Soir d’exils / Soirée de soutien aux migrants / 12.02.2015 à Dunkerque

Soir d'exils Affiche A3 duplixUne soirée avec concerts, projection et expo-photos pour informer, sensibiliser et exprimer son soutien aux personnes exilées présentes à Calais, Dunkerque et ailleurs.

Une collecte de dons est organisée sur place. Les associations d’aide aux migrants ont besoin en priorité :

  • De chaussures, de pantalons, de sous-vêtements et vêtements chauds pour les hommes (blousons, pulls…);
  • D’écharpes, de bonnets, de chaussettes et gants;
  • De matériel de camping: tentes, duvets, couvertures, bougies, lampes de poche et lampes torches, bâches, cantines et buta gaz…;
  • De produits d’hygiène et de toilette: serviettes de bain, gel douche, rasoirs…

Parlez-en à vos voisin.es et venez nombreuses et nombreux !

Plus d’infos : http://laducasse.tumblr.com/

Communiqué de presse : Le ministre de l’intérieur atteint de cécité sur les violences policières dans le Calaisis dénoncées par HRW / 29.01.2015

ORGANISATIONS SIGNATAIRES

ACC Minorités Visibles – ADRA Dunkerque – Association d’Accueil aux médecins et Personnels de Santé Réfugiés en France (APSR) – Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers (ADDE) – Calais, Ouverture & Humanité (COH) – Collectif Fraternité Migrants du Bassin minier 62 – Collectif Fraternité Rroms du Bassin minier 62 – Collectif de soutien de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) aux sans-papiers et aux migrante-s – Collectif de soutien des exilés (Paris) – Comité Meusien d’aide aux Demandeurs d’Asile (COMADA) – Comité de Vigilance des Alpes Maritime (COVIAM) – Emmaüs Dunkerque – Emmaüs Europe – Emmaüs France – Emmaüs International – Groupe d’Information et de Soutien des Immigré.e.s (GISTI) – Itinérance Cherbourg – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Dunkerque – Organisation pour une Citoyenneté Universelle (OCU) – Salam Nord/Pas-de-Calais – Syndicat de la Magistrature (SM) – Terre d’Errance (Norrent-Fontes)

29 janvier 2015

Le ministre de l’intérieur atteint de cécité
sur les violences policières dans le Calaisis dénoncées par HRW

La contestation par M. Cazeneuve de la réalité des violences dénoncées dans le rapport tout récent de Human Rights Watch (HRW) sur les violences policières à l’encontre des personnes exilées à Calais, et l’argumentation utilisée, n’ont hélas rien de nouveau (voir annexe « Une dénégation habituelle des pouvoirs publics »).

Le 20 janvier 2015, à peine la cette très sérieuse organisation, de réputation internationale, avait-t-elle rendu publics les résultats de son enquête, que Bernard Cazeneuve récusait les « accusations publiques contre les forces de l’ordre », pourtant étayées par de nombreux témoignages. Pour être crédible, il aurait fallu, selon lui, que HRW ait soumis les actes de violence dénoncés à la vérification des institutions qui les ont commis – les forces de police -, tolérés – l’administration préfectorale – ou délibérément ignorées – les autorités judiciaires.

Comme le Défenseur des droits dans sa décision du 13 novembre 2012, comme la Coordination française pour de droit d’asile (CFDA) en septembre 2008 dans son rapport La loi des « jungles », HRW dénonce le fait que, à Calais, les migrants sont « victimes de harcèlement et d’exactions de la part de la police française », notamment de « passages à tabac » et d’« attaques au gaz lacrymogène ». HRW critique également l’abandon à la rue de « la plupart des migrants et des demandeurs d’asile [qui] n’ont pas d’abri contre le froid et la pluie, pas d’accès à des installations sanitaires et un accès très limité à l’eau courante ».

Autant de faits de notoriété publique, qui sautent aux yeux de tous les observateurs locaux et que la presse n’a, elle aussi, cessé de rapporter.

Mais qu’importe l’évidence. Faute de vouloir ou de pouvoir mettre fin aux violences et à l’inhumanité qui règnent dans les jungles de tout le nord-ouest de la France, M. Cazeneuve les conteste, comme l’ont fait tous ses prédécesseurs depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002.

Et, pour tenter d’accréditer ses dénégations, M. Cazeneuve biaise. Ainsi quand il reproche à HRW d’avoir omis de faire examiner ses accusations par l’administration avant de les rendre publiques. Car alors, assure-t-il, des enquêtes n’auraient pas manqué d’être menées et d’aboutir à des sanctions si des fautes étaient étables.

Dans l’idéal, peut-être. Mais, dans la réalité, l’administration et la justice ont toujours, chacune à leur manière, enterré les accusations de violences.

En témoigne le sort de la plainte de John M, exilé érythréen, déposée le 16 juillet 2014 à Calais avec l’aide du Secours catholique, qui semblait tombée dans l’oubli avant que son exhumation par Libération n’incite le parquet à réagir.

En témoigne aussi, le classement sans suites, confirmé par le procureur général de Douai dans une lettre du 6 décembre 2012, de plaintes déposées à Calais par le Secours catholique et par Médecins du Monde pour la destruction d’effets de migrants, au motif qu’elle serait dénuée d’« intention délictuelle ».

En témoigne encore le sabotage, en 2004, d’une enquête sur une très vilaine affaire de racket par des policiers de Paris, à l’encontre de deux exilés d’Irak, qui avait conduit la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), ancêtre du Défenseur des droits, à manifester son vif mécontentement2.

Tout montre qu’en tolérant les exactions des forces de l’ordre, dès lors qu’elles frappent les exilés, les autorités judiciaires encouragent les ministres de l’intérieur à les couvrir.

Ainsi va, depuis des années, l’insupportable politique d’un Etat qui, s’obstinant à refuser la présence, sur son sol, d’exilé.e.s chassé.e.s de leurs pays par la violence, ferme les yeux sur l’usage d’une semblable violence par ses propres forces de l’ordre.


1 « Cazeneuve aveugle aux plaintes des migrants », Libération 21 janvier 2015
2 Rapport 2005 de la CNDS, pp. 56-61 – http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000325/0000.pdf

CP Cécité Cazeneuve à l’enquête HRW Calais 29-01-2015

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Human Rights Watch dénonce les violences policières contre les migrants à Calais

Il faut enquêter sur les allégations de mauvais traitements par la police à Calais et fournir un abri à tous
20 janvier 2015
 .
(Paris) – Les demandeurs d’asile et migrants vivant dans le dénuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harcèlement et d’exactions de la part de la police française, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les abus décrits à Human Rights Watch comprennent des passages à tabac et des attaques au gaz lacrymogène alors que les migrants et demandeurs d’asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l’espoir de se rendre au Royaume-Uni.Plusieurs milliers de demandeurs d’asile et migrants, la plupart en provenance du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie, vivent dans des camps de fortune ou dans les rues de Calais. Certains ont affirmé que leur traitement par la police, le manque de logements pour les demandeurs d’asile et les retards dans le traitement des demandes d’asile les avait dissuadés de demander l’asile en France.

« Les demandeurs d’asile et les migrants ne devraient pas être victimes de violences policières en France et aucun demandeur d’asile ne devrait être condamné à vivre dans la rue », a déclaré Izza Leghtas, chercheuse de la division Europe de l’Ouest à Human Rights Watch. « Offrir des conditions d’accueil adéquates et un traitement humain aux demandeurs d’asile n’est pas seulement une question de respect des obligations légales, c’est également ce qu’il y a lieu de faire pour mettre fin à la situation dans laquelle se trouvent de nombreux demandeurs d’asile à Calais. »

En novembre et décembre 2014, Human Rights Watch s’est entretenu avec 44 demandeurs d’asile et migrants à Calais, dont trois enfants. La plupart des entretiens ont été menés en groupes. Les migrants et les demandeurs d’asile ont décrit ce qui semble être des exactions de routine par des policiers alors qu’ils tentaient de se cacher dans des camions ou alors qu’ils marchaient dans la ville.

Dix-neuf personnes, dont deux des enfants, ont déclaré que la police les avait maltraitées au moins une fois, notamment par le biais de passages à tabac. Huit ont eu des membres fracturés ou d’autres blessures visibles, qui, selon leurs dires, ont été causées par la police à Calais et dans les environs. Vingt et un, dont deux enfants, ont confié que la police les avait aspergés de gaz lacrymogène.

En novembre 2014, le directeur départemental de la sécurité publique, s’adressant aux journalistes, a nié les allégations de mauvais traitements. Dans une réunion avec Human Rights Watch le 16 décembre 2014, des conseillers membres du cabinet du ministre de l’Intérieur ont assuré qu’ils n’étaient pas au courant de cas de violences policières contre les migrants et demandeurs d’asile à Calais, mais qu’ils mèneraient des enquêtes si les allégations étaient fondées sur des « faits précis ». Le 14 janvier 2015, le préfet du département du Pas-de-Calais a nié tout usage injustifié de la force par la police à l’encontre des migrants à Calais.La France est confrontée à une crise de l’hébergement pour les demandeurs d’asile. Actuellement, seulement un tiers des personnes qui demandent l’asile en France sont logées dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). En décembre 2013, 15 000 demandeurs d’asile étaient sur une liste d’attente pour obtenir une place dans un centre d’accueil. Le temps d’attente était de 12 mois en moyenne. Un projet de loi devant le Parlement vise à accélérer les procédures d’asile et à augmenter les hébergements disponibles dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile dans tout le pays.Bien qu’il y ait eu des demandeurs d’asile et des migrants à Calais depuis plus d’une décennie, en raison de sa proximité avec le Royaume-Uni par train et par bateau, leur nombre a fortement augmenté depuis le printemps 2014. Le 14 janvier 2015, Denis Robin, préfet du Pas-de-Calais a déclaré à Human Rights Watch qu’il y avait environ 2 300 demandeurs d’asile et migrants dans la région de Calais. À la mi-décembre 2014, des organisations non gouvernementales locales ont estimé que 200 femmes et jeunes enfants vivaient dans des campements et que 50 femmes et jeunes enfants se trouvaient dans un centre géré par une organisation locale.La plupart des migrants et des demandeurs d’asile à Calais n’ont pas d’abri contre le froid et la pluie, pas d’accès à des installations sanitaires et un accès très limité à l’eau courante. Un grand nombre d’entre eux dépendent de la nourriture fournie par des organisations de solidarité et des bénévoles locaux.

Pourtant, la réponse du gouvernement français aux mauvaises conditions de vie à Calais a été insuffisante et lente. Le ministre de l’Intérieur avait annoncé en novembre qu’un centre d’accueil de jour serait mis à disposition pour fournir des douches, des repas ainsi qu’une assistance juridique à 1 500 demandeurs d’asile et migrants à partir de janvier 2015. Mais le 15 janvier 2015, seuls des services limités étaient disponibles sur le site jusqu’en avril 2015. D’après l’ association Vie Active qui gère le centre, l’hébergement de nuit ne serait disponible qu’en mars 2015 et ne concernera que 100 femmes et jeunes enfants.

Le gouvernement finance une autre association, Solid’R, pour gérer un hangar à Calais dans lequel des migrants peuvent dormir la nuit, dont l’ouverture est obligatoire lorsque la température ressentie est de moins cinq degrés Celsius ou inférieure. Les autorités ont la latitude de le laisser ouvert même lorsque la température est au-dessus des moins cinq degrés ressentis. Ce hangar a ouvert le 26 décembre 2014 et a été fermé le 2 janvier 2015, puis a ouvert à nouveau le 14 janvier 2015 du fait de vents violents dans la région. Le 5 janvier 2015, l’association qui gère ce hangar a informé Human Rights Watch que sa capacité maximale était de 500 places, soit un tiers des 1 500 places promises par le gouvernement. M. Denis Robin a informé Human Rights Watch que, si nécessaire, la capacité du hangar pourrait être augmentée pour atteindre les1 500 places promises par le gouvernement, mais que des travaux de rénovation seraient nécessaires. Une installation similaire était disponible les années précédentes, mais avec une capacité limitée à 120 places.

Des officiels ont informé Human Rights Watch en décembre 2014 et janvier 2015 que des mesures avaient été prises pour inscrire et traiter les demandes d’asile rapidement. Ils ont déclaré que le nombre de demandes d’asile avait fortement augmenté en 2014. Ils ont également affirmé que 422 places dans des centres d’accueil avaient été proposées a des demandeurs d’asiles venant de Calais, et que 500 places additionnelles allaient été mises à disposition dans des centres d’accueil en dehors de Calais pour accueillir les personnes qui demandent l’asile à Calais, bien que l’on ignore comment ces places seront attribuées et quand elles seront toutes disponibles.

Bien que ces mesures constituent une amélioration, la situation demeure éprouvante pour de nombreux migrants et demandeurs d’asile et les nouvelles installations sont rudimentaires. Le gouvernement français doit intensifier ses efforts pour faire en sorte que tous les demandeurs d’asile – y compris ceux qui sont couverts par le Règlement Dublin – soient logés sans délai comme l’exige la législation européenne, selon Human Rights Watch. Le gouvernement devrait envisager de rendre l’abri d’urgence disponible indépendamment de la température ressentie et s’assurer qu’il y ait suffisamment de places pour tous les migrants sans papiers qui dorment dehors.

Le gouvernement français devrait également enquêter immédiatement sur les témoignages de violence policière à l’encontre des demandeurs d’asile et des migrants à Calais et garantir que toute personne reconnue responsable de tels actes soit amenée à rendre des comptes. Le gouvernement devrait fournir des directives claires aux policiers spécifiant l’interdiction de l’utilisation injustifiée et disproportionnée de la force, notamment des gaz lacrymogènes.

« Le gouvernement français devrait mettre un terme à toute violence policière et honorer son engagement à fournir rapidement un logement aux demandeurs d’asile », a conclu Izza Leghtas. « Une solution durable à la crise à Calais est attendue depuis longtemps. »

Migrants et demandeurs d’asile à Calais

Les demandeurs d’asile et les migrants ont vécu dans des camps de fortune et dans la rue dans la région de Calais depuis que le gouvernement français a fermé un centre géré par la Croix-Rouge à Sangatte, près de Calais, en 2002. Le centre avait la capacité d’accueillir 700 personnes, mais en accueillait jusqu’à 2 000. Il a été considéré par les gouvernements français et britannique comme un facteur d’attraction pour les migrants sans papiers cherchant à entrer au Royaume-Uni.

Des centaines de personnes ont été expulsées par les autorités en septembre 2009. Le nombre de demandeurs d’asile et de migrants a ensuite diminué jusqu’à environ 200, mais à l’été 2014, les chiffres ont de nouveau augmenté, avec des personnes fuyant les conflits et la répression au Soudan, en Syrie, en Érythrée et en Éthiopie. Des centaines de personnes ont été expulsées de camps de fortune à Calais en mai et juillet 2014, dans la majorité des cas sans qu’aucune alternative d’hébergement adéquate ne soit proposée.

La plupart des demandeurs d’asile et migrants que Human Rights Watch a interrogés ont déclaré qu’ils étaient arrivés en Europe par l’Italie, mais qu’ils n’y étaient pas restés en raison des mauvaises conditions d’accueil.

La réglementation de Dublin de l’UE permet aux pays européens de renvoyer les demandeurs d’asile vers le premier pays de l’UE dans lequel ils sont entrés, où ils sont identifiés par leurs empreintes digitales dans une base de données à l’échelle européenne. Un grand nombre de demandeurs d’asile à Calais ont confié à Human Rights Watch qu’ils évitaient de fournir leurs empreintes digitales en Italie ou en France.

La préférence par un demandeur d’asile d’obtenir une protection dans un pays plutôt qu’un autre n’a aucune incidence sur la validité de sa demande d’asile.

Rapports de violences policières

Rosa, 25 ans, qui a indiqué qu’elle était ressortissante d’Érythrée, a déclaré à Human Rights Watch que le 14 novembre 2014, des policiers l’ont battue quand ils l’ont trouvée dans un camion sur l’autoroute. Comme pour les autres personnes interrogées, elle est identifiée seulement par son prénom, pour sa protection. Les prénoms de certaines personnes interrogées ont été modifiés à leur demande.

« La police a examiné le camion et m’a trouvée », a-t-elle confié. « J’ai dit : ‘S’il vous plaît aidez-moi’, mais ils m’ont battue et je me suis effondrée devant le camion. Ils m’ont rouée de coups de pieds sur le sol. » Rosa a déclaré qu’elle a perdu connaissance et s’est réveillée dans la salle des urgences à l’hôpital. Quand Human Rights Watch s’est entretenu avec elle le 25 novembre dans un hôpital de Calais où elle avait été opérée de la jambe droite, elle a déclaré qu’elle devrait encore passer six semaines à l’hôpital. Human Rights Watch n’a pas pu vérifier la cause de sa blessure.

Salamou, 28 ans, originaire d’Érythrée, a déclaré que trois policiers l’ont battu près d’une station essence dans la soirée du 25 novembre 2014.

« Je marchais, normalement », a-t-il déclaré. « Quatre policiers sont sortis de leur camionnette et m’ont frappé à coups de bottes et de matraque. Après m’avoir frappé, un policier a dirigé une lampe sur moi et m’a ri au nez. ‘Aidez-moi’, ai-je supplié, mais il a ri. Ils m’ont donné des coups de pieds alors que j’étais à terre, comme un chien. » Quand Human Rights Watch a interrogé Salamou, le lendemain du jour où il affirme avoir été battu par la police, il avait des blessures visibles sur le nez.

« Il y a de bons policiers et de mauvais policiers », a déclaré Ahmed Ibrahim, 17 ans, demandeur d’asile en provenance du Soudan et vivant dans un camp de fortune à Calais. Il a affirmé à Human Rights Watch que deux policiers l’avaient roué de coups de pied quand il est sorti d’une voiture vide, où il était assis avec trois hommes à l’abri de la pluie. « Je voulais demander l’asile ici, mais avec cette violence, je préfère qu’ils me renvoient au Soudan. Je ne vais pas rester en France. Ils [les policiers] vous frappent, les gens vous jettent des œufs dessus. J’ai eu une mauvaise image de la France. »

Mohammad, 32 ans, originaire du Soudan, a déclaré qu’il marchait dans la rue à midi le 2 novembre 2014 quand un agent de police l’a frappé dans le dos avec une matraque. « J’ai couru et je suis tombé dans un trou », a-t-il confié. « La police a appelé une ambulance. J’ai passé 20 jours à l’hôpital, mon bras était cassé en trois endroits. » Il avait un bras dans le plâtre au moment de l’entretien.

Le 3 décembre 2014, « Aziz », un ressortissant d’Afghanistan âgé de 29 ans, a déclaré que des policiers l’avaient battu trois jours plus tôt.

« J’étais dans la rue en train d’utiliser le Wifi sur mon téléphone vers 23 heures », a-t-il expliqué. « Quand ils [les policiers] sont arrivés, j’ai commencé à courir, ils m’ont poussé au sol […] Un policier m’a poussé, j’étais par terre, ils m’ont aspergé [de gaz lacrymogène] et quand je me suis retourné, ils m’ont frappé. J’avais du sang sur le visage, sous mon œil, sur le nez et le genou. Je n’ai rien vu parce qu’ils m’ont d’abord aspergé puis ils m’ont frappé aux jambes, sur tout le corps. » Une chercheuse de Human Rights Watch a vu des traces de blessures sur le visage d’Aziz et des trous aux genoux de ses pantalons, dont il a affirmé qu’ils étaient dus au fait qu’il a été poussé et battu sur le sol.

Aziz a déclaré que des policiers l’avaient également battu 20 jours plus tôt quand ils l’ont trouvé caché dans un camion sur l’autoroute. « Ils m’ont frappé avec leurs mains, m’ont donné des coups de poing au visage, mon nez saignait. [Ils m’ont battu] avec un bâton sur le corps, puis ils m’ont sorti du camion et ont dit : ‘Allez ! Va dans la jungle !’ » La jungle est une référence au plus grand des camps de fortune où les demandeurs d’asile cherchent refuge.

Le 26 novembre 2014, Kader, 24 ans, originaire d’Éthiopie, a déclaré à Human Rights Watch dans la salle d’attente des urgences d’un hôpital de Calais : « J’étais sur la route, sur mon vélo, hier à 17 heures. Un fourgon de police blanc avec une ligne bleue [ce qui correspond à la description d’une camionnette appartenant à la police anti-émeute française] s’est arrêté. Cinq policiers sont sortis, l’un d’eux m’a poussé sur l’épaule et je suis tombé sur mon bras droit. Il m’a donné un coup de pied, ensuite il m’a aspergé le visage. » Quand une chercheuse de Human Rights Watch a rencontré Kader une semaine plus tard, son bras était dans un plâtre de résine et dans une écharpe, confectionnée avec un foulard.

Les autorités françaises prétendent que le gaz lacrymogène n’est utilisé que pour dissuader des groupes composés de nombreux migrants cherchant à grimper sur des camions. Mais les migrants ont affirmé qu’il a également été utilisé dans d’autres situations. Mohammad, 26 ans, originaire du Soudan, a déclaré : « Ils [les policiers] vous aspergent comme si vous étiez un insecte. Cela nous est arrivé à tous dans la rue. »

Souhail, 20 ans, originaire d’Iran, a expliqué : « Les policiers m’ont aspergé trois fois quand j’étais dans le camion. J’étais seul. Les trois fois, c’était il y a environ un mois. Les policiers ont ouvert la porte et avant de dire quoi que ce soit ils m’ont aspergé le visage, je ne pouvais rien voir et deux fois ils m’ont frappé avec leurs bottes et leurs mains. »

Lina, 25 ans, originaire d’Erythrée, a affirmé qu’elle était tombée depuis le bord escarpé de l’autoroute près du plus grand camp de Calais lorsque des policiers lui ont aspergé le visage alors qu’elle tentait de monter dans un camion avec un groupe. « Nous voulions aller dans [le camion], les policiers sont venus, ils ont dit ‘Allez ! Allez !’ et m’ont aspergée dans les yeux, je suis tombée », a-t-elle déclaré.

Dans un entretien avec les médias le 30 novembre 2014, Thierry Alonso, le directeur sortant de la sécurité publique pour le département du Pas-de-Calais et chef de la police dans la région de Calais, a nié tout mauvais traitement de la part des responsables de l’application des lois contre les migrants. Il a affirmé : « Quelles que soient les accusations contre les policiers et les gendarmes qui assurent leur mission sous mon autorité, tout ce qui peut être dit est infondé. Il n’y a eu ni blessés, ni violences à l’égard des migrants. »

Lors d’un entretien avec Human Rights Watch le 16 décembre 2014, le conseiller du ministre de l’Intérieur sur les questions de police a déclaré qu’ « Aucune violence policière n’est tolérée » et que même s’il n’était pas au courant de cas de violence policière contre les migrants et demandeurs d’asile à Calais, toute allégation basée sur des faits précis serait examinée.

Le 14 janvier 2015, Denis Robin, le préfet du département du Pas-de-Calais a déclaré à Human Rights Watch que bien qu’il y ait des blessés parmi les migrants à Calais, leurs blessures proviennent de leurs tentatives de passage au Royaume-Uni ou sont causées par d’autres migrants. Il a nié que des blessures aient été causées par un usage excessif et injustifié de la force par la police.

L’usage excessif et injustifié de la force par la police est interdit par le droit pénal français et constitue également une violation de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auxquels la France est partie. Selon les Principes de base des Nations Unies (ONU) sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, ceux-ci dans l’exercice de leurs fonctions ne peuvent recourir à la force « que si les autres moyens restent sans effet ou ne permettent pas d’escompter le résultat désiré. » Si l’utilisation légitime de la force est inévitable, les responsables de l’application de la loi doivent faire preuve de modération et ne pas utiliser plus de force que celle qui est proportionnée pour atteindre un objectif légitime tel que la protection de la sécurité personnelle.

Conditions de vie précaires

Manque d’abris, d’eau et d’installations sanitaires
En novembre et décembre 2014, Human Rights Watch s’est rendu dans quatre campements de fortune à Calais et a rencontré un groupe de demandeurs d’asile vivant dans la rue. Des centaines de personnes, notamment des femmes et de très jeunes enfants, dormaient dans des tentes, sur des matelas en plein air, avec peu ou pas d’abri contre le froid. Lors de la visite de Human Rights Watch, la température est descendue à 1 degré Celsius au cours de la journée.

Aucun des camps ne dispose d’installations sanitaires et l’accès à l’eau est limité. Les personnes s’approvisionnent à la source d’eau la plus proche. L’un des camps a une source d’eau, mais les personnes dans les autres endroits devaient marcher entre 300 mètres et 2 km pour trouver de l’eau.

Les organisations locales estiment que 800 à 900 personnes vivent dans le plus grand camp, composé de deux sites proches l’un de l’autre, appelé localement « la jungle ». L’un se trouve sur le site d’une usine chimique et comprend une salle de sport couverte où plus de 100 personnes dorment dans des tentes ou sur le sol. L’autre site est situé dans un bois à proximité. Les organisations locales estiment que 200 femmes et enfants, y compris de jeunes enfants, vivent dans ces deux camps.

Jusqu’à ce qu’un centre de jour ouvre partiellement le 15 janvier 2015, des organismes de solidarité locaux fournissaient un repas par jour à environ 700 demandeurs d’asile et migrants dans le centre-ville. Pour nombre d’entre eux, c’est leur seul repas de la journée et ils doivent s’y rendre à pied puis faire la queue dans le froid pour recevoir la nourriture. Le nouveau centre est situé à 9 kilomètres de l’un des grands camps de fortune à Calais. La maire de Calais a interdit la distribution de repas dans des endroits autres que le nouveau centre, bien que l’un des organismes de solidarité ait dit qu’il continuerait de distribuer des repas aux personnes vivant dans ce camp deux fois par semaine.

Les préoccupations les plus courantes citées par les personnes vivant dans les camps ont été le froid et le manque d’accès aux installations sanitaires. L’organisation humanitaire Médecins du Monde fournit des douches une fois par semaine dans deux camps ainsi qu’aux femmes et aux enfants vivant dans le plus grand camp, d’une capacité de 20 à 25 douches par visite.

Zeinab, une femme de 23 ans originaire d’Éthiopie vivant avec son mari dans le plus grand camp, a expliqué à Human Rights Watch qu’elle se lave dehors avec une feuille de plastique autour d’elle. « Plus que le manque de nourriture, ne pas avoir une salle de bains est un problème plus important », a-t-elle confié.

Isabelle Bruand, coordinatrice de Médecins du Monde dans la région Nord-Pas-de-Calais, a décrit les conditions de vie des demandeurs d’asile et des migrants à Calais comme « inacceptables et catastrophiques ». La coordinatrice a énuméré des problèmes de peau comme la gale, des maux d’estomac et des maux de tête dus à l’insuffisance de nourriture, des problèmes respiratoires en raison de l’humidité, des problèmes de dos et des maux de dents comme conséquences directes ou indirectes de ces conditions de vie.

Réticence à demander l’asile en France
La majorité des personnes que Human Rights Watch a interrogées ont déclaré qu’elles voulaient demander l’asile, mais un grand nombre d’entre elles ont indiqué qu’elles ne l’ont pas fait en France en raison d’un manque d’hébergement pour les demandeurs d’asile, ainsi que de la violence policière et de l’hostilité de la part de certaines parties de la population locale. Certaines personnes ont également mentionné la longueur de la procédure d’asile comme facteur de dissuasion.

La procédure ordinaire de demande d’asile en France dure plus de deux ans. Le projet de loi devant le Parlement a pour objectif de réduire cette période à neuf mois.

Abdallah, 21 ans, originaire du Soudan, a déclaré à Human Rights Watch le 3 décembre 2014 qu’il avait vécu dans le plus grand camp de fortune de Calais pendant quatre mois.

« J’ai des amis qui ont donné leurs empreintes digitales il y a quatre mois et ils vivent avec nous dans la « jungle ». Donc, je préfère essayer d’aller au Royaume-Uni », a-t-il affirmé. « La vie est très, très dure. Il y a des problèmes partout : la salle de bains, un repas par jour est fourni par Salam [l’organisme de solidarité local], parfois nous recevons de l’aide des personnes ici et nous sommes reconnaissants, mais ce n’est pas ce que nous attendions. »

« Les personnes qui ont donné leurs empreintes digitales [en France] vivent ici avec nous », a déclaré Nasr Eddin, un ressortissant originaire du Soudan âgé de 30 ans vivant dans un camp à Calais. « Je voudrais faire une demande d’asile mais le problème c’est l’hébergement, le froid, la nourriture. »

« Ashraf », un demandeur d’asile âgé de 25 ans en provenance du Soudan vivant également dans un camp, a indiqué : « Nous n’avons pas d’endroit où nous laver, où prier. La France c’est bien, mais elle [la procédure d’asile] prend du temps. Où dormez-vous, où mangez-vous ? Je voudrais demander l’asile en France, mais il n’y a aucun endroit où habiter. »

Mohammad Moussa, 27 ans, demandeur d’asile en provenance du Soudan vivant dans un camp à Calais, a déclaré : « Les gens savent que la vie au Royaume-Uni est difficile et coûteuse. La France c’est beaucoup mieux. Mais ici, vous êtes sous la pluie, dans le froid, vous tombez malade. Au Royaume-Uni, j’aurai un hébergement et la procédure d’asile sera plus rapide. »

Salamou, l’homme érythréen battu par la police, a affirmé qu’il avait prévu de demander l’asile en France, mais après avoir été battu par la police, il a changé d’avis et il essayait d’aller au Royaume-Uni.

Réponse inadéquate du gouvernement français
En novembre 2014, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a fait une annonce à propos de l’ouverture d’un centre de jour – où les repas seront distribués à l’extérieur – pour 1 500 demandeurs d’asile et migrants à Calais, en disant qu’il allait ouvrir en janvier. Mais seuls certains services–repas, toilettes, eau et chargement de téléphones portables – étaient disponibles sur le site dès le 15 janvier 2015. L’ensemble des services du centre, avec 60 douches et l’accès à l’assistance juridique, ne seront disponibles qu’à partir d’avril. Le site comprendra des espaces modulaires séparés, avec 20 douches, pouvant accueillir 100 femmes et jeunes enfants à temps plein, mais ces nouveaux espaces n’ouvriront que le 20 mars 2015. Selon le préfet et un conseiller au ministère du Logement, ces espaces pourraient potentiellement être étendus pour accueillir plus de personnes vulnérables si nécessaire. Les hommes continueront d’être sans abri pendant la nuit.

Selon l’article 13 de la directive de l’Union européenne du 27 janvier 2003, établissant les normes minimales pour l’accueil des demandeurs d’asile (la directive d’accueil), les États membres de l’UE doivent fournir des « conditions matérielles d’accueil qui permettent de garantir un niveau de vie adéquat pour la santé et d’assurer la subsistance des demandeurs. »

Au regard du droit français, les demandeurs d’asile ont le droit au logement dans un centre d’accueil de l’État, ou centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (CADA), où ils reçoivent également un soutien social et administratif en attendant que leur demande d’asile soit traitée.

Le Parlement a approuvé en novembre 2014 l’ouverture de 500 places supplémentaires dans les centres d’accueil dans différentes régions de France, afin de recevoir des demandeurs d’asile de Calais. Le 3 décembre 2014, le préfet, représentant du gouvernement dans la région Nord-Pas-de-Calais, a annoncé qu’un hangar serait disponible pour accueillir jusqu’à 1 500 migrants à Calais les nuits où la température ressentie atteindrait moins cinq degrés Celsius ou moins. Le hangar a ouvert le 26 décembre 2014 mais il a été fermé le 2 janvier 2015 lorsque la température est remontée. Il a ouvert à nouveau le 14 janvier 2015 à cause de vents forts dans les environs de Calais. L’association qui gère ce hangar a informé Human Rights Watch le 5 janvier 2015 que sa capacité maximale est de 500 places.

Le gouvernement français devrait respecter ses obligations en vertu de la directive de l’UE sur les conditions d’accueil et fournir un logement sans délai à tous les demandeurs d’asile en attendant que leurs demandes soient traitées, y compris les personnes qui indiquent leur intention de demander l’asile. Le gouvernement devrait également travailler avec les associations humanitaires et non gouvernementales afin de mettre en place l’hébergement d’urgence pour tout migrant sans papiers sans abri à Calais, en particulier pendant les mois d’hiver.

Lire l’article du Monde sur le sujet

Lire l’article de Libération sur le sujet

CALAIS / Non au « mur de la honte » ! / La vidéo de la mobilisation du 18.12.2014, journée internationale des migrants

A Calais, la mobilisation du 18 décembre 2014, journée internationale des migrants, a rassemblé près de 1 000 personnes réunies pour dénoncer l’installation de nouvelles barrières surmontées de barbelés et destinées à dissuader les exilés en errance sur le Calaisis de pénétrer dans l’enceinte du port.

 

 

« Conçue pour réguler la pression migratoire, la fermeture des frontières ne supprime pas les facteurs attractifs qui en sont une des explications, elle en rend juste le franchis­sement plus difficile et oblige les migrants à prendre plus de risques. Renforçant la dangerosité des routes migratoires qui doivent contourner les points de pas­sages officiels, elle fait monter les tarifs des passeurs. Les chiffres disent tout de l’hécatombe causée par cette « guerre aux migrants » : si l’on s’en tient aux seuls chiffres mentionnés par la presse – forcément bien inférieurs à la réalité -, près de 15 000 étrangers seraient tombés aux frontières de l’Europe entre 1988 et 2009. »

Claire Rodier, juriste au GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Immigré-e-s)

(Extrait de l’article « Instaurer la liberté d’aller et venir » disponible ici.)

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Crédits : Julien Saison

CALAIS / Lettre ouverte : « Calais : sortir durablement de l’impasse »

Lettre ouverte à Mme Bouchart, maire de Calais, à M. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, à M. Valls, Premier ministre.

Madame la Maire,
Monsieur le ministre de l’Intérieur,
Monsieur le Premier ministre,

- Crédits : Arthur Janssen http://arthurjanssen.wix.com/photo

Crédits : Arthur Janssen
http://arthurjanssen.wix.com/photo

Face à l’augmentation du nombre d’exilés à Calais et dans sa région depuis un an, les pouvoirs publics – maire, préfet, ministre – ont fait évoluer leur attitude. Alors que durant des années le problème sanitaire, social et politique a été nié – et les réfugiés littéralement abandonnés à la générosité des calaisiens et des associations humanitaires -, des débuts de réponses concrètes sont annoncés.

Une mission a été confiée par le ministre de l’Intérieur, sur la suggestion de certaines de nos associations, à deux personnalités afin de proposer des pistes de solutions durables. Sans attendre leurs conclusions, un projet d’accueil de jour devrait se mettre en place d’ici peu, et offrir aux exilés un début de solution à leurs premiers besoins vitaux (nourriture, soins, hygiène).

Tout en reconnaissant ces avancées, nous exprimons notre vive inquiétude face à l’inadéquation de la prise en charge envisagée, comme nous regrettons l’extrême frilosité des Gouvernements successifs pour apporter des réponses politiques à la situation qui prévaut depuis 20 ans.

Faire face à l’urgence sanitaire et sociale

Alors que le nombre de réfugiés est passé de 500 à 2500 en quelques mois, le projet d’accueil de jour prévoit de concentrer toutes ces personnes en un même lieu, sans même envisager le principe d’un hébergement ou d’une simple mise à l’abri.

Les exilés, qui n’auront d’autres solutions, s’entasseront sous des tentes à proximité de ce centre, créant de fait un gigantesque camp de réfugiés sauvage, un Sangatte à ciel ouvert. Pour les femmes et les enfants, une mise à l’abri semble cependant prévue, mais au sein même du centre, solution qui ne sécurisera pas ce public particulièrement vulnérable. Ainsi conçu, ce dispositif n’est pas adapté à la réalité des besoins. Il pourrait même renforcer les réactions de lassitude voire d’hostilité d’une partie de la population.

Depuis le début de l’été, le nombre de personnes concernées est tel qu’il n’est plus raisonnable d’improviser de semaine en semaine. Un diagnostic solide a-t-il été réalisé pour évaluer les besoins en infrastructures, en équipements matériels, en personnels, en fluides et autres approvisionnements, ceci pour une population pouvant atteindre les 3000 personnes ? Comme nous l’avons exprimé dès le printemps dernier, ce n’est plus aux services d’une préfecture – si mobilisés soient-ils – mais bien à des professionnels de la gestion de camps de réfugiés qu’il faut confier cette mission de concevoir et de gérer une telle population ! Le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés) assure cette mission depuis des années sur plusieurs continents. Pourquoi ne pas l’avoir sollicité ? Il n’est pas trop tard, et nous appelons le ministre de l’Intérieur à le faire sans délai.

Nos associations, avec d’autres, suggèrent depuis plus d’un an de ne pas construire UN centre d’accueil, mais plusieurs, de capacité moyenne et de taille humaine (100 à 300 personnes), répartis sur plusieurs territoires – dans et autour de Calais – avec un accueil 24/24h, gérés par des professionnels, aidés par des associations locales. Un projet de “maisons des migrants”, présenté à M. Valls, devait faire l’objet d’une expérimentation. Pourquoi cette proposition a-t-elle été écartée ? Nous demandons aux pouvoirs publics locaux et nationaux de reprendre sans tarder l’examen de ces projets.

Frilosité de la réponse politique

Le problème des exilés à Calais serait si complexe qu’il faudrait des années pour le résoudre ? Et si l’on ramenait les choses à leur juste mesure ! Dans le Calaisis, transitent chaque année entre 5 et 15 000 personnes tentant de rejoindre l’Angleterre. Ce volume est une petite proportion des 150 000 personnes arrivées en 2014 sur les côtes italiennes, et qui se dispersent dans les différents pays de l’Union Européenne.

La Grande Bretagne n’est pour les réfugiés qu’une destination parmi d’autres, et pas la principale, loin de là. Mais Calais est devenu une impasse depuis que la Grande Bretagne, après avoir refusé de signer les accords de Schengen sur la libre circulation au sein de l’UE, a demandé aux autorités françaises de contrôler sa frontière extérieure et d’y assumer un rôle de gendarme en lieu et place des services britanniques.

Divers accords (dont ceux du Touquet) et arrangements ont été signés en ce sens entre les deux gouvernements. Or la position des autorités françaises est incompréhensible ! Car enfin, pourquoi la France jouerait-elle ce rôle de gardien des frontières pour un pays, la Grande Bretagne, qui a refusé les règles européennes relatives à la libre circulation des personnes ? Pourquoi la dénonciation des accords du Touquet est-elle à ce point une question taboue ?

Soit une raison objective justifie ce statu quo, et il faudrait l’expliciter, soit il est légitime de se demander si ces accords ne constituent pas un élément d’une négociation plus large entre États faisant intervenir d’autres considérations sans rapport avec le sujet. Nous demandons au Premier ministre de décider et d’engager la renégociation de ces accords avec le Gouvernement britannique.

Pour décongestionner Calais, le ministre de l’Intérieur souhaite pour sa part inciter les exilés à déposer une demande d’asile en France. Nous approuvons cet objectif, qui serait complémentaire à la renégociation des accords avec la Grande Bretagne. C’est une réponse possible pour une partie des exilés présents sur le littoral. Mais sa réalisation suppose qu’au moins deux conditions soient remplies pour devenir effective ;

D’une part, le Gouvernement devra accélérer la remise en état d’un dispositif d’accueil digne pour les demandeurs d’asile sur tout le territoire. Si les exilés à Calais qui demandent l’asile en France ne voient pas d’amélioration concrète à leur situation actuelle d’errance, leur démarche n’aura aucun effet incitatif sur les autres.

Dans le cadre de la réforme annoncée du dispositif d’accueil des réfugiés, il est impératif que des moyens conséquents soient débloqués afin que toute personne demandant l’asile bénéficie sans délai des normes minimales prévues par les directives européennes, et en premier lieu d’un hébergement décent.

D’autre part, il faudra bien que le ministre de l’Intérieur reconnaisse que l’application des accords de Dublin doit être suspendue. Ces accords – qui encouragent le chacun pour soi entre États européens, une logique à l’encontre de la solidarité intra-européenne – prévoient le renvoi des demandeurs d’asile dans le premier État de l’Union Européenne qu’ils ont traversé.

Ainsi, les exilés demandant l’asile en France risquent le renvoi en Italie, en Pologne ou ailleurs. Conséquence : ils évitent toute démarche en France. Pour les inciter à demander l’asile sur notre territoire, le Gouvernement doit être clair, et nous demandons au ministre de l’Intérieur d’annoncer la suspension des accords de Dublin, au moins dans un premier temps dans le Nord Pas-de-Calais.

Nous avons bien conscience que c’est l’ensemble de la politique et des règles européennes en la matière qui doivent être revues. L’accueil et la protection des réfugiés par l’Union Européenne ne peuvent plus être assurés en se basant sur des outils allant à l’encontre tant de la construction européenne que des valeurs de solidarité qui la portent. Cette remise à plat prendra du temps.

Mais pour répondre à l’urgence sanitaire et sociale, pour sortir Calais de la situation d’impasse qu’elle subit depuis des années, nombre de décisions à prendre relèvent d’abord des autorités françaises, nationales et territoriales. Nous appelons donc la maire de Calais, le ministre de l’Intérieur, le Premier ministre, à les prendre, en dehors de toute considération partisane, rapidement.

Véronique Fayet, Présidente du Secours Catholique – Caritas France

Guy Aurenche, Président du CCFD – Terre Solidaire

Geneviève Jacques, Présidente de la Cimade

Thierry Khun, Président d’Emmaüs – France

Thierry Brigaud, Président de Médecins du Monde

Télécharger la lettre ouverte

CALAIS / Non au « mur de la honte » ! / Mobilisation le 18.12.2014, 10h30, place du théâtre

logo1APPEL du Mouvement Emmaüs et de l’Organisation
pour une Citoyenneté Universelle

Douze ans après la fermeture du hangar de Sangatte, la France va-t-elle avoir son Ceuta et Melilla à Calais ? Le nombre croissant de migrants, présents depuis plusieurs mois dans le Calaisis, conduit nos gouvernants à franchir une étape dangereuse pour les libertés et le respect des droits des migrants.

NON AU « MUR DE LA HONTE » A CALAIS !

La légitimité de la présence des migrants est incontestable. Les pays dont ils proviennent – Afghanistan, Erythrée, Irak, Libye, Soudan, Syrie, notamment – en témoignent. Ils fuient la guerre, la répression, la dictature et l’arbitraire à la recherche d’une protection en Europe. Contrairement à ce qui est répété inlassablement, y compris au sommet de l’État, il ne s’agit nullement d’une « invasion ». Les conditions de survie indignes qui leur sont imposées en France sont intolérables. Malgré la solidarité des associations locales et la générosité des calaisiens, ils subissent l’abandon des pouvoirs publics qui proposent, à la marge, des solutions insuffisantes et n’assument pas leur responsabilité. Des moyens puissants doivent être déployés immédiate- ment pour secourir ces réfugiés qui se sont tournés vers nous. Faut-il attendre les premiers morts de froid dans les jungles de Calais pour déclencher enfin une réelle prise de conscience ?

Une nouvelle escalade dans l’aveuglement est en marche avec la construction d’un mur et le déploiement d’un dispositif sécuritaire de grande envergure à Calais, véritable appareil de guerre contre les migrants, entre la France et le Royaume-Uni. Nous, migrants et organisations de la société civile qui travaillons côte à côte depuis des années, refusons une telle dérive et demandons à nos concitoyens de s’y opposer fermement et massivement.

Depuis des décennies, les contrôles renforcés aux frontières, les dispositifs de surveillance, d’intimidation et de contention, les mesures de déportation des migrants ont totalement échoué, ont coûté très cher et ont surtout provoqué des milliers de morts. Le mur en construction à Calais n’est qu’une nouvelle et triste illustration de cette réponse sécuritaire. Est-ce cela que nous voulons poursuivre, dans une fuite en avant inacceptable et irresponsable ?

En refusant l’asile et l’accueil, c’est la liberté dont nous jouissons nous-même qui est menacée : nous construisons les murs de notre propre prison. De cela nous ne voulons pas ! L’érection de fortifications à Calais doit cesser, et des discussions s’ouvrir sans attendre avec les autorités britanniques pour recevoir les demandes d’asile qui s’adressent à elles (comme cela a été pratiqué en 2002, à l’occasion de la fermeture du camp de Sangatte). Avec tous les États européens, ou avant eux, la France doit revoir la totalité de sa législation et de sa réglementation en matière d’asile et de migration (dénonciation du règlement Dublin et suppression de Frontex). Elle doit le faire dans le strict respect de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, comme de la Convention de Genève. La France doit enfin réviser sa dangereuse et illusoire conception « nationale » de la migration, totalement inadaptée à la mondialisation des échanges humains et aux drames vécus aux portes de l’Europe. La France doit contribuer, au sein de l’ONU, à promouvoir une nouvelle gouvernance en matière de migration, respectueuse de la liberté de circulation, des droits enfin reconnus et appliqués pour tous les migrants.

Le 18 décembre prochain, Journée Internationale des Migrants, nous, migrants et organisations de la société civile engagées aux cotés des migrants, appelons à une mobilisation d’ampleur, à Calais et partout en France,

► pour dénoncer l’indignité de l’accueil des migrants et exiger, conformément aux propositions des acteurs associatifs, la mise en place d’un dispositif d’accueil réaliste dans le Calaisis ;
► pour refuser la réponse sécuritaire et la construction, en notre nom, du mur de la honte à Calais ;
► pour obtenir de nouvelles politiques migratoires au niveau national, européen et mondial, respectueuses des droits et de la dignité des migrants.

Le rendez-vous est fixé à jeudi 18.12.2014, à 10h30, place du théâtre à Calais (plus d’infos très prochainement). Soyons nombreuses et nombreux !

 

Premiers signataires :

• ACADEHLIB (ONG Camerounaise de défense des Droits de l’Homme)
• ACC Minorités Visibles
• ACORT (Assemblée citoyenne des originaires de Turquie)
• ADRA Dunkerque
• Aide Migrants Solidarité Téteghem
• APCV (Association de promotion des cultures et du voyage)
• APSR(L’association d’accueil aux médecins et personnels de santé réfugiés en France)
• ARCI
• ASDHOM (Association de Défense des
Droits de l’Homme au Maroc)
• Association Femmes Plurielles
• ATF (Association des Tunisiens en
France)
• ATTAC France
• AWC (Association of World Citizens)
• BE KHE BALLAN
• Calais Migrant Solidarity
• Calais, ouverture et humanité
• CCFD
• CEDETIM
• CENTRE D’INFORMATION INTER- PEUPLES (association grenobloise de solidarité internationale)
• CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants)
• CISPM- France (Coalition Internationale des Sans-papiers et Migrants)
• Collectif de soutien de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) aux sans-papiers et aux migrant-es
• Collectif de soutien des exilés (Paris)
• Collectif Fraternité migrants du Bassin minier 62
• Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie
• CRID
• CSP75 (Coordination 75 des Sans- Papiers)
• DIEL (Droits Ici Et Là-bas – Paris 11ème)
• Droits devant!!
• Enda Europe
• FALDI (Forum des Associations des
Luttes Démocratiques de l’Immigration)
• FASTI (Fédération des Associations de
Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s)
• Fédération 62 de la Ligue des droits de l’Homme
• Flandre Terre Solidaire
• FNARS
• FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations)
• Forum Social des Quartiers Populaires
Rhône-Alpes
• FTCR
• GISTI
• IDD (Immigration Développement
Démocratie)
• Intégration «Les 3I»
• IPAM
• Itinérance Cherbourg
• Jesuit Refugee Service France
• Kirikou (crêche pour mineurs migrants au Maroc)
• L’association des Marocains en France
• La Cimade
• La Cimade Nord-Picardie
• La Cimade sud-est
• La coordination 93 de lutte pour les sans papiers
• La fondation France Liberté
• L’AHSETI (ASTI du Havre)
• L’Auberge des migrants
• LDH
• LDH 49
• LDH CALAIS
• LDH de Boulogne-sur-mer
• LDH Dunkerque
• Le Bon Pasteur – Angers
• Le Carrefour des Solidarités du littoral nord
• Le CNCD-11.11.11
• Le Réveil Voyageur
• MIGREUROP
• Mouvement Utopia
• MRAP
• MRAP comité du littoral dunkerquois
• REDA d’Angers
• RITIMO
• Salam Nord/Pas-de-Calais
• SURVIE
• Terre d’Errance (Flandre Littoral)
• Terre d’Errance (Norrent-Fontes)
• Terre d’Errance (Steenvoorde)
• Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Ci-dessous, l’appel en versions française, anglaise et espagnole :

Appel 18.12.2014 CALAIS VF

Text 18.12.2014 english version

Appel mobilisation 18.12.2014 version espagnole

Tribune Emmaüs / « Pour que cessent les souffrances des migrants » / Libération, 05.11.2014

POUR QUE CESSENT LES SOUFFRANCES DES MIGRANTS 

http://www.liberation.fr/monde/2014/11/04/pour-que-cessent-les-souffrances-des-migrants_1136131

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Crédits : Sara Prestianni

Depuis cet été, en dépit des alertes répétées des militants et organisations sur place, la situation des migrants à Calais n’a cessé de se détériorer, dans un contexte d’expression d’une xénophobie particulièrement violente que les pouvoirs publics semblent tolérer.

Des solutions existent, tant à Calais, où s’est rendu lundi 3 novembre le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, que partout en Europe, pour cesser de faire souffrir des milliers de personnes qui cherchent seulement à vivre une vie meilleure, loin de tout ce que nous savons des guerres, exactions, répressions qu’ils subissent dans leur pays.

Encore combien de Lampedusa ou de Calais, encore combien de morts en mer, pour que les décideurs politiques en place, en France, en Angleterre, en Italie et dans toute l’Europe, acceptent enfin de reconnaître l’échec de leur politique ?

Le mouvement Emmaüs demande aux décideurs politiques des deux côtés de la Manche, et de toute l’Europe, de : reconnaître la souffrance infligée inutilement aux migrants qui traversent nos territoires en Europe ; reconnaître l’échec des politiques migratoires européennes, inhumaines, inefficaces, fondées sur des mesures essentiellement sécuritaires et de l’illusion entretenue, depuis tant d’années, qu’il est possible de « contrôler les flux migratoires » ; reconnaître l’échec de notre modèle économique et social, générateur d’inégalités et de souffrance, ici ou ailleurs, pour les populations les plus fragiles et d’une stigmatisation des plus exclus, migrants ou non ; s’engager dans une approche radicalement différente des questions migratoires, fondée sur la liberté de circulation et d’installation, le respect de la dignité et des droits des migrants ; entamer toutes les démarches nécessaires de concertation avec toutes les parties prenantes, et, en particulier, les organisations locales et nationales qui tentent, courageusement, de soulager les souffrances des populations migrantes, pour construire des solutions dignes, alternatives, innovantes et durables pour l’accueil des migrants en Europe, et à Calais en particulier.

Nous serons exigeants quant au déroulement et aux conclusions de la mission diligentée par le ministre de l’Intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve.

Nous rappelons la nécessité de travailler au plus près des acteurs présents localement et qui ont, pour certains, déjà posé les bases d’une proposition collective et adaptée aux réalités sur place. Nous renforcerons nos soutiens aux migrants de Calais et d’ailleurs.

● Jean Rousseau, Président d’Emmaüs international

● Thierry Kuhn, Président d’Emmaüs France

● Julio de la Granja, Président d’Emmaüs Europe

La tribune a été relayée :

Venue de M.Cazeneuve à Calais / Communiqué de presse inter-associatif

Le ministre de l’intérieur vient-il inaugurer à Calais son échec inévitable ?

Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, se rendra à Calais ce lundi 3 novembre pour annoncer ses solutions dont certaines sont déjà en œuvre.

Pourtant, rien de bien neuf sous le ciel calaisien tout comme dans les autres communes où s’abritent les migrants en transit. Les personnes exilées y sont certes plus visibles que d’ordinaire : provisoirement moins nombreuses à se noyer en Méditerranée alors que les crises dans leurs pays d’origine (Afghanistan, Erythrée, Soudan, Syrie, notamment) et dans les pays de transit (Lybie) les contraignent toujours à s’enfuir.

Des personnes exilées en transit vers la Grande-Bretagne, on n’en rencontre effectivement pas seulement à Calais. Elles sont aussi présentes à Paris, Ouistreham, Dieppe, Marquise, Grande-Synthe, Téteghem, Steenvoorde, Tatinghem, Norrent-Fontes, Angres, etc…. Ainsi qu’à Cherbourg, dans la ville de Bernard Cazeneuve.

Pourquoi ce silence sur leur existence disséminée dans l’ensemble du nord-ouest de la France ?  Pourquoi cette fixation sur la seule ville de Calais ?

En ignorant volontairement les situations dans toutes ces communes, le ministre de l’Intérieur passe à côté de la réalité, ce qui l’empêche à l’avance de proposer de bonnes solutions.

M. Cazeneuve et, avec lui, le gouvernement ne propose d’ailleurs aucune solution satisfaisante. Est-ce une solution d’envisager l’ouverture d’un « accueil de jour » à Calais, présenté comme humanitaire ?

Comme au moment de l’ouverture de Sangatte en 1999, il s’agit surtout d’éloigner migrantes et migrants du centre de la ville et de les assigner à l’invisibilité. Un ghetto en quelque sorte. Cet « accueil de jour » semble, pour le moment, n’être pas accueillant du tout, et a plutôt l’air d’un regroupement de quelques services jusqu’ici disséminés aux différentes extrémités de la ville. Pas d’espace prévu pour se poser, discuter, se reposer.

Ce seul ghetto prévu pour un millier de personnes ne suffira pas au vu du nombre actuel d’exilés à Calais, et sera difficile à gérer. Par ailleurs, et par exemple, un seul repas par jour est prévu, sans possibilité pour les exilés de recevoir d’autres aliments, encore moins de faire eux-mêmes la cuisine, est-ce « humanitaire » ?  Et que vont devenir les autres ? Quelles seront les nuits de tous ? Quel hiver leur réserve-t-on ?

Est-ce une solution de poser des barrières le long des autoroutes, de sophistiquer davantage les contrôles des camions et du port, de multiplier les effectifs de la police ?
Cela aura pour principales conséquences une augmentation des risques pris pour sortir de France ainsi que du nombre de morts le long de nos autoroutes et frontières.

Fondamentalement, rien ne va changer. Les côtes de la Manche et de la Mer du Nord vont rester, à l’identique, des frontières fermées qui créent l’entassement dans la région depuis bientôt 15 ans et qui font le bonheur des passeurs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on connaît d’avance l’échec politique et humanitaire de M. Cazeneuve qui essaie de faire passer pour innovantes de vieilles recettes qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité.

Il existe des moyens pour traiter avec davantage de respect des personnes qui ont, pour la plupart, fui une situation de guerre et de persécution : à ce titre ils sont de potentiels demandeurs d’asile.

Les voici :

  • L’étude des demandes d’asile par les autorités britannique.
  • La délivrance de laisser passez par les autorités britanniques pour les personnes ayant des attaches familiales en Grande-Bretagne.
  • Une révision du règlement Dublin III pour permettre à chaque demandeur d’asile en Europe d’aller déposer son dossier dans le pays de son choix.
  • Une orientation immédiate vers un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile pour les personnes qui souhaitent demander une protection en France.
  • Le renforcement du dispositif de protection des mineurs, soit par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) soit par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ;
  • Une renégociation du traité du Touquet.
  • La suppression de l’agence Frontex.
  • Un arrêt définitif des violences policières : les plaintes des personnes concernant des violences doivent pouvoir être enregistrées à l’aide d’un interprète et les victimes doivent pouvoir être orientées vers des structures ou des associations adaptées.
  • L’inconditionnalité de l’hébergement qui ne peut se traduire que par la création de dispositifs d’accueil et d’orientation adaptés et en nombre suffisant.

Dans l’attente de ces dispositifs la mise en place de camps humanitaires d’urgence dignes à Calais et partout où ce sera nécessaire, gérés par l’État ou le HCR.

Le 3 novembre 2014

Organisations signataires :

  • Calais Ouverture et Humanité
  • Communauté Emmaüs Dunkerque
  • Emmaüs-France
  • Emmaüs International
  • Gisti (Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés)
  • Itinérance Cherbourg
  • Le Réveil Voyageur
  • Terre d’Errance Flandres Littoral
  • Terre d’Errance Norrent-Fontes
  • Terre d’Errance Steenvoorde

 

Le camp dit « des Syriens », rue Lamy à Calais, peu de temps avant son démantèlement (mai 2014). Crédits : Grodotzki.

CALAIS / « Faites de la fraternité ! » du 12 au 22.11.2014

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« Faites de la fraternité ! »

Parce que nous savons qu’à Calais une grande partie de la population est sensible au sort des personnes migrantes qui errent dans la ville, nous vous invitons à cultiver la fraternité à travers des festivités et activités diverses : films, concerts, lecture théâtrale, tournois de football.
Venez manifester votre fraternité et votre solidarité, parce qu’ensemble, nous pouvons lutter avec force contre les préjugés et afficher notre soutien à des hommes et des femmes venus de loin et qui ont besoin de nous ici !

Le collectif organisateur du festival « Faites de la fraternité ! ».

PROGRAMME
◊ DU MERCREDI 12 AU SAMEDI 22 NOVEMBRE ◊

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ DE 11H A 16H
(Accueil au Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Arbre à rubans avec l’Association « La pluie d’oiseaux » : www.lapluiedoiseaux.asso.fr/

Rendez-vous à l’Alhambra entre 11h et 16h pour offrir des messages de soutien et de solidarité.

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ A 18H
(Université du Littoral Côte-d’Opale (Bibliothèque universitaire), 190 rue Ferdinand Buisson)

Projection du film « Héros sans visage » de Mary Jimenez
+ Concert TropiCalaisien par Sylvain de Saturne à 20h

+ Du 5 au 18 novembre
Exposition photo « Le camp des exilés de Tatinghem en quelques images ; conditions de vie, solidarité locale » de Julien Saison

◊ JEUDI 13 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 18H
(La Trompe d’Eustache : 41 bd Gambetta à Calais)

Exposition photo « 2 saisons à Calais, carrefour des peuples » de Loup Blaster
+ Apéro slam avec Thomas Suel

◊ VENDREDI 14 NOVEMBRE ◊ A 19H30
(La Crypte : 21 Rue Royale à Calais)

Concert de [Kötsi] (chanson/slam punko-réaliste) et Ahsal (musique du Moyen-Orient)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ DE 14H A 16H
(Hôtel de police bd du Kent, 62903 Coquelles)

Mobilisation au CRA de Coquelles (Centre de Rétention Administratif)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ A 20H30
(Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Projection du film « Guerrière » de David Wnendt
+ Débat animé par Calais Ouverture Humanité Créer la fraternité à Calais ?
+ Surprises

◊ DIMANCHE 16 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 13H

(Terrains de sport de l’université, 220 Rue Ferdinand Buisson, 62100 Calais)

Tournoi football + Tea Time !

◊ Samedi 22 novembre ◊ à 10h
(Dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale)
au Cinéma Alhambra

Lecture texte « OQTF » de Véronika Boutinova
+ Du 17 au 22.11, exposition photo Squats et Taggs de Veronika Boutinova

Plus d’informations sur www.facebook.com/FaitesdelaFraternite

CONTACTS

beaufils.a@gmail.com / 06.31.21.68.69
contact@psmigrants.org / 06.61.97.12.17

Faites de la fraternité recto

Faites de la fraternité verso

Dossier de presse Faites de la fraternité