Deux semaines après les derniers démantèlements à Calais

Après les derniers démantèlements, les migrants et les distributions de repas se réfugient en centre-ville

Ces dernières semaines, de nombreux migrants se tournent vers le centre-ville de Calais et de Coquelles.

 

La bunkerisation de la zone des Dunes se poursuit

 

De nouvelles grilles sont en cours d’installation rue des Garennes, zone industrielle des Dunes.

C’est devenu une forteresse. Depuis le grand démantèlement du campement zone industrielle des Dunes, le 10 juillet (500 migrants évacués), des grilles sont en cours d’installation, route de Gravelines, autour du camp rassemblant des Érythréens, et rue des Garennes, près de la station essence Shell. Ce qui complète l’installation de plusieurs kilomètres de grilles et de barbelés depuis plusieurs mois. Résultat : plus aucun terrain n’est disponible hormis le bois Dubrulle, occupé par les migrants, au grand dam des riverains. À noter qu’il sera bientôt démantelé. Pour preuve, l’ordonnance d’expulsion du tribunal affichée sur place ce mercredi. D’ici quelques mois, d’autres grilles pourraient y empêcher l’accès. De quoi rendre difficile la moindre installation de camp dans le secteur, où se trouvent pourtant des points d’eau et l’endroit où la Vie active distribue des repas, rue des Huttes.

Déplacement de migrants vers Coquelles et le centre de Calais

 

Une vingtaine de migrants dorment contre la façade de Conforama, fermé depuis une semaine.Par conséquent, de nombreux migrants se sont résignés à se rapprocher du centre-ville de Calais, voire plus loin, comme Coquelles. En effet, depuis plusieurs semaines, « il y a effectivement de plus en plus de migrants dans le secteur », assure Olivier Desfachelles, directeur général des services à la ville de Coquelles. Chaque nuit, une vingtaine de migrants dort devant le magasin Conforoma, qui a récemment baissé le rideau. « On a été contacté la semaine dernière par un collectif de commerçants qui s’inquiètent de cette présence qui créerait un sentiment d’insécurité », poursuit le DGS. Une réunion devrait avoir lieu prochainement avec le maire de Coquelles, des services de l’État, de la police nationale et des directeurs de plusieurs enseignes comme Leroy Merlin et Auchan. Pour Olivier Desfachelles, « cet afflux est lié aux derniers démantèlements à Calais et accentué par des distributions de repas menées par une association près de Conforama ». Fin 2019, une présence de migrants, moins importante, avait déjà été observée dans le secteur.

Des distributions de repas en centre-ville

Depuis quelques semaines, tout comme à Coquelles, d’autres distributions sont organisées au centre-ville de Calais, notamment quai du Rhin, près de la gare. Et depuis les deux dernières semaines, des associatifs se disent « débordés » par la demande. Pourtant, depuis 2017, des arrêtés municipaux interdisent les distributions de repas aux migrants en centre-ville de Calais. « Elles restent interdites aux associations, c’est de la provocation, et elles vont à l’encontre de la décision du Conseil d’État en 2017, estime Philippe Mignonet, adjoint chargé de la sécurité. Le préfet a été informé et on attend sa décision face à la situation. »

Des repas et des douches toujours accessibles mais trop éloignés des migrants

Près de 1 200 repas distribués par jour, l’accès à des douches par des navettes, la distribution de bidons d’eau, quatre lieux où l’accès à l’eau est maintenu, zone Marcel-Doret, au Virval, route de Saint-Omer et rue des Huttes… Selon la préfecture de Pas-de-Calais, l’État fait « bien fonctionner » un dispositif humanitaire réservé aux migrants à Calais.

Le dispositif est pourtant dénoncé par des associations d’aide aux migrants. « Oui, les repas et l’eau continuent à être distribués sur deux ou trois sites en ville, mais le problème, c’est la distance », explique une bénévole de l’association Utopia 56. En effet, depuis le 10 juillet et le démantèlement rue des Garennes, le préfet a décidé d’interrompre la distribution rue des Huttes, menée par la Vie active, jusqu’au 2 août, « suite à la forte baisse de la présence migratoire ». Et selon Utopia 56, les migrants se trouvant actuellement au bois Dubrulle, près de la route de Gravelines, doivent marcher plus de 20 minutes pour accéder au point de distribution de repas le plus proche. Par conséquent, l’association propose de la nourriture près du bois Dubrulle et en centre-ville.

Le même problème concerne l’accès aux douches. « Les navettes sont disponibles, certes, mais au départ de l’hôpital, à cinq kilomètres de la route de Gravelines », souligne la bénévole. Un associatif du Secours catholique confirme ces propos. « Certains migrants ne se sont pas lavés depuis deux semaines, surtout des femmes et leurs enfants », ajoute-t-il. Ces dernières, souvent, ne possèdent pas de masques pour prendre un bus et se rendre au point d’eau.

 

DARIANNA MYSZKA ET A. B.

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