Grande Synthe : un millier de migrants évacués

Par Anne-Diandra Louarn

Un millier de migrants ont été évacués mardi du campement de Grande-Synthe, dans le nord de la France, lors d’une opération de “mise à l’abri”, selon les autorités. Des associations dénoncent des “violences policières” survenues à bord de deux bus qui prenaient la direction de la Bretagne, malgré les protestations des migrants qui souhaitent se rendre en Angleterre.

Près d’un millier de migrants ont été évacués, mardi 17 septembre, du gymnase de la ville de Grande-Synthe, dans la région des Hauts-de-France (nord). L’opération avait été annoncée fin juillet, sans qu’aucune date ne soit précisée. “Environ 300 agents des forces de l’ordre ont été mobilisés ainsi qu’une trentaine de bus”, a indiqué la préfecture à InfoMigrants.

“Dès 7h ce matin le périmètre a été bouclé par la police, les routes fermées et les membres associatifs ont été invités à quitter les lieux. Puis dès 8h, les bus [de la préfecture] ont commencé à arriver trois par trois”, raconte Akim Toualbia de l’association Solidarity Borders, contacté par InfoMigrants.

“On s’attend à ce que les migrants reviennent d’ici 48 heures”

Au départ, “tout s’est déroulé dans le calme, les migrants sont montés petit à petit dans le bus sans savoir où ils allaient”, poursuit Claire Millot de l’association Salam. “Comme dans la plupart des démantèlements, on sait aussi qu’ils vont revenir d’ici 24-48h”, ajoute-t-elle. Une grande majorité des migrants vivant à Grande-Synthe ou à Calais ne sont, en effet, qu’en transit, leur destination finale étant le Royaume-Uni.

Depuis le démantèlement de la jungle de Calais fin 2016, la ville n’a pas vu se reformer de vaste camp. Désormais ce sont des petits groupes éparses qui s’installent dans les bois à proximité des routes ou du port pour tenter de traverser la Manche. Chaque jour ou presque, les policiers procèdent à des démantèlements, mais les camps se reforment presque immédiatement. Les bénévoles à Grande-Synthe craignent qu’avec la disparition du camp du gymnase, le même phénomène qu’à Calais se produise.

“Beaucoup de migrants qui se trouvaient au gymnase sont partis précipitamment hier soir ou bien ont réussi à passer au travers des mailles du filet ce matin. Comme c’est le cas déjà à Calais, on s’attend donc à ce qu’ils reviennent et qu’ils s’installent dans le bois du Puythouck par exemple”, explique Claire Millot qui regrette que “les évacuations conduisent à une plus grande précarisation”.

En face, les autorités ne l’entendent pas de la sorte. Invoquant une décision du tribunal administratif de Lille qui fait état de problèmes de salubrité et de sécurité, la préfecture estime qu’il s’agit d’une opération de “mise à l’abri digne et respectueuse des droits fondamentaux”. Elle entend également “lutter contre les trafics d’êtres humains sur le littoral et notamment aux abords de ce gymnase”.
“Je pense que chacun ici était content de sortir de ce bidonville qu’était le camp de Grande-Synthe. Nous y mettons un terme ce matin et c’est une bonne nouvelle pour notre État de droit et les droits de l’Homme”, a déclaré à la presse le préfet du Nord, Michel Lalande.

Des “violences policières” constatées à bord des bus de la préfecture

Selon la préfecture, les évacués “sont en cours d’acheminement vers des structures d’hébergement adaptées se trouvant principalement dans les Hauts-de-France et dans lesquelles ils pourront bénéficier d’un accompagnement individuel”. La demande d’asile et l’aide au retour volontaire vers le pays d’origine font partie des options qui pourront leur être proposées depuis leur centre d’hébergement.

Reste que “faire monter ces gens dans des bus pour des centres d’accueil où ils ne veulent pas aller, ça n’a pas de sens. Ils vont revenir […] car leur souhait est d’aller en Angleterre”, martèle Claire Millot. D’ailleurs, dans la matinée, deux bus prenant la direction de la Bretagne [dans l’ouest de la France], ont dû temporairement s’arrêter sur des aires de repos car des migrants, protestant contre leur destination, ont commencé à “taper sur les vitres et à menacer de mettre le feu à leurs vêtements”, a indiqué le sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, Jean-Philippe Vennin.

InfoMigrants a pu consulter des vidéos filmées à bord de l’un des bus en question dans lesquelles on aperçoit un homme en larmes et les yeux rougis par ce qu’il affirme être du gaz lacrymogène tiré par un policier à bord. Cinq d’entre eux ont été interpellés et doivent être placés en garde à vue pour “incitation à l’émeute” et “dégradation en réunion”, selon une source policière citée par l’AFP.

Lors d’une réunion mi-juillet rassemblant les associations, la mairie et la sous-préfecture, cette dernière s’était engagée “à trouver des places pour tout le monde” dans les Hauts-de-France, avait indiqué un porte-parole de la ville à InfoMigrants. La municipalité avait même proposé de mettre à disposition une cinquantaine de “logements d’urgence”.

Les associations se disent choquées par les “violences policières” constatées à bord des bus. “L’ancien maire Damien Carême surveillait de très près les évacuations et demandait toujours au préfet que les opérations se passent dans le calme et dans le respect des droits de chacun. Ce qu’il s’est passé aujourd’hui [à bord des bus] est grave. Nous appelons le nouveau maire Martial Beyaert à réagir”, déclare Akim Toualbia de l’association Solidarity Borders

Contacté par InfoMigrants, l’élu socialiste n’a pas, pour l’heure, donné suite à nos sollicitations. Il a toutefois déclaré à l’AFP avoir “plutôt confiance en la parole de l’État et sa vocation à prendre en charge ces populations”. Il craint tout de même de voir les campements se reformer dans sa ville et aux alentours, reconnaissant qu’il faudra “beaucoup d’informations et d’accompagnement [pour éviter que les migrants ne reviennent]. On ne peut pas forcer les gens à entrer dans un parcours d’intégration à la française”.

 

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