur ; Déborah Lukumuena, actrice ; Virginie Despentes, romancière ; Wesley Weigel, comédien ; Franck Ribéry, footballeur  ; Shay, chanteuse rap

Amal Bentounsi , Hamid Aït Omghar , Abdourahmane Camara , Jessica Lefèvre membres du Collectif Urgence Notre Police Assassine

Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe: Les droits de l’homme de plus en plus menacés en Europe

COMMISSAIRE AUX DROITS DE L’HOMME DU CONSEIL DE L’EUROPE

DUNJA MIJATOVIĆ

RAPPORT ANNUEL D’ACTIVITÉ 2019

 

Dans les activités qu’elle a menées en 2019, la Commissaire a abordé un large éventail de thèmes relatifs aux droits de l’homme. Elle s’est tout particulièrement concentrée sur les droits de l’homme des immigrés, des demandeurs d’asile et des réfugiés, la liberté des médias et la sécurité des journalistes, ainsi que sur les droits des femmes et l’égalité de genre. Elle a aussi continué d’attirer l’attention sur les droits de l’enfant, les droits de l’homme des personnes handicapées, des personnes LGBTI et des Roms, ainsi que sur la question de la justice transitionnelle, notamment dans les Balkans occidentaux. L’intelligence artificielle et les droits de l’homme, la lutte contre le terrorisme et la protection des droits de l’homme ainsi que la lutte contre le racisme et l’intolérance ont également figuré au rang de ses principales préoccupations.

Droits de l’homme des immigrés, des réfugiés et des demandeurs d’asile. S’agissant des droits des migrants, des réfugiés, des demandeurs d’asile, en 2019, la Commissaire a mené de nombreuses activités spécifiques à des pays, notamment une visite en Hongrie,suivie de la publication d’un rapport, des visites en Grèce et en Bosnie-Herzégovine,spécialement axée sur la situation migratoire dans ces pays. Des lettres ont aussi été adressées aux autorités de l’Allemagne, de la Grèce et de l’Italie. La Commissaire a en outre effectué une déclaration sur la Bosnie-Herzégovine et trois interventions en qualité de tierce partie devant la Cour européenne des droits de l’homme, décritesde façon plus détaillée dans une autre section du présent rapport.La protection des droits des réfugiés et des migrants dans la région de la Méditerranée a été l’un des principaux thèmes de travail. Le27 mars, la Commissaire a fait une déclaration appelant les États membres à renforcer la capacité de sauvetage en mer Méditerranée, à s’abstenir d’entraver et d’ériger en infraction pénale le travail des ONG qui réalisent des activités de recherche et de sauvetage, à renforcer la transparence et la responsabilité dans la coopération avec les pays tiers, et à suspendre l’aide apportée aux garde-côtes libyens si ceux-ci ne sont pas en mesure de prouver que ce soutien necontribue pas à des violations des droits de l’homme. Le18 juin, la Commissaire a publié sa Recommandation intitulée « Sauver des vies. Protéger les droits. Combler le manque de protection des réfugiés et des migrants en Méditerranée ». Ce document contient35 recommandations se répartissant en cinq domaines clé, à savoir:l’efficacité des opérations de recherche et de sauvetage, le débarquement sûr et rapide, la coopération avec les organisations non gouvernementales, la coopération avec les pays tiers, et la prévention des voyages dangereux au moyen de voies sûres et légales. Le7octobre, elle a fait une autre déclaration dans laquelle elle salue les initiatives déjà prises pour mieux partager les responsabilités concernant le sauvetage des migrants et encourage les États membres à y prendre part. Elle attire également l’attention sur le fait que l’instauration d’un mécanisme de débarquement et de relocalisation ne doit pas conduire les États membres à prendre des mesures qui pourraient entraîner le renvoi de personnes secourues en mer vers des lieux où elles seraient exposées à des risques de violations graves des droits de l’homme.Outre la situation dans la région méditerranéenne,la Commissaire s’est penchée sur d’autres questions relatives à l’asile et aux migrations. Ainsi, le 6 mars,dans le cadre de sa visiteà Genève, la Commissaire a prononcé un discours devant l’Alliance globale des institutions nationales des droits de l’homme (GANHRI) dans lequel elle a traité du rôle que pourraient jouer les institutions nationales des droits de l’homme (INDH) dans le domaine des migrations. Elle a notamment souligné qu’il était nécessaire que celles-ci s’occupent des violations flagrantes des droits des migrants comme les refoulements, les mauvais traitements et la rétention de longue durée dans de mauvaises conditions, appelant également les INDH à contribuer au débat public et politique sur les migrations, à assumer leur rôle de pont entre la société civile et les gouvernements afin que la voix des migrants soit entendue dans les décisions qui les concernent et à militer pour plus de transparence et de responsabilité dans les politiques migratoires. Le 12 septembre, la Commissaire a publié dans le Carnet des droits de l’homme un article intitulé « Il est temps de respecter les engagements pris pour protéger les personnes en situation de déplacement de la traite et de l’exploitation », dans lequel elle attire l’attention sur la nécessité d’agir contre la traite des êtres humains, mais aussi d’examiner de près la manière dont les politiques migratoires actuelles se répercutent sur la prévention de la traite, ainsi que sur l’identification et la protection des victimes et l’accès de celles-ci aux mesures d’assistance, y compris aux frontières extérieures de l’Europe.

Un feu vert européen aux expulsions express de migrants

https://www.liberation.fr/planete/2020/02/14/un-feu-vert-europeen-aux-expulsions-express-de-migrants_1778301

 

Un feu vert européen aux expulsions express de migrants

Par François-Xavier Gomez — 14 février 2020 à 10:01 (mis à jour à 12:53)
 

La Cour européenne des droits de l’homme a légitimé les reconductions expéditives de migrants par l’Espagne. Les ONG redoutent que la décision n’encourage d’autres Etats, dont la France.

L’Espagne n’a pas bafoué les droits humains en expulsant «à chaud», sans la moindre décision administrative ou judiciaire, deux migrants africains de son enclave de Melilla, dans le nord du Maroc, a statué la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans un arrêt rendu jeudi à Strasbourg. La décision, définitive et qui ne peut faire l’objet d’aucun appel, est une surprise puisqu’elle inverse un arrêt rendu en octobre 2017, qui donnait raison aux deux requérants et condamnait Madrid à verser à chacun un dédommagement de 5 000 euros.

Mépris du droit européen

Au-delà des cas de ces deux ressortissants, malien et ivoirien, l’Espagne a expulsé de façon expéditive, depuis une vingtaine d’années, des milliers de «sauteurs», ces migrants d’Afrique subsaharienne qui franchissent à mains nues les grilles, hautes de plus de 6 mètres et hérissées de lames tranchantes, qui séparent du Maroc les villes enclaves de Ceuta et Melilla. Ce sont les deux seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe. Sitôt parvenus en territoire espagnol, ces migrants sont reconduits côté marocain sans avoir pu faire valoir leur droit à une assistance juridique ou médicale, et à déposer une demande d’asile. Au mépris du droit européen qui interdit les expulsions collectives, et de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés.

Pour la CEDH, instance dont la juridiction s’étend sur les 47 Etats du Conseil de l’Europe, «les requérants se sont mis dans une situation d’illégalité lorsqu’ils ont délibérément tenté, le 13 août 2014, d’entrer en Espagne en franchissant le dispositif de protection de la frontière de Melilla, à des endroits non autorisés et au sein d’un groupe nombreux, en profitant de l’effet de masse et en recourant à la force». Leur renvoi est donc justifié par leur décision «de ne pas utiliser les voies légales existantes permettant d’accéder de manière régulière au territoire espagnol», poursuit la Cour, qui conclut à la non-violation des articles 4 du Protocole n°4 (interdiction des expulsions collectives) et 13 (droit à un recours effectif) de la Convention européenne des droits de l’homme.

Retrait des «concertinas»

Pour Claire Rodier, du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s), cofondatrice du réseau Migreurop, la décision prise à Strasbourg est «catastrophique» en ce qu’elle «valide des pratiques contraires au droit international», et «s’inscrit dans un climat politique qui justifie le recours à l’illégalité des Etats». Quelques exemples : «Les interdictions de débarquement des bateaux humanitaires en Méditerranée, de porter secours à leurs passagers, l’accord Turquie-UE de 2016…»

Jean-François Dubost, responsable du programme Protection des populations d’Amnesty International France, déplore lui aussi un arrêt qui «ne tombe pas au meilleur moment, en plein contexte de durcissement des contrôles des frontières, et dans un climat délétère pour tous ceux qui fuient ou migrent à la recherche d’une protection en Europe». Refuser d’examiner les demandes d’asile individuellement revient à «refouler les demandeurs vers des situations de danger sans tenir compte de leur vulnérabilité» ajoute l’expert, qui souligne qu’Amnesty se donne quelques jours pour examiner en détail l’arrêt et analyser ses implications juridiques, afin de déterminer s’il s’agit ou pas d’un revirement dans la vision des Etats européens du droit des réfugiés.

Pour la responsable du Gisti, l’arrêt de Strasbourg est un nouveau cas où «les juges suivent les politiques». La Hongrie, souligne-t-elle, procède de longue date à des expulsions collectives illégales. La France le fait aussi, à la frontière italienne, même si elle s’en défend.

L’argument de la CEDH, qui reproche aux migrants de «choisir» la violence au lieu de se présenter aux postes-frontières en faisant la queue avec les touristes, scandalise Claire Rodier car il «ignore une situation pourtant connue de tous et dénoncée depuis des années : les migrants noirs ne peuvent approcher des guichets frontaliers, tant du côté espagnol que marocain, tout est fait pour les empêcher d’y accéder». Il n’y a pas de «choix», la voie illégale est la seule possible.

Si dans les enclaves espagnoles d’Afrique du Nord, la politique d’expulsions immédiates a commencé à la fin des années 90, sous le gouvernement conservateur de José María Aznar, elle s’est poursuivie avec les présidents de gauche (Zapatero) comme de droite (Rajoy), jusqu’à aujourd’hui avec le socialiste Pedro Sánchez. La seule mesure consentie par son gouvernement de coalition a été le retrait des «concertinas», ces spirales de barbelés dont les lames pénètrent profondément dans les chairs. Le démantèlement de ces dispositifs mutilants condamnés par tous les défenseurs des droits humains a commencé en décembre à Ceuta. Mais ils refont leur apparition sur les grillages installés côté marocain, dans le cadre de mesures de renforcement des frontières co-financées par l’Union européenne.

François-Xavier Gome

Bailleul : un Formule 1 devenu CAES puis CAO puis HUDA

Ni vu ni connu
À Bailleul le Formule 1 a fermé ses portes il y a quelques temps. L’état l’a racheté comme 60 autres.
Il y a environ 3 ans, l’État a décidé de le transformer en CAES ( centre d’accueil et d’examen des situations), autrement dit un accueil inconditionnel pour les personnes qui se trouvaient à Dunkerque. Super enfin l’état avait une attention pour ceux qui ne demandais pas forcément l’asile.
C’est Adoma qui a été nommé pour gérer ce centre qui pouvait accueillir jusqu’à 80 personnes.
Pour ceux qui connaissent un peu les Formule 1, il faut savoir qu’il n’y a eu aucun travaux. Ce qui veut dire que pour cuisiner les résidents disposaient de 2 plaques électriques, d’un mini four micro-ondes, d’un cuiseur à riz ainsi que d’une bouilloire, tout ceci dans l’entrée du Formule 1. On voyait donc des mamans descendre avec un faitout pour cuire le repas obligées de remonter dans leur chambre parce qu’ aucun élément de cuisson n’était disponible.
Il n’y avait non plus aucune machine à laver pour la lessive alors que c’était essentiellement des familles avec petits enfants.
Les chambres de Formule 1 sont conçues pour 3 personnes. Quand la famille avait 2 enfants, elle disposait de 2 chambres; le père dormant avec l’un, la mère avec l’autre.
Bien sûr, aucun espace de jeux n’avait été aménagé. On peut imaginer l’ambiance les jours de pluie.
Quelques mois après sans qu’on soit averti de quoi que ce soit je me suis rendue compte que le CAES était devenu un CAO ( centre d’accueil et d’orientation) toujours géré par Adoma. Et encore quelques temps après le CAES devenu CAO était un Huda. Autrement dit l’accueil inconditionnel s’était transformé en accueil de demandeurs d’asile. Ni vu ni connu….
Pour la défense de l’État mais ça c’était largement prévisible, très rapidement des passeurs s’étaient introduits au CAES. Les poids lourds qui stationnaient sur le parking en face on vu leur bâche tailladée. Un soir une rixe a éclaté faisant un blessé et un passeur qui s’était déjà fait repérer dans la ville a été arrêté condamné et incarcéré à Longuenesse où je viens d’apprendre qu’il est décédé sans en connaître les circonstances.
Néanmoins il n’existe toujours pas d’accueil inconditionnel pour les personnes qui n’ont pas encore décidé de demander l’asile.
L’État n’assure toujours pas une information suffisante pour que  les personnes puissent décider et s’engager dans un parcours qu’ils auront choisi en fonction des possibilités.

Claire Cleenewerck

HCR // Le nombre de personnes déracinées à travers le monde dépasse 70 millions

https://www.unhcr.org/statistics/unhcrstats/5d08d7ee7/unhcr-global-trends-2018.html

Le nombre de personnes déracinées à travers le monde dépasse 70 millions ; le chef du HCR appelle à davantage de solidarité

Le nombre de personnes fuyant la guerre, les persécutions ou les conflits a dépassé 70 millions en 2018. Il s’agit d’un niveau sans précédent, jamais atteint en bientôt 70 années d’existence du HCR.

Selon les statistiques collectées dans le cadre du rapport annuel du HCR Tendances mondiales, près de 70,8 millions de personnes dans le monde sont aujourd’hui déracinées. Pour situer les choses dans leur contexte, cela représente le double du nombre de personnes déracinées il y a 20 ans, 2,3 millions de personnes supplémentaires par rapport à l’an dernier. Ce chiffre représente une population qui se situerait entre celle de la Thaïlande et de la Turquie.

En outre, ce nombre de 70,8 millions reste une estimation prudente, notamment car il ne reflète que partiellement la crise au Venezuela. Au total, quelque 4 millions de Vénézuéliens, selon les statistiques fournies par les gouvernements des pays qui les accueillent, ont quitté leur pays, ce qui en fait l’une des plus importantes crises de déplacement de population au monde. Bien que la plupart de ces personnes doivent pouvoir bénéficier du système de protection internationale des réfugiés, à peine un demi-million d’entre elles ont introduit officiellement, à ce jour, une demande d’asile.

« Ces chiffres confirment à nouveau la hausse sur le long terme du nombre de personnes ayant besoin d’être protégées à cause des guerres, des conflits et des persécutions. Bien que la rhétorique au sujet des réfugiés et des migrants soit souvent toxique, nous assistons également à une vague de générosité et de solidarité, en particulier de la part des communautés qui accueillent déjà un grand nombre de réfugiés. Nous constatons également une implication sans précédent de la part de nouveaux acteurs, notamment dans les secteurs du développement, des entreprises privées et des particuliers, ce qui reflète non seulement la mise en œuvre du Pacte mondial sur les réfugiés, mais aussi son esprit », a souligné le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi. « Nous devons nous appuyer sur ces exemples positifs et renforcer notre solidarité envers des milliers de personnes innocentes qui, chaque jour, sont contraintes de fuir leur foyer. »

Parmi les 70,8 millions de personnes dont il est question dans le rapport statistique Tendances mondiales, on peut distinguer trois principaux groupes. Le premier groupe est celui des réfugiés, c’est-à-dire des personnes contraintes de fuir leur pays à cause d’un conflit, d’une guerre ou de persécutions. En 2018, le nombre de réfugiés à travers le monde était de 25,9 millions de personnes, soit 500 000 de plus qu’en 2017. Ce total inclut 5,5 millions de réfugiés de Palestine, relevant de la responsabilité de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient

Le second groupe est constitué des demandeurs d’asile – c’est-à-dire des personnes qui se trouvent en dehors de leur pays d’origine et qui bénéficient d’une protection internationale, mais demeurent dans l’attente d’une réponse à leur demande d’obtention du statut de réfugié. A la fin 2018, on dénombrait 3,5 millions de demandeurs d’asile dans le monde.

Le troisième groupe, qui est aussi le plus important – avec 41,3 millions de personnes dans cette situation –, comprend les individus déplacés vers d’autres régions au sein de leur propre pays, une catégorie souvent appelée les déplacés internes.

La hausse globale du nombre de personnes déracinées continue de dépasser le rythme auquel des solutions durables peuvent leur être trouvées. La meilleure option pour tout réfugié est de pouvoir rentrer chez lui de manière volontaire, dans la sécurité et la dignité. D’autres solutions incluent l’intégration dans la communauté d’accueil ou la réinstallation dans un pays tiers. Cependant, seulement 92 400 réfugiés ont été réinstallés en 2018, soit moins de 7% des personnes en attente d’une réinstallation. Environ 593 800 réfugiés ont pu rentrer chez eux et 62 600 autres ont été naturalisés.

« Quelle que soit la situation des personnes réfugiées – l’endroit où elles se trouvent ou le temps écoulé, il faut mettre l’accent sur la recherche de solutions et éliminer les obstacles qui empêchent ces personnes de rentrer chez elles », a ajouté Filippo Grandi. « Il s’agit d’une tâche complexe à laquelle le HCR dévoue toutes ses compétences, mais elle exige également que tous les pays unissent leurs efforts afin d’œuvrer pour le bien commun. Il s’agit de l’un des plus grands défis de notre époque. »

Tendances mondiales 2018 : 8 faits marquants

 

  • ENFANTS : En 2018, un réfugié sur deux était un enfant. Parmi ces enfants, nombreux sont ceux qui sont seuls et sans leur famille (111 000).
  • JEUNES ENFANTS : L’Ouganda, par exemple, a enregistré 2800 enfants réfugiés âgés de cinq ans ou moins, seuls ou séparés de leur famille.
  • MILIEU URBAIN : Davantage de réfugiés vivent dans une ville (61%) plutôt que dans une zone rurale ou un camp de réfugiés.
  • PAYS RICHES ET PAUVRES : Les pays à revenu élevé accueillent en moyenne 2,7 réfugiés pour 1000 habitants ; les pays à faible ou moyen revenu hébergent en moyenne 5,8 réfugiés pour 1000 habitants ; les pays les plus pauvres accueillent un tiers des personnes réfugiées à travers le monde.
  • LOCALISATION : Environ 80% des réfugiés vivent dans des pays voisins de leur pays d’origine.
  • DURÉE : Près de 4 personnes réfugiées sur 5 sont dans des situations de déplacements qui durent depuis au moins cinq ans. Une personne réfugiée sur cinq est dans une situation de déplacement qui dure depuis 20 ans voire davantage.
  • NOUVEAUX DEMANDEURS D’ASILE : En 2018, le plus grand nombre de dépôts de nouvelles demandes d’asile provenait de Vénézuéliens (341 800).
  • PROBABILITÉ : La proportion d’individus dans le monde qui sont réfugiés, demandeurs d’asile ou déplacés internes est passée à 1 sur 108 en 2018. Il y a dix ans, cette proportion était de 1 sur 160.

Ce communiqué de presse est disponible ici

 

Médiacité // 5 étoiles, une expulsion aussi inexplicable qu’intolérable

« 5 étoiles » : « Une expulsion aussi inexplicable qu’intolérable »

« 5 étoiles » : « Une expulsion aussi inexplicable qu’intolérable »

Le Préfet du Nord a procédé le 4 juin à l’expulsion des 200 occupants du squat lillois surnommé ironiquement le « 5 étoiles ». Une décision prise deux jours avant un recours en justice qui a finalement accordé un sursis à l’évacuation de trois ans, ce qui scandalise les avocates Emilie Dewaele et Muriel Ruef.

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Tag sur un mur du squat 5 étoiles. Photo : Julien Pitinome

Monsieur le Préfet du Nord,

Le « 5 étoiles » a été expulsé il y a deux jours, le 4 juin, jour de l’Aïd El-Fitr. Vous savez bien que le mal nommé « 5 étoiles » n’est pas un hôtel de luxe mais le logement de fortune d’un grand nombre d’exilés, environ 200, dont beaucoup de mineurs isolés scolarisés pour certains dans des collèges et lycées de la métropole.

Le « 5 étoiles » , qui avait ouvert en octobre 2017, était également devenu un point d’ancrage, permettant l’intervention de nombreuses associations et bénévoles. De fil en aiguille, ces centaines de mètres carrés de hangars froids et inhospitaliers étaient devenus un lieu de partage et d’entraide, symbole de l’union des plus malheureux en lutte contre leur propre misère.

Il avait fallu se battre, devant les juges, pour obtenir des délais, de l’eau courante, des toilettes, le minimum vital. Tout avait été difficile mais tout avait été tenté, requête après requête, pour obtenir des conditions d’hygiène minimales et le droit de rester un peu plus longtemps dans les lieux, faute de meilleure solution.

Les combats ont été durs mais nous en avions gagnés certains. Le juge judiciaire avait donné un délai qui expirait à la fin de la trêve hivernale. Le juge administratif avait ordonné que soit organisé un accès à l’hygiène, et qu’un diagnostic social soit réalisé. Le délai expiré, les habitants avaient demandé sa prorogation en saisissant le Juge de l’exécution, ce qui est expressément prévu par les textes.

Une audience avait eu lieu le 9 mai. C’était une audience digne, parce que les très nombreux requérants étaient venus écouter, dans un silence profond, ce qu’il se disait entre robes noires de ces hangars en lutte contre le désespoir et qui constituent l’unique endroit au monde où ils peuvent se dire chez eux.

Monsieur le Préfet, vous saviez très bien que le juge avait fixé son délibéré au 6 juin. Nous l’attendions tous avec impatience. Vous saviez également que le 4 juin marquait la fin du ramadan, et que ce jour était pour de nombreux habitants du lieu un jour de fête, un rare moment de joie et de partage, juste avant le délibéré du Juge de l’exécution. Et vous avez choisi ce jour là pour réaliser l’expulsion. Cette décision est aussi inexplicable qu’intolérable.

Cette expulsion intolérable démontre un rare mépris pour l’institution judiciaire et le travail des juges

Vous n’êtes pas sans ignorer que le Juge de l’exécution du TGI de Lille a accordé, par décision du 6 juin 2019, un délai de trois ans aux habitants du « 5 étoiles » pour quitter les lieux. Sans attendre cette décision, vous avez préféré expulser deux jours plus tôt, en catimini, au petit matin, à la surprise et à la stupéfaction générale, 200 personnes vulnérables et encore endormies qui attendaient le 6 juin pour se voir fixées sur leur sort.

Vous les avez secouées, poussées dans des bus, sans leur donner le temps d’un au-revoir aux amis et aux bénévoles, sans possibilité de rassembler leurs uniques possessions, restées dans les lieux et dont on ne sait ce que vous en ferez, et sans même les informer de leur destination. Et tout ceci sous les yeux des quelques journalistes que vous avez honteusement autorisés à entrer dans les lieux en même temps que la police, pour filmer cette misère, que le droit protège pourtant au titre du respect dû à la vie privée.

Vous avez ainsi piégé des dizaines de proies faciles puisque, nous l’apprenions par la suite, cette expulsion soudaine vous permettait de remplir pas moins de trois centres de rétention, où nos clients attendent un éloignement qui se rapproche d’heure en heure.

Nous nous souviendrons longtemps de la dignité de nos clients, lors de l’audience du Juge de l’exécution, le 9 mai dernier. Ils étaient venus en nombre demander justice. Ils étaient entrés en silence dans la salle d’audience, s’étaient assis, attentifs à tout, marquant un respect évident pour l’institution judiciaire qui les a écoutés.

Cette dignité et ce respect vous ont manifestement fait défaut, ce 4 juin 2019. En ordonnant une expulsion 2 jours avant un délibéré portant précisément sur cette question, vous, représentant de l’État dans le Département, avez bafoué le principe de l’effectivité du recours en justice.

Cette expulsion intolérable démontre un rare mépris pour l’institution judiciaire et le travail des juges, ainsi qu’une profonde indifférence pour nos clients qui ont eu l’illusion de croire en l’effectivité de cette justice.

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BASTAMAG // A Calais les expulsions se poursuivent

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À Calais, « les expulsions se poursuivent, grilles et barbelés continuent de balafrer la ville »

PAR HUMAN RIGHTS OBSERVERS

En octobre 2016, la grande « Jungle » de Calais était intégralement démantelée. Cet événement a marqué un tournant dans l’histoire des migrations à Calais. Pendant des mois, ce « brouillon de ville », comme l’avait surnommé l’anthropologue Michel Agier, figurait régulièrement dans les médias accompagné d’images des échoppes, des restaurants et lieux de culte qui avaient émergé dans ces conditions de précarité extrême. Pour les autorités, il s’agissait de faire en sorte que le démantèlement de la Jungle marque un coup d’arrêt à la présence des exilés dans la ville, qui remonte à la fin des années 70.

Si le nombre d’exilés dans la région a chuté drastiquement à la suite de cet événement, Calais est resté le principal point d’entrée au Royaume-Uni. Au cours de l’hiver suivant, presque inéluctablement, les exilés y sont retournés, même si entre temps la grande Jungle est devenue une vaste étendue terne et déserte.

Campements éparpillés à travers Calais

Depuis lors, la présence des exilés à Calais est marquée par une certaine invisibilité, à l’inverse de la grande Jungle dont les images avaient fait le tour du monde. Rejetée aux marges de la ville, leur présence a été sans cesse mise au ban par l’acharnement de politiques urbaines hostiles. Se sont ainsi formés des campements éparpillés à travers les zones industrielles. Parmi ceux-ci, le camp de la rue des Verrotières était le plus important et existait depuis près de deux ans. Situé à l’est du centre-ville, ce terrain était habité par diverses communautés. En novembre dernier, le Refugee Info Bus a recensé environ 300 individus de 18 nationalités différentes, dont un grand nombre d’Iraniens, de Soudanais, d’Afghans et d’Éthiopiens. Parmi eux se trouvaient également de nombreux mineurs.

Le 9 mars, un panneau a été placé sur chacune des deux rues qui bordent le terrain des Verrotières. Une « requête aux fins d’expulsion » qui ordonne « à toute personne occupant les lieux visés de rendre libre de leurs personnes et de leurs biens ainsi que tous occupants de leur chef, les parcelles cadastrées BO 50, BT 269 et BT 272 ». Des bénévoles présents sur le terrain ont dû traduire ce texte abscon aux habitants du campement, en les informant que celui-ci allait être clôturé de façon imminente, bien que le panneau n’indiquait aucune date précise. L’avis d’expulsion indiquait que des solutions d’hébergement allaient être proposées, sans plus de précisions.

Expulsion sans ménagement

Dans les jours qui ont suivi l’affichage de la requête, certains exilés ont décidé de quitter la ville, ne serait-ce que pour quelques jours, afin de ne pas être présents lors de cette opération qui laissait présager une lourde présence des forces de l’ordre. D’autres, refusant d’être une fois de plus déplacés de leur lieu de vie, se sont organisés pour faire entendre leur voix. Certains d’entre eux ont ainsi pris part à un sit-in, en présence d’autres bénévoles et activistes basés à Calais, qui a été dispersé sans ménagement par les forces de l’ordre. Des banderoles dénonçant la situation ont fleuri autour du site, avant d’être arrachées par des agents de nettoyage.

Le 12 mars, peu avant 9h du matin, un important contingent de forces de l’ordre a soudain été déployé sur le site. Les bénévoles, militants, journalistes et autres témoins présents sur place ont vite été mis à l’écart. Le périmètre de sécurité, tenu par les gendarmes, était d’une envergure telle qu’il était difficile ne serait-ce que d’observer le déroulement de l’opération. Les forces de l’ordre se montraient également peu loquaces pour répondre à toute question du public. Les exilés sur place ont été redirigés vers des bus à destination de centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES) de la région. Des exilés ont rapporté que ceux qui essayaient de fuir les forces de l’ordre en passant par la forêt en bordure du terrain ont parfois été rattrapés, et certains conduits en centre de rétention administrative.

Éradiquer tout « point de fixation »

Cette expulsion symbolise la politique actuellement menée à Calais, qui vise à éradiquer tout « point de fixation ». Sur place, les expulsions de campements d’exilés sont quotidiennes. Ces opérations sont distinctes, voire uniques, comparées aux expulsions de terrain que l’on peut généralement observer ailleurs sur le territoire national. Chaque matin, un convoi de véhicules se gare aux abords d’un lieu de vie. Ces lieux sont généralement des terrains vagues, des champs ou des zones plus ou moins boisées. Dans ce convoi se trouvent généralement des représentants de la préfecture, des membres de la police nationale, de la police aux frontières et un certain nombre de gendarmes (ou parfois de CRS). Une équipe de nettoyage est également présente sur place.

Lors de ces expulsions, les autorités mettent en place un périmètre de sécurité, repoussent au-delà tout membre d’association, et demandent aux habitants de déplacer leurs tentes de quelques dizaines de mètres afin de les regrouper en marge du terrain. Les exilés sont ensuite contraints d’attendre jusqu’à ce que l’opération s’achève. Par la suite, il peuvent remettre leur tente à leur emplacement initial. Pour ceux qui ne sont pas présents, parfois en raison d’une visite à l’hôpital ou bien d’une nuit au 115, leurs affaires sont souvent confisquées car considérées comme « abandonnées ».

En trois mois, 238 expulsions de campements

Chaque campement est ainsi expulsé, réoccupé, puis à nouveau expulsé, toutes les 48 heures environ. Ces opérations ne visent pas à expulser les occupants de façon permanente. C’est plutôt une manière d’exténuer les communautés d’exilés en leur imposant tous les deux jours une présence policière démesurée, avec la menace constante de perdre leurs effets personnels ou d’être placé en rétention. Cette approche remonte au mois d’août 2018 et semble inébranlable depuis. Des expulsions ont même eu lieu le jour de Noël. Entre le 1er janvier et le 26 mars 2019, nous avons recensé pas moins de 238 expulsions de campements. Lorsque nous les interrogeons sur le fondement juridique de ces opérations, les autorités présentes se gardent généralement de tout commentaire.

Ce mercredi 20 mars, un autre avis d’expulsion a été affiché rue des Huttes, à proximité d’un campement où certains exilés venaient tout juste de s’installer après avoir été expulsés du campement des Verrotières. Ce terrain sera également clôturé, le rendant inaccessible. Encore une fois, la date de l’expulsion n’est pas précisée, et les habitants se demandent que faire. Pendant ce temps, les expulsions de routine se poursuivent, et les grilles et barbelés continuent de balafrer la ville. La perspective d’un accueil humain et digne des exilés s’amenuise, mais leur présence demeure. Plus que jamais, nous rappelons le droit de toute personne se trouvant sur le territoire national au respect de leur habitat, même précaire, et demandons à ce que celui-ci soit intégralement respecté, à Calais comme ailleurs.

Texte et photos : Diego Jenowein (Human Rights Observers)

- Human Rights Observers est un collectif qui observe et documente, en lien avec les associations soutenant les migrants, les atteintes aux droits humains à Calais et Dunkerque.