Newsletter n°40

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°40 // 7 mai 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

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Infos des lieux de vie

  • A Calais, 1100 personnes exilées restent « confinées dans la rue » et nombre d’entre elles ont faim. Depuis le début du confinement, la Vie Active, avec les consignes de distanciation sociale, ne distribue plus de repas chauds. Il y a également moins d’associations présentes sur le terrain même si les bénévoles ont essayé de se réorganiser au mieux : Salam poursuit ses distributions, tandis que le tout nouveau Calais Food Collective apporte des provisions afin que les personnes puissent cuisiner elles-mêmes. Mais pour cela il faut du bois et il en manque. Les expulsions forcées des lieux de vie continuent un jour sur deux, et ce malgré les diverses interpellations des associations, dont la dernière en date par Salam, dans ce courrier du 27 avril. Les départs volontaires pour une mise à l’abri dans un centre de la région se font, eux, désormais plus rares. Pendant cette période de confinement, les bénévoles ont également dû faire face à différentes entraves de la part des pouvoirs publics, comme expliqué dans cet article RFI en date du 10 avril.

expulsion rue des Huttes le 14 avril

  • Confinement et solidarité à Cherbourg : le Ramadan a commencé ce 23 avril. Itinérance Cherbourg fournit des denrées non périssables, conserves, riz, thé et sucre, tandis que la Chaudrée, association proposant chaque soir un repas à toute personne à la rue, fournit les produits frais. Le restaurant « Le Comptoir Libanais » de Cherbourg fournit deux fois par semaine le repas de rupture de jeûne pour les habitant.e.s du camp. L’accueil de jour, qui avait été ouvert pour les personnes exilées au début du confinement, est pour l’instant déserté, effet secondaire du Ramadan. L’association réfléchit aux modalités d’ouverture de ce lieu pour que les personnes puissent venir s’y détendre quelques heures par jour. Pour l’instant toutes les familles et personnes demandant l’asile qui le souhaitent sont hébergées, soit dans des appartements, soit dans des chambres d’hôtel soit au CAU Gambetta-Fontaine ou dans les CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale). Il reste quelques personnes seules ou en famille hébergés solidairement dans l’agglomération. Pour les familles, la communauté Emmaüs du Cotentin, toujours solidaire, distribue chaque mercredi des colis alimentaires sur rendez-vous dans les locaux d’Itinérance. A l’heure du déconfinement, lorsque qu’il faudra quitter les hébergements, beaucoup de personnes seront en grande difficulté. Restons vigilant.e.s…
  • A Grande Synthe, les « mises à l’abri » par l’Etat se sont trop souvent transformées en départs contraints pour les personnes exilées, escortées par des forces de police, en nombre impressionnant, vers les bus. Plusieurs associations alertent sur ces conditions de mise à l’abri dans un courrier au Préfet du Nord du 28 avril. Des opérations d’expulsion d’envergure, comme celle du 15 avril, ont ainsi poussé nombre de personnes, qui s’abritaient jusqu’alors sous les hangars de La Linière, à se disperser et se cacher encore davantage. Les petits camps qui ont tendance à se reconstituer en dehors de la Linière sont évacués, compliquant toujours plus l’accès aux services existants, alors même qu’un service sanitaire a enfin été mis en place, ainsi qu’un début de surveillance médicale actuellement indispensable. Les conditions sur la Linière restent déplorables même s’il y a des douches (4 modules de 6 douches), 4 toilettes accessibles uniquement entre 7h et 17h, et un point d’eau potable (auparavant installé au Puytouck). Parallèlement, les solidarités sont là encore criminalisées : 4 bénévoles d’Utopia56 ont ainsi été placé.e.s en garde à vue pour des motifs plus qu’obscurs alors qu’ils et elles observaient l’expulsion violente d’un camp. Le communiqué de presse est à lire ici.
  • Du côté de Norrent Fontes : à Quernes les personnes attendent patiemment dans le petit bois… Le groupe de Saint Hilaire Cottes, qui survit habituellement aux abords des champs, est toujours dans des familles, où ça se passe très bien. Les personnes du Pradha à Fouquières les Béthune vont bien également : les travailleurs et travailleuses sociales leur donnent les attestations qui leur permettent de sortir quand elles le souhaitent et des masques en tissus lavables leur ont été distribués. Dans les CAES, la situation est plus difficile et inquiétante, notamment parce que les sorties sont très restrictives. Pour les familles, il n’y a plus aucune animation pour les enfants et très peu de possibilités de sortir.
  • A Ouistreham, grâce à la présence des bénévoles, les personnes exilées du rond-point de Ouistreham ont accepté de rejoindre dès le début du confinement le centre de vacances de Tailleville. Elles y sont accompagnées par des bénévoles de la Croix Rouge. Quelques jeunes ont donné de leurs nouvelles : « On fait beaucoup de match de foot et de basket. Nous sommes très contents. » Ils bénéficient aussi de cours de français. En lien avec les squats de Caen, les bénévoles du CAMO continuent de récolter des dons pour venir en aide à toutes ces personnes en grande difficulté. Pendant ce temps, depuis le 16 mars, le maire de Ouistreham ferme tous les sanitaires publics de la ville. Les membres du CAMO sont très inquiets pour la suite et restent vigilants. A l’heure du déconfinement qu’adviendra-t-il des jeunes mis à l’abri ?

Infos des assos

  • Le Secours Catholique à Calais : confinement et fermeture de l’accueil de jour. Sans oublier l’aide matérielle d’urgence car la situation des personnes exilées se dégrade, l’équipe du Secours Catholique met en place des actions pour lutter contre l’isolement. Viens prendre un kahwa (virtuel) chez moi ! sont ainsi des rencontres virtuelles et informelles, chaque mardi, avec un.e invité.e, calaisien.ne ou d’ailleurs, de France ou de l’étranger. Déjà des coucous en direct du Maroc, de l’Italie…. Cela permet à chacun.e de proposer une rencontre, quelle que soit la distance qui nous sépare. Des ateliers de langues en visioconférence sont aussi nés grâce au Kahwa, autour de la découverte des langues anglaise, persane arabe et française. Renseignez vous auprès de Mariam : mariam.guerey(at)secours-catholique.org
  • 92 associations et collectifs se sont associées pour saisir conjointement 7 Rapporteurs des Nations Unies en charge des questions de pauvreté extrême, de santé, d’accès à un logement décent, à la nourriture, à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que des migrants et des défenseurs des droits humains. Il s’agissait de les alerter sur la situation des personnes vivant à la rue, dans des squats ou des bidonvilles, face au Covid 19. Lire le communiqué de presse du 9 avril ici.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • Lettre ouverte de la communauté Érythréenne de la « Jungle » de Calais dénonçant les violences policières sublies : « Nous sommes des exilés venant d’Érythrée. Nous sommes ici pour la simple raison de vouloir vivre notre vie en sécurité et avoir un futur. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des migrants. Nous sommes des innocents qui essayons d’aller en Angleterre. Notre plainte concerne une compagnie de CRS et leurs actions impulsives et agressives à notre égard. Ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains. Ils nous insultent de noms tels que monkey (singe), bitch (salope), etc… » La suite à lire ici.

Denis Charlet / AFP | (illustration) Migrants à Calais, mars 2018.

  • A Marseille, des personnes migrantes montent une association pour dénoncer les violations de leurs droits. Allocations interrompues, absence de logement ou courriers égarés : un groupe de personnes a lancé une association afin de dénoncer de sérieux manquements à leurs droits, lesquels sont, disent-ils, d’autant plus bafoués avec le confinement décrété pour lutter contre le coronavirus. En un mois d’existence, l’association compte plus d’une centaine de membres. Lire l’article de Anne-Diandra Louarn pour InfoMigrants

Infos de la PSM

  • Triste nouvelle. La PSM a perdu un de ses soutiens, présent à ses côtés depuis plusieurs années : Alain Delame, militant d’Amnesty International sur Lille, très engagé sur la question des personnes exilées et membre du CA de la PSM, est décédé ce mercredi 6 mai. Nous pensons à sa famille et ses proches.
  • Le journal des jungles. Il est difficile de penser à la prochaine résidence pour un nouveau numéro du journal en ces temps particuliers. Comment organiser ce moment où chacun.e se sentirait bien pour prendre la parole, écrire ? Dans l’attente, on se souvient du numéro « Femmes traversant les frontières », avec l’interview de Hélia et Sotoda enregistrée lors de l’évènement « Mon mur n’est pas tombé », organisé à l’accueil de jour du Secours Catholique à Calais. A écouter ici. Découvrez également le puissant texte d’Helina dans le complément en ligne du Journal des Jungles n°13 !

  • Soutenir la PSM ! Utilisatrices et utilisateurs du moteur de recherche Lilo, vous pouvez soutenir gratuitement la PSM en nous reversant vos gouttes ici ! Vous n’utilisez pas Lilo mais seriez partant.e.s ? C’est facile :
    1-Se rendre sur http://www.lilo.org/… pour utiliser le moteur de recherche Lilo (il faut « Choisir Lilo comme moteur de recherche » en l’ajoutant à votre navigateur).
    2-Cumuler au minimum 50 gouttes d’eau.
    3-Aller sur la fiche projet et verser au minimum 50 gouttes d’eau la première fois que vous nous versez vos gouttes. Les fois suivantes, c’est à souhait !

Envie d’agir

  • Projet art refuge, le coronaquilt : Lorsque des personnes à travers le monde sont invitées à s’isoler les unes des autres au sein des communautés, Art Refuge réfléchit à des moyens créatifs de nous réunir. En nous appuyant sur leur travail avec les réfugiés, ils nous invitent à nous asseoir autour d’une table communautaire virtuelle et à créer une nappe en patchwork. Vous pouvez coudre, dessiner, coller, coller, écrire, photographier. Découvrez vite ce beau projet et surtout participez. Mode d’emploi et et galerie des réalisations déjà produites ici

Belles échappées

  • Des lectures, c’est encore le moment si vous ne les avez pas déjà faites !

« Des objets de rencontre » de Lise Benincà : Lise Benincà a passé plusieurs mois au sein d’Emmaüs Défi, rue Riquet à Paris. Elle a eu l’envie de donner voix à ces objets patinés, dépareillés, parfois ébréchés mais toujours singuliers, qui sont passés de main en main avant d’arriver chez Emmaüs. Puis la présence des hommes et des femmes, salariés en réinsertion professionnelle chez Emmaüs, aux parcours chaotiques s’est imposée entre les lignes.

« Marx et la poupée » de Maryam Madjidi : Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets, l’effacement progressif du persan au profit du français…

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Protocole sur les violences policières : pendant cette crise sanitaire nous avons assisté à une recrudescence des violences policières envers les personnes exilées. Des associations se sont mobilisées pour créer un protocole afin d’aider les personnes qui vont sur le terrain à répondre rapidement et efficacement à cette situation. Si vous avez des questions, souhaitez des compléments d’informations, ou avez des remarques éventuelles, vous pouvez envoyer un mail à policeviolenceatborder(at)framalistes.org. A voir également le dernier rapport de l’ACAT (Association Chrétienne pour l’Abolition de la Torture) sorti le 11 mars dernier, « Maintien de l’ordre : à quel prix ? », qui révèle les dysfonctionnements du maintien de l’ordre depuis 2000.

  • La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a rendu public son rapport annuel d’activité 2019. La Commissaire se déclare préoccupée par la façon dont les pays européens traitent les personnes migrantes et demandant l’asile.  » La normalisation croissante des refoulements illégaux et les actes visant à déshumaniser les personnes qui tentent de traverser les frontières sont particulièrement inquiétants. Certains États membres ont laissé s’installer et s’aggraver des crises humanitaires graves liées aux conditions d’accueil ». Lireici le chapitre consacré aux droits de l’homme des immigrés, des réfugiés et des demandeurs d’asile et accéder au rapport annuel d’activité 2019 de la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe

Pour comprendre / pour cogiter

  • « Certains migrants retrouvent dans le confinement quelque chose de familier ». Avec la pandémie, les réfugié.e.s sont devenus plus invisibles encore. Pourtant, atteintes par le virus ou non, les personnes ont plus que jamais besoin qu’on écoute leur corps malmené, explique Marie-Caroline Saglio-yatzimirsky, psychologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny. A lire l’article de Virginie Bloch-Lainé paru dans Libération du 23 avril.

Un réfugié du campement installé le long du canal Saint-Denis, à Aubervilliers, le 20 mars. Photo Hervé Lequeux. Hans Lucas

  • Les vies encampées et ce que nous en savons. «  Depuis presque un mois et demi, comme la moitié de la population de la planète, nous sommes confiné.e.s. Tout le monde s’interroge sur le bouleversement de son quotidien, sur cette restriction de liberté, et sur la durée de cette période… Nous faisons ainsi un tout petit peu l’expérience de celles et ceux qui passent leur vie en camp – de réfugié.e.s, de déplacé.e.s internes, de migrant.e.s, de rétention. » Par Michel Agier dans Libération du 21 avril.

Dans l’un des camps de l’île de Lesbos, le 2 avril 2020. Photo Manolis Lagoutaris. AFP

  • Le GISTI publie 6 vidéos à partager pour dénoncer la situation des violences contre les exilé·es à la frontière gréco-turque. Des personnes exilées témoignent : les images qu’elles ont enregistrées montrent la violence de l’armée et de la police grecque et le dénuement dans lequel elles sont contraintes à vivre, abandonnées de tous. Elles les montre aussi en résistance, manifestant pacifiquement derrière les barbelés grecs, aux cris de « We want freedom ! ». A découvrir ici

  • Les migrants dans l’épidémie : un temps d’épreuves cumulées : L’hébergement groupé dans les centres de rétention et les campements de rue multiplie les risques sanitaires pour les personnes migrantes. Michel Agier en dresse un état des lieux et lance un appel au « désencampement ». Quand on n’a pas de véritable « chez soi », le confinement accroît l’angoisse et l’inconfort, comme le rapporte Annabel Desgrées du Loû à propos des femmes immigrées vivant en hôtel sociaux et en centres d’hébergement. En temps d’épidémie, l’étranger est trop facilement assimilé à la menace sanitaire. A lire dans le numéro 18 de la revue De facto publié par l’Institut Convergences Migrations.

 


Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
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Newsletter n°41

LE JOURNAL HORS LES JUNGLES
n°41 // 12 juin 2020

La lettre d’info de la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s
Réseau d’associations intervenant dans les camps d’exilé.e.s de passage
du Nord de la France et du littoral de la Manche

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Infos des lieux de vie

  • A Calais, des associations pointent une recrudescence des violences policières. Une vidéo montre des policiers exfiltrer violemment deux personnes exilées d’un bus, vendredi 22 mai. Globalement, des militant.e.s jugent que les conditions de vie dans les camps se sont aggravées pendant le confinement. Lire l’article de Médiapart
  • A Grande-Synthe, évacuation forcée de la Linière ce jeudi matin 4 juin. Cinq bus pour emmener neuf personnes (les autres avaient déjà quitté les lieux) et de nombreux fourgons de CRS. Et pourtant nous sommes en période d’urgence sanitaire et la trêve hivernale est prolongée jusqu’au 10 juillet. Les Pakistanais et les Afghans qui campent au Puythouck continuent d’être régulièrement démantelés, de même le camp de la gare où les personnes se réinstallent vite.
  • A Lille, pendant le confinement, les mineur.e.s étranger.e.s isolé.e.s ont eu des propositions d’hébergement, beaucoup dans des familles mais aussi dans des lieux de solidarité comme la maison Paul VI gérée par la Pastorale des Migrants ou dans des hôtels. Au moment du déconfinement, apparaissent des problèmes. Les jeunes hébergés dans des hôtels se retrouvent dehors, et aussi ceux dans des familles (plus de 2 mois pour certaines, c’est long). Les scolarisations ont été stoppées pour certain.e.s et d’autres ont eu des difficultés à suivre leur scolarité à distance.
  • A Ouistreham : Quelques dizaines de jeunes migrant.e.s, pour la plupart originaires du Soudan, sont revenus à Ouistreham après le confinement. Ils espèrent tous passer en Angleterre. Depuis quelques jours, les contrôles se multiplient près du terminal transmanche. La Préfecture du Calvados justifie une action de « lutte contre l’immigration clandestine ». A lire l’article de France 3 Région.
  • Les traversées de la Manche se sont multipliées depuis plusieurs semaines. On compte près de 700 migrants ayant réussi à rejoindre l’Angleterre à bord d’embarcations de fortune pour le seul mois de mai. 80 migrants arrivent en Angleterre dans la seule journée du 26 mai. Côté britannique, le ton se durcit face à l’augmentation des arrivées. D’après une enquête du quotidien The Guardian, le Home Office (l’équivalent du ministère de l’Intérieur) a lancé une opération baptisée « Sillath » qui consiste à expulser automatiquement les migrant.e.s arrivant par bateaux sur les côtes anglaises. A lire ces deux articles de InfoMigrants ici et là.
  • Situation aux frontières franco-italienne et franco-espagnole. Des infos en provenance de l’ANAFE, mi-mai : à la frontière Menton/Vintimille, de plus en plus de refoulements avec, pour certaines de ces personnes, privation de liberté toute la nuit dans des algécos de la PAF. Selon les témoignages reçus, aucune mesure sanitaire spécifique n’est mise en œuvre lors de l’interpellation, du maintien dans les algécos et du renvoi vers l’Italie. Après leur refoulement vers l’Italie par la France, les personnes continuent de se retrouver en situation d’errance. Le camp de la Croix-Rouge italienne à Vintimille n’accepte en effet toujours pas de nouvelles personnes. A la frontière franco-italienne haute (Briançon), des personnes arrivent au Refuge à Briançon, dont certaines ont suivi les routes des Balkans. Quelques refoulements au col de Montgenèvre également. A la frontière franco-espagnole, sont exercés des refoulements de ressortissants européens, et de travailleurs saisonniers.

Infos des assos

  • Itinérance Cherbourg : Jean Dussine, Président de l’association Itinérance a été tué, le mardi 12 mai dans la matinée par une personne qui s’est introduite à son domicile. Une enquête de police est en cours. Le mot d’Itinérance Cherbourg : « Président de l’association Itinérance depuis 2016, il ne ménageait ni sa peine, ni son temps au service des personnes que nous accompagnions. Au fil des années, il avait acquis des compétences juridiques et administratives et avec ses qualités humaines et son inlassable dévouement, avait su créer un climat de confiance tant avec les migrants qu’avec la municipalité et les autres autorités administratives et associatives. Spontanément des messages de condoléances, des fleurs ont été déposés devant les portes de notre local par des migrants et des sympathisants. Nous restons solidaires et la vie de l’association continue.« 

  • Médecins du Monde recrute (en CDI) sur le poste d’animateur de prévention (H/F) pour son nouveau programme dans le bassin minier (arrondissement Lens-Hénin). Le poste est à pourvoir au 15 juillet 2020. Il s’agit d’un programme de prévention et de promotion de la santé. L’offre de poste et les candidatures à déposer, tout est sur ce lien : la plateforme Médecins du Monde.

Faire et dire, les personnes premières concernées

  • Rendez-vous le 14 juin 2020 pour la 5ème édition de « Talents de femmes » proposée par le Secours Catholique de Calais. Cette édition se fera virtuellement via le logiciel Jitsi. Découvrez ici le programme des différents ateliers proposés, le fonctionnement de cette journée virtuelle et les conditions d’inscription obligatoire aux activités.

Infos de la PSM

  • Documentation des contentieux collectifs à la frontière : une stagiaire a été recrutée par la PSM pour assurer une mission de documentation des contentieux portés collectivement qui ont pu être menés à la frontière (sur l’accès à l’eau et aux droits sanitaires, sur les expulsions forcées, sur le délit de solidarité, etc.). Cette mission a pour perspective de faire un bilan de nos actions juridiques, avec toutes les associations, militant.e.s, et bénévoles du réseau PSM intéressé.e.s. Elle arrive le 6 juillet, pour une période de 6 mois. Un grand bienvenue à elle !

Envie d’agir

  • Très grand hôtel : ouverture de chantier pour le monde d’après. Penser l’hébergement non comme une opération de mise à l’abri, mais comme un art de faire société. Tel est l’enjeu du Très Grand Hôtel, projet de contre-centre d’hébergement pour le monde d’après que porte le PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines). Suivez l’état des lieux du chantier, participez à cet « atelier ouvert », pour imaginer mieux avec celles et ceux qui le souhaitent ce lieu à venir. A voir : cette vidéo-manifeste (réalisée par Maëlle Berthoumieu).
  • Tout autour, une oeuvre commune : le PEROU toujours, a lancé une action pour inscrire les actes de solidarité envers les personnes migrantes au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2021 et valorise ceux-ci. Nous sommes tou.te.s invité.e.s à participer à l’archivage de ces actes. Ainsi des calaisiennes et calaisiens publient chaque semaine des actes d’hospitalité dans l’espace public. Plus de renseignements ici. Pour participer et suivre ces propositions de travail : via Mediapart, sur le blog du PEROU, ou via Facebook – sur la page du PEROU.

Tout autour, une oeuvre commune, Calais

  • Appel à une journée nationale d’actions « Régularisation de toutes et de tous » le 13 juin 2020. Au cours des mois d’avril et mai, se sont succédés tribunes, communiqués de presse, lettres ouvertes et blogs pour réclamer que les personnes sans papiers soient régularisées et dénoncer les situations administratives précaires. Voir l’article du GISTI. À chacun.e de s’approprier cette campagne, de s’inscrire dans cette dynamique collective, d’organiser des actions partout en France et de relayer cet appel ! A lire aussi le communiqué de la Transnational Migrant Plateforme

Belles échappées

  • « Green boys » de Ariane Doublet, un documentaire poétique et vivifiant, qui évoque l’amitié entre Alhassane, migrant guinéen de 17 ans réfugié au Havre, et Louka, un ado sensible. A louer ou acheter sur la plupart des plateformes en ligne en attendant de pouvoir le voir au cinéma.

  • Anita Pouchard-Serra, « Urbanités latentes: un autre Calais.« 

Créateur : Anita Pouchard Serra | Crédits : Anita Pouchard Serra Droits d’auteur : Anita Pouchard Serra / Hans Lucas Informations extraites des métadonnées photo IPTC

Anita Pouchard-Serra a pris ces photos dans la jungle de Calais, en mars 2016. « C’est une histoire non conventionnelle, qui cherche à s’éloigner de l’image médiatique et proposer une autre approche d’un lieu stigmatisé. Il s’agit ici de révéler comment cet endroit s’est progressivement transformé en une véritable ville, auto-construite par les réfugiés et les bénévoles. ». Pour voir d’autres photos c’est ici et pour une photo parlée.

En quête de droit(s) – Outils et infos juridiques

  • Proposition de loi n°2992 par Mr Éric Ciotti, visant à rendre non identifiables les forces de l’ordre lors de la diffusion d’image dans l’espace médiatique, déposée le 26 mai, et à retrouver sur le site de l’Assemblée nationale. En réponse : « Empêcher de filmer et de diffuser des images de violences policières, c’est livrer les victimes à encore plus d’arbitraire » : à retrouver cet appel du collectif Urgence notre police assassine dans Libération.
  • Après des violences contre un mineur étranger à Calais, des gendarmes ont dénoncé des collègues, permettant une condamnation. Coups, brimades, téléphones brisés, nourriture jetée et vol d’argent… C’est ce que décrit Suleman*, mineur afghan, dans une plainte au procureur de Boulogne-sur-Mer remontant à mars 2016. Pour une fois, la plainte a fait du chemin. Car pour une fois, des membres des forces de l’ordre ont brisé l’omerta, d’après des informations obtenues par Mediapart. A lire ici
  • La 7ème édition de la note pratique « Sans papiers mais pas sans droits« , parue en octobre dernier est désormais téléchargeable gratuitement sur le site du GISTI.

Pour comprendre / pour cogiter

  • Déconfinement : les départs de migrants en retour volontaire reprennent. InfoMigrants a appris qu’un premier vol avec 17 Arméniens à bord a été affrété, mardi, par les autorités arméniennes au départ de Lyon. L’OFII dit avoir « une bonne centaine » de dossiers en attente pour des retours volontaires vers l’Arménie, la Moldavie, la Géorgie, l’Albanie et même l’Afghanistan. A lire ici.
  • L’association SOS Méditerranée dénonce une crise humanitaire « sans précédent » : 425 migrants « sont actuellement bloqués en mer ». L’association rajoute : « Au lieu d’être débarqués dans un lieu sûr comme l’exige le droit international, ces rescapés sont utilisés à des fins de négociations politiques entre les Etats membres de l’Union européenne, qui, malgré l’urgence de la situation, n’ont pratiquement proposé aucune solution coordonnée pour leur relocalisation ». Elle annonce qu’elle reprendra ses opérations de sauvetage le plus rapidement possible, qui avaient été interrompues le temps du confinement. A lire l’article de Franceinfo.

  • Immigration : la Cour des comptes étrille les lourdeurs administratives. Avec 3,72 titres de séjour délivrés pour 1000 habitants, la France se situe « parmi les grands pays les plus restrictifs », derrière les Etats-Unis. A lire l’article du Monde complet.
  • « Peut-on parler de racisme d’Etat ?«  Un article écrit à plusieurs mains, dont Camille Gourdeau qui fait partie des EGM de Caen, qui apporte une analyse aux violences policières en réexpliquant ce qu’est le racisme institutionnel ou racisme d’Etat.

Manifestation le 10 juin 2020 à Dunkerque dans laquelle étaient présentes plusieurs associations du réseau PSM – Pancartes dénonçant les violences policières et drapeau Black Lives Matter accrochée à la Sous-préfecture

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La FASTI et les ASTI lancent une campagne pour demander l’abrogation du CESEDA

 » Ensemble, abrogeons le CESEDA ! « 

 » Vous trouvez cela utopique ? Nous aussi, mais nous pensons que l’utopie n’est pas un gros mot : c’est une vision de la société que l’on porte et qui permet de développer nos idées et de fixer un cap à nos actions. La crise du coronavirus révèle au grand jour les inégalités sociales, économiques, administratives qui touchent certaines populations, notamment les personnes étrangères, et qui constituent le terreau du « modèle » économique capitaliste dans lequel nous vivons. Cette crise révèle également une volonté collective de relever le niveau des luttes pour que l’égalité entre toutes et tous soit enfin la priorité et l’objectif commun. En témoigne les nombreuses initiatives pour la régularisation inconditionnelle de toutes les personnes sans-papier.

Depuis quelques temps, la FASTI et les ASTI travaillent en interne à la mise en œuvre d’une campagne pour l’abrogation du CESEDA. Celle-ci s’inscrit dans le cadre de ses revendications pour la liberté de circulation et d’installation en lien avec celle pour l’égalité des droits entre toutes et tous. Elle en est, en quelque sorte, une première concrétisation. Cette campagne est née du besoin exprimé par les militant-e-s du Mouvement de « prendre du recul » avec une vision qui se situe sur le plus long terme et de ne plus être constamment sur la défensive face aux restrictions juridiques et politiques toujours plus sévères. Elle vient en complément de nos luttes concrètes de court/moyen terme qui sont toujours essentielles.

La crise sanitaire actuelle rend encore plus urgente la nécessité de repenser notre modèle de société et nous souhaitons partager aujourd’hui avec vous les réflexions issues de cette campagne. Nous vous invitons à visiter cette page de notre site dans laquelle se trouve l’argumentaire de campagne et plusieurs éléments visuels de sensibilisation.  »

La campagne à trouver ici  : http://www.fasti.org/index.php/dossiers

France 3- 6.06.2020 – Harcèlement par les gendarmes à Ouistreham

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/ouistreham-migrants-se-disent-harceles-gendarmes-1838268.html

À Ouistreham, les migrants se disent harcelés par les gendarmes

Quelques dizaines de jeunes migrants, pour la plupart originaires du Soudan, sont revenus à Ouistreham après le confinement. Ils espèrent tous passer en Angleterre. / © France Télévisions

Une manifestation de soutien rassemble plus d’une centaine de personnes pour protester contre l’attitude des forces de l’ordre. Depuis quelques jours, les contrôles se multiplient près du terminal transmanche. La Préfecture du Calvados justifie une action de « lutte contre l’immigration clandestine ».

Par Pierre-Marie Puaud Publié le 06/06/2020 à 17:30 Mis à jour le 07/06/2020 à 16:16

Le mot d’ordre a circulé sur les réseaux sociaux  : « pour que cesse immédiatement la violence de l’Etat envers une population vulnérable ». Ce samedi 6 juin, environ 120 personnes sont rassemblées devant la mairie de Ouistreham. Une banderole ose le clin d’oeil à l’histoire : « 6 juin 1944, Liberté. 6 juin 2020, Tyrannie ». 

Une banderole déployée le 6 juin devant la mairie de Ouistreham / © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Les manifestants dénoncent la multiplication des interventions de la gendarmerie constatée ces derniers jours, des « délits de facies » et de « graves atteintes à la liberté de circuler orchestrée au plus haut niveau de l’Etat, contraignant ces jeunes sans-papiers à se cacher sur un territoire hostile ».

Une centaine de personnes rassemblées le 6 juin 2020 devant la mairie de Ouistreham pour soutenir les migrants / © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Une vidéo, éloquente, est à l’origine de ce mouvement de protestation. Elle a été captée par un témoin sur un téléphone portable. On y voit plusieurs gendarmes mobiles fondre sur des jeunes migrants qui se trouvent sur un trottoir de Ouistreham. Ils sont embarqués sans ménagement pour y subir un « contrôle ». Cette semaine, les forces de l’ordre ont effectué plusieurs opérations de ce type. Certains migrants ont même été conduits à la gendarmerie pour des « vérifications ».


A Ouistreham, les gendarmes font-ils la chasse aux migrants ?

Pendant le confinement, ces jeunes migrants, des garçons pour la plupart originaires du Soudan, ont été pris en charge par la Croix-Rouge et mis à l’abri dans un centre de vacances à Tailleville. « Pendant ces deux mois, on aurait pu en profiter pour faire le nécessaire afin qu’ils aient des papiers. Au lieu de cela, ils se retrouvent à la rue, comme d’habitude », déplore Miguel Martinez du Collectif d’Aide au Migrants de Ouistreham (CAMO). Depuis la mi-mai, tous sont revenus à Ouistreham, dans l’espoir de pouvoir prendre un bateau.

Pourquoi ne peut-on pas rester ici à Ouistreham ? On ne fait de mal à personne. On ne touche personne. Nous sommes juste des êtres humains qui veulent aller en Angleterre.

Un jeune Soudanais revenu à Ouistreham dans l’espoir de passer en Angleterre / © France Télévisions

L’arrêté du 28 décembre 2018 signé par le ministre de l’Intérieur donne la possibilité aux forces de l’ordre d’effectuer des contrôles d’identité inopinés dans un périmètre de cinq kilomètres autour « des ports constituant de points de passage frontaliers ». En Normandie, le texte concerne les installations portuaires de Cherbourg, Caen-Ouistreham, Le Havre et Dieppe.

Une intervention des gendarmes dans les rues de Ouistreham. Juin 2020 / © Document amateur / DR

Le directeur de cabinet du préfet du Calvados justifie une action de lutte contre l’immigration clandestine. Et il réfute les accusations de contrôle « au facies ». Mais le CAMO dénonce un harcèlement qui aurait pour objectif de faire déguerpir ces jeunes migrants. « On se pose des questions. C’est toujours les mêmes. Ils sont noirs, migrants, Soudanais, et ils sont contrôlés de manière assez violente, s’indigne Miguel Martinez. L’idée, c’est qu’ils disparaissent du paysage, qu’ils aillent en centre de rétention et qu’ils soient expulsés du territoire. 

Immigration : la cour des comptes étrille les lourdeurs administratives

 

Le Monde,par Julia Pascual Publié le 05 mai 2020 à 10h00 – Mis à jour le 06 mai 2020 à 19h12

Simplifier le droit au séjour. Après des années de politiques migratoires échafaudées dans un objectif de « maîtrise » des flux, les procédures de l’immigration régulière sont devenues « inutilement longues et complexes ». Dans un rapport qui devait être rendu public mardi 5 mai sur « l’entrée, le séjour et le premier accueil des personnes étrangères », la Cour des comptes étrille les lourdeurs administratives qui entourent le droit au séjour.

La France se situe « parmi les grands pays les plus restrictifs », constate le rapport. Près de 280 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2019. Si cela représente une hausse de 30 % en dix ans, à l’arrivée, la France n’a délivré que 3,72 titres pour 1 000 habitants, soit beaucoup moins que son voisin allemand (12,18 titres), que la Suède (14,53 titres) ou encore que l’Espagne (7,65 titres). « Seuls les Etats-Unis délivrent moins de titres que notre pays (3,67 titres) », souligne le document.

Corollaire de cette approche limitative, les procédures se distinguent par leur lourdeur. Aujourd’hui, une personne passe en moyenne 3,7 fois en préfecture et attend entre quatorze et deux cents jours pour obtenir un titre de séjour qui, le plus souvent, est de courte durée. Ainsi, l’administration n’accorde quasiment pas de cartes de séjour permanent (43 en 2018) et les naturalisations – instruites selon des délais « anormalement longs » − ont baissé de 28 % en dix ans. A contrario, 76 % des premiers titres délivrés le sont pour moins d’un an, de même que les deux tiers des titres renouvelés.

« Plus grande restrictivité »

Cette réalité alimente de multiples tensions :

« Files d’attente importantes le matin et saturation des guichets dès leur ouverture, réception du public limitée à quelques demi-journées par semaine, obligation de se présenter en personne sans certitude d’être reçu, et, épisodiquement dans les préfectures les plus engorgées, fermeture des services de plusieurs jours à plusieurs mois le temps de résorber une partie des stocks de dossiers. »

« Les conditions de gestion des titres de séjour par les préfectures sont dégradées et pénibles, tant pour les personnes concernées que pour les agents de l’Etat », soulignent les magistrats de la Rue Cambon.

Cette situation a en outre eu tendance à s’accentuer, notamment sous l’effet d’une montée en charge des demandes d’asile. « La priorité donnée à l’asile en termes d’attention et de moyens a eu pour contre-effet de ralentir la modernisation des procédures de l’immigration régulière », souligne la Cour des comptes, qui, pour plus d’efficacité, recommande d’alléger les formalités de procédures et d’allonger la durée des titres, notamment en automatisant le renouvellement de ceux qui s’y prêtent.

Outre qu’elle a asphyxié par endroits les services de l’Etat, la volonté de maîtrise de l’immigration affichée par les gouvernements a été source de nombreuses réformes : pas moins d’une dizaine de textes législatifs et réglementaires ont vu le jour ces quinze dernières années, « dans le sens d’une plus grande restrictivité ». A cette occasion, le ministère de l’intérieur a progressivement ramené à lui « l’essentiel des compétences en matière d’immigration », qu’il s’agisse de naturalisations, d’accueil, de visas et, bientôt, d’immigration professionnelle.

Politique obsolète et déconnectée des besoins

Toutefois, observe la Cour, ce « durcissement des conditions de séjour en France » n’a qu’une portée relative, le régime des entrées sur le territoire ne relevant que pour partie d’un pouvoir discrétionnaire de l’administration. « Seule la moitié des premiers titres accordés en 2018 procède d’une décision entièrement maîtrisée par les autorités publiques, rappelle le rapport. L’autre moitié étant la contrepartie de droits individuels protégés par la Constitution et l’ordre juridique international, que l’Etat ne peut ni prévoir ni restreindre. »

Ainsi en est-il de l’immigration familiale − plutôt stable – et humanitaire – qui augmente indépendamment des efforts menés pour durcir les conditions matérielles d’accueil et réduire les délais d’instruction des demandes d’asile « en partie conçus comme des signaux supposés décourager les demandes infondées ».

Restent l’accueil d’étudiants et l’immigration professionnelle. Si le premier a augmenté de 40 % en dix ans pour dépasser les 90 000 titres en 2019, la seconde est « tombée à un niveau d’étiage tout au long de la dernière décennie », notent les auteurs. Moins de 40 000 titres ont été délivrés pour motif économique en 2019, soit 14 % du total des admissions au séjour. Reprenant un constat largement documenté, la Cour des comptes regrette une politique obsolète et déconnectée des besoins. « La tentative de recentrage des arrivées sur les talentsn’est pas encore probante, les flux concernés, hors échanges académiques, apparaissant faibles, relève-t-elle. En sens inverse, les tensions constatées sur le marché du travail portent sur des métiers peu qualifiés, qui sont presque totalement fermés à l’immigration. »

Les velléités de réforme affichées par le gouvernement fin 2019, à travers notamment l’instauration de « quotas » – et ajournées dans le contexte de crise sanitaire actuelle –, convainquent peu les auteurs du rapport. « Plutôt qu’un système étendu de quotas qui n’a guère de vraisemblance, écrivent-ils, le contexte de concurrence internationale accrue vis-à-vis des travailleurs qualifiés et les tensions que rencontrent plusieurs secteurs d’activité en matière de recrutement pourraient justifier une modernisation ambitieuse des voies d’immigration professionnelle fondée sur des cibles quantitatives pluriannuelles et un système de sélection par vivier. »

 

 

Talents de femmes 5ème édition

Emergence des talents entre femmes

RDV le 14 juin 2020 ! Car chacune a quelque chose à partager, découvrons nos talents entre femmes virtuellement via le logiciel jitsi !

Malgré la crise sanitaire, nous maintenons la date de notre 5ème session de « talents de femmes »programmée depuis plusieurs mois. Nous sommes des talentueuses déterminées, ça sera différent mais c’est possible !

Pour participer à cet après-midi d’échange, une seule condition, appartenir au genre féminin.

Pourquoi cet événement ? Parce qu’il est parfois plus facile pour des femmes d’échanger et de s’ouvrir à d’autres femmes, et cela indépendamment de sa culture. Le moteur de la journée sera l’envie d’échanger pour faciliter la solidarité, favoriser le vivre ensemble et l’ouverture à d’autres cultures. Cet événement s’adresse aux femmes de tous horizons, et ouvrira la possibilité aux femmes exilées d’en rencontrer d’autres de la région.

Au cours de cette journée virtuelle, les talentueuses vous proposent :

Une matinée de partage et d’échanges virtuels de 10h à 12h:

Lecture des Contes du monde ;

Parcours de vie ;

Découverte de langues (français, anglais, Italien, arabe, persan).

Les ateliers virtuels de 13h30 à 16h30 :

Guitare niveau débutant ;

Bougies personnalisées ;

Yoga ou méditation ;

Confection d’un sac à sac à la machine à coudre ;

Cuisine du monde.

 

INSCRIPTIONS AUX ACTIVITES OBLIGATOIRE par mail ou sms ou via facebook. Contact : Mariam.guerey@secours-catholique.org ou 06 79 98 55 46

Nous vous enverrons ensuite une invitation qui présentera le planning horaire et le lien Jisti d’accès à la « salle » ainsi que les consignes et la description écrite de chaque atelier ( explication, astuce, recette…).

L’outil numérique est le logiciel Jisti simple d’utilisation (utilisation sur portable et PC) en se connectant avec un simple lien.

proposition de loi portée par le député Eric Ciotti visant à interdire la diffusion des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Tribune de Libération du 30 mai 2020

Empêcher de filmer et diffuser des images de violences policières, c’est livrer les victimes à encore plus d’arbitraire

Par Amal Bentounsi , Hamid Aït Omghar , Abdourahmane Camara et Jessica Lefèvre, membres du Collectif Urgence Notre Police Assassine

Signé par de nombreuses personnalités, cet appel du collectif Urgence notre police assassine s’insurge contre la proposition de loi portée par le député Eric Ciotti visant à interdire la diffusion des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Dans une proposition de loi, le député Eric Ciotti et d’autres parlementaires veulent faire condamner d’une amende de 15 000 € et d’une peine de 6 mois d’emprisonnement toute personne qui diffuserait des images de policiers dans l’exercice de leurs fonctions. Éric Ciotti ne s’en cache pas : il vise directement l’application Urgence Violences Policières lancée au mois de mars par le collectif Urgence notre police assassine et mise en libre accès (sur Apple Store et Android) afin de lutter contre les violences et crimes de la police et de la gendarmerie.

Selon Eric Ciotti et les porteurs de ce texte, cette loi viserait à «protéger» la police.

Mais qui faut-il protéger ?

Zyed Benna, Bouna Traoré, Amadou Koumé, Lahoucine Ait Omghar, Abdoulaye Camara, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Hocine Bouras, Mourad Touat, Babacar Gueye, Rémi Fraisse, Wissam El Yamni, Lamine Dieng, Aboubakar, Fofana, Adama Traoré, Angelo Garand, Karim Taghbalout, Ibrahima Bah, Shaoyo Liu, Romain Chenevat, Gaye Camara, Allan Lambin, Steve Maia Caniço, Zineb Redouane, Cédric Chouviat, Mohamed Habsi… Ce sont des dizaines et des dizaines de personnes – dont une majorité d’hommes non-blancs, souvent issus des quartiers populaires – qui sont mortes entre les mains de la police ces dernières années, et ce dans des circonstances rarement éclaircies. Sur la seule période de confinement qui nous précède, près d’une quinzaine d’hommes sont encore venus allonger la liste de ces tués, asphyxiés, noyés, traqués, pourchassés. Presque à chaque fois, les policiers impliqués ne sont pas inquiétés ou sont vite blanchis faute de «preuves», et souvent au mépris des nombreux témoignages les incriminant.

Les vidéos sont capitales : elles sont des preuves.

À côté de ces dizaines de crimes policiers, les violences se multiplient sous d’autres formes qui vont de l’insulte raciste tels que «bicot», «bougnoule», «sale arabe», «bamboula» à la mutilation en passant par les incessants contrôles au faciès. Là encore, c’est dans les quartiers populaires que ces violences s’exercent notablement depuis des décennies. Mais elles ont fait une irruption fracassante dans les mouvements sociaux, ces dernières années, notamment dans les manifestations des Gilets Jaunes, provoquant la multiplication des images de ces violences et leur diffusion dans différents médias. Grenades et tirs de LBD à bout portant, passages à tabac, croche-pieds, coups de poing, de pied, de matraque… Le pouvoir de ces graves images a réveillé bon nombre de consciences sur la réalité de ces pratiques policières et a permis d’expliquer le nombre extraordinaire de blessés et de mutilés. Elles ont aussi ulcéré la police et ses syndicats – Alliance en tête – qui voudraient continuer d’avoir, au sens propre, les mains libres. Ces derniers se félicitent donc publiquement de cette proposition de loi, qu’ils ont appelée de leurs vœux, car peut-on agir plus librement que lorsque l’on reste dans l’ombre ?

Les vidéos sont capitales : elles sont des preuves. Ce sont elles qui, dans la plupart des cas, permettent de mettre à mal les versions des forces de l’ordre qui plaident quasi systématiquement ce qu’elles appellent la légitime défense ou «les règles de l’art». Même quand il s’agit de tirer dans le dos d’un homme, d’étrangler une personne menottée, ou d’en violer une autre à coups de matraque. Nous le répétons : ces images sont des preuves, et c’est pour cela que l’application UVP-Urgence Violences Policières a été lancée. Elle permet à tout citoyen de conserver les images de ces agressions. Cela, dans le but de pouvoir agir ensuite aux côtés des victimes et de leurs familles, de manière efficace et organisée – preuves à l’appui – contre l’impunité policière qui règne dans 95% des cas. En France comme aux États-Unis. On l’a d’ailleurs encore vu ces derniers jours : à Minneapolis, ce sont des images devenues virales qui ont permis de confondre et d’inculper le policier meurtrier d’un homme noir, George Floyd.

Plus que jamais, il est donc essentiel de pouvoir filmer la police lors de ses interventions et il est essentiel que les citoyens, journalistes et associations qui le souhaitent puissent diffuser publiquement les images des abus ou violences constatés afin d’informer, de protéger et de prouver. La proposition de loi d’Éric Ciotti, si elle devait passer, viendrait allonger la liste des lois scélérates qui bafouent nos droits fondamentaux et déshonorent la France dont l’image dans le monde s’est considérablement écornée ces dernières années. Mobilisons toutes nos forces pour l’en empêcher.

En soutien aux familles qui ont créé l’application Urgence Violences Policières : Hamid Aït Omghar, Abdourahmane Camara, Jessica Lefèvre, Amal Bentounsi (une cagnotte a, par ailleurs, été lancée pour les aider financièrement).

Signataires : Kery James, auteur, artiste ; Adèle Haenel, actrice ; Aïssa Maïga, actrice ; Camélia Jordana, chanteuse, actrice ; Angèle, chanteuse ; Leïla Bekhti, actrice ; Omar Sy, acteur ; Marina Foïs, actrice ; Youssoupha, auteur, rappeur ; Ladj Ly, réalisateur ; Vincent Cassel, acteur ; Fary, humoriste ; Lilian Thuram, ancien footballeur, président de la Fondation Thuram contre le racisme ; Vegedream, artiste ; Jain, chanteuse ; IAM, artistes rap ; Sonia Rolland, actrice, réalisatrice ; Ayo, chanteuse ; Stomy Bugsy, artiste, comédien ; Demi Portion, rappeur ; Waly Dia, humoriste, comédien ; Rokhaya Diallo, journaliste, réalisatrice ; Imany, chanteuse ; Seth Gueko, artiste ; Faïza Guène, écrivaine ; Samir OGB, artiste, auteur, producteur ; Mati Diop, réalisatrice ; Juliette Fiévet, journaliste, animatrice ; Féfé, artiste ; Jo le Phéno, artiste, rappeur ; Moise 21, chanteur ; Chilla, artiste, chanteuse ; Audrey Dana, comédienne ; Yaniss Odua, chanteur ; Léonie Pernet, musicienne ; Claudy Siar, journaliste, producteur ; Leila Sy, réalisatrice ; Cyrille Teranga, manager ; Tété, artiste, musicien ; Ussar, musicien, auteur, interprète ; Raphäl Yem, journaliste, animateur ; Pascal Boniface, universitaire ; Olivier Bassuet Linda, producteur ; Jean Pascal Zadi, acteur, réalisateur ; Mouss et Hakim de Zebda, artistes, chanteurs ; François Durpaire, auteur ; Nicolas Duvauchelle, acteur ; Jeanne Added, chanteuse ; Rebeka Warrior, chanteuse ; Nadège Beausson-Diagne, actrice ; Enora Malagré, Comédienne, animatrice ; Gilbert Melki, acteur ; Nabil Fekir, footballeur ; Déborah Lukumuena, actrice ; Virginie Despentes, romancière ; Wesley Weigel, comédien ; Franck Ribéry, footballeur  ; Shay, chanteuse rap

Amal Bentounsi , Hamid Aït Omghar , Abdourahmane Camara , Jessica Lefèvre membres du Collectif Urgence Notre Police Assassine

Violences contre des migrants: quand des gendarmes brisent l’omerta

https://www.mediapart.fr/journal/france/290520/violences-contre-des-migrants-quand-des-gendarmes-brisent-l-omerta?onglet=full

29 mai 2020 Par Tomas Statius

Dans une affaire de violences à l’encontre d’un mineur étranger à Calais, des gendarmes ont dénoncé des collègues, permettant une condamnation.

C’est une histoire calaisienne comme il y en a des tas d’autres. Une histoire de migrants qui croisent des policiers à la nuit tombée, après avoir tenté leur chance à la frontière. Dans ces histoires, trop souvent les exilés se plaignent de mauvais traitements. Coups, brimades, téléphones brisés, nourriture jetée et vol d’argent… C’est ce que décrit Suleman*, mineur afghan, dans une plainte au procureur de Boulogne-sur-Mer remontant à mars 2016, accompagnée d’un certificat médical et d’une carte indiquant où les violences se seraient déroulées.

Pour une fois, la plainte a fait du chemin. Car pour une fois, des membres des forces de l’ordre ont brisé l’omerta, d’après des informations obtenues par Mediapart.

En octobre dernier, à l’issue d’une enquête préliminaire confiée à l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), trois militaires impliqués dans l’affaire de Suleman ont ainsi comparu devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. À l’adjudant Raphaël S., il était reproché des coups : il a été condamné à trois mois de prison avec sursis (comme mentionné brièvement par La Voix du Nord), sans inscription au casier judiciaire.

À lui, ainsi qu’à deux camarades, les gendarmes Mikaël C. et Romain T., le parquet reprochait aussi des vols d’argent et la destruction de plusieurs téléphones portables appartenant à Suleman et ses amis. Tous les trois ont été relaxés, malgré les confessions de Mikaël C. pour ce qui est de la destruction de portable.

Depuis la condamnation, Mediapart a pu consulter l’intégralité de l’enquête préliminaire et se plonger dans cette affaire de violences pas comme les autres : lors de leurs auditions par l’IGGN, plusieurs gendarmes ont dénoncé des mauvais traitements et la destruction d’effets personnels de migrants de Calais.

Ce jour de janvier 2016, il est 23 heures passées quand des gendarmes de Saint-Nazaire, détachés à Calais, rejoignent leur hôtel en périphérie de la ville. La journée a été harassante. C’est l’époque de la « jungle », campement de plusieurs milliers d’habitants qui concentre tous les maux de la crise des réfugiés.

Sur le chemin, non loin du centre-ville, les gendarmes remarquent plusieurs ombres qui semblent se cacher derrière une voiture. L’endroit est connu pour être un point de rencontres d’exilés qui essayent de s’introduire dans le tunnel sous la Manche en direction de l’Angleterre. Il s’agit de Suleman et ses amis, les gendarmes les soupçonnent d’être en train de fracturer une voiture.

L’enquête établira qu’il n’en est rien : ils se dirigent simplement vers la « jungle » quand les gendarmes leur tombent dessus. Dans son témoignage, rédigé avec l’aide d’un traducteur et d’une bénévole de l’association la Cabane Juridique, Suleman s’explique : avant même de croiser la route des militaires, la soirée a été galère, le jeune homme se plaint d’avoir été aspergé de gaz lacrymogènes par des hommes qu’il pense être des policiers en civil. « Cela ne correspond à personne », grince un militaire, sur procès-verbal. À moins que ce ne soit ces groupes de calaisiens proches de l’extrême droite locale qui patrouillent la nuit aux abords de la jungle pour passer à tabac des migrants, tente ce gendarme. L’enquête ne répondra pas à la question. Les exilés sont rapidement appréhendés par le groupe de gendarmes et l’histoire aurait pu s’arrêter là sans le coup de sang de l’adjudant S.

Deux d’entre eux appartiennent à une autre compagnie appelée en renfort le soir des faits : le lieutenant Loïc H. et le maréchal des logis Denis W. Le dernier, le gendarme Mikaël C., faisait partie de la même troupe que l’adjudant S. Tous les trois se souviennent que ce soir-là, l’adjudant, sportif, a envoyé « un bon kick » au niveau de l’épaule de Suleman, 16 ans. Puis un coup de poing, complète le gendarme C.

Leur témoignage est proche de celui du jeune homme, et du récit qu’il fait au médecin chargé de l’ausculter lors de sa visite aux urgences de l’hôpital de Calais plus tard dans la soirée. Il se plaint alors d’une douleur au niveau de l’omoplate, « sans luxation », indique le certificat que Mediapart a pu consulter. Un autre médecin estimera à 1 jour d’ITT ses blessures.

Pourquoi ce geste de l’adjudant S. ? Personne n’en sait rien. L’intéressé nie encore aujourd’hui, fait savoir son avocat, Me Cottigny. Ses états de service étaient irréprochables… si ce n’est un signalement pour des faits de violence lors d’une audience au tribunal correctionnel de Paris un mois avant les faits. D’autres collègues invoquent les conditions de travail dans le Calaisis et les missions harassantes.

L’affaire Suleman jette également pour la première fois la lumière sur un autre délit longtemps dénoncé par les associations de défense de migrants (dont Amnesty International et l’Auberge des Migrants), jamais étayé dans le cadre d’une enquête judiciaire : la destruction des téléphones des migrants par les forces de l’ordre. Le gendarme C. reconnaît avoir brisé l’un d’entre eux : « On savait que les migrants s’appelaient entre eux pour avertir de la présence des forces de l’ordre. Sans arrêt, lorsque nous arrêtions des migrants, leur téléphone sonnait. Par exemple, si l’on arrêtait un groupe de migrants, un autre était averti de notre présence pour échapper à notre vigilance. Du coup, c’est un peu pour cette raison que j’ai jeté le téléphone derrière moi au lieu de le rendre à son propriétaire. »

L’homme plaide le geste d’humeur et affirme ne pas avoir répondu à une consigne de ses supérieurs. À l’audience, il demande pardon. Il a été relaxé par le tribunal.

Il n’est pas le seul, à en croire le lieutenant H. et le maréchal des logis W., qui se souvienne avoir vu plusieurs téléphones brisés aux pieds de Suleman et de ses amis. L’enquête ne permettra pas d’étayer leurs déclarations.

D’après les documents consultés par Mediapart, c’est silence radio dans le reste de la compagnie. L’ensemble des gendarmes se rangent derrière leurs camarades et ne s’expliquent pas le témoignage dissonant de trois des leurs.

Me Cottigny, l’avocat de l’adjudant S., regrette aujourd’hui une enquête « peu poussée » et l’absence de confrontation entre son client et ses détracteurs : « On s’est posé la question de faire appel mais il voulait tourner la page. » La condamnation est donc définitive. Mais l’homme est toujours gendarme, nous confirme la direction générale de la gendarmerie nationale.

Suleman, lui, a rejoint l’Angleterre. Il n’était pas présent au tribunal et n’a pas pu être interrogé au cours de l’enquête. Contacté par Mediapart, le cabinet du préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, se refuse quant à lui à tout commentaire « à propos d’une décision judiciaire ».

*Le prénom a été modifié.

Contactés par Mediapart, l’adjudant S., les gendarmes C. et T, n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview.

A Calais, des associations pointent une recrudescence des violences policières

Mediapart

29 mai 2020 Par Nejma Brahim

Une vidéo montre des policiers exfiltrer violemment des exilés d’un bus, vendredi 22 mai. Globalement, des militants jugent que les conditions de vie dans les camps se sont aggravées pendant le confinement. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi. »

«Pour les personnes qui le désirent, il y a un autre bus derrière. » Ce sont les propos tenus par un agent de police vendredi 22 mai, dans un bus à Calais, à l’égard de deux personnes noires exilées. Les paroles s’accompagnent de gestes violents : le même policier empoigne l’un des migrants pour le contraindre à se lever, avant que son collègue le tire par le bras et le mette à terre pour le traîner au sol jusqu’à l’extérieur du bus.

« Doucement ! », peut-on entendre dans une vidéo de la scène tournée par un témoin, alors que des passagers tentent de réagir timidement. Le second exilé est ensuite extirpé de force du véhicule par trois agents de police, l’un d’entre eux n’hésitant pas à le tirer par la jambe pendant qu’il tente de s’agripper à la barre de maintien.

« Ce genre de procédé consistant à refuser les exilés dans les transports n’est pas nouveau, on avait déjà eu plusieurs témoignages à ce sujet », note Jérémie Rochas, travailleur social et bénévole chez Appel d’air, un collectif de soutien aux personnes exilées de Calais. Mais depuis le début de la crise sanitaire, le phénomène se serait « automatisé », selon lui. Au point que le collectif dénonce un « apartheid ».

En assistant à la scène, Laura*, 18 ans, sort son smartphone et filme. « J’étais choquée, c’était très violent. » Selon elle, les deux exilés « n’avaient rien fait de mal ». « J’étais au même arrêt de bus qu’eux quand ils sont montés. Le chauffeur ne voulait pas les prendre et leur a demandé de descendre. Il n’y avait pas de raison de les refuser, ils avaient un masque. »

Le chauffeur a alors alerté des contrôleurs. À l’arrivée de ces derniers, quelques arrêts plus loin, ils ont voulu vérifier l’identité des migrants. « Ils leur ont aussi demandé leur ticket alors que le bus est gratuit », s’étonne Laura. Puis signifié de descendre du bus pour prendre le suivant, moins plein. Face au refus des usagers, et à la demande des contrôleurs, la police est alors intervenue.

Dans un article publié dans le journal Nord Littoral, le directeur de la compagnie de transports Calais Opale Bus, Daniel Roussel, justifie l’intervention des contrôleurs et des forces de l’ordre par le non-respect de la distanciation sociale chez ces usagers.

Contactée par Mediapart, la préfecture du Pas-de-Calais abonde. « Ils étaient en effet assis côte à côte et refusaient de maintenir entre eux un siège vide. Le contrôleur avait initialement demandé à ces deux personnes de se séparer afin de respecter les mesures de distanciation sociale. Celles-ci ont refusé et ont manifesté de l’agressivité dans leurs réponses. »

Pourtant, plusieurs témoins assurent qu’ils résistaient calmement – ce que démontre la vidéo. « Personne ne leur a dit de laisser un siège entre eux, tranche Laura, pour qui la scène s’apparente à du racisme. On leur a tout de suite ordonné de descendre du bus. Ils n’ont pas été agressifs, ils se sont défendus en refusant d’être traités différemment. Ce sont des êtres humains comme tout le monde. » Et d’ajouter : « Hier encore, j’ai pris ce même bus et deux personnes blanches étaient assises l’une à côté de l’autre. Elles n’ont eu aucun problème. »

Daniel Roussel reconnaît que, dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire, les chauffeurs « évitent » de prendre des migrants. « On doit la sécurité à notre personnel et aux usagers. Les migrants n’ont pas pu être confinés, il est donc difficile de confronter ces deux populations [les migrants et les Calaisiens] », a-t-il déclaré au quotidien local.

« Ce n’est donc pas un choix arbitraire fait par les chauffeurs, s’indigne Antoine Nehr, coordinateur de l’antenne locale de l’association Utopia 56, qui se mobilise pour venir en aide aux exilés depuis 2016. C’est impressionnant qu’en 2020, en France, on en soit là et que ce type de consignes vienne d’en haut. »

L’adjoint au maire de Calais chargé de la sécurité, Philippe Mignonet, avait d’ailleurs prévenu à la fin mars : les bus ne marqueraient plus l’arrêt aux stops où des groupes d’exilés patienteraient. Une exception serait faite pour les personnes seules ayant un rendez-vous impératif, pour des soins par exemple, impliquant pour les conducteurs de déduire au faciès qui serait exilé ou non et de procéder à des contrôles de justificatifs.

Pour Jérémie Rochas, il y a eu une recrudescence des violences policières à l’égard des migrants durant la crise sanitaire. « Les exilés ne cherchent pas la confrontation parce qu’ils savent à quoi s’attendre si la police débarque. La peur de donner son identité, et des répercussions, fait que c’est assez rare de voir des personnes qui résistent. »

Fin mars, un exilé noir s’est vu refuser l’entrée d’un centre commercial où il souhaitait acheter des produits de première nécessité. La sécurité a appelé les CRS, accusés de l’avoir ensuite frappé. « Il a porté plainte auprès du procureur pour coups et violences volontaires. J’ai six témoignages de personnes discriminées à l’entrée de ce centre », affirme Candice, coordinatrice du projet Human Rights Observers à Calais et Grande-Synthe.

Le 14 avril, une communauté d’Érythréens a alerté l’opinion publique dans une lettre ouverte adressée à la préfecture et a décidé de porter plainte pour des violences. « Notre plainte concerne une compagnie de CRS et leurs actions impulsives et agressives à notre égard. Ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains », dénonçaient-ils. Le Défenseur des droits a été saisi à plusieurs reprises par différentes associations.

Côté campements, Antoine Nehr a constaté que les conditions de vie se sont fortement aggravées. Retrait partiel ou complet de plusieurs associations, droits fondamentaux bafoués au quotidien, accès « plus que compromis » à l’eau, à la nourriture et aux soins… « La situation est dramatique, note Candice. Il y a une mise en danger des exilés puisque rien n’est fait pour leur venir en aide en pleine pandémie. »

« Les autorités maintiennent la politique de l’épuisement, une politique hostile, à l’heure où l’on aurait eu besoin de voir se développer des solutions d’hébergement pérennes ou des cliniques mobiles », regrette le coordinateur d’Utopia. Un « harcèlement moral intenable » que dénonce aussi Human Rights Observers…

Les démantèlements de camps, qui ont lieu tous les deux jours, ont pris des formes de rituel. Certains exilés évitent de s’absenter du camp ces jours-là afin de pouvoir garder leur tente ou sac de couchage. « L’équipe de nettoyage procède à une saisie des affaires et du matériel. Une partie est jetée, une autre est amenée dans un grand conteneur à la ressourcerie par le biais d’un système mis en place par la préfecture », explique Candice, qui accompagne les migrants sur place pour leur permettre de rechercher leurs effets personnels, souvent sans résultat.« Ces expulsions sont un semblant de mises à l’abri, forcées, vers des Centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES) », soffusque Jérémie Rochas. C’est là qu’on évalue si la personne peut demander l’asile : si ce n’est pas le cas, elle n’a plus sa place dans le centre. « Ce n’est pas adapté au public de Calais dont la majorité est représentée par des déboutés ou des “dublinés” [auxquels s’impose la règle européenne voulant que le pays en charge de leur demande d’asile soit le premier dans lequel ils ont posé le pied – ndlr]. »

Une évacuation sécurisée aurait dû se tenir le 31 mars et a été reportée à la dernière minute. « Il y a eu à la fois un manque de places d’hébergement et la découverte de deux cas de Covid-19 dans les camps », explique Jérémie Rochas. Trois cents migrants, sur plus d’un millier, auraient dû être mis à l’abri ce jour-là. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi », complète Antoine Nehr.

Les bénévoles d’Utopia 56 et de l’Auberge des migrants ont dû aussi faire face à l’acharnement des forces de l’ordre durant le confinement. Vingt-huit verbalisations ont été dressées à des membres d’Utopia alors qu’ils distribuaient des vivres ou des couvertures aux exilés dans les camps.

A Calais, les actes d’hospitalité s’affichent en plusieurs langues !

Tout autour, une œuvre commune

Répondant à l’invitation du PEROU (Pole d’exploration des ressources urbaines), des calaisiennes et calaisiens publient chaque semaine des actes d’hospitalité dans l’espace public. Vous aussi, donnez une visibilité à ces actes d’hospitalité !

Retrouvez les actes d’hospitalité déjà recensés ici, et ajoutez-y les vôtres en écrivant à : hospitalite@perou.org !

« Tous nos actes d’hospitalité méritent d’être connus… Et l’acte d’hospitalité devrait être inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité nécessitant une protection urgente conformément à la convention de l’UNESCO de 2003.

Nous sommes à Calais, Vintimille, Rome, Lesbos, Clichy-Monfermeil, Hambourg, Bruxelles, à Lampedusa, à Bayonne, à Bordeaux…Et encore ailleurs ! Nous sommes nombreux à « faire hospitalité » et depuis longtemps ! Tous ces actes d’attention, à la rencontre des personnes migrantes, qui arrivent dans le dénuement et à bout de souffle, toutes ces attentions à la présence de l’autre : ces actes sont de ceux qui feront tenir le monde de demain.

Des archives de ces actes se constituent, pour un héritage précieux, nous sommes tous invités à y contribuer. Et le PEROU travaille à leur inscription au patrimoine mondial de l’humanité.

Chaque lundi, nous publions, tous en même temps, des fragments de ces archives en train de se constituer.En PJ vous trouverez des fragments.

A Calais, nous avons renouvelé notre affichage, en couleur, et avec des traductions !

Chacun.e peut participer : à l’inscription d’acte d’hospitalité dans l’archive : hospitalite@perou.org, et en créant des « publications » selon les modalités, même minuscules, et les lieux de son choix, et en documentant cette action. »