Dalloz //Un arrêté étend les possibilités de contrôles d’identité

Un arrêté, publié dans le dernier Journal officiel de l’année, met en œuvre la disposition de la loi SILT visant à autoriser les contrôles d’identité aux abords des ports français. Une zone large, puisqu’elle recouvre la quasi-totalité des villes de Marseille, Nice, Le Havre, Toulon et le littoral nordiste entre la Belgique et Sangatte.
par Pierre Januelle 8 janvier 2019

Adoptée en septembre 2017, la loi SILT contenait des dispositions sur les contrôles d’identité (v. Dalloz actualité, 20 juill. 2017, obs. S. Fucini ; ibid. 11 oct. 2017, art. P. Januel ) : elle avait notamment permis les contrôles aux abords des ports, aéroports et gares ferroviaires ou routières ouvertes au trafic international (et non seulement dans les zones accessibles au public de ceux-ci), étendu la durée maximale de ces contrôles de six à douze heures et permis de faire ces contrôles dans un rayon maximal de dix kilomètres autour des ports et aéroports constituant des points de passage frontaliers, dont la liste devait être fixée par arrêté « en raison de l’importance de leur fréquentation et de leur vulnérabilité ». Ces dispositions visent à lutter contre la criminalité transfrontalière mais permettent des possibilités larges de contrôle (v. Dalloz actualité, 5 sept. 2014, obs. S. Fucini ; ibid. 3 mars 2017, obs. D. Goetz ; ibid. 9 juin 2016, obs. C. de Gaudemont ).

L’arrêté du 28 décembre met en œuvre cette disposition intégrée aux articles 78-2 du code de procédure pénale et 67 quater du code des douanes. Il n’évoque pas les aéroports. Mais il prévoit de pouvoir procéder à des contrôles aléatoires dans un rayon de dix kilomètres à compter de leurs emprises des ports de Dunkerque et Calais (ce qui couvre tout le littoral entre la Belgique et le tunnel sous la Manche) et dans un rayon de cinq kilomètres autour des ports de Marseille, Nice, Le Havre, Toulon, Caen-Ouistreham, Cherbourg, Dieppe, Roscoff, Saint-Malo et Sète. Le périmètre englobe le plus souvent la totalité des villes concernées. L’arrêté prévoit aussi le contrôle sur plusieurs portions autoroutières proches de ces ports.

Plus que la vulnérabilité et la fréquentation, ce sont donc bien les problématiques migratoires du territoire qui semblent avoir été le critère déterminant. Cette disposition avait pourtant été instaurée en « raison du caractère durable de la menace terroriste et de la vigilance particulière qu’appelle la grande mobilité des criminels à l’intérieur de l’Union européenne » (circ. DACG).

Un détournement habituel. La disposition sur le contrôle aux abords des gares internationales a entraîné des contrôles dans des parties de gare parisienne réservées aux trains de banlieue. Depuis quelques mois, le nombre de personnes retenues a sensiblement augmenté, sans pour autant qu’il soit procédé à plus d’éloignements (v. Dalloz actualité, 6 déc. 2018, art. P. Januel ).

À noter : le 3 octobre dernier, la France a annoncé à la Commission européenne qu’elle redemandait, pour la onzième fois depuis 2015, la prolongation des contrôles aux frontières Schengen pour six mois. Elle a argué de la permanence de la menace terroriste et de l’organisation du G7 pour prolonger les contrôles aux frontières jusqu’au 30 avril 2019. L’événement phare du G7 n’aura lieu que du 24 au 26 août à Biarritz. La France devrait donc redemander une nouvelle prolongation en avril.

Les traversées par la Manche

Communiqué de presse de Castaner

4 janvier 2019

Le ministre de l’Intérieur, Christophe CASTANER, salue le lancement aujourd’hui, par les préfets de la zone de défense et de sécurité Nord et du département du Pas-de-Calais, d’un plan zonal et départemental d’action pour prévenir et lutter contre les traversées de la Manche par des migrants.

En 2018, 71 tentatives de traversées irrégulières d’embarcations ont été recensées (contre 12 en 2017), dont 14 tentatives pour les 10 premiers mois de l’année, et 57 tentatives pour les seuls mois de novembre et décembre. Sur ces 71 tentatives, 31 ont échoué, 40 ont réussi. Au total, sur les 504 migrants ayant cherché à franchir la Manche en 2018, 276 sont parvenus à atteindre les eaux et côtes britanniques et 228 ont été interceptés par les autorités françaises. Il s’agit pour l’écrasante majorité d’entre eux de ressortissants iraniens. L’augmentation de ces tentatives s’explique notamment par la sécurisation renforcée des ports de ferries et des installations Eurotunnel.

Ces tentatives de traversées de la Manche, souvent effectuées sur des embarcations de fortune non-adaptées à la pleine mer, se font au péril de la vie des migrants étant donné les conditions de navigation particulièrement dangereuses sur la Manche et l’importance du trafic dans le détroit.

Face à ce phénomène, le plan d’action zonal et départemental lancé aujourd’hui repose sur 5 axes :

  • un renforcement de la coordination entre les services et les moyens à terre sous l’autorité des préfets du Nord et du Pas-de-Calais (forces de police et gendarmerie) et des moyens engagés en mer sous l’autorité du préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord (patrouilleurs et moyens aériens de la marine nationale, de la gendarmerie maritime et de la douane) qui ont été renforcés et mis en alerte pour assurer une surveillance 24h/24 des espaces maritimes.
  • un renforcement de la surveillance et de la sécurisation des ports de Boulogne-sur-Mer et de Calais (augmentation du nombre de patrouilles, renforcement des installations de sécurisation des ports).
  • un renforcement de la surveillance et de la sécurisation des plages et des lieux potentiels de mise à l’eau en dehors des ports (renforcement des patrouilles).
  • la mise en place des mesures de sensibilisation et de prévention des professionnels présents sur le littoral afin d’accroître leur vigilance (sensibilisation des gérants d’enseignes de vente de matériel nautique, des loueurs de bateaux et gestionnaires de ports de plaisance et de pêche).
  • Un renforcement de la lutte contre les filières de passeurs (systématisation du traitement judiciaire des individus interpellés en mer, mobilisation des échelons local et national de la police aux frontières pour assurer un démantèlement efficace des filières de passeurs).

Pour Christophe CASTANER, « ce plan doit nous permettre de mettre fin à ces traversées de la Manche par des migrants qui sont non seulement illégales mais par ailleurs extrêmement dangereuses. C’est notre intérêt, comme celui du Royaume Uni, de tout mettre en œuvre pour ne pas laisser se développer de nouvelles filières qui seraient susceptibles d’attirer à nouveau des migrants irréguliers sur notre littoral ».

Christophe CASTANER se félicite par ailleurs de la coopération accrue sur cette question entre la France et le Royaume Uni. A l’occasion d’un échange téléphonique entre le ministre de l’Intérieur et son homologue britannique Sajid JAVID, le 30 décembre, les deux ministres ont salué la coopération effective permise par le nouveau Centre conjoint d’information et de coordination (CCIC) de Coquelles (Pas-de-Calais), en fonctionnement depuis le 23 novembre. Le CCIC permet un échange d’information 24h/24 entre services de police britanniques et français, en particulier entre la police aux frontières et la Border Force britannique.

Lors de leur échange téléphonique, les deux ministres se sont par ailleurs accordés pour renforcer davantage encore la coopération franco-britannique pour la prévention des traversées irrégulières de la Manche, en particulier avec l’élaboration d’un plan d’action conjoint franco-britannique, qui viendra compléter les mesures nationales prises de part et d’autre. Sajid JAVID s’est notamment engagé à poursuivre, dans la continuité du Traité de Sandhurst du 18 janvier 2018, l’appui du Royaume Uni à la gestion conjointe de la frontière commune franco-britannique, en particulier par la prise en charge financière du déploiement de moyens techniques de détection et de prévention des tentatives de départs en mer irréguliers (drones, radars, vidéosurveillance). Les ministres ont par ailleurs encouragé un renforcement de la coordination des patrouilles maritimes.

Les éléments précis de ce plan d’action conjoint franco-britannique sont actuellement en cours d’élaboration entre les ministères de l’Intérieur français et britannique, en vue d’un endossement par les deux ministres à l’occasion d’un déplacement prochain de Christophe CASTANER à Londres.

« L’échange téléphonique avec mon collègue britannique Sajid JAVID a été très constructif. La perspective du Brexit n’altère en rien la nécessité pour nos deux pays de renforcer notre coopération bilatérale pour mettre en oeuvre des mesures concrètes et coordonnées afin de lutter contre l’immigration irrégulière. Les engagements britanniques témoignent de la volonté du Royaume Uni de continuer à participer à la prise en charge de la sécurisation de notre frontière commune » a indiqué Christophe CASTANER.

 

 

http://www.lavoixdunord.fr/516449/article/2019-01-05/des-moyens-renforces-dans-le-detroit-du-pas-de-calais-pour-sauver-des-vies-33#

Migration Des moyens renforcés dans le détroit du Pas-de-Calais pour sauver des vies (3/3)

 

Ouverture du gymnase à Grande Synthe

Accueil des exilés. Grande-Synthe récidive dans la solidarité

Jeudi, 3 Janvier, 2019

Refusant de cautionner la politique gouvernementale de non-accueil des exilés, le maire de la ville a ouvert deux centres d’hébergement, contre l’avis du préfet.

Il persiste et signe dans sa volonté inébranlable de tendre la main aux exilés. Damien Carême, le maire (EELV) de Grande-Synthe (Nord), a de nouveau pris, jeudi dernier, la décision d’ouvrir un gymnase municipal aux personnes isolées vivant à la rue et un autre centre aux familles. Douze employés communaux sont à l’œuvre pour permettre le fonctionnement de ces deux lieux d’accueil, jusqu’à l’arrivée du printemps, et des associations, comme Emmaüs et Salam, sont chargées d’y distribuer les repas. Deux cents personnes environ, en majorité des Kurdes irakiens, doivent ainsi être arrachées au froid hivernal qui s’annonce vigoureux.

Offrir « un minimum de dignité » aux personnes en errance

L’édile a d’abord souhaité répondre à l’urgence en offrant « un minimum de dignité » à ces personnes en errance. « J’agis avec la même motivation que l’an dernier, explique-t-il. Laisser vivre des gens dans cette situation est tout simplement insupportable. » Il souhaite, par ailleurs, s’inscrire dans la même démarche que Médecins du monde France, le Secours catholique-Caritas France et douze autres associations dénonçant, dimanche 29 décembre, dans une lettre à Emmanuel Macron, la « faillite de l’État » et la « mise en danger délibérée », en France, de milliers de personnes à la recherche d’un refuge après avoir fui guerres et pauvreté dans leur propre contrée.

Aucune convention, cette fois encore, n’a été passée avec l’État pour la mise en place de ce centre d’hébergement d’urgence. L’exécutif préfère, depuis la fin de l’expérience du camp humanitaire de la Linière initiée en mars 2016 par Damien Carême, Médecins sans frontières et Utopia 56, laisser les exilés bâtir des camps de fortune dans le bois du Puythouck. En octobre dernier, la préfecture y a, par exemple, délogé 1 800 personnes au cours du sixième démantèlement en l’espace de cinq mois.

« Depuis quelque temps, on arrive à obtenir régulièrement des mises à l’abri de la part de la préfecture, explique l’édile, joint hier au téléphone. Mais ce n’est pas assez. Il y a encore sur la commune 445 personnes à la rue à ce jour. Le préfet n’est pas d’accord pour que j’ouvre ce gymnase. Je lui ai expliqué que je refuse d’être complice de la politique gouvernementale qui vise à rendre les exilés invisibles et à leur faire passer l’envie de venir chez nous, comme l’expliquait l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. »

Le maire de Grande-Synthe n’a pas l’habitude d’attendre un quelconque feu vert pour passer à l’action. Ni même, d’ailleurs, de se laisser impressionner par ceux qui tentent d’agiter les peurs. Des élus du parti d’extrême droite, le Rassemblement national, ont déposé deux plaintes contre l’édile début décembre. L’une pour « crime écologique par rapport à l’état dans lequel se trouve le site du Puythouck » ; l’autre « pour détournement d’argent public ».

« Ils en ont déjà déposé une il y a quelques mois que le procureur a classée sans suite, ironise Damien Carême. Je n’ai pas été directement informé de ces nouvelles plaintes mais il paraît qu’on m’accuse de venir en aide à des personnes en situation irrégulière. Il faudra le prouver. Ce n’est pas du ressort du maire de s’occuper de la régularisation des personnes. Moi, je propose un abri à des femmes et des hommes obligés à dormir dehors. »

Émilien Urbach

Euractiv // La Manche, l’autre mer à traverser pour les migrants

Le HMS Mersey sillonne la Manche depuis quelques jours pour endiguer la vague de traversée de migrants.

France et Royaume-Uni tentent d’endiguer les traversées irrégulières de la Manche par les migrants. Un nouveau plan de coopération doit être annoncé dans les prochaines semaines.

71 embarcations ont tenté de rejoindre l’Angleterre par la Manche en 2018. Il n’y en avait eu que 12 en 2017. La grande majorité de ces tentatives pour atteindre les côtes sud du Royaume-Uni ont eu lieu en novembre et en décembre, d’après le ministère de l’Intérieur français.

Son homologue anglais fait état de 539 migrants ayant tenté la traversée en 2018, dont 80 % au cours des trois derniers mois et 230 rien qu’en décembre. Cette recrudescence d’essais est due au renforcement de la sécurité des ports de ferries, d’Eurotunnel, et à la météo : « Les conditions ont été assez clémentes en mer tout le mois de décembre », explique Stéphane Dupré de Meteo France.

Le gouvernement britannique a fait le choix de dépêcher un de ses navires de la Royal Navy. Depuis début janvier, le HMS Mersey patrouille les eaux de la Manche, pour prêter main forte aux deux bateaux garde-côtes anglais déjà présents.

Trois objectifs

« Cette présence navale a trois objectifs : l’interception des embarcations de migrants, l’envoi d’un signal clair de fermeté et, bien sûr, le sauvetage de vies », fait savoir une source diplomatique britannique.

L’utilisation du bâtiment de la marine militaire anglaise doit rester temporaire, le temps que deux autres bateaux garde-côtes remontent de Méditerranée. La faiblesse des moyens de patrouille anglais préoccupe les Britanniques.

Un élu de Douvres, Charlie Ephicke, réclame plus de moyens pour sécuriser toute la côte anglaise : « Deux bateaux pour garder la côte, c’est franchement ridicule », s’est-il récemment alarmé.

Côté français, le discours se veut rassurant. « Le Brexit n’altère en rien la nécessité pour nos deux pays de renforcer notre coopération bilatérale afin de lutter contre l’immigration irrégulière », a rappelé Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.

Traversée extrêmement dangereuse

Le 4 janvier, il a présenté un plan « zonal et départemental » pour renforcer la lutte contre les passages clandestins. Il doit permettre « de mettre fin à ces traversées de la Manche par des migrants qui sont non seulement illégales mais par ailleurs extrêmement dangereuses ».

La température glaciale de l’eau (en-dessous des 10°C, soit une espérance de vie réduite à deux heures si on y tombe), les forts courants marins et la circulation très dense de bateaux en tout genre rendent l’exercice particulièrement périlleux.

Dans ce plan, la lutte contre les réseaux de passeurs et la sécurisation des ports des ports de Boulogne-sur-Mer et de Calais est mise en avant. Les vols de petites embarcations se sont multipliés ces derniers mois. Mais l’accent est mis sur la coopération franco-britannique.

Des drones pour patrouiller les plages

Sajid Javid, secrétaire d’État à l’Intérieur côté anglais s’est notamment engagé «à poursuivre, dans la continuité du Traité de Sandhurst du 18 janvier 2018, l’appui du Royaume Uni à la gestion conjointe de la frontière commune franco-britannique », fait-on savoir place Beauvau.

La prise en charge financière de drones patrouillant les plages entre Calais et Boulogne est évoquée. « Entre ces deux ports, il y a une douzaine de points de passage et ils sont connus », fait remarquer Maya Konforti, bénévole à l’Auberge des Migrants, une association qui apporte une aide humanitaire dans la région de Calais. Ce qui rendra facile le travail de ces engins volants s’ils sont mis en place.

Malgré tout, il y a encore aujourd’hui plus de 1 000 candidats au passage de l’autre côté de la Manche, entre les camps de Calais et de Grande-Synthe.

Nouveau plan de coopération en vue

« Les camps de migrants sont démantelés tous les jours, ou tous les deux jours, observe Maya Konforti. L’état psychologique de ces gens est préoccupant. » En perpétuelle quête d’un endroit où dormir ou se reposer, « ils discutent entre eux de la prochaine bonne idée pour traverser, et même s’ils la trouvent, ils ne la partageront pas avec nous », explique la bénévole.

Pendant ce temps, les gouvernements des deux côtés de la Manche s’activent pour mettre en place un plan d’action conjoint pour améliorer la coopération . « Il sera finalisé dans les prochaines semaines », dit-on côté britannique.

Christophe Castaner devrait bientôt effectuer un voyage à Londres afin d’officialiser son entrée en vigueur.

Paroles de mineurs et demandeurs d’asile du “squat des cinq étoiles”

Lille, le 11 décembre 2018

« Pourquoi quand un mineur arrive en France, à Lille, on n’a pas confiance en ce qu’il raconte, pourquoi on le soupçonne de mentir au lieu de le prendre en charge, l’héberger, le scolariser ?

Quand on se présente à EMA, le service du département d’évaluation de la minorité et de mise à l’abri, ils nous donnent une date de rendez-vous lointaine, souvent une quinzaine de jours après. Ils ne nous proposent pas d’hébergement, comme l’oblige pourtant la loi, nous disant qu’il n’y a pas de place. Ils nous envoient au squat du 5 étoiles ou nous disent d’aller voir la police. Depuis quand la police est responsable de l’hébergement des mineurs en France ?

Même quand on va voir l’avocate et que le tribunal ordonne de nous héberger, en réaffirmant la loi, on nous dit encore qu’il n’y a pas de place. Le département préfère payer des astreintes plutôt que de trouver des solutions d’hébergement.

L’entretien d’évaluation de minorité dure plusieurs heures, parfois jusqu’à 5h sans manger et sans boire. On nous pose énormément de questions, auxquelles nous ne savons pas toujours répondre. Ils essayent de savoir avec qui on est en contact, ils prennent notre numéro de téléphone et notre facebook pour tout vérifier. Ils jugent notre physique, nos vêtements, nous trouvent parfois trop propres ou trop bien habillé.e.s pour être isolé.e.s. C’est un vrai interrogatoire de police !

Ils ne justifient pas toujours pourquoi ils refusent notre minorité. C’est même déjà arrivé qu’un jeune reçoive un appel avant son jour d’évaluation lui disant qu’il devait venir chercher le résultat alors même qu’il n’avait pas passé l’entretien : il a été refusé directement…

Lorsque certains d’entre nous sont reconnu.e.s mineur.e.s, après cette longue période d’attente à la rue, le dispositif TRAJET, que M Lecerf juge si efficace, leur demande d’attendre à nouveau pour un hébergement. Une fois l’hébergement trouvé, la prise en charge éducative est loin de satisfaire leurs besoins. D’ailleurs, comment voulez-vous avec 65 euros par jour au lieu de 170 euros pour un mineur français, dit « jeunes de nos quartiers » par Mr Lecerf ?!

Lorsque notre minorité n’est pas reconnue par le département, nous sommes complètement abandonné.e.s. Nous n’avons aucun moyen de prouver ce qu’ils nous demandent, dans les conditions où nous sommes. Faire venir ses papiers ou se déplacer pour les faire légaliser à Paris coûte très cher, nous n’avons rien. Aucune administration française ne nous prend en charge car nous ne sommes considéré.e.s ni mineur.e.s ni majeur.e.s.

Nous souhaitons que le Département et l’Etat prennent de nouvelles dispositions pour que nous soyons protégé.e.s. Nous souhaitons avant tout aller à l’école, être formé.e.s, dans les meilleures conditions possibles, comme la loi le dit. Ce sont les droits de l’enfant : droit à l’éducation, droit aux loisirs, droit à la paix et à la sécurité, droit à la protection ! »

Infos et contacts : collectifolieux@gmail.com , https://olieux.herbesfolles.org

Le Figaro // Un navire de la royal navy envoyé dans la manche pour faire face aux migrants

À la demande du ministère de l’Intérieur britannique, le navire de patrouille HMS Mersey pourrait être déployé dès ce jeudi pour contrer les tentatives croissantes de traversée par des migrants à bord de fragiles embarcations.

Ancré à Portsmouth, le HMS Mersey est prêt à appareiller. À la demande du ministère de l’Intérieur, le navire de la Royal Navy pourrait être déployé dès jeudi dans la Manche. Sa mission: faire face aux tentatives croissantes de traversée par des migrants à bord d’embarcations de fortune. La marine britannique avait déjà décidé de rapatrier deux navires en mission en Méditerranée. Ils viendront s’ajouter à la vedette et aux deux patrouilleurs déjà présents sur place. La Royal Air Force devrait également être mise à contribution. D’après le ministère britannique de l’Intérieur, 539 migrants ont tenté de traverser la Manche à bord de petites embarcations en 2018, dont 80% au cours des trois derniers mois. Ils étaient selon lui 230 pour le seul mois de décembre.

Après avoir dû écourter ses congés en fin de semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Sajid Javid, a lui-même convenu que cette situation s’apparentait à un «incident majeur». Celui à qui les médias britanniques prêtent l’intention de succéder à Theresa May à la tête du gouvernement fait depuis montre de fermeté sur le sujet. Mercredi, il est allé jusqu’à questionner le statut de demandeur d’asile de ceux qui tentent cette traversée au péril de leur vie. «Si vous arrivez au Royaume-Uni, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que vous ne réussissiez pas, parce que nous devons briser cette filière» a-t-il mis en garde, s’attirant les foudres de l’opposition travailliste et de plusieurs organisations humanitaires.

Collaboration accrue

Paris et Londres se sont accordés ce week-end sur un «plan d’action renforcé». Cette collaboration doit être mise en œuvre dans les prochaines semaines. Elle prévoit, outre un accroissement du nombre de patrouilles de surveillance, des actions pour démanteler les gangs de trafiquants et la sensibilisation des migrants. De son côté, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, plaidait la semaine dernière pour la création d’«une patrouille commune de garde-côte». «Il ne se passe quasiment pas une nuit désormais sans que des migrants bravent le froid et les dangers de la mer», s’alarmait-il dans nos colonnes. Lundi soir, quatorze migrants étaient interpellés à Boulogne-sur-Mer après avoir volé un bateau de pêche.

Depuis des années, des milliers de migrants venus d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie tentent de rejoindre le Royaume-Uni depuis la France. Habituellement, les migrants essayebt de rejoindre l’Angleterre en montant clandestinement dans l’un des milliers de camions qui franchissent quotidiennement la frontière. Seulement, il est aujourd’hui devenu de plus en plus difficile de passer par les ports ou le tunnel. Selon le préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, l’arrivée croissante d’Iraniens expliquerait en partie ce changement de tactique. Ces profils de migrants généralement plus fortunés pousseraient les passeurs à diversifier les moyens de traversée. La densité du trafic, les courants importants, les hauts-fonds, le vent quasi permanent et la température de l’eau rendent pourtant la traversée du détroit très difficile et extrêmement dangereuse.

Le monde // Migrants traversant la Manche: Paris et Londres conviennent d’un plan d’action renforcée

Migrants traversant la Manche : Paris et Londres conviennent d’un « plan d’action renforcé »

Il consiste notamment en un accroissement du nombre de patrouilles et doit être mis en œuvre dans les prochaines semaines.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 02h46, mis à jour à 02h56

Les ministres de l’intérieur britannique et français se sont mis d’accord, dimanche 30 décembre, pour accroître la collaboration bilatérale face aux tentatives de traversée de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations qui se sont multipliées ces dernières semaines.

Au cours d’une conversation téléphonique, Sajid Javid et son homologue français Christophe Castaner sont convenus d’un « plan d’action renforcé », qui sera mis en œuvre dans les prochaines semaines, selon le Home Office.

Ce plan consiste en un accroissement du nombre de patrouilles de surveillance, des actions pour démanteler les gangs de trafiquants, et la sensibilisation des migrants aux dangers que représente la traversée de la Manche. Ces mesures seront déployées par le centre de coordination et d’information franco-britannique, situé à Coquelles, près de Calais (nord de la France).

« Le Royaume-Uni et la France vont s’appuyer sur des efforts communs pour décourager l’immigration clandestine – protégeant nos frontières et les vies humaines », a déclaré M. Javid. Les deux ministres se rencontreront en janvier pour décider d’éventuels efforts supplémentaires.

Face à ces mesures, l’association britannique Detention Action, qui vient en aide aux migrants, a appelé le ministre à « offrir un passage sûr pour les personnes en détresse » pour « éviter de nouvelles tragédies humaines ».

« Manque de leadership »

Sajid Javid avait récemment fait l’objet de critiques pour sa réponse face aux arrivées ou interceptions quasi quotidiennes de migrants près des côtes britanniques ces derniers jours.

Membre comme lui du parti conservateur, le député du Kent (sud-est de l’Angleterre) Rehman Chishti a déploré « un manque de leadership sur ce problème », tandis que le parti travailliste, principale formation d’opposition, a estimé que le ministre « tardait a réagir ».

Selon le député de Douvres, le conservateur Charlie Elphicke, « plus de 200 migrants sont arrivés sur les côtes du Kent à bord de petites embarcations ces deux derniers mois ». Dans une tribune publiée par le Daily Mail, il affirme que « l’ampleur du problème est sans précédent », et réclame que certains navires de la police des frontières britanniques déployés en Méditerranée soient rapatriés dans la Manche.

Dimanche, six Iraniens ont été interpellés par les autorités sur une plage de Kingsdown, près de Douvres, après avoir réalisé la traversée de la Manche à bord d’un bateau pneumatique à moteur.

Les tentatives de traversée de la Manche se sont multipliées ces dernières semaines. Depuis le 23 décembre, près d’une centaine de personnes ont été secourues en mer par les autorités françaises ou britanniques. La traversée de la Manche sur de petites embarcations est rendue particulièrement dangereuse par la densité du trafic maritime, les forts courants et la faible température de l’eau.

De plus en plus de migrants traversent la Manche sur des bateaux de fortune

Près de 500 migrants ont tenté la traversée, très dangereuse, depuis deux mois. Les autorités britanniques accusent la France de les laisser passer.

Par Eric Albert Publié hier à 14h41, mis à jour à 02h47

 Depuis deux mois, des centaines de migrants, majoritairement iraniens, ont tenté de traverser la Manche sur des canots pneumatiques pour rejoindre le Royaume-Uni, poussant le ministre de l’intérieur britannique, Sajid Javid, à déclarer un « incident majeur » et à rentrer précipitamment de ses vacances dimanche 30 décembre. Après un échange téléphonique avec son homologue français, Christophe Castaner, il a annoncé un renforcement de la surveillance des plages et de la mer. Les Britanniques vont notamment financer des drones et des caméras pour surveiller la dizaine de points d’embarquement qui a été identifiée en France.

Le nombre de passages de migrants reste limité et n’a rien à voir avec ce qu’il se passe dans la Méditerranée. Selon le décompte du ministère de l’intérieur français, 443 personnes ont tenté la traversée cette année, dont la moitié a atteint les eaux britanniques. Mais le phénomène est nouveau, explique Ingrid Parrot, porte-parole de la préfecture maritime de la Manche :

« En 2017, on a compté treize tentatives de traversée et jusqu’en octobre de cette année, on était sur le même ordre de grandeur. Depuis, cela augmente de façon exponentielle. »

Ces derniers jours sont venus le démontrer. Quarante migrants ont été secourus sur cinq canots pneumatiques différents le jour de Noël, trois l’ont été le lendemain, vingt-trois le surlendemain, douze encore le jour d’après…

Nouvelles filières de passeurs

Le mode opératoire est presque toujours le même. Les migrants tentent le passage sur de gros canots pneumatiques à moteur, qui ne sont pas équipés pour la traversée des trente-trois kilomètres qui séparent Calais et Douvres. Beaucoup se lancent de nuit. Les risques sont énormes, au regard du très important trafic de ferrys. La police britannique compare cela « à traverser le [périphérique] à pied à l’heure de pointe ».

Matt Coaker, un pêcheur britannique, a vu pour la première fois un canot pneumatique avec quatre migrants en septembre. « Il y avait quatre personnes (…) à la dérive depuis un moment, qui n’avaient pas de moteur et juste quelques rames », témoigne-t-il à la BBC. « Ils voulaient désespérément un peu d’eau, un peu à manger, et juste atteindre la terre sèche. » Depuis, ce genre de rencontres s’est multiplié. « Ce n’est pas la norme, mais ça devient presque commun », poursuit-il.

Pour le ministère de l’intérieur, cette soudaine augmentation des traversées vient du travail « de gangs criminels organisés ». En novembre, la BBC avait envoyé un journaliste iranien, se faisant passer pour un migrant, dans les camps près de Calais et de Dunkerque. Un homme, affirmant être un ancien pêcheur iranien lui avait proposé un passage par bateau pour trois mille livres (3 327 euros).

3 327 euros pour un passage par bateau

Face à l’activité croissante de ces réseaux criminels, certains Britanniques suspectent les autorités françaises de les laisser faire. « Les passeurs agissent très ouvertement, estime Lucy Moreton, du syndicat des services d’immigration. Si c’est si évident pour les journalistes et les gens sur place, ça devrait être évident pour les autorités françaises aussi. »

« C’est faux, réplique Mme Parrot, de la préfecture maritime de la Manche. On a augmenté le nombre de patrouilles en mer dès novembre, y compris des patrouilles de nuit. » Place Beauvau, on précise que quarante-cinq réseaux de passeurs sont démantelés par an dans le nord de la France, et que les autorités sont « au début » de l’enquête sur ceux qui sont derrière la filière des bateaux.

Accusations mutuelles entre Londres et Paris

Ce jeu d’accusations mutuelles entre Londres et Paris est un classique de la gestion des migrants. L’approche du gouvernement britannique a toujours été la même : c’est aux Français de bloquer les migrants ; en échange, il contribue financièrement aux opérations nécessaires. Ces dernières années, les Britanniques ont versé 170 millions d’euros dans ce cadre.

Cette politique sécuritaire, en renforçant barrières et moyens de surveillance, a permis de réduire très fortement le nombre de passages via le port de Calais ou le tunnel sous la Manche. Mais cela pousse les migrants à chercher de nouvelles filières. Certains tentent de monter dans des camions dès la Belgique, par exemple. L’apparition de traversées par la Manche relève de la même logique.

Pour Steve Valdez-Symonds, d’Amnesty International, cette réponse des autorités françaises et britanniques est inadéquate. « Tant qu’il n’y a pas une réponse directe aux besoins des migrants, à savoir un endroit où ils peuvent demander l’asile pour le Royaume-Uni, les passeurs continueront à les exploiter. C’est aux Français de s’en occuper, mais en même temps, c’est trop facile pour le Royaume-Uni de regarder ailleurs. » Pendant ce temps-là, l’inquiétude des secours en mer est de bientôt retrouver des corps de migrants qui auraient péri lors d’une de ces traversées.

Eric Albert (Londres, correspondance)

Echo de La Lys // Pour Terre d’errance, il y a des tentatives de rendre ces personnes invisibles

http://www.lechodelalys.fr/8620/article/2018-12-27/pour-terre-d-errance-il-y-des-tentatives-de-rendre-ces-personnes-invisibles

Pour Terre d’Errance, il y a des «tentatives de rendre ces personnes invisibles»

Le campement de Norrent-Fontes a été détruit en septembre 2017, par décision du maire et du préfet. « Ceci alors que la justice avait empêché cette destruction à deux reprises, estimant qu’une telle action ne ferait qu’empirer les conditions de vie des habitants, pourtant déjà très précaires », relate Terre d’Errance. Qu’en est-il de la situation aujourd’hui de ces migrants dans le secteur ?

Les 85 personnes expulsées du campement de Norrent-Fontes ne voulaient pas demander l’asile en France et sont majoritairement revenues dans les environs dès la semaine suivante pour tenter le passage en Grande-Bretagne par le parking de l’aire de repos de Saint-Hilaire-Cottes, sur l’A26. Ces personnes se sont alors installées à Quernes sur un terrain dont les propriétaires, comprenant la situation, n’ont pas voulu porter plainte.

« À Quernes, ce sont les bénévoles qui remplissent des jerrycans d’eau pour les leur amener. »

 

Plus d’un an après, alors que l’on vient de célébrer les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits Humains et que le 18 décembre était la Journée internationale des migrants, voici ce qu’il en est au niveau local. À Quernes, la plupart des 85 personnes sont parties en Grande-Bretagne après des mois d’errance entre Paris, Quernes et la Belgique. La dizaine d’exilés qui reste (depuis plus de trois ans pour certains) essaie toujours de passer la frontière. « Les conditions de vie de ces hommes sont identiques au campement de Norrent-Fontes, hormis le fait que ce sont désormais les bénévoles qui remplissent des jerrycans d’eau pour les leur amener et qu’il n’y a plus de lieu pour les soins sur place. »

À Norrent-Fontes, d’autres personnes errent de nouveau dans la commune, depuis quelques mois déjà, tentant elles aussi le passage en Grande-Bretagne. « La mairie ayant grillagé le garage ouvert du presbytère, ces personnes n’ont aucun autre abri que l’église et les abribus du village. Elles n’ont pas la possibilité de préparer leurs repas et dépendent totalement des bénévoles de Terre d’Errance et de la solidarité des Norrent-Fontois. »

Même condition qu’il y a dix ans

Dans le Béthunois, à deux par chambre de l’hôtel Sunset de Fouquières-les-Béthune, les 40 personnes qui demandent asile et protection à la France risquent d’être renvoyées dans un autre pays « où elles n’ont aucune attache et d’où elles peuvent être expulsées dans leur pays d’origine, comme ce fut le cas pour Jahed, expulsé en Suède puis en Afghanistan. » Tout près de là, d’autres jeunes hommes qui veulent se rendre en Grande-Bretagne, expulsés il y a quelques mois du campement d’Angres, n’ont d’autre abri que des tentes de camping posées dans un bosquet « et pour l’instant le 115 (samu social) ne permet pas l’accès aux douches de l’accueil de jour. »

Selon Terre d’Errance, les conditions de vie des personnes migrantes dans le Norrent-Fontois sont les mêmes qu’il y a dix ans, c’est-à-dire bien pires qu’avant l’expulsion de septembre 2017. « Ces observations constituent une énième preuve que les destructions d’abris, qui se cachent hypocritement derrière les mots « évacuation sanitaire », ne sont rien d’autre que des tentatives de rendre ces personnes invisibles, inexistantes. Preuve aussi que les avis des tribunaux de Béthune (TGI) et de Douai (Cour d’Appel) étaient tout sauf fantaisistes. Quand est-ce que les autorités locales et préfectorales se décideront à regarder la réalité et à agir en conséquence, dans le respect des droits de toutes et tous ? », lance l’association qui continue, contre vents et marées, d’aider ces migrants et d’alerter sur leurs conditions.