Communiqué du GISTI – Sortie du rapport « Deadly Crossings »

Action collective

À Calais, la frontière tue.
Contre l’oubli et l’impunité, nommer et compter les victimes

Jeudi 19 novembre, près de Calais, un homme est mort.

« Coquelles : un migrant décède à l’hôpital après avoir été percuté sur l’autoroute A16 » a titré La Voix du Nord dans un article classé dans les « Faits divers » [1]. «  L’accident s’est produit peu après 16h30 au niveau de l’échangeur 42 sur l’autoroute A16 » a précisé France 3 Hauts-de-France [2].

Fatalité. Un «  migrant » qui « décède après avoir été percuté sur l’autoroute A16 », c’est forcément un « accident » à ranger dans les « faits divers ».

Pourtant, à Calais et dans la région, des « migrants qui décèdent », il y en a eu des dizaines, des centaines même. Des hommes, des femmes, des enfants et même parfois des nourrissons. Avec un nom, une identité, une histoire. Depuis 1999, ce sont au moins 297 personnes en exil qui sont mortes dans cette zone transfrontalière.

Mortes en tentant de franchir la frontière qui sépare le Royaume-Uni de la France : écrasées par la cargaison d’un camion ou broyées par l’essieu, électrocutées par les caténaires de l’Eurotunnel, percutées par un véhicule sur l’autoroute A16 ou noyées en essayant de franchir le Channel en bateau, en kayak ou tout simplement à la nage avec des bouteilles en plastique comme seules bouées de fortune. Mortes également du fait des conditions de vie inhumaines que leur réservent les gouvernements français successifs depuis plus de 25 ans.

« Les CRS font de nos vies un enfer » écrivaient des exilé·es érythréen·nes dans une lettre adressée au préfet du Pas-de-Calais le 16 novembre dernier [3]. «  Les CRS sont venus et ont gazé nos affaires et nous ont frappés comme si on était des animaux. Le lendemain matin ils nous attendaient et nous ont encore frappés. Même quand nous marchons ils ouvrent leur voiture et ils nous gazent, juste pour s’amuser » détaillent ils et elles un peu plus loin dans le courrier.

Violences policières, harcèlement continu, humiliations, contrôles d’identité répétés, destructions de tentes, privation de duvets ou confiscation d’effets personnels, gazage de bidons de stockage d’eau sont le quotidien des personnes exilées présentes dans le Calaisis. Et cette réalité n’est pas nouvelle. Depuis des années, les exilé·es et leurs soutiens locaux dénoncent ce régime de violences généralisées. Des organisations internationales, telles que Human Rights Watch [4], font de même. Le Défenseur des Droits, à plusieurs reprises (notamment en 2012 [5], 2015 [6] et 2018 [7]), a dénoncé les politiques qui font de cet espace transfrontalier un « enfer » pour les exilé·es fuyant la guerre en Afghanistan ou en Syrie, la dictature en Érythrée ou les violences d’états autoritaires au Soudan ou en Éthiopie.

Mais rien ne change. La réponse des gouvernements, quelle que soit leur étiquette politique, qui se succèdent reste inchangé et le message officiel adressé aux exilé·es errant dans le Calaisis est toujours le même : « Disparaissez ! ». Et si les coups de matraques et les gazages ne suffisent pas, les personnes migrantes comprendront d’elles mêmes qu’à Calais et dans la région, on risque sa peau.

Aucune de ces vies volées n’est un accident. C’est pourquoi il importe de compter et nommer les exilé·es mort·es à la frontière franco-britannique, et de refuser de réduire ces décès à des événements isolés et anonymes, pour les ranger ensuite dans la case des « faits divers ». Au contraire, recenser les étranger·es décédé·es dans cette zone frontalière montre que ces morts sont le résultat des politiques menées par des sous-préfets, des préfets et des ministres successifs, qui ont délibérément décidé de faire de cette frontière un « enfer ».

En 2016, le Gisti publiait un numéro de sa revue Plein Droit intitulé « Homicides aux frontières » dans lequel paraissait l’article « Voir Calais et mourir ». L’auteur, un ancien salarié de la Plateforme des Soutiens aux Migrant·e·s (PSM) basée à Calais, y décrivait ce travail d’enquête sur les mort·es à la frontière franco-britannique (qui permettait de dresser une liste des victimes et une cartographie) et montrait comment « l’addition d’accords européens et de traités bilatéraux, destinés à empêcher les indésirables d’accéder au territoire britannique a fait de cette région un mur meurtrier ».

Des liens récents entre militant·es français·es et activistes britanniques ont permis de travailler à la publication de cette enquête sur les personnes exilées mortes à la frontière franco-britannique pour un public anglophone. Fruit d’une collaboration entre l’Institute of Race Relations (IRR), le Tribunal Permanent des Peuples (TPP) de Londres et le Gisti, le rapport « Deadly Crossings and the Militarisation of Britain’s Borders » a pour but de donner à voir, une fois encore, les conséquences des politiques migratoires menées par les gouvernements français et britanniques dans cet espace frontalier et d’outiller activistes et associations anglophones dans leur contestation sans relâche du régime meurtrier des frontières.

le 23 novembre 2020
Rapport Deadly crossings

L’Institute of Race Relations (IRR) est une association antiraciste britannique. Elle produit des rapports de recherche et des analyses approfondies qui se fondent sur l’expérience des personnes victimes de racisme et de discriminations raciales afin de renfoncer les luttes antiracistes en Grande-Bretagne, en Europe et au-delà.
Le rapport Deadly crossings est publié sur le site de l’IRR, ici

Le groupe de Londres du Tribunal Permanent des Peuples (TPP) réunit des organisations engagées contre les violations des droits humains des migrants et des réfugiés. Il sensibilise l’opinion publique et défend une approche des politiques migratoires fondée sur les droits, afin de permettre aux migrants et aux réfugiés de faire valoir leurs intérêts face à l’État en leur offrant un espace d’action politique et sociale.

De Calais à Menton, une pression de tous les instants contre les migrants

 De Calais à Menton, une pression de tous les instants contre les migrants

https://www.liberation.fr/france/2020/11/24/de-calais-a-menton-une-pression-de-tous-les-instants-contre-les-migrants_1806620

Libération – Par Stéphanie Maurice, à Lille , François Carrel, à Grenoble , Mathilde Frénois, à Nice et Gurvan Kristanadjaja — 24 novembre 2020 à 20:06

A French antiriot police (CRS) officer tries to prevent illegal migrants from hiding in trucks heading for England in the French northern harbour of Calais, on June 17, 2015. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN (Photo by Philippe HUGUEN / AFP)

Des migrants voulant rejoindre l’Angleterre bloqués par un policier en 2015. Photo Philippe Huguen. AFP

Depuis 2015 en France, la scène de violences observée à Paris lundi soir reflète le quotidien des exilés et des bénévoles d’association.

A quelques heures de l’installation des tentes sur le parvis de la place de la République lundi, du côté d’Utopia 56, l’association à l’origine du campement symbolique, on anticipait déjà : «On va sûrement se faire taper dessus, on le sait…» Car depuis 2015, lors de chaque manifestation ou évacuation en lien avec les migrants, la même répression s’exprime. «On n’est pas étonnés de ce qui s’est passé à Paris. Cette violence policière, on la vit depuis cinq ans partout sur le territoire», s’indigne Pierre Jothy d’Utopia 56 Paris. De Menton à Calais, des Alpes à la capitale, les bénévoles et exilés font le même récit de tentes détruites, de coups de matraque, d’insultes ou de dispersions systématiques au gaz lacrymogène.

A Calais : «Ils nous ont frappés comme si nous étions des animaux»

A Calais, les bénévoles en témoignent sans détours : «Le triptyque disperser, détruire et violenter, c’est ce que nous connaissons ici», pose Juliette Delaplace, du Secours catholique. Selon les associations, un Erythréen est hospitalisé au CHU de Lille depuis deux semaines, touché gravement au front et à la mâchoire lors d’une confrontation entre forces de l’ordre et migrants le 11 novembre, à proximité de la rocade portuaire de Calais. D’après les témoignages recueillis sur place par Human Rights Observers, qui documente les opérations policières, l’homme aurait reçu un tir de LBD 40 en pleine tête, tiré à moins de 10 mètres de distance. La préfecture du Pas-de-Calais affirme ne disposer «d’aucun élément à ce stade attestant d’un tir de LBD sur un migrant». En outre, l’association collectionne les PV pour non-respect du confinement, le sous-préfet de Calais estimant qu’elle ne remplit pas une mission humanitaire, à filmer les policiers : 16 contraventions à ce jour de 135 euros chacune. La communauté érythréenne, indignée par cet épisode, s’est mobilisée et a écrit une lettre ouverte, dans laquelle elle détaille la répression quotidienne : «Le 5 novembre […], ils [les policiers, ndlr] sont venus vers nos tentes et ils ont gazé toutes nos affaires personnelles et nous ont frappés comme si nous étions des animaux, pas des êtres humains.»

A Calais, les expulsions sont fréquentes, et de deux types. Premier cas, l’évacuation lambda, qui intervient tous les deux jours sur tous les sites. Elle est devenue un rituel, que les exilés anticipent en déplaçant leur tente même pas repliée sur le trottoir voisin. Il s’agit de nettoyer le campement des abris abandonnés et des détritus. Tant pis pour celui qui a échoué dans sa traversée de la nuit et est retenu au poste de police. François Guennoc, de l’Auberge des migrants, témoigne : «Cette pression policière s’appuie sur une loi qui dit que l’Etat peut intervenir dans une situation de flagrance. Si un camp est évacué dans les 48 heures, c’est comme s’il n’avait pas existé. Au bout de 48 heures, ses occupants gagnent des droits, il faut les informer de l’évacuation, et prévoir des mesures alternatives pour les personnes fragiles.» Deuxième cas, plus rare, l’expulsion massive : là, tout le campement est encerclé par les forces de l’ordre, les migrants présents montent à bord de bus qui les emmènent vers des CAES (centres d’accueil et d’examen des situations) et tout est détruit.

Cette logique n’est pas nouvelle, elle a comme objectif majeur, pour les gouvernements successifs, d’éviter des points de fixation, comme ont pu l’être, de leur point de vue, le hangar de la Croix-Rouge à Sangatte, fermé en 2002, ou l’extension de «jungles» difficiles à contrôler, comme celle qui a existé entre l’été 2015 et l’automne 2016 et rassemblé jusqu’à 10 000 personnes. Aujourd’hui, les associations estiment à 600 le nombre d’exilés à Calais, découragés par la pression policière organisée, mais surtout par le mauvais temps, qui rend périlleuses les traversées clandestines par la mer. Cet été, ils étaient entre 1 300 et 1 600.

En banlieue parisienne : «On nous insulte plusieurs fois par nuit, on nous chasse de là où on dort»

Ces derniers mois, après les évacuations successives du Nord parisien, les associations ont fait ce même constat : «Ce qui se passait à Calais est en train d’arriver ici.» «Là-bas, il y a des chasses à l’homme depuis 2015, et on nous a récemment interdit de distribuer des repas. Désormais, on vit la même chose à Paris, un harcèlement permanent», explique Yann Manzi, d’Utopia 56. Le militant y voit une «volonté politique» : «C’est un sujet qu’on laisse pourrir volontairement et sur lequel le gouvernement peut faire monter le nationalisme. Ainsi, ces gens [les exilés] sont responsables de tous les maux de la société, du terrorisme, de l’insécurité…»

En une semaine, en banlieue parisienne, le petit millier de migrants à la rue disent avoir vu la démonstration de tout l’arsenal policier : une évacuation aux grenades lacrymogène le 17 novembre à Saint-Denis, des courses-poursuites, des coups, des gardes à vue. Une pression de tous les instants. «On nous insulte plusieurs fois par nuit, on nous chasse de là où on dort. Les policiers sont vraiment méchants avec nous, parfois même violents, ils nous frappent et nous aspergent de gaz lacrymogène», affirme Nasser, un Afghan d’une trentaine d’années. Mardi, lui et deux de ses amis sont sortis des urgences de l’hôpital Bichat avec des entorses et des luxations causées par les forces de l’ordre. «Le plus dur, c’est qu’ils sont un peu en train de revivre les scènes qui les ont poussés à quitter leurs pays en guerre. Pour certains, les blessures sont aussi psychologiques», assure Nicolas Delhopital de Famille France-Humanité.

A Menton : «Pour déloger des gens des toilettes, les policiers entrouvrent la porte et gazent»

Mardi matin, comme tous les jours depuis 2016, Jacopo Colomba scrute le poste-frontière, sur la route du bord de mer entre l’Italie et la France, entre Vintimille et Menton. Ce consultant juridique pour l’ONG WeWorld assure son rôle d’observateur. La veille, il y a recueilli le témoignage d’un Algérien «arrêté dans le train et frappé fort par la police» «Il est revenu avec un papier d’un hôpital de Nice, relate-t-il. Il a mal en bas du dos. C’est la même police qui l’a emmené à l’hôpital et qui l’a refoulé.»

A la frontière franco-italienne, les renvois sont quotidiens, la brutalité est fréquente. Depuis 2015, la France a fermé cette voie de passage : les trains sont systématiquement fouillés, les voitures surveillées, et les contrôles réalisés – «parfois au faciès», selon les associations. La répression s’accentue lorsque la pression migratoire se fait plus forte – elle est moindre à l’heure actuelle. «A certains moments, on a des témoignages de comportements brutaux sur des personnes refoulées, confirme Agnès Lerolle, chargée de projet à la Cafi (Coordination des actions aux frontières intérieures), pilotée par cinq associations. Parfois, il y a l’utilisation de gaz lacrymogène de façon abusive dans les trains. Pour déloger des gens des toilettes, les policiers entrouvrent la porte et gazent cet espace réduit jusqu’à ce que les personnes se sentent mal et sortent.»

L’avocate niçoise spécialisée dans la défense des migrants Mireille Damiano parle de «violence institutionnelle récurrente» «A la frontière franco-italienne, on ne peut pas faire de demande d’asile, des mineurs sont renvoyés, des personnes sont privées de liberté pendant plus de douze heures.» Le tribunal administratif de Nice a épinglé à plusieurs reprises la préfecture des Alpes-Maritimes sur ces faits, pointant des «atteintes graves» et suspendant le renvoi de migrants. En 2020, huit dossiers ont été déposés et une trentaine sont en passe de l’être. C’est Me Zia Oloumi qui plaide. «On ne prend pas en compte leur vulnérabilité. […] Ils n’ont pas d’interprète, pas de couverture, ils dorment par terre. On n’est pas dans le contrôle, on cherche à les dégoûter pour qu’ils ne passent plus par là.»

Les informations circulent sur les téléphones : il faut éviter ce poste-frontière. Alors les migrants prennent toujours plus de risques et se mettent en danger : ils courent sur l’autoroute, marchent sur les chemins escarpés en montagne, grimpent sur les toits des trains. Le 8 octobre, un jeune homme est mort électrocuté sur un wagon qui circulait entre Vintimille et Menton.

Dans les Alpes : «Au Poste, un policier a dit : « Regarde, ce sont les nègres de la dernière fois »»

Ces derniers mois, si les témoignages de violences directes se sont faits plus rares à Briançon (Hautes-Alpes), selon Tous Migrants, la pression policière sur les exilés et les maraudeurs ne s’est en rien allégée. Depuis huit jours, les forces de l’ordre présentes à Briançon ont encore été renforcées, «compte tenu de l’évolution de la menace terroriste», précise la préfecture des Hautes-Alpes, avec la mobilisation de militaires de la mission Sentinelle aux côtés de la de la police aux frontières (PAF) et des diverses forces de gendarmerie. Jeudi, deux maraudeurs ont été placés en garde à vue pendant 48 heures, alors qu’ils venaient de secourir une famille d’Afghans, dont une mère enceinte souffrante et ses deux enfants. Ils ont été reconduits en Italie après huit heures de rétention, témoigne Agnès Antoine, de Tous Migrants.

Perquisition chez le militant Cédric Herrou à Breil-sur-Roya, en 2017. Photo Laurent Carré pour Libération

Des dizaines de témoignages recueillis ces dernières années auprès de migrants à Briançon ont été rapportés par Stéphanie Besson dans son livre Trouver refuge (Glénat, 2020) : «Au poste de la police aux frontières, un policier a dit : « Regarde, ce sont les trois nègres de la dernière fois. »» (P., 21 ans, décembre 2018). Ou encore : «C’était ma quatrième tentative, j’étais épuisé. Après un très bref entretien, j’ai été détenu pendant environ huit heures dans un local avec huit autres personnes. Nous avons demandé quelque chose à manger et à boire mais les policiers ont refusé.» (S., août 2019).

Des constats confirmés lors d’une mission d’observation menée en octobre 2018 sur la frontière briançonnaise. Le collectif d’associations à son origine a relevé des «pratiques illégales et dégradantes» des forces de l’ordre : «Refoulements de personnes exilées dont des mineurs, contrôles discriminatoires, courses-poursuites dans la montagne, propos menaçants et insultants, entraves à l’enregistrement de demandes d’asile…» Parfois, des sanctions sont prises : deux agents de la police aux frontières ont ainsi été condamnés en juillet par le tribunal de Gap à de la prison avec sursis et à une interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans. Le premier a été reconnu coupable de «violences commises par une personne dépositaire de l’autorité publique» sur un jeune migrant malien, l’autre de «détournement de fonds» après une contravention dressée contre un migrant, des faits remontant à l’été 2018.

Au-delà de ces dérapages, la pression policière sur la frontière pousse là encore les migrants à prendre des risques en altitude, de nuit, comme à la frontière italienne : des dizaines se sont blessés gravement, certains ont été amputés pour gelures, et cinq sont morts durant leur traversée depuis 2017, dont Blessing, une Nigériane de 18 ans qui s’est noyée en mai 2018 dans un torrent, alors que des gendarmes mobiles la poursuivaient.

Stéphanie Maurice à Lille , François Carrel à Grenoble , Mathilde Frénois à Nice , Gurvan Kristanadjaja

Des migrants place de la République, sans la République

Des migrants place de la République, sans la République

Par Sébastien Thiéry

POLITISTE ET ÉCRIVAIN

Des centaines d’exilés laissés à la rue après l’évacuation d’un campement en Seine Saint-Denis ont essayé lundi 23 novembre de s’installer place de la République à Paris. Soutenus par des associations et des élus, ils espéraient ainsi se rendre visibles. Ce qui a été visible, c’est la violence de leur évacuation par les forces de l’ordre, suscitant critiques et indignations. Mais combien, parmi les organisateurs de cette action et les indignés de ce matin, ont sincèrement cru à un autre déroulement, à un autre dénouement ?

Au beau milieu de cette grande place parisienne vibrent des allégories : de la République, tout au sommet, rameau d’olivier pour dire la paix main droite, tablette portant inscription « Droits de l’Homme » main gauche ; de la liberté, de l’égalité, de la fraternité un étage plus bas, adossées au piédestal de pierre blanche, protégées par le suffrage universel, lion sculptural tout de bronze dressé, vif et souverain. Sous les yeux de cette assemblée grandiose des bataillons de forces de l’ordre ont hier soir, lundi 23 novembre, expulsé avec la violence que l’on sait des personnes migrantes et des militants ayant installé là, précisément là, un campement.

publicité

Hurlements, coups de matraques, tentes arrachées. Epaisses vapeurs de gaz asphyxiants, corps à corps brutaux, foules compactes malmenées, passages à tabac. Quelques élus, portant écharpes telles des boucliers, bien visibles. Nombre de journalistes, caméras au poing, scrutant les visages à découvert, masculins comme féminins, de gendarmes mobiles survoltés. Dispersions, fuites, nouveaux passages à tabac dans les rues adjacentes. Ce matin, les images en clair obscur tournent à foison, accompagnées du concert d’indignation que l’on sait : « Honte », « Tristesse », « Rage », « Consternation ». En place, les allégories semblent, impassibles, trôner toujours.

Combien, parmi les organisateurs de cette action et les indignés de ce matin, ont sincèrement cru à un autre déroulement, à un autre dénouement ? Que veut dire cette déploration devant des actes aussi prévisibles, devant des forces de l’ordre dont on ne découvre évidemment pas en novembre 2020 le manque d’humanité, devant des pouvoirs publics desquels on n’attend sûrement pas un geste de bonté enfin ? Quel est le sens de cette levée d’indignation unanime ce matin sur les réseaux sociaux, comme s’il s’agissait d’un réveil, comme si cette violence était proprement inouïe ? Le programme policier est absolument connu, inlassablement répété depuis des années, martelé par ses commanditaires, rendu manifeste à chaque occasion, en l’occurence 65 fois à Paris depuis 2015.

On dit filmer la violence pour la dénoncer, on ne fait qu’en promouvoir l’énoncé en colportant les preuves de sa vigueur sans faille. Il est avéré, enregistré, définitivement entériné que les pouvoirs publics ont renoncé à quelque politique d’hospitalité que ce soit, et le clament à la force d’opérations militaires toujours un peu plus spectaculaires. La terreur est un discours en actes qui, grâce aux images qu’elle engendre et qui tournent alors, porte à tout va, aussi loin que possible espère-t-on sans doute en haut lieu. Renoncer à accueillir, c’est dissuader celles et ceux qui sont encore loin de se rapprocher, c’est conseiller celles et ceux qui sont ici de fuir très loin, c’est raconter aux riverains que ces gens-là ne font que causer des problèmes et les dissuader donc qu’ils s’en mêlent. Détruire, expulser, matraquer, c’est évidemment aggraver la détresse, non y répondre, c’est enfoncer les personnes et leur faire entrer dans le crâne qu’il n’y aura pas d’issue. La violence éclatante d’hier soir, place de la République, est une leçon magistrale coorganisée, certes à leurs corps défendant, par celles et ceux qui la déplorent.

Sous tente, à portée de la violence la plus bestiale, ces êtres humains se trouvent encore et toujours surexposés à leur propre effacement.

Mais tout est bien plus faux que cela, et plus grave encore. Les quelques élus présents hier soir en soutien de ce campement de militants davantage que de migrants répétaient l’indiscutable sentence : « Il s’agit de rendre visibles celles et ceux qu’on invisibilise ». Sur la question du visible, l’élu s’y connaît se dit-on, sachant apparaître par exemple lors d’un tel moment médiatique avec l’espoir, à peine masqué, d’un gain d’image. Mais cette sentence indiscutable de professionnel de l’opposition mériterait enfin qu’on la discute jusqu’à s’en passer peut-être. Car ces dits « migrants », qui ne le sont que depuis quelques mois, ne cessent d’être surmédiatisés en tant que pauvres errants, ne cessent d’être exposés aux yeux de tous comme autant de vies nues.

L’opération d’hier n’en finit plus d’alourdir ces images et d’accabler les personnes : sous tente, à portée de la violence la plus bestiale, ces êtres humains se trouvent encore et toujours surexposés à leur propre effacement. Cette manière de « rendre visible » une misère en la faisant coller à la peau de « ces gens-là » prolonge la casse humaine de femmes, d’hommes, d’enfants qui s’avèrent pourtant les rescapés d’une traversée terrible, des rêveurs colossaux inimaginables, des bâtisseurs jusqu’alors inarrêtables.

Cette action « coup de poing » renforce le mensonge à l’endroit d’une humanité prétendument dénuée de tout, qu’il faudrait « prendre en charge » comme on le dit du fardeau, qui exigerait un « devoir d’humanité » comme si cela pouvait nous en coûter. Hier, des personnes extraordinaires ont été placées une nouvelle fois nues sous les yeux de la République, visiblement en position d’humiliés, manifestement dépendantes, par la plainte, de pouvoirs publics qui en nient ouvertement l’humanité.

Peut-être l’immobilité de la République, hier sur place, témoigne-t-elle d’une sidération devant un tel théâtre. Elle n’est évidemment pas « en marche », comme le scandent celles et ceux qui, commanditant une telle violence, en piétinent les principes les plus élémentaires et devraient sur-le-champ être jugés et lourdement condamnés pour violence en bande organisée. Elle n’est cependant pas davantage « debout », pauvres tentes en main, migrants à ses pieds, hurlant à l’État qu’il faut faire quelque chose comme si, dans le fond, l’hospitalité pouvait s’administrer.

La République est absente d’une telle scène où ce qui se joue est parfaitement étranger à ses desseins. Hier soir, comme ce matin, comme tous les jours, elle se trouve rayonnante dans les gestes de celles et ceux qui, sur mer comme sur terre, font l’hospitalité, reconnaissant l’humanité majuscule de ces personnes qui, cherchant refuge parmi nous, bâtissent plus que de raison. La République est cette communauté œuvrante, en pleine possession de ses responsabilités extraordinaires, au travail d’inventer les mondes qui viennent, s’obstinant à construire les lieux, les relations, les langues, les géographies et les histoires mêlées d’un XXIe siècle qui connaît, et connaîtra bien plus encore, des mouvements migratoires sans précédent.

La République est ce mouvement pionnier, comme il l’a toujours été, qui se lève au-devant des plus grands défis politiques de notre temps et qui, ce faisant, doit entraîner les autorités dans son sillage pour que les outils, les moyens, les soutiens lui soient apportés. C’est cette République qu’il nous faudrait savoir rendre manifeste, non au sol sous la menace, mais au-devant, déclassant cette politique de violence définitivement sans avenir. Ce sont les actes bâtisseurs qu’il nous faudrait savoir dresser en haut-lieu, dont il nous faudrait savoir exposer la beauté et la portée à la vue de toutes et tous, désignant ainsi des chemins possibles à ce qui, ce matin, se trouve encore un peu davantage dans l’impasse.

Sébastien Thiéry

POLITISTE ET ÉCRIVAIN, COORDINATEUR DES ACTIONS DU PEROU (PÔLE D’EXPLORATION DES RESSOURCES URBAINES)

Asile : la France revoit sa position sur l’Afghanistan

Asile : la France revoit sa position sur l’Afghanistan

Dans deux décisions, la Cour nationale du droit d’asile considère que la violence régnant à Kaboul ne justifie pas d’octroyer une protection internationale.

Par Julia Pascual Publié hier à 18h33, mis à jour hier à 19h10, LE MONDE

Cela prend la forme feutrée et jargonneuse des décisions de justice administrative, mais cela n’en reste pas moins un événement dans le domaine de l’asile : vendredi 20 novembre, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a rendu publiques deux décisions datant du 19 novembre et mettant fin à la jurisprudence dite « Kaboul », en vigueur depuis 2018.

Celle-ci permettait jusque-là à la CNDA d’accorder une protection quasi systématique aux demandeurs d’asile afghans. Même si ces derniers n’étaient pas personnellement persécutés dans leur pays, elle considérait qu’une menace grave pesait sur eux en raison de la violence aveugle régnant à Kaboul, ville par laquelle doit passer un demandeur d’asile débouté et renvoyé dans son pays.

En se penchant sur le cas de deux Afghans, la CNDA s’est réunie en grande formation et a réévalué sa position. Elle a rejeté les recours des deux demandeurs afghans et considère désormais que « la violence aveugle prévalant actuellement dans la ville de Kaboul n’est pas telle qu’il existe des motifs sérieux et avérés de croire que chaque civil qui y retourne court, du seul fait de sa présence dans cette ville, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne ».

« Effet majeur »

Pour Gérard Sadik, responsable de l’asile à La Cimade, « la jurisprudence Kaboul a sauté ». « L’effet de cette décision sera majeur, poursuit-il. Un certain nombre de personnes victimes de la guerre civile vont se retrouver sans protection. »

Pour rappel, les Afghans représentent 2,7 millions de réfugiés dans le monde. La majorité a fui vers le Pakistan voisin. Au sein de l’Union européenne (UE), ils sont les deuxièmes demandeurs d’asile, derrière les Syriens, avec environ 61 000 requêtes enregistrées en 2019. En France, les Afghans sont actuellement les premiers demandeurs d’asile.

Le gouvernement ne fait pas mystère de son souhait de combattre les disparités au sein de l’UE sur les taux d’acceptation des demandes d’asile

Même si leur nombre baisse en 2020, compte tenu des effets de la crise sanitaire, comme l’arrêt des transports et la fermeture des frontières, ils ont déposé jusque-là 7 000 demandes cette année. La plupart de ces ressortissants ont déjà demandé l’asile dans un autre pays de l’UE, le plus souvent en Allemagne, en Autriche ou en Suède, où ils ont été déboutés.

« La décision de la CNDA permet d’envoyer un message, selon M. Sadik. C’est de dire que ce n’est pas la peine de venir en France. » Le gouvernement ne fait pas mystère de son souhait de combattre les disparités au sein de l’UE sur les taux d’acceptation des demandes d’asile, convaincu que cela constitue concernant la France un facteur d’attractivité.

« Des données très quantitatives et datées »

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), qui statue en première instance sur les demandes d’asile, a, depuis plusieurs années, réduit le taux de protection accordé aux Afghans, passé de plus de 80 %, en 2015, à moins de 60 %, en 2019. Mais, en application de la jurisprudence Kaboul, notamment, la CNDA avait annulé 75 % des décisions de rejet de l’Ofpra.

Pour réévaluer le niveau de violence à Kaboul, la CNDA s’est fondée sur un ensemble de données. Elle dit notamment qu’en dépit des attentats perpétrés dans la zone, « il est manifeste que les civils ne constituent pas les principales cibles des groupes insurgés à Kaboul ». Elle cite le nombre de 1 563 victimes civiles en 2019, dont 261 tuées et 1 302 blessées, « soit une diminution de 16 % par rapport à l’année 2018 ». Pour le premier semestre 2020, le nombre de victime civiles dans la province de Kaboul a été de 338 morts et blessés. Elle estime enfin que « l’impact de ces attentats n’est pas de nature à contraindre les civils à quitter leurs foyers et la ville de Kaboul. Au contraire, la ville s’avère être un refuge pour les civils qui fuient les violences dans les autres provinces ».

« Ces décisions ont vocation à permettre au juge de l’asile de suivre une méthodologie quand il évalue la violence dans un pays, quel qu’il soit, en fonction des données les plus actuelles », précise la vice-présidente de la Cour, Isabelle Dely. Une source interne à la CNDA tient toutefois à relativiser la portée de ces décisions : « Elles se fondent sur des données très quantitatives et datées. Or, on peut craindre qu’avec le retrait des Américains et les talibans aux portes du pouvoir, la violence redouble. Les décisions à l’avenir seront fonction de l’actualité. » Pour cette même source, les décisions de la cour « ménagent la chèvre et le chou ». « Elles satisfont ceux qui voulaient un durcissement sur l’Afghanistan, mais n’ont pas la portée d’une jurisprudence », résume-t-elle.

Julia Pascual

 

Les Canaries, débordées par l’afflux de migrants

Les Canaries, débordées par l’afflux de migrants : « Ces citoyens dorment au milieu des rats »

Par Sandrine Morel

Reportage Plus de 17 000 Africains sont arrivés depuis le début de l’année dans l’archipel espagnol, première porte de l’Union européenne.

Près des bateaux de pêche amarrés sur le petit port d’Arguineguin, face aux restaurants et aux hôtels désertés par les touristes, près de 2 000 migrants, en majorité marocains et sénégalais, sont entassés sur un quai dans des conditions déplorables. C’est ici, au sud de l’île espagnole de Grande Canarie, que la Croix-Rouge a monté un campement en août afin de leur prodiguer les premiers soins et de les identifier. Mais il était alors prévu pour 400 personnes. Or, ils sont près de 17 000 à être arrivés sur les côtes des Canaries depuis le début de l’année, dont 5 300 en octobre et 1 400 durant la seule journée du 7 novembre. Du jamais-vu depuis la « crise des pirogues » de 2006 – des milliers de migrants rejoignaient l’archipel depuis l’Afrique.

« Il faut transférer ce campement de la honte », exige Onalia Bueno, la maire de Mogan, commune dont dépend Arguineguin. « Ces citoyens dorment au milieu des rats, sur une couverture, ne peuvent se laver que tous les trois ou quatre jours. Et une quarantaine ont le Covid-19 », ajoute-t-elle, devant le port, interdit d’accès à la presse pour, selon le gouvernement espagnol, « préserver l’intimité des personnes ».

Un navire de sauvetage maritime amène à Puerto de Arguineguin un canoë avec 128 hommes et une femme. CESAR DEZFULI POUR « LE MONDE » Quarante-quatre migrants venus d’Afrique subsaharienne sont gardés par la police après avoir accosté sur la plage Mas Palomas à Grande Canarie, le 1er novembre. CESAR DEZFULI POUR « LE MONDE »

Pour les ONG, l’explication de ce boom migratoire est double. D’une part, la fermeture de la route du détroit de Gibraltar par le Maroc, en 2019, a provoqué le report des flux sur la voie canarienne, beaucoup plus dangereuse. D’autre part, « la pandémie a augmenté le nombre de personnes parties du fait de la crise économique », résume Txema Santana, porte-parole de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR).

« On ne peut plus gagner sa vie en Afrique. Il n’y a plus assez de poissons, les gros bateaux de Chine et d’Europe prennent tout », raconte Daouda, pêcheur sénégalais de 26 ans parti de Saint-Louis le 15 août pour un avenir meilleur pour lui et pour sa mère, restée là-bas, qui vend normalement ses poissons sur le marché. Comme lui, de nombreux pêcheurs africains ont fait la traversée récemment. « Les gens ne peuvent plus payer le prix, et les restaurants sont fermés… », explique Ahmed un autre pêcheur, marocain, parti de Dakhla, sur la côte du Sahara occidental.

Les migrants rêvent du continent européen

Non loin, devant l’Hôtel Vista Flor Bungalows de Maspalomas, charmant complexe de petites maisons accolées transformées en centre d’accueil pour 500 migrants, les accords mélancoliques de la kora et la voix du chanteur gambien Jaliba Kuyateh s’élèvent du téléphone de trois jeunes Subsahariens. Ils regardent passer les voitures, les yeux dans le vide.

L’hôtel Vistaflor Bungalows de Maspalomas a été transformé en centre d’accueil pour 500 migrants. CESAR DEZFULI POUR « LE MONDE » Des migrants venus d’Afrique subsaharienne sont accueillis à l’hôtel Vistaflor Bungalows de Maspalomas. CESAR DEZFULI POUR « LE MONDE »

Ce mardi 10 novembre, un avion a atterri sur l’île de Grande Canarie pour embarquer les 22 migrants détenus dans le centre d’internement des étrangers (CIE), direction Nouakchott, grâce à la réactivation des accords de rapatriement avec la Mauritanie annoncé quelques jours plus tôt par le gouvernement de gauche. Ce pays africain accepte le renvoi non seulement de ses ressortissants, mais aussi de tous ceux qui sont partis de ses côtes ou ont transité par la Mauritanie. Les Canaries n’ont jamais été le but de ces migrants : ils rêvent du continent européen. Et ils espèrent leur transfert sur la péninsule, comme cela se fait d’ordinaire pour soulager la pression sur les infrastructures de l’archipel.

Daouda est tellement angoissé qu’il a dû être hospitalisé, pris de fortes douleurs dans le ventre, quand il a compris que le document remis par la police à son arrivée était un ordre d’expulsion. « Les migrants reçoivent des papiers qu’ils ne savent pas lire, des ordres d’expulsion qui peuvent faire l’objet d’un recours, et tous ne connaissent pas leurs droits à demander la protection internationale », assure le juge d’instruction Arcadio Diaz Tejera, qui s’est lui-même déplacé au port à trois reprises pour s’assurer que les Maliens, au moins, sont au courant du droit d’asile.

A gauche, Daouda s’entretient par téléphone avec sa famille devant l’hôtel Vistaflor. A droite, un migrant du Maroc s’apprête à prendre l’avion à l’aéroport de Grande Canarie pour se rendre en Espagne continentale, où un parent attend pour le ramener chez lui. CESAR DEZFULI POUR  « LE MONDE »

« Effet dissuasif » des rapatriements

Avec les femmes et les enfants, ce sont les seuls à être transférés presque automatiquement sur la péninsule, car « ils sont les plus susceptibles de voir aboutir leur demande de protection internationale », explique M. Santana. « De nuit, des hommes sont venus attaquer mon village, Kari, dans le nord du Mali, pour qu’on aille faire la guerre, raconte l’adolescent Adama, 15 ans, en français. Je suis malien, je ne peux pas tuer un autre Malien. J’ai couru pour m’enfuir et j’ai perdu ma famille. Je ne sais pas s’ils sont vivants ou morts… »

« Nous sommes passés d’une centaine de places d’accueil à plus de 5 000, et qui plus est en pleine pandémie », souligne Anselmo Pestana, délégué du gouvernement aux Canaries. Lorsqu’ils débarquent, les migrants sont soumis à un test PCR. Les cas positifs sont envoyés en quatorzaine dans un ancien internat, isolé sur la plage volcanique du Cabron, les autres passent la quatorzaine dans des hôtels, où ils sont logés et nourris, dans l’attente d’une solution. Alors que certains observateurs craignent que l’archipel ne suive le chemin de Lesbos, en Grèce, M. Pestena souligne que « le travail de sauvetage maritime que nous réalisons et notre prise en charge des migrants ne sont pas similaires », tout en demandant « l’implication d’autres pays : l’Union européenne ne peut pas laisser les pays frontaliers assumer seuls ce phénomène ».

La commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, en visite le 6 novembre à Arguineguin, avec le ministre espagnol de l’intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a rappelé que les « immigrants économiques », entrés de manière illégale, doivent être renvoyés dans leurs pays. Tout en évoquant la nécessité « d’implanter le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile », et le principe de « solidarité partagée ». M. Marlaska, lui, a promis d’intensifier « la lutte contre les mafias et la coopération effective avec les pays d’origine et de transit, qui nous a permis de réduire de 50 % les arrivées irrégulières en Espagne en 2019 ». Au ministère de l’intérieur, on insiste sur « l’effet dissuasif » des rapatriements.

De crainte d’être le prochain à être rapatrié, Sab, moniteur de sport mauritanien de 26 ans, arrivé le 29 septembre aux Canaries après avoir payé 250 000 francs CFA (380 euros) pour la traversée, s’est dépêché d’acheter un billet pour la péninsule. Il a dû demander de l’argent à sa famille et se débrouiller pour récupérer son passeport.

Daouda, un pêcheur sénégalais, et Azis, un pêcheur marocain, passent la journée à Playa del Inglés. Ils sont arrivés par bateau à Grande Canarie ces dernières semaines et sont devenus amis tout en vivant dans le même hôtel. CESAR DEZFULI POUR « LE MONDE »

Ayoub, marocain de 21 ans d’Oued Eddahab-Lagouira, au Sahara occidental, lui, veut attendre le rendez-vous chez le médecin prévu dans dix jours, pour de « fortes douleurs au cœur », avant de partir sur le continent. Son sort est moins urgent. Pour l’heure, la frontière marocaine demeure fermée. Le 20 novembre, M. Marlaska a une réunion avec son homologue à Rabat pour tenter de le convaincre de la rouvrir. Plus de 1 100 personnes ont encore accosté ce week-end du 14 et 15 novembre sur les côtes des Canaries.

Sandrine Morel Grande Canarie, envoyée spéciale

 

Communiqué de Presse 10-11-2020 Observatoire des expulsions de lieux de vie informels – Les chiffres 2019-2020

Communiqué de Presse,

Paris, le 10 novembre 2020,

448 personnes sont expulsées de lieux de vie informels tous les jours depuis le début de la crise sanitaire. Il est urgent de trouver des solutions dignes !

En France, aujourd’hui, des milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des habitats de fortune : des bidonvilles, des squats, des tentes…. Chaque année, de nombreuses expulsions viennent les précariser davantage.
Dans son nouveau rapport annuel, l’observatoire inter-associatif des expulsions collectives de lieux de vie informels a recensé 1079 expulsions du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2020, en France métropolitaine. Et le contexte de la crise sanitaire n’a pas enrayé ces pratiques !

Depuis le 17 mars, dans ce contexte et malgré la prolongation de la trêve hivernale, 699 expulsions ont eu lieu, renforçant des conditions de vie indignes. Ce sont, en moyenne, 448 hommes, femmes et enfants qui sont expulsés, chaque jour et de manière répétée pour un certain nombre de ces personnes. Pour 84% des expulsions, la majorité des personnes n’a reçu aucune proposition de relogement, ni même de mise à l’abri ou d’hébergement, entrainant un retour à la rue, de l’errance, une rupture des suivis médicaux et sociaux et, souvent, la réinstallation dans d’autres bidonvilles ou squats. De surcroît, ces retours à l’errance en temps de pandémie viennent accroître le risque sanitaire.

Pendant cette période de crise sanitaire, 86% des expulsions ont été recensées dans le Calaisis (Calais et Marck) et la ville de Grande-Synthe, territoires dans lesquels les pouvoirs publics ne s’efforcent même plus de justifier ces pratiques. Les autres expulsions ont concerné 97 lieux, habités en moyenne par 93 personnes, pour la plupart des familles roms ou perçues comme telle, et font quant à elles le plus souvent suite à des procédures juridiques.

Certaines personnes connaissent ainsi plusieurs expulsions par an, par mois, voire par semaine.

Pareil constat, notamment en temps de crise sanitaire mondiale, pousse les associations de l’Observatoire à demander de nouveau que des solutions de logement dignes et pérennes soient proposées à chaque habitant, quel que soit son origine, sa situation administrative, ses projets et ses besoins. Il est vital que les pouvoirs publics
se saisissent de cette question, pour enrayer l’une des manifestations les plus dures de la crise du logement.

À propos de l’observatoire inter-associatif des expulsions collectives :
Ce collectif recense depuis 2 ans les expulsions de lieux de vie informels en France métropolitaine. Il est composé de plusieurs associations : la Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, la Ligue des Droits de l’Homme, le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope, la Plateforme des Soutiens aux migrant.e.s, Human Rights Observers, la FNASAT et l’Association Nationale des Gens du Voyage Citoyens.

Lien vers le site de l’Observatoire

Pour trouver la Note d’analyse complète

Pour trouver une synthèse des chiffres principaux de l’Observatoire

Note de lecture Un archipel des solidarités – Par Martine

Un archipel des solidarités. Grèce 2017-2020 – Christiane Vollaire, Philippe Bazin

2020, Éditions LOCO

Par Martine Devries

C’est un beau, gros, livre, une immersion dans un monde qui est le nôtre, et que nous ne connaissons pas. Une immersion, mais aussi un questionnement, crucial pour qui veut réfléchir sur notre monde, justement. Des mots, du texte et des images pour tout à la fois témoigner, questionner et protester. Résister.

Les lecteurs de « Pratiques » connaissent bien les auteurs : Christiane Vollaire a publié régulièrement dans chaque numéro de la revue une rubrique philosophique entre 2001 et 2019. 18 ans de compagnonnage ! Du numéro 14-15 au numéro 84. Et les livres qu’elle a publiés ont été remarqués dans la rubrique  «Nous avons lu pour vous »1. Philippe Bazin, photographe2, a été le pourvoyeur des photos publiées en couverture et dans la revue de 2010 à 2019. La revue Pratiques a publié ses propres photos dans le numéro « L’humanitaire est-il porteur de solidarité »3. Il est le co-auteur de « Le milieu de nulle part », et l’auteur de « Pour une photographie documentaire  critique», et de « Les coupes4 » également « lus pour vous », à côté de plusieurs autres ouvrages.

Christiane Vollaire et Philippe Bazin ont donc fait des voyages en Grèce, trois voyages entre 2017 et 2020, dans 3 régions différentes, qui donnent trois sujets et trois chapitres5. Ils sont partis pour travailler sur le thème des solidarités pendant la dénommée « crise de la dette en Grèce » à Thessalonique et Athènes, en 2017, et on comprend que la solidarité a directement amené la question des migrations, explorée l’année suivante au cours d’un voyage dans les îles de Lesbos et d’Ikaria. Puis l’été 2018 de nouveau sur le continent.

Comme c’est leur habitude, la méthode est celle des « entretiens philosophiques6 », avec des interlocuteurs qui en font connaître d’autres, et c’est un effet de réseau, et également des rencontres de hasard, jamais refusées. Philippe a choisi de faire des « portaits d’entretien », portraits pris au cours des entretiens, dans la vérité et la tension des visages, qui nous parlent, à nous, nous interpellent, nous émeuvent. La qualité de l’impression des photos est remarquable.

A partir de la question des migrations, à cause aussi des déplacements en des lieux différents, et des 145 interlocuteurs différents, notamment la rencontre avec des personnes très âgées, le thème « Le temps long de l’histoire », troisième chapitre, s’est imposé. Car la découverte de ce qui sous tendait les engagements, les violences7, la lecture des évènements contemporains par les acteurs eux-mêmes était inscrit dans l’histoire de ces personnes, dans l’histoire des lieux, et marqué dans les paysages. C’est ce qui nous est donné à « lire »dans un second cahier de photos, « Paysages à l’épreuve de l’histoire ». J’ai regardé les photos avant de lire le texte, elles sont belles, évocatrices. Puis, je les ai regardées une deuxième fois, après la lecture du livre : elles m’ont « sauté à la figure », non pas comme des illustrations, mais vivantes, parlantes. Ou muettes. Ou mortes. « Les images n’ont pas été articulées au texte. Elles lui font écho… Elles en disent aussi bien le désir d’évocation que les limites. »

Qu’est-ce que les auteurs sont partis quêter au cours de ces entretiens ? Comme le titre l’indique, les marques, la construction, les traces de la solidarité, « sans intention de  neutralité axiologique ».

Les entretiens du début, avec des acteurs de la mobilisation populaire autour de la santé, notamment la création de cliniques sociales autogérées et de dispensaires, permettent d’approfondir ce qu’est et ce que n’est pas la solidarité : « Faire mieux que l’État », « Nous avons à nous tenir debout », et soulignent l’exigence de dignité collective. Ca part d’un geste humanitaire, mais ça le reconfigure en relation de réciprocité. L’auteure fait résonner cette solidarité avec le texte fondateur de Durkheim : De la division du travail social . La contestation des décisions économiques du pouvoir, la montée en puissance de la violence coercitive, et l’affrontement dont témoignent les acteurs rejoignent les analyses de Grégoire Chamayou  La société ingouvernable , « ingouvernable comme on veut la gouverner actuellement ».

La mise en évidence de l’effet pathogène sur le plan psychique de la violence économique et ses conséquences somatiques, fait écho au concept d’« écosophie », développé par Felix Gattari dans Les trois écologies, puis dans Chaosmose. Les entretiens avec les acteurs du mouvement contre l’ouverture de la mine à Skouries sont une autre illustration du « processus sacrificiel »à l’œuvre, sacrifice de la vie des habitants autant que de l’équilibre écologique, avec la pleine et consciente complicité des pouvoirs politiques. La reprise en autogestion de l’usine Vione par ses ouvriers ne règle pas l’avenir, qui dépend de décisions politiques : mais elle permet pour un temps l’emploi, la dignité, l’amélioration de la santé par le changement de production : de produits toxiques, à des produits d’hygiène, et par le mode de gouvernance : l’autogestion, rendant une dignité aux ouvriers de l’usine.

On le voit dans ces exemples, et dans les autres situations, très diverses, où les paroles sont suscitées et recueillies, elles se tissent avec les références philosophiques nombreuses, donnant à lire et à penser tout au long de l’ouvrage, appuyant les paroles, et illustrant les concepts ; c’est facilitant et agréable pour le lecteur profane !

Dans sa conclusion, après avoir affirmé le « pouvoir de réarmement symbolique des solidarités », (en se référant à l’œuvre de Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société) Christiane Vollaire insiste sur le discrédit massif qui atteint l’État, dont atteste le recours massif aux violences et aux abus de pouvoir. (En s’appuyant sur Ernst Cassirer Le mythe de l’État, et Pierre Bourdieu Sur l’État. Cours au collège de France 1989-1992 ). Le retour de la droite en Grèce en 2019, à la suite de la défection sociale de Syriza, amène dans les situations explorées violences dans le quartier d’Exarchia, danger pour l’usine autogérée de Vione, et l’ouverture de la mine de Skouri. « Mais demeure plus que jamais ce retour du refoulé solidaire…» Violences, poursuites judiciaires, c’est la mise au jour de la filiation souterraine venant du fascisme, la politique dite de réconciliation nationale, mais en réalité politique d’impunité, ayant permis le maintien de criminels et d’idéologues fascistes dans les sphères du pouvoir.

« Portés dans le texte autant que dans l’image par l’intention documentaire de notre travail, nous souhaitons partager avec d’autres le moyen de s’en saisir pour faire vibrer d’autres imaginaires et étendre cet archipel des solidarités. … La visée première des solidarités pour saper les fondements de la domination est de rendre celle-ci… méprisable. »

1 Le milieu de nulle part Christiane Vollaire Philippe Bazin editions creaphis 2012 dans Pratiques N°60. Pour une philosophie de terrain Christiane Vollaire, éditions Créaphis 2017 dans Pratiques N°80. www. Christiane-Vollaire.fr

2 www.philippebazin.fr

3 Pratiques N° 46 – Dossier coordonné par Christiane Vollaire et Daniel Coutant. Juillet 2009

4 Les coupes Portrait d’une exploitation agricole familiale Marie Hélène Lafon Muriel Martin Philippe Bazin. Editions creaphis 2017 note de lecture dans Pratiques N°81

5 Trois articles parus dans Pratiques » ont été faits à partir du travail en Grèce : dans le N° 80 de janvier 2018 « Financiarisation des corps par la mine », dans le N° 82 de Juillet 2018 « Vulnérables ? », dans le N° 83 d’Octobre 2018 « Que soigne la cuisine ? »

6 Ni statistique, ni sociologique, l’entretien ainsi conçu laisse la place à la parole du sujet, lui permet de déplier sa compétence sur sa propre expérience, et sa réflexion. Ce type d’entretien « manifeste la volonté de symétrie entre l’interrogateur et l’interrogé, » et fait la place à la pensée de l’un et de l’autre…Le chercheur n’est pas « enquêteur, mais plutôt quêteur, voire quémandeur », attentif aux tensions que sa présence et ses questions soulèvent, renonçant facilement à insister, mais attentif au sens de ces tensions.

7 On ne le sait pas beaucoup en France, l’intervention « alliée » en Grèce à l’issue de la seconde guerre mondiale, fut assimilée à « la lutte contre le communisme », et a du même coup, annihilé les politiques de socialisation mises en place par les mouvements de résistance et livré le pays à la répression fasciste et à la guerre civile. 

Newsletter n°46

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°46 // 5 novembre 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don ! Merci !


Infos des lieux de vie

  • Encore un naufrage dans la Manche. Le naufrage du 27 octobre a tué 7 personnes, dont cinq d’une même famille. Le plus jeune des enfants avait 15 mois. C’est d’ores et déjà le pire drame migratoire survenu dans la Manche. Le lendemain, près de 80 personnes se sont rassemblées à Calais, au Parc Richelieu, pour dénoncer une nouvelle fois ces morts à la frontière et les politiques qui les causent. A lire notamment, le communiqué du collectif dunkerquois Ripostons, présent au rassemblement.

Crédits : Collectif Ripostons

  • A Calais, confinement ou pas, l’arrêté empêchant les distributions alimentaires est prolongé et les expulsions des lieux de vie se poursuivent. Le 19 octobre, un 3ème arrêté préfectoral est venu prolonger l’interdiction de distribution alimentaire pour les associations non opératrices sur un périmètre encore élargi. Le 22 octobre 2020, la préfecture du Pas-de-Calais procédait à l’expulsion et à la destruction massive d’un campement où (sur)vivaient près de 300 personnes exilées. Encore une fois, les associations dénoncent la brutalité et l’inefficacité de ces opérations, qui ne respectent pas les droits fondamentaux des personnes exilées. 8 d’entre elles attaquent d’ailleurs la préfecture en justice, à propos de l’expulsion qui a eu lieu le 29 septembre dernier sur une base légale plus que douteuse : la flagrance. Pour mieux comprendre, c’est ici ! Pendant le confinement, de nouveaux départs volontaires vers des centres d’hébergement dans le département, mais de nouveau éloignés de Calais, devraient être proposés aux personnes.

Une priorité pour les personnes exilées : recharger leur téléphone. Cela se fait sous la pluie. Au fond de sac poubelles, seuls les multiprises et les téléphones sont à l’abri.

  • A Grande-Synthe, les associations ont décidé de poursuivre leur action autant que possible pendant cette période de confinement. La situation ne s’améliore pas pour les 400 à 500 personnes qui survivent aujourd’hui dans des campements : après de multiples demandes des associations, 6 toilettes sèches ont été installées par la mairie, mais ce dispositif est à la fois insuffisant et inadapté pour les personnes sur place; les distributions alimentaires se font dans la boue, et aucun dispositif d’hébergement n’a été annoncé à ce jour, que ce soit par la mairie ou par l’État, pour permettre aux personnes de se confiner et de se protéger face au virus.
  • Un campement d’exilé.e.s au sud de la Belgique qui fait écho à ce qui se passe dans le nord de la France et ailleurs en Europe. « La parcelle n’est pas bien grande. Quelques centaines de mètres carrés de verdure parsemés de grands arbres feuillus. Derrière ces denses branchages, à l’abri des regards, vit un véritable petit village. Le long d’étroits sentiers qui traversent un épais sous-bois, on a planté des tentes de camping, ficelé de grandes bâches sur des troncs d’arbres, bâti de frêles maisonnettes à l’aide de plaques de frigolite, de planches en bois et de tout ce que l’on a pu récupérer ici et là. Ce village, on l’a surnommé « la forêt ». Ou plutôt « la forest », car l’on use ici de la langue parlée sur l’île qui rythme les rêves et le quotidien du lieu : la Grande-Bretagne ». A lire dans la revue BALLAST

Infos des assos

  • La Cabane Juridique a actualisé son flyer pour informer les personnes exilées sur les permanences qu’elle tient au Secours Catholique de Calais, tous les lundis après midi. Elle y accompagne les personnes sur les demandes d’asile.
  • Par ailleurs, la répression qui s’opère à Calais étant toujours aussi forte, la Cabane Juridique a besoin de vous pour maintenir son action de lutte pour un accès au droit pour tou.te.s. Voici un lien vers leur cagnotte.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • « Je voulais une chance de vivre » : des récits de jeunes filles et garçons, mineur.e.s isolé.e.s étranger.e.s, recueillis par Noémie Paté et Jean François Roger. « Ces récits nous emportent et nous dévoilent la douleur de l’exil, la souffrance de la séparation d’avec les être aimés, de la perte des racines, de l’impossible retour. Mais c’est aussi à nos propres échecs qu’ils nous renvoient, à celui de notre humanité, de notre hospitalité, aux carences de notre système de protection et d’accueil qui ont tenté de céder le pas à un système de contrôle, de fichage et de suspicion. » Préface de Jacques Toubon.

Infos de la PSM

  • Une résidence du Journal des Jungles s’est tenue à Caen du 16 au 18 octobre ! Chaleureusement accueilli.e.s dans les locaux du syndicat Solidaires, avec un gros travail de préparation réalisé en amont par les ami.e.s du CAMO (Collectif d’aide aux migrants de Ouistreham), nous avons pu échanger avec de jeunes hommes soudanais survivant dans des campements de fortune sur un quai de Ouistreham, et des demandeurs d’asile, qui se retrouvent « entre parenthèses » à Caen. Leur choix de thème : les violences, dans leurs multiples facettes, notamment policières. Et le besoin de les déposer dans ce journal, malgré la souffrance… Sortie prévue en janvier 2021.

  • A vos agendas ! Les temps du Covid sont bien incertains, et c’est à une conférence-atelier en visio que la PSM risque de vous inviter ce vendredi 4 décembre, fin d’après-midi : le GISTI partagera son analyse sur les processus d’externalisation de la frontière, et plus particulièrement l’externalisation de la demande d’asile. L’intervention sera suivie d’un atelier pour prolonger la réflexion ensemble sur les solutions imaginées ou à imaginer pour que les personnes ne se retrouvent plus bloquées à la frontière franco-britannique, en prêtant attention à chaque fois aux enjeux sous-jacents.
  • Soutenir la PSM ! Utilisatrices et utilisateurs du moteur de recherche Lilo, vous pouvez soutenir gratuitement la PSM en nous reversant vos gouttes ici ! Vous n’utilisez pas Lilo mais seriez partant.e.s ? C’est facile :
    1-Se rendre sur http://www.lilo.org/… pour utiliser le moteur de recherche Lilo (il faut « Choisir Lilo comme moteur de recherche » en l’ajoutant à votre navigateur).
    2-Cumuler au minimum 50 gouttes d’eau.
    3-Aller sur la fiche projet et verser au minimum 50 gouttes d’eau la première fois que vous nous versez vos gouttes. Les fois suivantes, c’est à souhait !

Envie d’agir

    • Le PEROU et le projet de conduire une instruction auprès de l’UNESCO visant à faire reconnaître l’acte d’hospitalité au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. De la « jungle » de Calais, le PEROU a rapporté les preuves d’une humanité capable de toutes les résistances malgré la violence incessante, étatique autant que civile. Cet inventaire des actes d’hospitalité ayant lieu à Calais a été poursuivi parallèlement en Italie en 2020. « Car ces actes font tenir notre humanité, ils sont tout ce à quoi nous tenons aujourd’hui. Ils sont vitaux pour les générations à venir qui connaîtront, nous le savons, des mouvements migratoires au centuple. Tout reste cependant à faire, mais tout sera fait si plus nombreux encore nous nous associons aux chantiers, si plus intensément encore nous construisons des histoires d’avenirs radieux, enfin si plus vigoureusement encore, nous écrivons, photographions, filmons, bâtissons, dansons sur les fronts ». Pour en savoir plus et participer à ce projet, c’est ici.

  • L’acte 3 de la Marche des solidarités. Ils étaient des milliers, ce samedi 17 octobre, à défiler à Paris, pour réclamer outre la régularisation des sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administrative, un « logement pour tous  » et un geste du gouvernement pour les travailleuses et travailleurs étrangers, en première ligne pendant la crise sanitaire. Un « acte 4 » est envisagé. A lire, l’article paru dans le journal Le Monde

Belles échappées

  • Pour les spectacles, les réunions, les ateliers du Channel à Calais, il faudra attendre la fin du confinement. Mais une bonne nouvelle concernant la librairie : elle est ouverte pour les retraits de commande du mardi au samedi de 13h à 19h. Pour les commandes 2 adresses : librairieduchannel.fr ou en écrivant à lalibrairie@lechannel.org. Renseignez-vous sur la librairie près de chez vous !

Autres temps de formation et d’échanges

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Barreau de Lille – Permanence téléphonique d’urgence « étrangers 48h » les week-ends, dédiée aux décisions assorties d’un délai de recours contentieux de 48h, dont le délai expire durant les fins de semaine, le samedi ou le dimanche : un.e avocat.e est joignable par téléphone pour aider les personnes étrangères faisant l’objet d’une mesure d’éloignement sans délai ou d’une assignation à résidence à saisir le tribunal administratif de Lille d’un recours. Plus de renseignements sur l’affiche et sur le site de la commission Droit des étrangers

  • Le procès de l’affaire Mawda est fixé les 23 et 24 novembre à Mons. Pour les associations, l’enjeu de ce procès est la question de l’impunité des violences commises par les policiers. Rappel : le 17 mai 2018, une patrouille de la police des autoroutes avait pris en chasse, sur l’autoroute E42, une camionnette suspectée de transporter des personnes exilées qui voulaient rejoindre l’Angleterre. Malgré les injonctions de la police, le chauffeur a refusé de s’arrêter. Un policier a ouvert le feu et le véhicule s’est arrêté à hauteur de Mons. A l’intérieur, une petite fille âgée de deux ans avait été touchée par une balle. Il s’agissait de Mawda, morte sur le coup. Plus d’informations sur le site de rtbf.be

  • L’agence européenne Frontex mise en cause pour des refoulements en mer. Des investigations menées par plusieurs médias dénoncent les pratiques illégales des gardes-frontières grecs, impliquant parfois l’agence européenne de surveillance des frontières. Elles « montrent pour la première fois que les responsables de Frontex sont conscients des pratiques illégales des gardes-frontières grecs – et sont en partie impliqués dans les refoulements eux-mêmes », écrit le Spiegel. Lire l’article du journal Le monde

Désinfox, outils pour lutter contre les idées reçues

  • Que sait-on du lien entre immigration et délinquance ? Interrogé sur plusieurs faits divers de violences et d’agressions survenus durant l’été, Gérald Darmanin déclarait en juillet : « il faut mettre fin à l’ensauvagement d’une partie de la société ». Dans ce contexte, alors que l’actualité politique de septembre 2020 se concentre autour des questions d’insécurité, de délinquance et de criminalité, nombreux sont celles et ceux parmi les politiques à faire explicitement le lien avec l’immigration : la cause de l’augmentation de la délinquance et de la criminalité serait ainsi une conséquence directe de l’immigration “massive” vers la France. Décryptage par l’institut convergences migrations.

Institut CONVERGENCES MIGRATIONS

Pour comprendre / pour cogiter

  • Pour un pacte européen aux côtés des personnes migrantes. « Parce que le « Nouveau Pacte pour la migration et l’asile » proposé par la Commission européenne n’offre aucune perspective pour mettre un terme à l’immigration illégalisée, un autre pacte doit être constitué avec et pour les personnes migrantes, et non à leurs dépens ». A lire cette tribune du journal Libération.

  • Des Savoyard.e.s toujours mobilisé.e.s pour défendre les droits des personnes exilées. Dans les Alpes, les associations s’inspirent de l’expérience de Briançon. Lire l’article de Bleuette Dupin de France Bleu Pays de Savoie. L’accompagnatrice en montagne Stéphanie Besson, co-fondatrice de l’association « Tous migrants » raconte dans un livre (« Trouver refuge », aux éditions Glénat), ce que des citoyennes et citoyens font depuis dix ans dans les Hautes-Alpes pour accueillir celles et ceux qui traversent les Alpes.

  • Les projets délirants du Royaume-Uni pour tenir à distance les migrants : Les propositions font froid dans le dos. Le 29 septembre dernier, le quotidien Financial Times révélait que Priti Patel, ministre de l’Intérieur britannique, envisageait de construire un centre de traitement des demandes d’asile dans les îles de l’Ascension et de Saint-Hélène, en plein Atlantique sud. Priti Patel s’inspire également du modèle australien, qui « exporte » déjà depuis longtemps les personnes y demandant l’asile sur l’île papouasienne de Manus et à Nauru. A lire l’article de Nejma Brahim sur Médiapart.

 


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don! Merci!


[USER-UNSUBSCRIBE]</p

Newsletter n°45

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°45 // 8 octobre 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don ! Merci !


Infos des lieux de vie

  • A Calais, suite à sa visite les 22 et 23 septembre, Claire Hédon, la Défenseure des droits s’alarme des conditions dégradantes et inhumaines que subissent les exilés. « La volonté d’invisibiliser les exilés à Calais conduit à ce que plus aucun abri ne soit toléré : les personnes – entre 1200 à 1500 selon plusieurs informations croisées – dont des femmes avec des enfants en bas âge, parfois des nourrissons, et des mineurs non accompagnés, dorment à même le sol, cachés sous des buissons, quelles que soient les conditions climatiques, parfois avec une couverture donnée par les associations… Les exilés sont chassés de leurs lieux de campement tous les deux jours par les forces de l’ordre. Les évacuations constantes des terrains sur lesquels ils dorment ont pour objectif de les forcer à fuir« . La situation à Calais est dénoncée dans ce communiqué de presse qui fait suite à la visite de la Défenseure. Cette visite de la Défenseure n’a pas empêché une nouvelle destruction de deux lieux de vie par les forces de l’ordre le mardi 29 septembre, notamment l’évacuation du campement où vivaient entre 700 et 800 personnes, dans le secteur dit de la lande de Virval, autour de l’hôpital de Calais.
  • Dans le Dunkerquois, les difficultés d’accès à l’eau se poursuivent, malgré des efforts récents de la mairie de Grande Synthe. Outre les manques d’accès à l’eau et à des dispositifs sanitaires adaptés, globalement les personnes exilées restent éloignées des accès aux services de base. Les expulsions des lieux de vie, à une fréquence d’une par semaine ce dernier mois, dispersent les personnes dans au moins 6 lieux de vie différents sur Grande Synthe parfois très éloignées de l’action des associations. Jusqu’à Loon-Plage, les expulsions se poursuivent …
  • Du côté de Caen-Ouistreham, Régis Guillet, membre de l’AG contre toutes les expulsions s’exprime dans un article paru le 4 octobre : « Depuis l’expulsion du squat La Varende à Hérouville (en juillet), les personnes se sont installées dans un campement au début de la voie verte à Ouistreham. Le maire leur refuse l’accès à l’eau et aux sanitaires, c’est une situation de vie très compliquée pour eux ».
  • A Villeurbanne, un lieu de « répit » pour les migrants traumatisés par la route. Projet expérimental rattaché à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, L’Espace accueille des personnes exilées en souffrance psychique – des Africains pour la plupart – pour des ateliers, des jeux ou simplement un café. C’est un lieu où les personnes tentent d’oublier l’effet déshumanisant de la route migratoire, l’anéantissement lié au fait d’être considérées par la négative : sans-papiers, sans-domicile. A lire cet article du journal Le Monde

Infos des assos

  • Le 29 septembre, le Secours Catholique de Calais a proposé une journée de réflexion qui doit aboutir à définir le projet et les actions du Secours Catholique auprès des personnes exilées à Calais pour les 3 à 5 prochaines années. Des ateliers le matin : « Historique des politiques publiques à Calais »,  » Le projet du Secours Catholique et les actions menées à Calais », « Les colères et les espoirs exprimé.e.s par les œuvres issues de la collection « Parcours des invisibles ». L’après-midi, des groupes de réflexion sur les besoins des personnes exilées, les facteurs permettant d’améliorer durablement la situation et le rôle que pourrait avoir le Secours Catholique. Ci-dessous deux œuvres de l’exposition itinérante du Secours Catholique-Caritas France, traces du passage des exilé.e.s en transit à Calais.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • Le pouvoir d’agir des personnes exilées commence parfois par pouvoir circuler librement, sans être traquées : l’ONG britannique Privacy International a édité un flyer d’information (en anglais) spécifiquement pour les personnes en transit qui sont d’autant plus affectées par des politiques de surveillance et de fichage en Grande Bretagne. Une information à partager aux premier.e.s concerné.e.s qui se rendent au Royaume Uni ? Une réflexion à avoir du côté français ?

Infos de la PSM

  • En lieu et place du Forum de la PSM, grande journée de rencontres et de réflexions collectives au sein du réseau, c’est une version revisitée qui vous est proposée cette année : un après-midi autour une série d’ateliers, prétextes à échanges et réflexions ! Ce sera ce samedi 10 octobre, de 14h à 18h, dans les locaux du Secours Catholique de Calais ! Pour vous inscrire et nous aider à bien organiser ces temps, c’est ici. Au programme :
    • Un atelier sur les usages du droit à la frontière qui a pour objectif d’évaluer collectivement les actions contentieuses menées à la frontière franco-britannique ces 5 dernières années !
    • Un atelier sur les relations aux médias, autour de 2 journalistes qui nous aideront à y voir plus clair sur les façons d’être (bien) entendu.e.s…
    • Un atelier sur l’observation des violences policières et les manières de les rendre visibles, avec l’Observatoire lillois des pratiques policières (sous réserve)
    • Un atelier pour « sortir des cases » et réfléchir aux « franchissements » qu’on se permet et ceux qui restent à poser pour faire bouger les lignes de la situation à la frontière.
  • L’Assemblée générale de la PSM, c’est le dimanche 11 octobre, de 9h30 à 12h30 à l’auberge de jeunesse de Calais (rue du Maréchal de Lattre de Tassigny). Nous mettrons tout en place pour respecter les consignes sanitaires. Pour vous inscrire à cette AG, merci de remplir un très court formulaire en cliquant ici.

Envie d’agir

  • « Calais se lève  » ! A Calais le 26 septembre, plus de 400 personnes, des calaisien.n.es, militants, bénévoles associatifs et personnes exilées marchent sous la pluie pour la liberté et la dignité humaine. Ensemble, ces personnes ont marché, pris la parole, chanté et dansé. A lire l’article de Loup Blaster pour Passeurs d’hospitalités et Un retour en images ici ! Le groupe organisateur vous à écrire calais-rises@riseup.net pour les rejoindre dans d’autres actions !

photo Julia Druelle

  • La marche nationale des sans-papiers vers l’Elysée. Il est encore temps de la rejoindre. Le 2 octobre elle était devant la sous préfecture de Dunkerque. Etapes par étapes les marches parties de Marseille et Montpellier avancent. Toutes convergeront pour une manifestation nationale à Paris le samedi 17 octobre vers l’Elysée. Plus de renseignements sur le site du Gisti.

Belles échappées

  • Des ciné-débats autour de l’exil à l’Alhambra à Calais du 7 au 11 octobre. L’Institut Convergences Migrations (ICM) organise son premier festival Images de Migrations. L’objectif du festival ? Permettre la rencontre entre le public et les chercheurs qui travaillent sur les questions liées aux migrations. La programmation : Jeudi 8 octobre à 20h30 : La terre de Gevar de Qutaiba Barhamji et Vendredi 9 octobre à 20h : Piazza Vittorio d’Abel Ferrara. Dimanche 11 octobre à 14h30 : 3 films courts projetés et une table ronde autour de la fabrique d’images de migrations par les chercheurs. Le festival « Images de migrations » propose, la projection de films réalisés à Calais et Dunkerque par des chercheurs et par des anciens habitants de la “Jungle”, suivie d’une rencontre avec le public. Il s’agit de s’interroger sur la singularité (ou non) du regard des chercheurs sur les migrations dans un contexte de saturation d’images médiatiques. Singularité des choix des thématiques, de la relation aux migrants, des modalités de tournage, de montage et de diffusion…Plus d’informations à retrouver ici.

  • « L’odyssée d’Issa » … de Katym, illustratrice et auteure de livres et kamishibaïs . Cette histoire est née d’une belle rencontre, avec un de ses élèves (Katym est professeure d’arts plastiques à Grenoble), Amadou D. un jeune mineur isolé. Pour chaque kamishibai vendu, 1,00 € est reversé au dispositif « Rétablissement des liens familiaux » de la Croix-Rouge française. Ce dispositif permet aux familles, ami.e.s séparé.e.s pendant leur périple ou leur traversée de peut-être pouvoir se retrouver. Voici un lien vers un extrait et le lien vers la page de l’éditeur

Autres temps de formation et d’échanges

  • Rapport national 2019 sur les centres et locaux de rétention. ASSFAM-Groupe SOS Solidarités, France Terre d’Asile, Forum Réfugiés-Cosi, La Cimade et Solidarité Mayotte constatent une volonté du gouvernement d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps les personnes étrangères qui subissent la violence de l’enfermement. A lire le communiqué de presse de la Cimade pour télécharger le rapport, c’est ici, et rendez-vous le 20 octobre à 18h00 à l’Auberge de jeunesse de Calais pour une rencontre et une présentation du rapport par FTDA Coquelle.

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Un rapport inter-associatif est remis au Comité des droits de l’enfant sur les manquements de la France à ses obligations en matière de protection des mineur.e.s isolés.e.s aux frontières. Refoulements illégaux, mises à l’abri insuffisantes et inadaptées, graves carences dans l’accompagnement des enfants : tels sont les constats quotidiens des associations, présentes aux frontières franco-italienne (de Menton à Modane en passant par Briançon), franco-espagnole (entre Irun et Hendaye) et franco-britannique (dans le Calaisis, le Dunkerquois, et tout le long du littoral de la Manche. C’est à lire ici
  • Distributions de repas aux migrants interdites à Calais : 13 ONG et associations d’aide aux migrants ont déposé, mercredi 23 septembre, un recours devant le Conseil d’Etat pour contester l’arrêté préfectoral leur interdisant de distribuer des repas dans le centre-ville de Calais. Leur demande, qui promeut le « principe de fraternité », avait été rejetée la veille par le tribunal administratif de Lille. A lire l’article du Monde. Le 25 septembre, le juge des référés du Conseil d’État confirme la décision du juge des référés du tribunal administratif de Lille de ne pas suspendre, en urgence, l’arrêté préfectoral interdisant aux associations de distribuer de la nourriture aux migrants dans certaines zones du centre-ville de Calais. Le juge note que cette interdiction n’empêche pas les associations de réaliser leurs missions à proximité immédiate du centre-ville. Il précise, à cet égard, que l’interdiction de distribution est strictement limitée aux zones définies par le préfet. Lire la décision du Conseil d’Etat. Mercredi 30 septembre, la préfecture du Pas-de-Calais a prolongé et étendu à de nouvelles zones l’interdiction de la distribution de repas aux migrants jusqu’au 19 octobre.
  • Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté, le 23 septembre, un « Nouveau Pacte pour l’Asile et la Migration » qui doit remplacer le règlement de Dublin, devenu au fil du temps inapplicable. « Plutôt que d’exiger vainement des pays d’Europe centrale l’accueil d’étrangers dont ils ne veulent pas, le texte veut les obliger à organiser et à financer le refoulement des personnes déboutées. S’ils n’y parviennent pas, ils devront les admettre sur leur territoire » Lire la suite de cet article du Monde. Parmi les premières réactions à ce nouveau Pacte, à lire le communiqué de presse d’Euromed Droits.

Pour comprendre / pour cogiter

  • « Les migrants en bas de chez soi » un ouvrage d’Isabelle Coutant, à retrouver ici, une fiche de lecture de Mathilde Pette. « Un lycée désaffecté est occupé par des migrants (…) Isabelle Coutant, sociologue et habitante du quartier, retrace ici l’événement en s’appuyant sur une enquête ethnographique entamée pendant l’occupation et poursuivie jusqu’à l’hiver 2016. Les migrants sont partis et la sociologue reste pour interroger les acteurs et saisir ce que l’événement a fait au quartier et à ses habitants.« 
  • Pour Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), le manque de convergence dans l’UE complique le système d’accueil des réfugiés. Dans cette interview accordée au journal Libération, il développe l’absence de liste commune des pays d’origine considérés comme sûrs, l’évolution du nombre des demandes d’asile en France mais aussi les difficultés d’intégration des personnes ayant obtenu le statut de réfugié.
  • « Fermer les routes migratoires est absurde et dangereux » pour François Gemenne. Face à l’augmentation du nombre de migrants traversant la Manche au départ de la France, les autorités britanniques viennent d’appeler à la rescousse la Royal Navy pour rendre cette route maritime « impraticable ». Le chercheur François Gemenne explique pourquoi chercher à empêcher les migrants de passer ne sert à rien. Pour éviter des morts en mer, il plaide pour la mise en place de voies d’accès « sûres et légales ». A lire l’entretien sur Mediapart

Des bateaux utilisés par des migrants stockés au port de Douvres, le 15 août 2020. © AFP

  • Une déclaration commune sur le sauvetage en mer est à trouver ici, à l’initiative de l’association Agora Europe qui vise à « renforcer le principe universel du non-refoulement, avec la conviction que la protection des vies en mer doit perdurer à la fois en tant que priorité actuelle de l’action européenne et en tant que valeur commune, sur le long terme et sur le plan transnational. » Cette déclaration a été publiée le 3 octobre dernier, qui est la journée nationale italienne en mémoire des victimes de l’immigration.

Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don! Merci!


[USER-UNSUBSCRIBE]

Newsletter n°44

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°44 // 3 septembre 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don ! Merci !


Infos des lieux de vie

  • A Grande-Synthe, même s’il est toujours compliqué de donner des chiffres, les associations estiment qu’il y a entre 400 et 500 personnes présentes, dont de nombreuses familles avec enfants. Il n’y a toujours aucun accès à des toilettes et douches, et l’accès à l’eau potable n’est possible qu’en un point unique, autour d’un dispositif complètement sous-dimensionné et inadapté par rapport aux besoins de ces personnes. Le 28 août, la députée européenne Anne-Sophie Pelletier venait rencontrer les associations agissant sur le terrain à Grande-Synthe, après être allée à Calais, et a pu ainsi être informée des multiples violations des droits fondamentaux qui y sont subies par les personnes exilées.
  • A Calais, la politique de harcèlement des personnes s’est encore accentuée depuis la venue du ministre de l’intérieur le 12 juillet dernier. Comme l’explique ce communiqué inter-associatif du 14 août autour de la saisine de la Défenseure des droits et des Nations Unies,  » les près de 1200 hommes, femmes et enfants sans-abris présent.e.s à Calais ont vu leurs conditions de vie profondément dégradées ces dernières semaines. En cause, les «évacuations » brutales de plusieurs gros campements ensuite grillagés (…) et la réduction dramatique des services vitaux que sont les distributions alimentaires, l’accès aux douches ou encore aux points d’eau qui les accompagne. » La frontière (plus exactement les politiques mises en place pour la faire exister) continue par ailleurs de tuer : le 19 août, c’est Abdulfatah Hamdallah, jeune homme soudanais, qui a perdu la vie. Un communiqué de presse associatif est à lire ici.
  • A Bayonne, le centre Pausa accueille des personnes exilées, une pause pour elles après des milliers de kilomètres, et avant de repartir vers le nord de l’Europe. Depuis sa création fin 2018, Pausa (« la pause » en basque) a accueilli plus de 16 000 personnes. A lire ce reportage de Jacques Pons, France Bleu Pays Basque

Le bureau d’accueil © Radio France – Jacques Pons

Campement de migrants le long du canal Saint-Denis à Aubervilliers, le 17 juillet 2020 François Guillot AFP

  • A Vintimille, la Croix Rouge plie bagage et les personnes exilées sont désignées à la vindicte. Des préfabriqués vides : c’est tout ce qu’il reste du camp de transit géré par la Croix-Rouge depuis quatre ans à Vintimille, le Calais italien, à quelques kilomètres de la frontière française et de Menton. Fermé aux nouveaux et nouvelles arrivantes pendant l’épidémie de coronavirus et le confinement, le camp n’a pas été autorisé à rouvrir. Des dizaines de personnes originaires de pays en crise campent désormais éparpillées dans Vintimille, sous des ponts, sur la plage, sur les berges du fleuve Roya, seul point d’eau accessible dans la chaleur de l’été. Ici l’article paru dans Le Point

Infos des assos

  • Le Collectif des Associations Unies a adressé un courrier à plusieurs ministres au sujet des expulsions, incluant celles de Grande-Synthe et Calais : « Dans ce contexte de crise sanitaire et sociale inédit, le Collectif des Associations Unies qui regroupe 39 associations nationales participant à l’accès au logement et à l’hébergement des personnes les plus démunies, tient à vous alerter sur les expulsions locatives ainsi que sur les expulsions de campements, squats et bidonvilles. Alors que des instructions ont été données aux préfets le 2 juillet afin de conditionner les expulsions et les remises à la rue à une solution de relogement ou d’hébergement, aucune consigne n’a été communiquée pour protéger les populations vivant dans ces lieux de vie informels, dont la situation est très préoccupante ». La suite du courrier est à lire ici.
  • Le site de la Maison Sésame est enfin prêt :  » Il retrace toutes nos aventures depuis déjà plus d’un an. Vous pourrez y trouver une présentation de l’association, de la grande équipe Maison Sésame, de nos objectifs à moyen et long terme, et surtout de ses habitant.e.s accueilli.e.s, qui deviennent bien souvent accueillant.e.s dans cette belle et grande maison hospitalière. Venez le découvrir sans plus attendre sur le lien suivant !

les travaux d’entretien et de rénovation continuent

Faire et dire, les personnes premières concernées

Un bateau de fortune tente la traversée de la mer du Nord et croise un porte-conteneurs, le 10 août 2020• Crédits : préfecture maritime

  • Poème d’Omar pour Abdulfatah Hamdallah, ce jeune homme soudanais âgé de 28 ans, mort alors qu’il tentait de rejoindre les côtes anglaises à bord d’une embarcation gonflable

*Farewell poem*

*BY 👋🏾👋🏾 BY*
~Friend of mine ~
*Stay well*
I became so far
*FROM you*
MY days have ended
*Remember me* The good time together we spent
together *In jungle*
Yes, This is the *life*
some times is *sad* and some times is *happy*

See you next *time* ( la suite , c’est ici)

  • Amjad Abbas Abdallah, un ancien de la jungle. Après de nombreuses galères, la fuite de la Libye, son arrivée à Calais en 2014, les campements de fortune, l’envie de rallier l’Angleterre malgré le danger, il décide finalement de tout faire pour rester en France. Il obtient des papiers, suit une formation de soudeur et, six ans après avoir posé pour la première fois un pied à Calais, il crée aujourd’hui sa société et vient de terminer son atelier artisanal, « Les Ateliers de Tito », rue des Quatre-Coins. A lire ce portrait dans le journal Nord Littoral

Infos de la PSM

  • Réservez dès à présents les dates des 10 et 11 octobre dans vos agendas ! Le samedi 10 octobre, nous vous invitons au Forum de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s, qui se tiendra toute la journée du samedi ! Le dimanche 11 octobre au matin, c’est l’Assemblée Générale de la PSM, à laquelle vous êtes chaleureusement invité.e.s. Ce sera à Calais, en présentiel si les conditions sanitaires le permettent ! Pour vous inscrire au Forum, c’est ici. Et pour l’assemblée générale, c’est ici !

Envie d’agir

  • Action Bain Public. Le 8 août, des personnes solidaires se sont mobilisées à Calais pour dénoncer les restrictions d’eau et d’accès à l’hygiène pour les personnes exilées à la frontière anglaise. Les soutiens ont symboliquement pris une douche sur la place d’Armes en face du marché et ont affiché des pancartes pour interpeller les Calaisien.ne.s, leur proposant de venir à leur rencontre pour discuter et recueillir leurs impressions. Prochaine action : le samedi 26 septembre ! A noter dès à présent dans vos agendas. On vous confirme l’heure et le lieu de rendez-vous dès que possible !

  • On marche vers l’Élysée ! À l’appel de 15 collectifs de sans-papiers, de la Marche des Solidarités, des États Généraux des Migrations et de plus de 120 organisations, des sans-papiers marcheront à partir du 19 septembre des quatre coins du pays pour atteindre Paris en une grande manifestation le samedi 17 octobre. Retrouvez ici l’appel de La Cimade à marcher pour la régularisation des personnes sans-papiers, la fermeture des centres de rétention et l’accès au logement pour toutes et tous.

Belles échappées

  • « Les chemins de la haine » : dans ce roman noir la romancière anglaise Eva Dolan nous dépeint des personnes venues d’Europe de l’Est ou d’Asie, qui se sont fait un trou Outre-Manche, souvent minuscule et bien caché. Un toit, un petit boulot, juste de quoi vivoter. Elle nous fait découvrir avec un réalisme quasi-documentaire une terrible filière esclavagiste.

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Mode d’emploi en cas d’arrestations en Belgique 11/08/2020. Des flyers en plusieurs langues (Fr, Engl, Amharique, Tigrynia, Arabe, Dari – Farsi et Pashto , Oromo) informent les personnes arrêtées et incarcérés dans les centres fermés ou en prisons en Belgique dans les mois à venir. A diffuser, imprimer, distribuer aux endroits stratégiques, photographier, sur le site « Getting the voice out »

  • Un rapport sur les refoulements illégaux et la violence aux frontières . Région des Balkans. Le Réseau de surveillance de la violence aux frontières* (Border Violence Monitoring Network) a publié 20 cas de refoulement illégal au cours du mois de juin 2020, documentant l’expérience de 351 personnes dont les droits ont été violés à la frontière extérieure de l’Union européenne. A lire sur la Plateforme d’information sur l’asile
  • Le Royaume Uni se précipite pour expulser par vols charters les personnes qui traversent la Manche. Menées à la hâte par un Home Office en panique, ces déportations massives ont été particulièrement brutales, et ont pu impliquer de graves irrégularités juridiques. A lire ce rapport collaboratif très complet publié par Calais Migrants Solidarity en français et en anglais
  • Asile : la France pourrait moins protéger les Afghans : La Cour nationale du droit d’asile veut revoir sa jurisprudence. Les associations redoutent une moindre protection des Afghans, premiers demandeurs d’asile en France. A lire l’article de Julia Pascual dans Le Monde

Pour comprendre / pour cogiter

  • Hausse du nombre de migrants traversant la Manche : Londres accuse Paris. Les traversées de la Manche se multiplient via des embarcations de fortune. En juillet 2020, près de 1 000 personnes seraient parvenues à accoster sur les côtes anglaises. A écouter ce reportage de France Info. Les autorités britanniques, qui coopèrent étroitement avec leurs homologues français, demandent un renforcement des contrôles pour arrêter les départs en bateau. Lire l’article de Eric Albert paru dans Le Monde
  • Réfugiés syriens : l’impossible retour. Une étude révèle que si les trois quarts des réfugié.e.s syrien.ne.s souhaitent rentrer dans leur pays, la plupart considère que les conditions d’un retour sûr ne sont pas remplies. Leurs priorités : la réforme du système sécuritaire et un changement de régime. Lire l’article de Léa Masseguin paru dans Libération
  • Qui doit sauver les migrants en Méditerranée ? Les États côtiers – Italie, Libye, Malte, Tunisie – se renvoient la balle sur les responsabilités légales en matière d’opérations de sauvetage. Les États et l’Union européenne sont-ils en train de déroger à leurs obligations ? Un consensus sur une réforme majeure de la politique migratoire européenne parviendra-t-elle à émerger d’ici la fin de l’année comme l’espère la Commission européenne ? Débat à écouter sur France Culture.
  • Tunisien.ne.s et Algérien.ne.s constituent les deux premières nationalités de personnes qui arrivent par la Méditerranée en Europe. Près de dix ans après leur révolution, les Tunisien.ne.s ne croiraient plus à une embellie sociale dans leur pays. Et les Algérien.ne.s déchanteraient, après les espérances du Hirak. A lire ce reportage paru dans le journal La Croix.

 


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
www.psmigrants.org

Nous avons besoin de votre soutien, faites un don ! Merci !


[USER-UNSUBSCRIBE]