Action commune aux trois frontières

APPEL À MOBILISATION LE 4 DÉCEMBRE 2019

 

Mesdames, Messieurs les député·e·s, IL FAUT ENQUÊTER

Amnesty International France, La Cimade, Médecins du Monde, Médecins sans frontières, le Secours catholique et leurs partenaires locaux appellent à une mobilisation le 4 décembre à 12h pour dénoncer les atteintes aux droits des personnes exilées commises aux frontières par les autorités françaises.

Elles appellent à la mise en place d’urgence d’une commission d’enquête parlementaire pour mettre un terme à ces violations.

Aujourd’hui, de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux sont constatées aux frontières : absence de tout dispositif sanitaire et social, destruction d’abris, obstacles à la demande d’asile, non-protection des mineur·e·s isolé·e·s, refoulements systématiques, comportements brutaux, harcèlement des personnes solidaires…

Nous demandons aux député·e·s l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire afin de confirmer et de compléter ces constats et, surtout, de proposer des mesures concrètes pour que soient respectés les droits fondamentaux des personnes exilées.

En partenariat avec les acteurs présents sur les terrains, des mobilisations portant les mêmes messages auront lieu sur plusieurs villes-frontières le 4 décembre prochain, lorsque les sirènes des pompiers retentiront partout en France à 12h, comme symboles de nos alertes.

 

RENDEZ-VOUS LE 4 DECEMBRE À :

Briançon : à 11h30 près du rond-point en bas de l’Avenue de la République (la Chaussée) pour former une chaîne solidaire jusqu’à la Sous-Préfecture.

Calais : à 11h30 devant la statue des « Bourgeois de Calais »

Dunkerque : à 11h place Jean Baert

Hendaye : à 11h30 devant la gare SNCF

Menton : à 11h30 Pont Saint Ludovic

 

Premier Bilan de l’Observatoire national des expulsions collectives des lieux de vie informels

Paris, 15 novembre 2019

Aujourd’hui, au moins 91 500 personnes sont contraintes de vivre dans des cabanes, des tentes, des caravanes installées sur des terrains, ou bien d’occuper des immeubles ou des maisons inoccupées1.

A ces conditions de vie indignes s’ajoutent de nombreuses expulsions ! L’observatoire inter-associatif des expulsions collectives de lieux de vie informels2, en place depuis un an, a recensé 1 159 lieux de vie expulsés par les forces de l’ordre en France métropolitaine entre le 1er novembre 2018 et le 31 octobre 2019.

Près de 63 000 personnes vivaient dans ces lieux. Les résultats de l’observatoire des expulsions de lieux de vie informels montrent que :

  • Près de 85% des expulsions ont été recensées dans les seules villes de Calais et Grande-Synthe, où de nombreuses personnes exilées sont contraintes de vivre des semaines, voire des mois, dans des lieux de vie indignes. La grande majorité sont des ressortissants afghans, érythréens et soudanais. Dans ces villes, la base juridique des expulsions est à 94% inconnue : les pouvoirs publics ne s’efforcent même plus de justifier ces pratiques.
  • Les 181 autres expulsions recensées dans le reste du territoire métropolitain ont concerné au moins 15 400 personnes3, originaires pour la plupart d’Europe de l’Est, Roms ou perçues comme telles. A l’inverse de Calais et Grande-Synthe , ces expulsions font le plus souvent suite à des procédures juridiques.
  • Près de 90 % de ces expulsions n’ont donné lieu à aucune proposition de mise à l’abri, d’hébergement ou de relogement suite à leur expulsion. Ceci n’est pas sans conséquence sur les personnes : retour à la rue, errance et reformation d’autres bidonvilles ou squats.

Les associations de l’observatoire des expulsions de lieux de vie informels rappellent que des solutions d’hébergement et de logement dignes et pérennes doivent être proposées à chacun, quelle que soit l’origine des habitants, leur situation administrative, leurs projets et leurs besoins. Les pouvoirs publics doivent se saisir de manière urgente de cette question, pour la dignité des personnes et pour enrayer une des manifestations les plus dures de la crise du logement.

1 : Fondation Abbé Pierre, rapport 2019 sur l’état du mal-logement
2 : Les partenaires de cet observatoire sont : la Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, la Ligue des droits de l’Homme, le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope, la Plateforme des Soutiens aux migrants, la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage et l’Association Nationale des Gens du Voyage Citoyens.
3 : Parmi ces personnes, 10 800 étaient encore présentes dans les lieux le jour de l’expulsion.

Téléchargez ici ce communiqué de presse : CP_1200 expulsions depuis la dernière trêve hivernale_15nov19

Téléchargez ici la note d’analyse : Note d’analyse_1er bilan observatoire expulsions lieux de vie informels_VF

Tract inter-associatif distribué lors de l’action devant la CUD le 5.11.2019

Tract inter-associatif de l’action devant la Conférence des maires, à la Communauté Urbaine de Dunkerque, le 5 novembre 2019

COMMUNAUTÉ = SOLIDARITÉ ?

Voici un peu plus de 50 ans était créée la Communauté Urbaine avec pour objectif de réunir sur des bases de solidarité les communes riches et pauvres du littoral dunkerquois. Et de fait la CUD s’est investie depuis lors dans de multiples actions à caractère social allant de l’aide aux salariés tels ceux de Normed brutalement licenciés, aux habitants de quartiers défavorisés (plan banlieue 89), aux jeunes en créant par exemple l’Université du Littoral, plus récemment encore en mettant en service « le bus gratuit ». En de nombreux domaines la CUD a fait montre de solidarité active.

Il est un secteur crucial par contre où la solidarité, la fraternité affichée sur ses murs, n’est pas à la hauteur de ses capacités ni des ambitions sociales qu’elle affiche, pas davantage que de celles des communes qui la composent : celui de l’accueil des exilés, des migrants. Depuis 20 ans par centaines ils fuient la guerre, les violences, la misère et transitent sur notre littoral avec la volonté de gagner la Grande-Bretagne que la nature a mise à proximité de nos côtes. Face à la politique répressive d’un État défaillant, seules une commune Grande-Synthe et une vingtaine d’associations appliquent chaque jour depuis 20 ans l’obligation de venir en aide aux personnes en danger, au nombre desquelles se trouvent de tout jeunes bébés !

La région dunkerquoise, qui vous a élus et qui a connu elle-aussi le désastre de la guerre et vu sa population en détresse fuir lors du dernier conflit mondial ses villes et villages assiégés, est réputée pour la qualité de son accueil. Aussi nos associations demandent-elles à la CUD et aux maires qui y siègent de s’opposer clairement aux auteurs des discours de haine distillés contre les étrangers et de s’engager plus résolument dans la défense de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. En ce sens le rétablissement du lieu de concertation, d’échanges et de propositions auxquelles participaient voici quelques années nos associations d’aide et de soutien aux exilés, pourrait être l’amorce d’une action partagée vraiment solidaire pour faire face à l’urgence humanitaire. Les élus communautaires ne sauraient rester insensibles à la détresse, à la précarité qui ne font que croître d’êtres humains qui survivent à leurs portes.

Associations signataires :

ACCMV Grande-Synthe, ADRA Dunkerque, AMIS Téteghem, Auberge des Migrants, Bethlehem, Cimade Nord-Picardie, Collective Aid , DROP-solidarité, Emmaüs Grande-Synthe, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du Monde, MRAP Dunkerque, Refugee Womens Centre, RYS, SALAM, SAVE

Article Voix du Nord : Dragon de Calais et “reconquête”

Dragon de Calais: le ministre de l’Intérieur y voit le symbole d’une «reconquête»

Le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, lors du point presse tenu avant d’assister au spectacle du Dragon. PHOTO MARC DEMEURE

Le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, lors du point presse tenu avant d’assister au spectacle du Dragon. PHOTO MARC DEMEURE

La maire Natacha Bouchart avait invité Christophe Castaner à assister au spectacle du Dragon. « C’est ma place de ministre de l’Intérieur d’être ici », a souligné l’intéressé lors d’un point presse à l’hôtel de ville, peu après 19 h. « Natacha Bouchart s’est battue pour reconquérir l’image de Calais, entachée par la crise migratoire. Depuis que je suis ministre, je travaille avec elle pour que la pression migratoire soit gérée, et qu’elle soit acceptable. Aujourd’hui, j’ai voulu être aux côtés des élus Calaisiens pour cet ambitieux projet du Dragon, la plus belle image d’une reconquête républicaine et culturelle à Calais », a-t-il expliqué.

Accompagnement du projet Dragon

Le ministre approuve l’arrêté qu’a pris Natacha Bouchart interdisant les distributions de repas aux migrants dans le centre-ville. « Il y a des lieux dédiés pour cela. Il n’est pas opportun de multiplier les points de distribution dans Calais. Les associations sont de bonne volonté, mais elles doivent composer ». Revenant sur l’accompagnement de l’État dans le projet du dragon (l’État ayant déjà financé 4 millions d’euros), il a déclaré « qu’il n’[était] pas terminé. Nous accompagnerons sa montée en puissance  »

Animer un débat en faisant forum

JOKER – Quelques pistes pour l’animation (inspirées d’un stage de théâtre de l’opprimé.e avec le T’OP! de Lille)

Rôle du ou de la joker :

  • Anime le débat théâtral

  • Valorise l’intervention de la spect-actrice ou du spect-acteur

  • Fait la synthèse des interventions et relance au moment adéquat

Points de vigilance

Quand on anime un théâtre-forum, on n’est pas expert.e : laisser le plus possible en retrait sa casquette de militant.e, de travailleuse sociale, de sachant.e…

Le Forum n’est pas un match de boxe. L’idée n’est pas de mettre KO la spect-actrice ou le spect-acteur qui tente quelque chose. Il faut savoir s’adapter à ce qui est amené par la personne qui vient sur scène, et la pousser juste suffisamment pour qu’elle développe son argument, aller encore plus loin dans la solution qu’elle amène, mais pas l’écraser (importance du travail d’improvisation en amont pour les actrices et acteurs de la scène). Le ou la joker doit aussi veiller à valoriser chaque intervention en ce sens.

Présentation de la démarche du théâtre-forum

Jouer sur scène une situation qui nous paraît injuste, pour laquelle on a pas de solution évidente

La partie « forum » permet de réfléchir ensemble aux solutions possibles, de s’entraîner collectivement à mieux lutter contre l’injustice présentée

Petit jeu de « dé-mécanisation » des corps et des esprits

S’il y a déjà eu une discussion avec la salle, peut-être pas nécessaire. C’est un exercice d’échauffement, pour faire sortir le public de son ordinaire et le faire rentrer tranquillement dans la dynamique collective du théâtre-forum. Ça se pratique généralement debout, en pouvant bouger dans l’espace, donc je ne sais pas trop ce que ça peut donner dans la configuration salle de cinéma. Vous me direz si vous testez !

Proposition 1

On demande aux personnes de répondre à des commandes

ex : « debout », « assis », « main droite (en l’air) », «main gauche (tendue au voisin ou à la voisine de gauche )»,… A adapter en fonction du public et des contraintes de la salle

Au bout de quelques commandes simples, on demande aux personnes de réagir de manière inversée à une commande binaire

ex : s’asseoir quand je dis debout ; se lever quand je dis assis.e

ex : lever le bras droit quand je dis main gauche, et tendre la main gauche à la voisine quand je dis main droite…

Proposition 2

On demande aux personnes dans la salle de se compter, du bas vers le haut (la 1ère personne dit 1, la suivante dit 2, etc.), puis du haut vers le bas (la dernière personne dit 123 si vous avez compté jusqu’à 123, la suivante dit 122, etc.), tout cela le plus rapidement possible.

Ensuite, si vous voyez que le contexte et l’ambiance s’y prête, possibilité de remplacer les numéros par des bruits en lien avec un thème spécifique (ex : surprise/machine industrielle/mer, etc.)

Variante (1,2,3, Bradford)

Les participant.e.s alternent 1, 2 et 3 (le 1er dit 1, le 2nd dit 2, le 3ème dit 3, le 4ème reprend à 1, le 5ème dit 2, etc.) de bas en haut. En redescendant, on transforme les 1, 2, 3 par des bruits. Les 3 premières personnes vont donc décider des 3 bruits qui seront repris en alternance jusqu’en bas de la salle.

Suite à la scène jouée une 1ère fois

Quelques pistes pour lancer la discussion (plusieurs questions à chaque fois qui peuvent être équivalentes. Choisir celles qui paraît la plus pertinente et en utiliser une autre pour une éventuelle relance) :

  • « D’après vous, qu’est-ce qui se passe ici ? » « Quelle est l’injustice, ou quelles sont les injustices qui ont été mises en scène ? » « Si vous deviez donner un titre à cette scène, ce serait quoi ? »

=> Attention, toutes les interprétations sont valables (possibilité de le préciser dès le départ, pour faciliter les prises de parole. Il n’y a pas de mauvaises réponses !). On ne corrige pas la personne du public qui amène son interprétation de la scène, même si celle-ci nous paraît différente de ce qu’on voulait transmettre. On invite juste d’autres personnes à amener la leur : « OK. Est-ce que d’autres personnes y ont vu la même chose ? Est-ce que certain.es y ont vu autre chose ? »

  • « Est-ce que ça vous parle ? » « Ça vous rappelle des situations vécues ? » « Vous avez déjà été confronté.e.s à des situations similaires ? »

  • « Quels sont les moments qui vous ont le plus marqué.e.s ? »

  • « Dans la scène jouée, avec qui vous êtes d’accord ? Vous pourriez être qui ?» « Dans la scène, des personnes tentent des choses pour changer la situation, mais sans y réussir. Qui sont ces personnes d’après vous ? »

=> Ce seront les personnes dont on pourra prendre la place par la suite

  • « Est-ce qu’il y a un moment spécifique où vous vous dites : là, il faut intervenir ; j’aurais plutôt fait ou dit ça ? »

=> Si les propositions ne fusent pas, proposer de prendre quelques minutes (3 ou 4 max) pour que chacun.e discute avec son voisin ou sa voisine de qui on se sent solidaire/proche dans la scène et de ce qui pourrait être fait pour lutter contre l’injustice présentée

=> Si les personnes nomment directement un moment où elles proposent d’intervenir, ne pas les laisser en parler trop longuement et les inviter à venir tester ça sur scène.

Autre possibilité : rejouer la scène une 2nde fois et inviter les personnes à dire « stop » ou à claquer dans leurs mains lorsqu’elles souhaitent intervenir (ne pas laisser l’ensemble de la scène jouée sans intervention, relancer les personnes présentes au besoin…)

Suite à l’intervention d’une personne dans la scène

Le ou la joker valorise l’intervention (de manière très concise), voit avec la personne et le « public » ce que ça a permis de changer dans la situation, même si ça n’a pas complètement permis de mettre fin à l’injustice. Important que la personne reparte en ayant le sentiment d’avoir fait avancer les choses !

Témoignage d’un participant à la soirée de lancement du Journal des Jungles – Grande Synthe, 20.02.2019

Sometimes in the midst of a mountain of sadness and frustration, gloom, despair, a small hatch for happiness, even just minutes or seconds, can wipe the dust from the tired body of humans.

Rejoice with those who carry with them a bag of suffering, who are miles away from home and family, and tired of encountering the darkness of the world. It’s like worshiping God. Indeed, humanity is a universal religion.
In these days, darkness has shone on the earth, we may have forgotten in the darkness good-hearted people still live. In this withered world their efforts, great kindness, and humanity has given a pleasant air to the world.
It is an unforgettable pleasure that some people, like angels, try to make children delighted.

An example that we saw was when a group of charities held a ceremony on February 20, 2019, with a group of 150 people from different countries, on a cold winter night, to make refugees happy. Joy and participation in the preparations for the ceremony with volunteers, refugees and locals from Dunkirk, created a special night for this friendly gathering. Undoubtedly, February 20, 2019 is one of the most memorable nights for the refugees in Dunkirk, who were at that party.

As the great Persian poet Saadi said:

– All human beings are members of one frame,
since all, at first, from the same essence came.
When time afflicts a limb with pain
The other limbs at rest cannot remain

 

Welcome Days : fiche projet

Les Welcome Days, qu’est ce que c’est ?

Ce sont des formations, des débats, des ateliers offerts mensuellement par les associations et collectifs présents à Calais. Ces temps sont coordonnés par la PSM.

  • Public : nouveaux et nouvelles bénévoles et toutes les personnes qui le souhaitent

  • Animation : toutes les personnes intéressées, mobilisables

  • Proposition de travailler en binôme (2 asso, collectifs, personnalités différentes) pour chaque thématique

  • Planning : 1 fois par mois, toute la journée 10h-17h

Concernant les objectifs :

  • Accueillir collectivement les bénévoles, volontaires.

  • Passer des messages concernant notre fonctionnement collectif et les choses sur lesquelles nous nous sommes mis.es d’accord.

  • Échanger des bonnes pratiques

  • Favoriser la rencontre des bénévoles inter-asso

  • Écrire collectivement un livret d’accueil des bénévoles (ça se fera au fil des formations grâce à une prise de note et une mise en forme)

Ces formations n’ont pas vocation à se substituer à ce qui existe en interne des associations, simplement à les compléter et collectiviser les manières de travailler.

Parallèlement il a été proposé que des temps de formation des personnes qui sont chargées de l’accueil des bénévoles en interne des associations soient proposés.

Et également que la PSM organise des temps de conférences sur les pays d’origine des personnes exilées.

Une autre politique migratoire est possible

« Une autre politique migratoire est possible : en tant que collectivités locales, élus et acteurs de la société civile, nous le prouvons chaque jour ! »

Au quotidien, l’accueil et l’intégration des migrants sont assumés en premier lieu par les collectivités territoriales, avec le soutien de la société civile. Pourtant, ce sont les Etats qui définissent et mettent en œuvre les politiques migratoires, expliquent les responsables d’associations Nathalie Pere-Marzano et Damien Carême dans une tribune au « Monde »
 
par Damien Carême & Nathalie Pere-Marzano
 
 

Tribune. C’est un fait : partout dans le monde, au quotidien, l’accueil et l’intégration des migrants sont assumés en premier lieu par les collectivités territoriales, avec le soutien de la société civile (citoyens engagés et associations). C’est au niveau local que se gèrent les demandes d’hébergement, d’accès aux soins, à l’emploi et à l’éducation des nouveaux arrivants. C’est aussi au niveau local que se vit l’action première d’accueil et de générosité portée par les habitants, mais aussi parfois les tensions que cela peut provoquer. La ville est le lieu où vont cohabiter les populations locales et étrangères.

Pourtant, ce sont les Etats qui définissent et mettent en œuvre les politiques migratoires. Eux, et eux seuls. La plupart ont choisi de réagir à l’arrivée de personnes en quête d’une vie digne en fermant leurs frontières. Ils mettent en œuvre des politiques migratoires nationales hostiles, toujours plus inhumaines, dont l’impact sur la vie des personnes en exil qui traversent nos villes ou qui cherchent à s’y installer nous scandalise.

La possible réduction de l’aide médicale d’Etat (AME) et le durcissement du regroupement familial voulus par le gouvernement français, ou la récente création d’un commissaire européen à la « protection du mode de vie européen » en charge des migrations, constituent une escalade supplémentaire dans cette inhumanité qui semble guider une majorité de décideurs en France et en Europe.

Une telle approche, qui renforce les tensions en faisant des migrations un « problème », une « crise » à la source de toutes nos difficultés économiques et sociales, ne peut plus durer. Au-delà d’être indigne, elle n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux ! Les morts quotidiennes, en Méditerranée comme ailleurs, démontrent avec effroi son inefficacité. Les migrations sont constitutives de ce XXIe siècle ! Changer d’approche est un défi pour penser notre avenir commun dans un monde en paix. En tant que collectivités locales, élus, acteurs et actrices de la société civile, nous prouvons chaque jour, localement, que des alternatives sont possibles, réalistes, et qu’elles peuvent être généralisées à des échelles plus grandes.

Une alliance inédite

De multiples expériences locales en lien avec la société civile ont déjà vu le jour partout dans le monde : Sao Paulo (Brésil) permet la participation des migrants aux conseils municipaux ; Barcelone (Espagne) accompagne les demandeurs d’asile dans leurs démarches ; New York et San Francisco (Etats-Unis) se sont déclaré « villes sanctuaires » pour officialiser leur résistance aux politiques discriminatoires ; Bayonne et Rouen continuent d’accueillir malgré l’hostilité de l’Etat ; Palerme (Italie) a adopté une charte « De la migration comme souffrance à la mobilité comme droit de l’homme inaliénable »… Autant d’expériences qui prouvent que, ensemble, nous portons des propositions réalistes et intelligentes, bien loin des politiques de repli et de rejet.

Sur la base de ces expériences, nous voulons défendre une autre gouvernance des migrations, une autre vision des politiques migratoires que celles qui nous sont imposées par des décisions prises à l’échelle nationale, régionale ou de l’Union européenne. Ensemble, nous souhaitons permettre l’accueil inconditionnel des personnes cherchant refuge et promouvoir des politiques migratoires respectueuses des droits de toutes et tous.

C’est la raison pour laquelle nous lançons aujourd’hui, un front commun autour d’une alliance durable entre autorités locales et société civile. Une alliance inédite, pour valoriser les initiatives locales portées par les collectivités territoriales et les mouvements sociaux. Une alliance pour défendre, depuis l’échelle locale et vers une échelle internationale, une gouvernance des migrations fondée sur l’accueil digne et le respect des droits fondamentaux, qui s’inscrit dans une vision globale de citoyenneté.

Une alliance dont les principaux axes de travail seront de permettre aux migrants d’être acteurs et actrices de la cité, citoyens dans nos villes ; de coconstuire nos politiques accueillantes pour nous donner l’opportunité de réinventer localement nos démocraties ; de raconter une autre histoire des migrations, ancrée dans la réalité historique et statistique, et nettoyée de ses dérives xénophobes.

Une autre politique migratoire est possible : nous le prouvons chaque jour !

Journal des Jungles n°13 : La danse des cerfs-volants

La danse des cerfs volants

J’écris tous mes rêves sur la queue d’un cerf volant. Et je lui demande de les emmener jusqu’au sommet du ciel, le plus près possible de Dieu qui lira ce message et peut-être pourra réaliser mes souhaits. Dieu est beau et il aime la beauté. Il aime la liberté. Et nous tous, humains, on aime la liberté comme lui. Je voudrais être comme les oiseaux et les cerfs volants.

Quand j’étais petite j’écrivais déjà mes rêves sur les feuilles des fleurs et des cerfs volants pour qu’ils volent dans le ciel. Mais le fil s’est détaché de ma main. Et le cerf volant est parti très haut. Je l’ai regardé le plus longtemps possible, même quand il est devenu un petit point. Et mes rêves ont donc quitté mes pensées. Tous les souhaits des humains sont d’abord des petits points et ils vont grandir. Ils vont voler vers Dieu, pour qu’il exauce mes vœux.