Communiqué inter-assos concernant les destructions à Saint Hilaire Cottes

2 ans après la destruction du campement, l’errance des personnes migrantes continue.
Les associations constatent les conséquences de décisions inhumaines le 24 septembre 2019. Le campement de Norrent-Fontes a été détruit en septembre 2017, par décision du maire et du préfet. Ceci alors que la justice avait empêché cette destruction à deux reprises, estimant qu’une telle action ne ferait qu’empirer les conditions de vie des habitant-e-s, pourtant déjà très précaires.
2 ans après, force est de constater que les juges avaient raison: les conditions de survie sont pires. Les personnes survivent maintenant dans les champs, entre Norrent-Fontes et Saint-Hilaire Cotte, sans avoir aucun lieu où se reposer, les bâches ou les tentes qui leur sont données par les bénévoles sont systématiquement confisquées ou détruites par les autorités, les arbres sous lesquels elles s’abritent de la pluie sont coupés. Ces êtres humains qui ont fui une des pires dictatures au monde sont épuisés par ce harcèlement et ne veulent même plus protester par crainte qu’il se durcisse encore.
S’il n’y a plus de camp à Norrent-Fontes, il y a encore des êtres humains qui survivent dans des conditions inhumaines à des décisions inhumaines. En notre nom. Accepterons-nous cela encore longtemps ?
Depuis deux ans, d’autres bidonvilles ont vu le jour dans le Béthunois, à Quernes et à Fouquières. Où les conditions de survie sont inacceptables et les droits fondamentaux ne sont pas respectés: pas d’eau, pas d’énergie, pas d’accès aux soins ou à une mise à l’abri.
Ailleurs en France, à Grande-Synthe, à Calais ou à Paris, les mêmes histoires d’expulsions et d’errances se répètent sans cesse. Avec à chaque fois une misère plus désespérée pour les personnes qui subissent ce harcèlement.
Quand est-ce que les autorités locales et préfectorales se décideront à prendre la mesure des conséquences de leurs décisions inhumaines ?

D’ici que ces messieurs dames des autorités ouvrent les yeux et soient honteux et honteuses de leurs actes et décisions et tant qu’il y aura des personnes victimes de cette politique inhumaine, nous, bénévoles des associations d’aide, seront là, aux côtés des victimes pour les soutenir et les aider à défendre leurs droits.
Nous avons besoins de de soutien !
Toute personne souhaitant s’engager dans l’aide aux repas, aux douches ou à l’hébergement est la bienvenue !
Association La Fraternité.
AMAB
Terre d’Errance

Toujours plus de migrants traversent la Manche en bateau

article  de Annabelle Martellla, paru dans le journal La Croix, 28 août 2019

Toujours plus de migrants traversent la Manche en bateau

De plus en plus d’exilés tentent de traverser le détroit d’une trentaine de kilomètres qui sépare la France du Royaume-Uni. Le nombre de tentatives a doublé cette année. Ce sujet sera discuté ce jeudi 29 août par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner et son homologue britannique

Les embarcations de fortune des migrants sur la Manche marqueront-elles bientôt autant les esprits que celles en mer Méditerranée ? Depuis cette année, le nombre de traversées du détroit qui sépare la France de l’Angleterre a doublé : 1 473 exilés ont tenté de rejoindre les côtes anglaises lors de 157 tentatives, contre 586 migrants pour 78 essais sur l’ensemble de l’année 2018, selon la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord.Malgré le plan d’action franco-britannique « pour s’attaquer aux traversées irrégulières de petites embarcations » mis en place en janvier dernier, l’augmentation est restée « lente mais constante », précisent les autorités judiciaires. Des discussions doivent reprendre, ce jeudi 29 août.

Des conditions de vie déplorables sur les côtes françaises

« Ce qui est étonnant, ce n’est pas que le nombre de tentatives ait doublé en 2019 mais plutôt que ces traversées ne se soient pas multipliées plus tôt, remarque Laurent Giovannoni, responsable migration au Secours catholique. Depuis l’évacuation de la « jungle » de Calais en 2016, la situation sur le littoral français est figée. »

Souvent déboutés du droit d’asile en France ou « dublinés », ces exilés sont prêts à tous pour tenter leur chance en Grande-Bretagne. Certains ont même essayé de traverser à la nage le bras de mer d’une trentaine de kilomètres entre le Cap Gris-Nez et Douvres. Vraisemblablement parti d’une plage du nord de la France, un Irakien âgé de 48 ans a été retrouvé mort, vendredi 23 août, au large des côtes belges.

« Les conditions de vie déplorables sur le littoral français les poussent à prendre des risques, estime François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants. Ils sont harcelés par les autorités : toutes les 48 heures, leurs campements sont démantelés. »

Le moyen le plus sûr de rejoindre le Royaume-Uni

De son côté, la préfecture « met en garde les migrants qui envisagent de traverser la Manche, une des zones les plus fréquentées au monde, et donc dangereuses pour la vie humaine ». « Pour faire face à ces traversées périlleuses et dangereuses (…), un plan zonal et départemental, validé par le ministère de l’intérieur, a été mis en place, détaille la préfecture du Pas-de-Calais. En liaison étroite avec la préfecture maritime qui a elle-même renforcé ses moyens de surveillance et d’intervention en mer. »

Pourtant, traverser la Manche serait moins dangereux que de se cacher dans un poids lourd ou un conteneur, selon les associations. « Beaucoup de traversées réussissent, ce qui incite les migrants à tenter leurs chances, assure Jean-Claude Lenoir de l’association Salam. Si la météo est clémente et que l’embarcation a un moteur en bon état de marche, c’est le moyen le plus sûr de rejoindre la Grande-Bretagne. » Plus d’une centaine d’embarcations sont ainsi parvenues à rejoindre les côtes anglaises, avec à leur bord 1 109 migrants, tandis que 60 embarcations ont été interceptées par les autorités françaises, selon la préfecture du Pas-de-Calais.

Ces traversées restent néanmoins marginales. « Les tentatives de passage de la frontière par le port de Calais et le lien fixe trans-manche (par dissimulation dans les poids lourds) restent, de loin, les plus nombreuses, assure la préfecture. Depuis le début de l’année 2019, 9 732 personnes ont été découvertes au port et 6 054 sur le site d’Eurotunnel. »

La voie maritime serait empruntée majoritairement par des exilés d’origine iranienne et irakienne, arrivés plus récemment sur les côtes françaises. « Sans solution face à un marché contrôlé par des Afghans, des Kurdes ou encore des Soudanais, des passeurs se sont mis à acheter des canots et à faire payer la traversée entre 5 000 et 8 000 € » explique François Guennoc, de l’Auberge des Migrants. Pour améliorer la situation, l’association souhaite qu’un accord soit trouvé pour que les migrants puissent faire en France leurs demandes d’asile pour l’Angleterre.

« Surveiller encore plus ne réglera pas le problème »

La lutte contre les traversées clandestines sera au cœur d’une rencontre jeudi 28 août à Paris entre Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, et son homologue britannique, Priti Patel. Mais les associations attendent peu de cet échange. « Surveiller encore plus le littoral ne réglera pas le problème, insiste Laurent Giovannoni, responsable migration au Secours catholique. Ce n’est pas une solution viable à apporter à un problème diplomatique et social très complexe. »

Tribune de la Ligue des Droits de l’Homme

 

Grande-Synthe : évacuation prochaine des migrants, un nouveau coup d’épée dans l’eau

 

La France est le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme. Elle n’est plus le pays des Droits de l’Homme. C’est le constat que l’on fait actuellement, car depuis des décennies «  l’Etat a pris un ensemble de décisions privilégiant le rejet des étrangers plutôt que leur accueil » (citation du Gisti).

Sur un plan général en effet on constate que notre pays n’est pas, de beaucoup s’en faut, celui qui accueille sur son sol le plus de réfugiés. Au prorata du chiffre de sa population (67 millions d’habitants), il ne se situe à l’échelle européenne qu’à la 15ème place : 200.000 étrangers sont admis chaque année en France pour 100.000 qui en repartent. Ceci dit pour couper les ailes de la surenchère de ceux de tous bords qui invoquent « l’appel d’air » ou « la submersion migratoire .»

 

Depuis une 20ne d’années, la région littorale Manche-Mer du Nord qui fait face à la Grande-Bretagne voit arriver un grand nombre de réfugiés anglophones ou ayant des proches établis outre-Manche. Or faute d’une application par l’Etat qui l’a signée de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de son article 13 affirmant  que « toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’une Etat »,ces exilés se trouvent confrontés à la politique de non-droit cogérée par la France et la Grande-Bretagne. Elle se matérialise par une multiplicité d’obstacles juridiques et matériels, une contrainte policière qui transforment la fin de leur périple en un véritable parcours du combattant.

 

Ainsi côté français, les exilés se trouvent bloqués pendant des mois, voire des années dans des conditions de grande précarité dans l’attente d’un passage aléatoire outre-Manche lourdement monnayé auprès de passeurs. Dans ces temps extrêmement pénibles pour eux, ils sont aidés par de trop rares collectivités comme Grande-Synthe, ville hospitalière, et par des associations et des bénévoles intervenant chaque jour pour qu’ils aient nourriture, vêtements, couvertures, soins, assistance juridique. Leur survie est  ainsi assurée.

 

Mais dans le même temps, ils se trouvent en butte à des mesures attentatoires à leur dignité, leur liberté prises par des représentants de l’Etat. Et c’est pourquoi il arrive aux associations de saisir avec succès le Conseil d’Etat, les Tribunaux Administratifs quand dans un Etat dit « de droit » comme la France, la loi n’est pas respectée. Les plus graves de  ces mesures répressives, comme ce devrait être le cas bientôt à Grande-Synthe, sont les expulsions, les évacuations forcées des exilés de leurs campements de fortune, ce qui les plonge dans une plus grande précarité encore. Ces opérations onéreuses nécessitant un grand déploiement de forces de l’ordre sont depuis toujours, chacun le sait, vouées à l’échec. A plus ou moins brève échéance, les « évacués » reviennent décidés à rejoindre la résidence de leur choix. Les associations engagées quotidiennement sur le terrain réclament l’arrêt de ce processus tel qu’il est appliqué et la mise en place de conditions d’accueil humaines et pérennes à la hauteur des valeurs et des potentialités qui sont celles de notre pays.

 

 

Fédération du Nord,

Section de Dunkerque de la

Ligue des Droits de l’Homme (LDH)

Lettre des exilés au sous préfet de Calais

Monsieur le sous-préfet,

Nous, les habitants des camps de Calais, aimerions participer aux réunions que vous organisez avec les associations qui nous viennent en aide. Ces réunions sont très importantes pour nous, parce que nous trouvons que nous sommes les plus concernés.

Comme vous le savez, nos conditions de vie sont inhumaines et indignes. Nous vivons comme des animaux cachés dans des bois, notre seule propriété est notre tente et notre sac de couchage. Nous sommes venus à Calais avec l’espoir d’avoir la liberté, la sécurité et un meilleur accueil comparé à la souffrance à laquelle nous étions confrontés dans nos pays d’origine. Mais ce qui nous a attendu, ce sont les violences policières quotidiennes, la pression des évacuations quotidiennes ainsi que les expulsions définitives. Tout ceci nous force à vivre dans des mauvaises conditions d’hygiène : nous n’avons pas de benne à ordure. La municipalité est pourtant forcée de mettre en place des bennes dans lesquelles nous pouvons jeter nos déchets pour éviter le surpeuplement de rats.

Nous voudrions vous rappeler, monsieur le sous-préfet, que comme tout être humain nous voudrions avoir un meilleur avenir. Nous voudrions vous rappeler que la France est un des pays qui a signé la convention de Genève. Cela veut dire qu’elle doit respecter les droits fondamentaux des personnes réfugiées. Le fait que la majorité des demandes d’asile soient rejetées par la France et par les pays européens contraint les personnes exilées à être des nomades à qui aucun droit n’est accordé.

Ce qui nous empêche de sortir de cette misère c’est le règlement Dublin. Voici la traduction d’une lettre rédigée à votre attention par l’un d’entre nous, dont la version originale figure dans ce courrier. Elle illustre les conséquences de ce règlement que nous subissons.

« Voici l’histoire d’exilés africains.

Apparemment je ne peux pas demander l’asile ici encore une fois, parce que je l’ai déjà fait dans un autre pays et ils m’ont rejeté après deux ans. Maintenant je ne peux pas faire confiance à aucun pays, où se répétera le même scénario. Et j’ai des gros problèmes de famille, auxquels personne ne prête attention depuis trois ans. Si je n’avais pas de problème dans mon pays, je n’hésiterais pas à y retourner. Mais j’ai de réels problèmes, laissez-moi vivre. La réalité, personne ne nous regarde comme des humains. Je suis humain, j’ai le droit d’avoir une bonne vie pour mes enfants, en Europe. J’ai vraiment perdu espoir et j’ai besoin d’aller en Angleterre pour accomplir mon rêve. Personne ne me causerait d’ennuis et je pourrais vivre comme un humain.

Je suis désolé de ne pas pouvoir écrire mon nom. »

Les gens arrivent à Calais avec l’espoir de traverser la Manche parce que ça leur semble être la dernière solution. L’accord Dublin est aussi praticable en Angleterre, cela montre que la misère n’a pas de fin.

Il n’existe même pas de protection pour les mineurs alors qu’en France la scolarisation est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. La demande de la part des exilés d’aller à l’école est très importante. Cela éviterait aussi aux personnes d’avoir des problèmes physiques et mentaux, donc d’améliorer leurs conditions de vie. Comme un jeune français, les exilés aimeraient aussi avoir des formations pour obtenir un travail dans le futur. Cela leur donne la liberté d’être indépendant.

En parallèle, je tiens à vous dire, monsieur le sous-préfet, que parmi nous se trouvent des personnes avec des qualifications qui pourraient être utiles pour la France. Alors que le fait de ne pas nous laisser l’opportunité de nous intégrer nous empêche d’exercer notre métier qu’on aime et que nous sommes capables d’exercer. Parmi nous il y a des architectes, instituteurs, médecins etc.

Nous voudrions vous dire qu’il n’y a aucune personne qui quitte son pays par plaisir. Le fait est que ces personnes en fuite sont en danger, sachant que qu’elles se feront arrêter, torturer, ou encore assassiner. Nous aimerions que la France donne la protection à ces personnes, non pas qu’elle les renvoie dans leur pays d’origine où leur vie sera forcément en danger. Chacun de nous a déjà été enfermé en centre de rétention pour être renvoyer de France, comme si nous étions des criminels alors que notre seule volonté est d’avoir la liberté.

Nous vous demandons alors d’intervenir à toutes les prochaines réunions que vous aurez avec les associations qui nous viennent en aide, nous avons le soutien de ces associations.

Nous vous remercions pour l’attention que vous porterez à ce courrier,

Cordialement,

Les habitants des camps de Calais.

la conférence de presse des exilés à Calais le 20 juin 2019

Une conférence de presse des exilés vivant à Calais

En Juin, des exilés vivant depuis un certain temps à Calais, dans les conditions que l’on sait ont voulu organiser une conférence de presse. Celle-ci a eu lieu le 20 Juin. Ce texte est fait d’un entretien avec deux des intervenants, plusieurs jours après la conférence de presse.

Pourquoi une conférence de presse ? Pour les exilés qui tentent le passage en Grande Bretagne et stagnent de ce fait à Calais, la situation n’a pas changé depuis le démantèlement de « la grande jungle », en Novembre 2016. C’est même pire. Les raisons de quitter leur pays sont les mêmes, guerre, violences, injustices, pauvreté. Le voyage est de plus en plus dangereux, du fait des mafias, de l’esclavage parfois, des drames du désert, des naufrages en Méditerrannée, de la vie dans les rues une fois arrivés en Europe. Et maintenant il s’y ajoute les énormes risques pris en traversant la Manche sur des petits bateaux. Et les morts, comptés ou plus souvent méconnus. Ils ont voulu parler de tout ça aux décideurs et aux responsables européens en parlant à la presse, et aussi faire connaître leur situation aux habitants, leur point de vue aux personnes qui les soutiennent. Parler également de la situation impossible faite aux déboutés du droit d’asile, aux dublinés, aux sans papiers : ils sont harcelés, persécutés, traités parfois avec violence. Pire encore, les femmes, les enfants, les personnes malades subissent le même sort. La création et le renforcement des frontières, les politiques européennes en sont responsables, et en particulier les Etats de chaque côté de la Manche : la France et la Grande Bretagne. Ces pays sont responsables des morts.

Les exilés qui arrivent ici pensent trouver égalité, dignité, justice, liberté et paix, ils trouvent la peur, l’irrespect, l’absence de justice, l’absence de sécurité, la mort. Certains ont besoin de retrouver leur communauté en Grande Bretagne, ils parlent anglais, Actuellement les conditions de traversée sont inhumaines.Ils demandent au Home Office et au Ministère de l’Intérieur de permettre une traversée dans des conditions dignes, sans risquer leur vie, sans alimenter les mafias de passeurs. Ils insistent sur le fait que leur « problème » n’est pas l’hébergement ici à Calais, mais l’application du droit à se déplacer pour demander l’asile puisqu’ils ne peuvent rester dans leur pays. « Nous voulons être protégés par les lois européennes et internationales, nous ne voulons pas voyager comme des chiens ou des chats. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de papiers que nous devons être traités comme des animaux ! » Etre traités comme des animaux, dénier l’humanité d’hommes et de femmes parce qu’ils n’ont pas les bons papiers amène un puissant sentiment d’injustice, d’iniquité. Leur demande est que les Etats respectent le droit de chaque humain à rechercher son propre bonheur, sa sécurité, le droit à se déplacer librement. La fermeture des frontières est injuste et criminelle.

Le propos est clair, aussi bien en direction de pouvoirs publics que des personnes soutiens à la cause des exilés : Ouvrez les frontières !

Talents de femmes 23 Juin

Nous nous sommes retrouvées pour la 2eme session du projet « Emergence de talents entre femmes »  à l’accueil du jour du Secours Catholique le 23juin. Il y avait des femmes calaisiennes, des femmes de Boulogne, de Grande Synthe, des femmes de l’Arche d’ Ambleteuse. Femmes de tous horizons, femmes de toutes cultures, femmes de toutes religions. C’est un moment où on valorise les femmes par leurs talents, notre emblème est le suivant : « Chaque être humain a un talent à partager ». C’est un moment qui permet de vivre plusieurs dimensions : intergénérationnelle, interculturelle, intellectuelle et sociale. Ce projet est le fruit d’un constat de terrain, d’un besoin, d’une envie de partage et de solidarité. Se retrouver entre femmes, ce n’est pas du sexisme, c’est juste un lieu, un moment non mixte qui permet le brassage des cultures au féminin. En effet c’est plus facile pour certaines femmes d’échanger et de s’ouvrir à d’autres femmes et cela, indépendamment de la culture. Au cœur de cette journée, nous nous sommes redit les objectifs de cette journée :

1 -Solidarité avec les femmes exilées.

2 -Sensibiliser les femmes calaisiennes sur la situation des femmes exilées.

3 -Valoriser les talents de chaque participante et les partager.

4- Travailler en partenariat avec les associations locales calaisiennes qui œuvrent pour la mixité culturelle.

5- Rendre le projet générateur d’initiatives.

Le vivre ensemble fait partie de notre objectif, nous sommes prêtes à tout pour relever ce défi car nous sommes conscientes que souvent le changement vient à travers des projets féminins, en prenant appui sur « le partage des savoir-faire » .

Il y avait à cette journée plus de 130 femmes, beaucoup de joie exprimée sur les visages de chaque femme, avec une très grande envie de partage de talents et de savoir-faire. Il y avait une atmosphère de fraternité et de solidarité, d’échange, à tel point que nous n’arrivions plus à savoir qui apprenait de qui, tout se passait dans une fluidité, dans une complicité d’échange, comme si tout le monde se connaissait auparavant, comme une seule famille avec un seul objectif, une seule motivation : partager les savoir faire.

Quatorze Ateliers où chacune pouvait choisir d’aller. Une liberté de participation, cette liberté s’explique   : « Je peux regarder sans avoir l’envie d’être active, je peux me balader entre chaque atelier pour m’inspirer et réveiller l’envie en moi pour un tel ou tel talent ». C’est ça le partage des talents : «  Je t’offre mon talent et mon savoir-faire tout en te laissant l’espace nécessaire pour contempler, observer , écouter, regarder, analyser, déguster…avant que tu prennes réellement la décision d’être apprenante  ou pas ».

C’est aussi l’occasion d’exprimer ses propres talents et de s’inscrire pour les prochains ateliers.

Parmi les ateliers programmés ce jour-là, on peut citer : la lecture multilingue, où chaque personne selon son origine propose de lire un texte ou un poème dans sa propre langue: français, anglais arabe, italien, espagnol, afghan… Des personnes vont comprendre et d’autres non et c’est ça qui est intéressant : le fait d’entendre la langue de l’autre permettra d’apprécier et d’habituer l’oreille à d’autres langues et de transmettre ses émotions, la musicalité de sa langue. C’est vraiment le plaisir d’écouter une autre langue. C’est aussi une forme de valorisation et de reconnaissance de l’autre. D’autres talents comme le modelage avec l’argile : une expression artistique qui permet de faire parler les mains, le thème cette fois-ci « La féminité à travers le monde, une meilleure façon de penser aux autres femmes du monde. »                        Voilà enfin 3 anecdotes touchantes de l’atelier couture (exprimées par Isabelle, une « talentueuse » de l’atelier couture : En y repensant, je trouve que « talents de femme » remplit plus que son objectif.

Halima                                                                                                                  Je me souvenais d’elle. Elle avait regretté de n’avoir pu venir la première fois. C’est elle qui sera la première à l’atelier. C’est une jeune femme voilée, douce, réservée. Elle arrive souriante et motivée. Je sens qu’elle est contente d’être là (c’est déjà une récompense). Elle travaille et termine sa pochette, fière, étonnée d’avoir réussi. Puis avant de partir, elle me demande « Je peux vous embrasser ? » (Chaud au cœur !)

Myrra  Elle s’assoit et elle me dit d’emblée « Mon père était couturier au Maroc, il faisait des vêtements » mais elle ne connait rien à la couture. J’ai l’impression qu’elle voulait mettre les pieds dans les pas de son père, qu’elle voulait comprendre qui il était, en faisant comme lui. Puis avant de partir, elle me demande « Je peux vous embrasser aussi ? » C’est merveilleux !

Fatima et Mona, la mère et la fille                                                                      La mère est venue avec sa fille adolescente. Elles prennent chacune une machine. Assez rapidement, elle me dit : « Je suis fille de harki. Ma grande sœur sait coudre mais elle ne m’aime pas, elle n’a jamais voulu m’apprendre ». Elle ajoute qu’elle a élevé seule ses deux enfants et qu’elle est fière de ce qu’ils sont. Voir la mère et la fille, travailler face à face, chacune à une extrémité de la table, est un plaisir. Complicité mère-fille. Quand elle termine, fière et souriante « Au moins, j’aurai réussi à faire ça » ! Faire ses preuves, une revanche ! Je n’ai rien inventé ni embelli pour faire du pathos. Etonnée et ravie, je découvre que la couture n’est pas seulement la couture. Il y a beaucoup de soi-même : recherche de soi, affirmation de soi, fierté…

 

Des photos pour ces moments de joie partagée

Au-delà des mots, il y avait les sourires, les regards, les gestes qui donnent corps aux mots de Mariam et montrent que c’était une belle après-midi.

Certains instants étaient magiques :

  • Au tricot, les mains se croisent pour guider les aiguilles dans la maille ,l’écoute est attentive,le regard concentré. Puis vient la fierté du travail réussi.
  • A la danse, une petite se faufile entre les femmes pour se planter derrière la prof de danse et suivre ses pas en rythme .
  • A la lecture polyglotte,deux fillettes échangent tour à tour leur talent : l’une joue de la flûte tandis que l’autre chante une comptine en français, puis ce sera l’inverse avec une comptine en arabe.

Réseau de M/Parrainage

Le  réseau de M/Parrainage mis en place par Terre d’errance.

 

Référentes de l’action pour Terre d’errance :

Elisabeth Hernu et Dominique Bourgeois

En 2018, Terre d’errance met en place un réseau de parrains/marraines pour accompagner des exilé.e.s.

Ce qu’il est :

Le m/parrainage consiste à créer du lien avec un.e éxilé.e qui en a exprimé le souhait.

Le parrain ou la marraine accompagne le ou la filleul.le dans la résolution de ses problèmes (problèmes administratifs, juridiques, de santé, de logement…….) en concertation avec les partenaires des structures qui interviennent dans ces thématiques.

Le parrain ou la marraine propose des sorties, des loisirs pour favoriser l’intégration des exilé.e.s et participe aux réunions et manifestations mises en place par Terre d’errance dans le cadre de ce réseau.

Comment cela se passe ?

Les parrains et les marraines sont mis en relation par une militante de Terre d’errance (Elisabeth Hernu) avec un.e exilé.e volontaire pour être parrainé.e.

Les exilé.e.s sont le plus souvent celles et ceux de l’HUDA de Fouquière mais cela peut être également des exilé.e.s en contact avec Elisabeth via les cours de Français ou d’autres militant.e.s de Terre d’errance et qui auraient besoin d’un accompagnement plus soutenu.

Le Parrain ou la marraine rencontre son ou sa filleul.e autant que de besoin et selon ses disponibilités.

Elle ou il peut être amener à l’accompagner lors de démarches juridiques, sociales ou de santé. Cela se fait en lien pour l’HUDA de Fouquière avec l’équipe éducative.

Mais le parrainage c’est aussi partager de bons moments comme d’aller à un spectacle, au cinéma, faire un gâteau à la maison, faire un tour en ville………….

Actuellement, nous avons un réseau de 18 marraines et 2 parrains !!

Nous avons organisé 2 moments conviviaux parrains/marraines/filleul.le.s sous forme d’auberge espagnole au Temple protestant de Bruay Labuissière que nous remercions vivement et 2 réunions de parrains et marraines chez Elisabeth.

Nous avons solliciter la ville de Bruay Labuissière pour officialiser le parrainage dans le cadre d’un parrainage républicain.

Nous avons besoin d’étoffer le réseau de M /Parrainage, rejoignez-nous !

Pour joindre Elisabeth : 0321523631

elisabeth.hernu@laposte.net

Vous pouvez également joindre Dominique : 06 69 14 73 77

Bourgeois-dominique@laposte.net

 

Mot de Terre d’Errance

Ça y est. On y est.

C’est la première cérémonie de baptême républicain de personnes étrangères sur le territoire de l’agglomération Béthune/Bruay.

Cette cérémonie s’inscrit dans le cadre du printemps de l’égalité des droits, décliné localement en semaine de l’accueil sur le territoire de la CABBALR.

Depuis 6 mois, les acteurs locaux, (élus, associations, médiathèque et cinéma) se réunissent régulièrement autour d’un projet commun: préparer ensemble les événements de cette semaine de l’accueil. Exposition à la médiathèque de Lillers, projection au cinéma les Étoiles vendredi et journée sportive et culturelle samedi au foyer François Albert et au stade de Béthune.

A Terre d’Errance, nous avons attendu longtemps cette officialisation, cette reconnaissance par des représentants politiques de l’existence de celles et ceux que la majorité des responsables politiques veulent invisibles, coupables de tout ce qu’il y aurait de négatif.

C’est dire la joie d’avoir rencontré monsieur le maire, Olivier Switaj et ses adjoint-e-s monsieur Caillaux et madame Buguinec, avec qui nous avons préparé cette cérémonie. Notre joie et notre reconnaissance profondes de les voir ainsi que d’autres adjoints ici avec nous ce soir, dans cette salle de l’hôtel de ville où ils nous accueillent.

Car ça n’est pas rien que d’être élu-e dans une ville du Pas de Calais en 2019 et de vouloir porter les valeurs de l’accueil en présidant cette cérémonie de baptême républicain.

Courageux, on peut le dire. Alors qu’en réalité, n’est ce pas simplement là le respect de la devise de notre beau pays ?

Liberté de circulation telle qu’inscrite dans la déclaration universelle des droits de l’homme (art.13)

Égalité entre les hommes et les femmes, sans distinction de race (qui n’existent même pas), d’origine ou de classe.

Fraternité et sororité, c’est à dire : solidarité entre tous et toutes. Des plus favorisées envers les plus précaires. C’est ce qui se passe ici, aujourd’hui.

Nous n’espérions plus entendre un jour les mots «bienvenue» et «citoyen-ne» adressés à des personnes étrangères par des élu-e-s, représentant-e-s de la République.

Merci à vous, monsieur le maire et messieurs madame les adjoint-e-s.

Merci aussi aux parrains et aux marraines.

Devenir parrain ou marraine d’une famille, d’une personne exilée est un engagement responsable et solidaire. A Terre d’Errance, cet engagement se décline d’autant de manières qu’il y a de liens entre bénévoles et exilé-e-s : c’est se préoccuper, c’est visiter, c’est passer du temps, c’est questionner, se questionner, c’est aider et se faire aider, c’est danser ou jouer, c’est montrer et faire visiter, c’est aller au cinéma, c’est apprendre c’est attendre et s’enrichir.

C’est une question de citoyenneté.

Merci enfin aux exilés. Merci à vous d’être venu-e-s jusqu’ici, même si ça n’était pas choisi, même si c’était douloureux. Merci. Merci de nous ouvrir les yeux et de nous faire confiance. Merci de partager vos vies, vos projets, vos cultures. Merci d’être là aujourd’hui. Merci de vouloir vous installer en France, à nos côtés. Être filleul-le, c’est se préoccuper, c’est visiter, c’est passer du temps, c’est questionner, se questionner, c’est aider et se faire aider, c’est danser ou jouer, c’est montrer et faire visiter, c’est aller au cinéma, c’est apprendre c’est attendre et s’enrichir.

C’est une question de citoyenneté. Merci et bienvenue à vous dans la communauté républicaine.

Ce qui se passe ici ce soir est hautement républicain.

Ensemble, citoyens et citoyennes, nous faisons chose commune.

Nos droits sont aussi les vôtres.

Rencontre dans une école primaire

L’an dernier Lise, l’enseignante et Dominique de la PSM étaient parties du thème du voyage, d’abord de ceux des élèves, pour parler ensuite de ceux des personnes  exilées : travail sur le vocabulaire, leçon de géographie, dessins, production de textes. Cette année, à la demande des enfants, nous nous sommes retrouvé.e.s avec cette  fois  le projet  de recevoir à l’école  des jeunes   de la Maison du Jeune Réfugié de Saint Omer. Véronique est donc venue avec 8 jeunes venant d’Afghanistan, du Mali, de Cote d’Ivoire, d’Ethiopie, de Sierra Leone : ils ont échangé sur le thème de l’école puis sur leurs  couleurs, leurs sports préférés. Les jeunes étrangers ne parlaient pas français, au mieux ils parlaient anglais. Pourtant il n’y a pas eu de problèmes de communication, les enfants de l’école  utilisant leur petit vocabulaire anglais. Ils ont joué au foot dans la cour, ont partagé un goûter, les enfants spontanément se sont mis à chanter leurs chants de Kermesse. Elise a été touchée par le naturel de ses élèves, par leurs paroles et comportements “pas calculés”. Les enfants ont demandé quand ils reverraient leurs nouveaux amis grands voyageurs. Malik qui a des frères et soeurs dans son pays   a dit : ” Ca fait du bien d’être avec des enfants”                                                                                                            C’est  certain, l’année prochaine on se retrouve.