CALAIS / Lettre ouverte : « Calais : sortir durablement de l’impasse »

Lettre ouverte à Mme Bouchart, maire de Calais, à M. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, à M. Valls, Premier ministre.

Madame la Maire,
Monsieur le ministre de l’Intérieur,
Monsieur le Premier ministre,

- Crédits : Arthur Janssen http://arthurjanssen.wix.com/photo

Crédits : Arthur Janssen
http://arthurjanssen.wix.com/photo

Face à l’augmentation du nombre d’exilés à Calais et dans sa région depuis un an, les pouvoirs publics – maire, préfet, ministre – ont fait évoluer leur attitude. Alors que durant des années le problème sanitaire, social et politique a été nié – et les réfugiés littéralement abandonnés à la générosité des calaisiens et des associations humanitaires -, des débuts de réponses concrètes sont annoncés.

Une mission a été confiée par le ministre de l’Intérieur, sur la suggestion de certaines de nos associations, à deux personnalités afin de proposer des pistes de solutions durables. Sans attendre leurs conclusions, un projet d’accueil de jour devrait se mettre en place d’ici peu, et offrir aux exilés un début de solution à leurs premiers besoins vitaux (nourriture, soins, hygiène).

Tout en reconnaissant ces avancées, nous exprimons notre vive inquiétude face à l’inadéquation de la prise en charge envisagée, comme nous regrettons l’extrême frilosité des Gouvernements successifs pour apporter des réponses politiques à la situation qui prévaut depuis 20 ans.

Faire face à l’urgence sanitaire et sociale

Alors que le nombre de réfugiés est passé de 500 à 2500 en quelques mois, le projet d’accueil de jour prévoit de concentrer toutes ces personnes en un même lieu, sans même envisager le principe d’un hébergement ou d’une simple mise à l’abri.

Les exilés, qui n’auront d’autres solutions, s’entasseront sous des tentes à proximité de ce centre, créant de fait un gigantesque camp de réfugiés sauvage, un Sangatte à ciel ouvert. Pour les femmes et les enfants, une mise à l’abri semble cependant prévue, mais au sein même du centre, solution qui ne sécurisera pas ce public particulièrement vulnérable. Ainsi conçu, ce dispositif n’est pas adapté à la réalité des besoins. Il pourrait même renforcer les réactions de lassitude voire d’hostilité d’une partie de la population.

Depuis le début de l’été, le nombre de personnes concernées est tel qu’il n’est plus raisonnable d’improviser de semaine en semaine. Un diagnostic solide a-t-il été réalisé pour évaluer les besoins en infrastructures, en équipements matériels, en personnels, en fluides et autres approvisionnements, ceci pour une population pouvant atteindre les 3000 personnes ? Comme nous l’avons exprimé dès le printemps dernier, ce n’est plus aux services d’une préfecture – si mobilisés soient-ils – mais bien à des professionnels de la gestion de camps de réfugiés qu’il faut confier cette mission de concevoir et de gérer une telle population ! Le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés) assure cette mission depuis des années sur plusieurs continents. Pourquoi ne pas l’avoir sollicité ? Il n’est pas trop tard, et nous appelons le ministre de l’Intérieur à le faire sans délai.

Nos associations, avec d’autres, suggèrent depuis plus d’un an de ne pas construire UN centre d’accueil, mais plusieurs, de capacité moyenne et de taille humaine (100 à 300 personnes), répartis sur plusieurs territoires – dans et autour de Calais – avec un accueil 24/24h, gérés par des professionnels, aidés par des associations locales. Un projet de “maisons des migrants”, présenté à M. Valls, devait faire l’objet d’une expérimentation. Pourquoi cette proposition a-t-elle été écartée ? Nous demandons aux pouvoirs publics locaux et nationaux de reprendre sans tarder l’examen de ces projets.

Frilosité de la réponse politique

Le problème des exilés à Calais serait si complexe qu’il faudrait des années pour le résoudre ? Et si l’on ramenait les choses à leur juste mesure ! Dans le Calaisis, transitent chaque année entre 5 et 15 000 personnes tentant de rejoindre l’Angleterre. Ce volume est une petite proportion des 150 000 personnes arrivées en 2014 sur les côtes italiennes, et qui se dispersent dans les différents pays de l’Union Européenne.

La Grande Bretagne n’est pour les réfugiés qu’une destination parmi d’autres, et pas la principale, loin de là. Mais Calais est devenu une impasse depuis que la Grande Bretagne, après avoir refusé de signer les accords de Schengen sur la libre circulation au sein de l’UE, a demandé aux autorités françaises de contrôler sa frontière extérieure et d’y assumer un rôle de gendarme en lieu et place des services britanniques.

Divers accords (dont ceux du Touquet) et arrangements ont été signés en ce sens entre les deux gouvernements. Or la position des autorités françaises est incompréhensible ! Car enfin, pourquoi la France jouerait-elle ce rôle de gardien des frontières pour un pays, la Grande Bretagne, qui a refusé les règles européennes relatives à la libre circulation des personnes ? Pourquoi la dénonciation des accords du Touquet est-elle à ce point une question taboue ?

Soit une raison objective justifie ce statu quo, et il faudrait l’expliciter, soit il est légitime de se demander si ces accords ne constituent pas un élément d’une négociation plus large entre États faisant intervenir d’autres considérations sans rapport avec le sujet. Nous demandons au Premier ministre de décider et d’engager la renégociation de ces accords avec le Gouvernement britannique.

Pour décongestionner Calais, le ministre de l’Intérieur souhaite pour sa part inciter les exilés à déposer une demande d’asile en France. Nous approuvons cet objectif, qui serait complémentaire à la renégociation des accords avec la Grande Bretagne. C’est une réponse possible pour une partie des exilés présents sur le littoral. Mais sa réalisation suppose qu’au moins deux conditions soient remplies pour devenir effective ;

D’une part, le Gouvernement devra accélérer la remise en état d’un dispositif d’accueil digne pour les demandeurs d’asile sur tout le territoire. Si les exilés à Calais qui demandent l’asile en France ne voient pas d’amélioration concrète à leur situation actuelle d’errance, leur démarche n’aura aucun effet incitatif sur les autres.

Dans le cadre de la réforme annoncée du dispositif d’accueil des réfugiés, il est impératif que des moyens conséquents soient débloqués afin que toute personne demandant l’asile bénéficie sans délai des normes minimales prévues par les directives européennes, et en premier lieu d’un hébergement décent.

D’autre part, il faudra bien que le ministre de l’Intérieur reconnaisse que l’application des accords de Dublin doit être suspendue. Ces accords – qui encouragent le chacun pour soi entre États européens, une logique à l’encontre de la solidarité intra-européenne – prévoient le renvoi des demandeurs d’asile dans le premier État de l’Union Européenne qu’ils ont traversé.

Ainsi, les exilés demandant l’asile en France risquent le renvoi en Italie, en Pologne ou ailleurs. Conséquence : ils évitent toute démarche en France. Pour les inciter à demander l’asile sur notre territoire, le Gouvernement doit être clair, et nous demandons au ministre de l’Intérieur d’annoncer la suspension des accords de Dublin, au moins dans un premier temps dans le Nord Pas-de-Calais.

Nous avons bien conscience que c’est l’ensemble de la politique et des règles européennes en la matière qui doivent être revues. L’accueil et la protection des réfugiés par l’Union Européenne ne peuvent plus être assurés en se basant sur des outils allant à l’encontre tant de la construction européenne que des valeurs de solidarité qui la portent. Cette remise à plat prendra du temps.

Mais pour répondre à l’urgence sanitaire et sociale, pour sortir Calais de la situation d’impasse qu’elle subit depuis des années, nombre de décisions à prendre relèvent d’abord des autorités françaises, nationales et territoriales. Nous appelons donc la maire de Calais, le ministre de l’Intérieur, le Premier ministre, à les prendre, en dehors de toute considération partisane, rapidement.

Véronique Fayet, Présidente du Secours Catholique – Caritas France

Guy Aurenche, Président du CCFD – Terre Solidaire

Geneviève Jacques, Présidente de la Cimade

Thierry Khun, Président d’Emmaüs – France

Thierry Brigaud, Président de Médecins du Monde

Télécharger la lettre ouverte

CALAIS / Non au « mur de la honte » ! / Mobilisation le 18.12.2014, 10h30, place du théâtre

logo1APPEL du Mouvement Emmaüs et de l’Organisation
pour une Citoyenneté Universelle

Douze ans après la fermeture du hangar de Sangatte, la France va-t-elle avoir son Ceuta et Melilla à Calais ? Le nombre croissant de migrants, présents depuis plusieurs mois dans le Calaisis, conduit nos gouvernants à franchir une étape dangereuse pour les libertés et le respect des droits des migrants.

NON AU « MUR DE LA HONTE » A CALAIS !

La légitimité de la présence des migrants est incontestable. Les pays dont ils proviennent – Afghanistan, Erythrée, Irak, Libye, Soudan, Syrie, notamment – en témoignent. Ils fuient la guerre, la répression, la dictature et l’arbitraire à la recherche d’une protection en Europe. Contrairement à ce qui est répété inlassablement, y compris au sommet de l’État, il ne s’agit nullement d’une « invasion ». Les conditions de survie indignes qui leur sont imposées en France sont intolérables. Malgré la solidarité des associations locales et la générosité des calaisiens, ils subissent l’abandon des pouvoirs publics qui proposent, à la marge, des solutions insuffisantes et n’assument pas leur responsabilité. Des moyens puissants doivent être déployés immédiate- ment pour secourir ces réfugiés qui se sont tournés vers nous. Faut-il attendre les premiers morts de froid dans les jungles de Calais pour déclencher enfin une réelle prise de conscience ?

Une nouvelle escalade dans l’aveuglement est en marche avec la construction d’un mur et le déploiement d’un dispositif sécuritaire de grande envergure à Calais, véritable appareil de guerre contre les migrants, entre la France et le Royaume-Uni. Nous, migrants et organisations de la société civile qui travaillons côte à côte depuis des années, refusons une telle dérive et demandons à nos concitoyens de s’y opposer fermement et massivement.

Depuis des décennies, les contrôles renforcés aux frontières, les dispositifs de surveillance, d’intimidation et de contention, les mesures de déportation des migrants ont totalement échoué, ont coûté très cher et ont surtout provoqué des milliers de morts. Le mur en construction à Calais n’est qu’une nouvelle et triste illustration de cette réponse sécuritaire. Est-ce cela que nous voulons poursuivre, dans une fuite en avant inacceptable et irresponsable ?

En refusant l’asile et l’accueil, c’est la liberté dont nous jouissons nous-même qui est menacée : nous construisons les murs de notre propre prison. De cela nous ne voulons pas ! L’érection de fortifications à Calais doit cesser, et des discussions s’ouvrir sans attendre avec les autorités britanniques pour recevoir les demandes d’asile qui s’adressent à elles (comme cela a été pratiqué en 2002, à l’occasion de la fermeture du camp de Sangatte). Avec tous les États européens, ou avant eux, la France doit revoir la totalité de sa législation et de sa réglementation en matière d’asile et de migration (dénonciation du règlement Dublin et suppression de Frontex). Elle doit le faire dans le strict respect de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, comme de la Convention de Genève. La France doit enfin réviser sa dangereuse et illusoire conception « nationale » de la migration, totalement inadaptée à la mondialisation des échanges humains et aux drames vécus aux portes de l’Europe. La France doit contribuer, au sein de l’ONU, à promouvoir une nouvelle gouvernance en matière de migration, respectueuse de la liberté de circulation, des droits enfin reconnus et appliqués pour tous les migrants.

Le 18 décembre prochain, Journée Internationale des Migrants, nous, migrants et organisations de la société civile engagées aux cotés des migrants, appelons à une mobilisation d’ampleur, à Calais et partout en France,

► pour dénoncer l’indignité de l’accueil des migrants et exiger, conformément aux propositions des acteurs associatifs, la mise en place d’un dispositif d’accueil réaliste dans le Calaisis ;
► pour refuser la réponse sécuritaire et la construction, en notre nom, du mur de la honte à Calais ;
► pour obtenir de nouvelles politiques migratoires au niveau national, européen et mondial, respectueuses des droits et de la dignité des migrants.

Le rendez-vous est fixé à jeudi 18.12.2014, à 10h30, place du théâtre à Calais (plus d’infos très prochainement). Soyons nombreuses et nombreux !

 

Premiers signataires :

• ACADEHLIB (ONG Camerounaise de défense des Droits de l’Homme)
• ACC Minorités Visibles
• ACORT (Assemblée citoyenne des originaires de Turquie)
• ADRA Dunkerque
• Aide Migrants Solidarité Téteghem
• APCV (Association de promotion des cultures et du voyage)
• APSR(L’association d’accueil aux médecins et personnels de santé réfugiés en France)
• ARCI
• ASDHOM (Association de Défense des
Droits de l’Homme au Maroc)
• Association Femmes Plurielles
• ATF (Association des Tunisiens en
France)
• ATTAC France
• AWC (Association of World Citizens)
• BE KHE BALLAN
• Calais Migrant Solidarity
• Calais, ouverture et humanité
• CCFD
• CEDETIM
• CENTRE D’INFORMATION INTER- PEUPLES (association grenobloise de solidarité internationale)
• CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants)
• CISPM- France (Coalition Internationale des Sans-papiers et Migrants)
• Collectif de soutien de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) aux sans-papiers et aux migrant-es
• Collectif de soutien des exilés (Paris)
• Collectif Fraternité migrants du Bassin minier 62
• Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie
• CRID
• CSP75 (Coordination 75 des Sans- Papiers)
• DIEL (Droits Ici Et Là-bas – Paris 11ème)
• Droits devant!!
• Enda Europe
• FALDI (Forum des Associations des
Luttes Démocratiques de l’Immigration)
• FASTI (Fédération des Associations de
Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s)
• Fédération 62 de la Ligue des droits de l’Homme
• Flandre Terre Solidaire
• FNARS
• FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations)
• Forum Social des Quartiers Populaires
Rhône-Alpes
• FTCR
• GISTI
• IDD (Immigration Développement
Démocratie)
• Intégration «Les 3I»
• IPAM
• Itinérance Cherbourg
• Jesuit Refugee Service France
• Kirikou (crêche pour mineurs migrants au Maroc)
• L’association des Marocains en France
• La Cimade
• La Cimade Nord-Picardie
• La Cimade sud-est
• La coordination 93 de lutte pour les sans papiers
• La fondation France Liberté
• L’AHSETI (ASTI du Havre)
• L’Auberge des migrants
• LDH
• LDH 49
• LDH CALAIS
• LDH de Boulogne-sur-mer
• LDH Dunkerque
• Le Bon Pasteur – Angers
• Le Carrefour des Solidarités du littoral nord
• Le CNCD-11.11.11
• Le Réveil Voyageur
• MIGREUROP
• Mouvement Utopia
• MRAP
• MRAP comité du littoral dunkerquois
• REDA d’Angers
• RITIMO
• Salam Nord/Pas-de-Calais
• SURVIE
• Terre d’Errance (Flandre Littoral)
• Terre d’Errance (Norrent-Fontes)
• Terre d’Errance (Steenvoorde)
• Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Ci-dessous, l’appel en versions française, anglaise et espagnole :

Appel 18.12.2014 CALAIS VF

Text 18.12.2014 english version

Appel mobilisation 18.12.2014 version espagnole

Tribune Emmaüs / « Pour que cessent les souffrances des migrants » / Libération, 05.11.2014

POUR QUE CESSENT LES SOUFFRANCES DES MIGRANTS 

http://www.liberation.fr/monde/2014/11/04/pour-que-cessent-les-souffrances-des-migrants_1136131

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Crédits : Sara Prestianni

Depuis cet été, en dépit des alertes répétées des militants et organisations sur place, la situation des migrants à Calais n’a cessé de se détériorer, dans un contexte d’expression d’une xénophobie particulièrement violente que les pouvoirs publics semblent tolérer.

Des solutions existent, tant à Calais, où s’est rendu lundi 3 novembre le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, que partout en Europe, pour cesser de faire souffrir des milliers de personnes qui cherchent seulement à vivre une vie meilleure, loin de tout ce que nous savons des guerres, exactions, répressions qu’ils subissent dans leur pays.

Encore combien de Lampedusa ou de Calais, encore combien de morts en mer, pour que les décideurs politiques en place, en France, en Angleterre, en Italie et dans toute l’Europe, acceptent enfin de reconnaître l’échec de leur politique ?

Le mouvement Emmaüs demande aux décideurs politiques des deux côtés de la Manche, et de toute l’Europe, de : reconnaître la souffrance infligée inutilement aux migrants qui traversent nos territoires en Europe ; reconnaître l’échec des politiques migratoires européennes, inhumaines, inefficaces, fondées sur des mesures essentiellement sécuritaires et de l’illusion entretenue, depuis tant d’années, qu’il est possible de « contrôler les flux migratoires » ; reconnaître l’échec de notre modèle économique et social, générateur d’inégalités et de souffrance, ici ou ailleurs, pour les populations les plus fragiles et d’une stigmatisation des plus exclus, migrants ou non ; s’engager dans une approche radicalement différente des questions migratoires, fondée sur la liberté de circulation et d’installation, le respect de la dignité et des droits des migrants ; entamer toutes les démarches nécessaires de concertation avec toutes les parties prenantes, et, en particulier, les organisations locales et nationales qui tentent, courageusement, de soulager les souffrances des populations migrantes, pour construire des solutions dignes, alternatives, innovantes et durables pour l’accueil des migrants en Europe, et à Calais en particulier.

Nous serons exigeants quant au déroulement et aux conclusions de la mission diligentée par le ministre de l’Intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve.

Nous rappelons la nécessité de travailler au plus près des acteurs présents localement et qui ont, pour certains, déjà posé les bases d’une proposition collective et adaptée aux réalités sur place. Nous renforcerons nos soutiens aux migrants de Calais et d’ailleurs.

● Jean Rousseau, Président d’Emmaüs international

● Thierry Kuhn, Président d’Emmaüs France

● Julio de la Granja, Président d’Emmaüs Europe

La tribune a été relayée :

Venue de M.Cazeneuve à Calais / Communiqué de presse inter-associatif

Le ministre de l’intérieur vient-il inaugurer à Calais son échec inévitable ?

Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, se rendra à Calais ce lundi 3 novembre pour annoncer ses solutions dont certaines sont déjà en œuvre.

Pourtant, rien de bien neuf sous le ciel calaisien tout comme dans les autres communes où s’abritent les migrants en transit. Les personnes exilées y sont certes plus visibles que d’ordinaire : provisoirement moins nombreuses à se noyer en Méditerranée alors que les crises dans leurs pays d’origine (Afghanistan, Erythrée, Soudan, Syrie, notamment) et dans les pays de transit (Lybie) les contraignent toujours à s’enfuir.

Des personnes exilées en transit vers la Grande-Bretagne, on n’en rencontre effectivement pas seulement à Calais. Elles sont aussi présentes à Paris, Ouistreham, Dieppe, Marquise, Grande-Synthe, Téteghem, Steenvoorde, Tatinghem, Norrent-Fontes, Angres, etc…. Ainsi qu’à Cherbourg, dans la ville de Bernard Cazeneuve.

Pourquoi ce silence sur leur existence disséminée dans l’ensemble du nord-ouest de la France ?  Pourquoi cette fixation sur la seule ville de Calais ?

En ignorant volontairement les situations dans toutes ces communes, le ministre de l’Intérieur passe à côté de la réalité, ce qui l’empêche à l’avance de proposer de bonnes solutions.

M. Cazeneuve et, avec lui, le gouvernement ne propose d’ailleurs aucune solution satisfaisante. Est-ce une solution d’envisager l’ouverture d’un « accueil de jour » à Calais, présenté comme humanitaire ?

Comme au moment de l’ouverture de Sangatte en 1999, il s’agit surtout d’éloigner migrantes et migrants du centre de la ville et de les assigner à l’invisibilité. Un ghetto en quelque sorte. Cet « accueil de jour » semble, pour le moment, n’être pas accueillant du tout, et a plutôt l’air d’un regroupement de quelques services jusqu’ici disséminés aux différentes extrémités de la ville. Pas d’espace prévu pour se poser, discuter, se reposer.

Ce seul ghetto prévu pour un millier de personnes ne suffira pas au vu du nombre actuel d’exilés à Calais, et sera difficile à gérer. Par ailleurs, et par exemple, un seul repas par jour est prévu, sans possibilité pour les exilés de recevoir d’autres aliments, encore moins de faire eux-mêmes la cuisine, est-ce « humanitaire » ?  Et que vont devenir les autres ? Quelles seront les nuits de tous ? Quel hiver leur réserve-t-on ?

Est-ce une solution de poser des barrières le long des autoroutes, de sophistiquer davantage les contrôles des camions et du port, de multiplier les effectifs de la police ?
Cela aura pour principales conséquences une augmentation des risques pris pour sortir de France ainsi que du nombre de morts le long de nos autoroutes et frontières.

Fondamentalement, rien ne va changer. Les côtes de la Manche et de la Mer du Nord vont rester, à l’identique, des frontières fermées qui créent l’entassement dans la région depuis bientôt 15 ans et qui font le bonheur des passeurs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on connaît d’avance l’échec politique et humanitaire de M. Cazeneuve qui essaie de faire passer pour innovantes de vieilles recettes qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité.

Il existe des moyens pour traiter avec davantage de respect des personnes qui ont, pour la plupart, fui une situation de guerre et de persécution : à ce titre ils sont de potentiels demandeurs d’asile.

Les voici :

  • L’étude des demandes d’asile par les autorités britannique.
  • La délivrance de laisser passez par les autorités britanniques pour les personnes ayant des attaches familiales en Grande-Bretagne.
  • Une révision du règlement Dublin III pour permettre à chaque demandeur d’asile en Europe d’aller déposer son dossier dans le pays de son choix.
  • Une orientation immédiate vers un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile pour les personnes qui souhaitent demander une protection en France.
  • Le renforcement du dispositif de protection des mineurs, soit par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) soit par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ;
  • Une renégociation du traité du Touquet.
  • La suppression de l’agence Frontex.
  • Un arrêt définitif des violences policières : les plaintes des personnes concernant des violences doivent pouvoir être enregistrées à l’aide d’un interprète et les victimes doivent pouvoir être orientées vers des structures ou des associations adaptées.
  • L’inconditionnalité de l’hébergement qui ne peut se traduire que par la création de dispositifs d’accueil et d’orientation adaptés et en nombre suffisant.

Dans l’attente de ces dispositifs la mise en place de camps humanitaires d’urgence dignes à Calais et partout où ce sera nécessaire, gérés par l’État ou le HCR.

Le 3 novembre 2014

Organisations signataires :

  • Calais Ouverture et Humanité
  • Communauté Emmaüs Dunkerque
  • Emmaüs-France
  • Emmaüs International
  • Gisti (Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés)
  • Itinérance Cherbourg
  • Le Réveil Voyageur
  • Terre d’Errance Flandres Littoral
  • Terre d’Errance Norrent-Fontes
  • Terre d’Errance Steenvoorde

 

Le camp dit « des Syriens », rue Lamy à Calais, peu de temps avant son démantèlement (mai 2014). Crédits : Grodotzki.

CALAIS / « Faites de la fraternité ! » du 12 au 22.11.2014

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« Faites de la fraternité ! »

Parce que nous savons qu’à Calais une grande partie de la population est sensible au sort des personnes migrantes qui errent dans la ville, nous vous invitons à cultiver la fraternité à travers des festivités et activités diverses : films, concerts, lecture théâtrale, tournois de football.
Venez manifester votre fraternité et votre solidarité, parce qu’ensemble, nous pouvons lutter avec force contre les préjugés et afficher notre soutien à des hommes et des femmes venus de loin et qui ont besoin de nous ici !

Le collectif organisateur du festival « Faites de la fraternité ! ».

PROGRAMME
◊ DU MERCREDI 12 AU SAMEDI 22 NOVEMBRE ◊

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ DE 11H A 16H
(Accueil au Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Arbre à rubans avec l’Association « La pluie d’oiseaux » : www.lapluiedoiseaux.asso.fr/

Rendez-vous à l’Alhambra entre 11h et 16h pour offrir des messages de soutien et de solidarité.

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ A 18H
(Université du Littoral Côte-d’Opale (Bibliothèque universitaire), 190 rue Ferdinand Buisson)

Projection du film « Héros sans visage » de Mary Jimenez
+ Concert TropiCalaisien par Sylvain de Saturne à 20h

+ Du 5 au 18 novembre
Exposition photo « Le camp des exilés de Tatinghem en quelques images ; conditions de vie, solidarité locale » de Julien Saison

◊ JEUDI 13 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 18H
(La Trompe d’Eustache : 41 bd Gambetta à Calais)

Exposition photo « 2 saisons à Calais, carrefour des peuples » de Loup Blaster
+ Apéro slam avec Thomas Suel

◊ VENDREDI 14 NOVEMBRE ◊ A 19H30
(La Crypte : 21 Rue Royale à Calais)

Concert de [Kötsi] (chanson/slam punko-réaliste) et Ahsal (musique du Moyen-Orient)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ DE 14H A 16H
(Hôtel de police bd du Kent, 62903 Coquelles)

Mobilisation au CRA de Coquelles (Centre de Rétention Administratif)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ A 20H30
(Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Projection du film « Guerrière » de David Wnendt
+ Débat animé par Calais Ouverture Humanité Créer la fraternité à Calais ?
+ Surprises

◊ DIMANCHE 16 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 13H

(Terrains de sport de l’université, 220 Rue Ferdinand Buisson, 62100 Calais)

Tournoi football + Tea Time !

◊ Samedi 22 novembre ◊ à 10h
(Dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale)
au Cinéma Alhambra

Lecture texte « OQTF » de Véronika Boutinova
+ Du 17 au 22.11, exposition photo Squats et Taggs de Veronika Boutinova

Plus d’informations sur www.facebook.com/FaitesdelaFraternite

CONTACTS

beaufils.a@gmail.com / 06.31.21.68.69
contact@psmigrants.org / 06.61.97.12.17

Faites de la fraternité recto

Faites de la fraternité verso

Dossier de presse Faites de la fraternité

Série de projection-débats du film « Nous irons vivre ailleurs » / 15, 16 & 17 octobre 2014 / à Dunkerque, Calais et Hazebrouck

nous irons vivre ailleurs flyer p1NOUS IRONS VIVRE AILLEURS

de Nicolas Karolszyk, avec Christian Mupondo, Léticia Belliccinni, Karim Leeri, Emmanuel Mote, …

France – 2013 – 1h15 – couleurs

Synopsis : Quelque part en Afrique, Zola se laisse convaincre par un énigmatique et charismatique chef d’entreprise que l’Europe est la seule sortie de secours à ses galères. La peur au ventre, Zola décide donc d’entreprendre un périlleux voyage pour la France…

# MERCREDI 15.10 A 19H00 / DUNKERQUE – SALLE 5

(Pôle Marine – rue des Fusiliers Marins / 06 61 97 12 17).

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Claire Millot, membre de l’association Salam Nord/Pas-de-Calais, et de Bertrand Nnouck A Bessong, président de l’association Intégration « Les 3I ».

# JEUDI 16 OCTOBRE A 20H00 / CALAIS – L’ALHAMBRA

(2 rue Jean Jaurès / 03 21 17 73 33 / www.cinéma-alhambra.org)

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Martine Devries, membre de la Plate-forme de Services aux Migrants (PSM).

Veronika Boutinova participera à cette soirée. Elle est l’auteure de la pièce N.I.M.B.Y. publiée cette année par les éditions parisiennes « L’Espace d’un instant ». N.I.M.B.Y. raconte une soirée de Jean-Bert, un Calaisien qui loue son vécé-douche aux migrants et assiste là à l’accouchement d’une jeune Africaine. La pièce sera proposée à la vente dans le hall de l’Alhambra suite à la projection, ainsi que d’autres ouvrages des éditions L’Espace d’un instant.

# VENDREDI 17 OCTOBRE A 20H00 / HAZEBROUCK – LES ARCS-EN-CIEL

(4 place du Général de Gaulle 06 87 97 74 49 / www.arcsenciel-cine.fr)

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Damien Defrance, membre de Terre d’Errance (Steenvoorde), de Dominique Ruelle-Bourgeois, bénévole solidaire des exilés du camp de Tatinghem et Nan, co-présidente de Terre d’Errance (Norrent-Fontes).

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Ces trois soirées seront également l’occasion de découvrir l’exposition de photographies de Julien Saison intitulée « Le camp des exilés de Tatinghem (Pas-de-Calais, secteur de Saint-Omer) en quelques images ; conditions de vie, solidarité locale ».

« Sans misérabilisme ou moralisation, j’ai souhaité mettre en lumière une réalité sombre, déshumanisante, ignorée volontairement ou non de la population locale ; une réalité cachée dans un bosquet… »  Par Julien Saison / O2e.

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APPEL AUX DONS !!

Nous profitons des projections pour collecter des couvertures, duvets, tentes, bâches, chaussures et pantalons de jean (tailles 38 à 44), blousons, bonnets, gants, écharpes, produits d’hygiène…(cf. la liste détaillée des besoins).

Merci d’avance !

Flyer Nous irons vivre ailleurs

CALAIS / Tournoi de foot contre le racisme et en soutien aux exilés / dimanche 07.09.2014

Sans titre

A Calais, là où certains établissent des barrières (réelles ou imaginaires) entre les calaisiens d’un jour (les exilés) et les calaisiens de toujours (les habitants), un petit groupe de bénévoles et militants motivés lance cette idée de rencontre autour du football dimanche après-midi 07.09.2014, de 14h à 18h, à la Citadelle.

Le « Foot du Monde » aura lieu à la Citadelle, sur le terrain public où des exilés jouent chaque dimanche. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’entrée sur le site est coté avenue de Coubertin, face à la grande gendarmerie : il y a un parking derrière la première enceinte. Et le terrain est au bout de ce parking (à gauche après la première voûte).

Au programme également : musique, « open mic », espace « café/thé », etc….

N’hésitez pas à venir pour jouer, boire un thé, discuter, etc…

Pour s’inscrire ou pour tous renseignements,

contactez le 06 27 93 74 52 ou calais.ouverture.humanite@gmail.com

Parution du Journal des Jungles, numéro 3 !!

Oyez, oyez braves âmes ! Le « Journal des Jungles » est de retour ! Toujours appuyé par les chercheurs de l’ENSAD, la livraison du numéro 3 vient d’arriver !

Dans ce numéro, la thématique de l’exode et des routes migratoires se veut centrale, et ce notamment grâce aux contributions d’Olivier Clochard et Olivier Thomas, tous deux géographes.

De leur côté, les chercheurs de l’ENSAD reviennent sur leur expérience liée à « l’Agence de voyageurs« .

Bref, un numéro « spécial Voyage ». Alors, circulez, il y a tout à voir !

C’est ici, pour télécharger le Journal des jungles n°3.

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Crédits : Rahaf Demashki

Éditorial du Journal des Jungles (numéro 3)

« L’impasse de Calais »

Il y a vingt ans, l’ouverture du tunnel sous la Manche visait à faciliter les déplacements entre la Grande-Bretagne et le continent européen. L’instauration de ce mode passage a entraîné en contrepartie un renforcement des contrôles migratoires par les autorités britanniques et leurs consœurs françaises, belges et hollandaises pour celles et ceux qui ne sont pas citoyens de l’UE. Depuis, la situation des personnes bloquées à cette frontière n’a cessé de se dégrader face au déploiement continu des forces de l’ordre.

Par ailleurs au regard des aménagements qui se sont opérés durant cette période dans les ports comme à Calais ou à Dunkerque et autour des sites accueillant l’Eurostar, cette frontière de l’espace Schengen est probablement à ce jour un des dispositifs les plus accomplis dans le domaine de la politique d’externalisation des contrôles migratoires. Accords franco-britanniques institutionnalisant la nomination d’agents de liaison de chaque État en France et en Grande-Bretagne, implantation de contrôles migratoires britanniques sur le territoire français, etc. font de cette frontière un « modèle » dont la Grande-Bretagne tire profit et dont nous retrouvons des développements similaires aux limites extérieures de l’UE.

Ces diverses situations qui s’égrainent sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord nous rappellent que les migrations dans le monde sont de plus en plus entravées – on n’a jamais autant construit de murs depuis la chute du mur de Berlin en 1989 – et les dispositifs grillagés entourant le site d’Eurotunnel et les ports en sont autant d’exemples locaux. Elles devraient également rappeler aux autorités que ces mécanismes ne résolvent pas la situation migratoire de Calais, pour preuve, il y a (et il y aura) toujours des migrants qui auront de bonnes raisons de vouloir traverser la Manche. C’est pourquoi, la mise en œuvre effective de la possibilité d’aller et venir des deux côtés de la Manche – ce que nous pourrions également appeler la liberté de circulation – est le seul moyen de changer radicalement la situation. Les autorités le savent sûrement mais elles ne font rien pour aller dans ce sens.

Olivier Clochard, géographe, Chargé de recherches CNRS, président de Migreurop.

C’est ici, pour télécharger le Journal des jungles n°3.

D’autre part, Il est disponible en version papier au siège de la PSM (15, rue de l’Écluse de Bergues à Dunkerque) et sera diffusé et diffusable de main en main très prochainement !!

Dans le journal « Libération » du 28.07.2014 / Tribune de soutien aux exilés de Calais

La tribune a été publiée lundi 28.07 dans le journal Libération. Elle est également en ligne sur le site internet du journal.
A partir de mercredi 30.07, elle est parue sur le site internet de Médiapart.
Enfin, elle est relayée sur d’autres sites, notamment sur le blog « Combats pour les droits de l’homme » ou sur le site du GISTI.

NOUS CONDAMNONS LA VIOLENCE D’ÉTAT
CONTRE LES EXILÉ.E.S DU CALAISIS

par un collectif de chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires

À Calais, le 2 juillet 2014, 610 étrangères et étrangers ont été une nouvelle fois délogés par les forces de l’ordre du lieu où elles et ils s’abritaient faute de solution alternative. Il en est systématiquement ainsi depuis que, le 5 novembre 2002, le gouvernement français a fermé et détruit le centre d’accueil des « réfugiés » situés sur la commune de Sangatte et géré par la Croix-Rouge.

Le 22 septembre 2009, la jungle de Calais a été évacuée et détruite. 276 migrants, dont 135 mineurs, ont été arrêtés.

Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les camps et lieux de vie des migrants se sont multipliés autour des ports et le long des autoroutes A 16, A 25 et A 26 (Angres, Norrent-Fontes, Tatinghem, Grande Synthe, Steenvoorde…). Ils y survivent dans des abris de fortune, dans la promiscuité et l’insalubrité. Ces lieux sont régulièrement détruits.

Ces derniers mois, les événements se sont accélérés. Les évacuations des lieux de vie, les arrestations et les violences policières se sont multipliées.

Le 28 mai, à Calais, les lieux de vie et les biens personnels de plusieurs centaines de migrants sont détruits sur décision préfectorale pour cause d’une épidémie de gale ignorée depuis deux mois par l’administration malgré les appels répétés des associations. Le même jour, en protestation, les exilés occupent l’esplanade grillagée utilisée par les associations lors des distributions de repas.

Le 2 juillet, ce lieu est évacué en même temps que trois squats. Plus de 600 personnes (dont 121 mineurs) font l’objet de contrôles d’identité, sont emmenées dans des bus vers différentes villes et les documents de certaines d’entre elles sont confisqués. 206 personnes sont enfermées dans différents centres de rétention administrative. Ainsi éloignées, elles se retrouvent privées de leurs soutiens militants. Dans les jours suivants, la quasi-totalité des exilés interpellés sont de retour dans les rues de Calais.

Le 12 juillet, une manifestation de soutien réunit plus de 500 personnes. Le même jour, l’ouverture d’un nouveau squat dans une usine désaffectée, soutenu par plus d’une trentaine d’associations locales et nationales, est rendue publique.

Le 22 juillet, cinq personnes – trois migrants et deux militants – sont convoquées au Tribunal d’instance de Calais dans le cadre d’une audience d’urgence à la suite d’une plainte du propriétaire du site occupé. Cette plainte invoque la dangerosité de cet ancien site industriel, alors même que les zones les plus dangereuses ont été interdites d’accès par les occupants eux-mêmes.

Jeudi 24 juillet, le tribunal a statué pour l’expulsion, comme si l’occupation de l’usine relevait d’une envie collective de pur confort. Il n’a pas reconnu l’état de nécessité dans lequel se trouvent les exilés par la faute d’un État qui ne respecte aucune de ses obligations : droit à l’hébergement universel défini comme une « liberté fondamentale », droit au respect de la dignité humaine, droit à des conditions matérielles d’accueil définies par la loi pour les demandeurs d’asile, droit à la protection et à des mesures éducatives pour les mineurs isolés, droit à la santé, etc.

Nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires,

Nous dénonçons le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels. Venus d’Afghanistan, d’Érythrée, du Soudan ou de Syrie, ils n’ont pourtant d’autres choix que de fuir la violence, l’injustice, la corruption et la misère.

Nous rappelons que les droits à l’hébergement, à l’accès aux soins, ainsi qu’à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. Nous nous préoccupons du respect de ces droits ainsi que du respect de la dignité humaine sur l’ensemble du territoire français.

Nous constatons que l’assistance à personne en situation de grande précarité est aujourd’hui assurée par les associations et les militants alors qu’il s’agit de compétences de l’État.

Nous soutenons l’ensemble des associations et des militants engagés à Calais et dans les environs.

Nous interpellons le gouvernement et l’ensemble des élus pour qu’une solution de logement adapté et durable soit trouvée pour l’ensemble des migrants.

* * *

Liste des signataires

Michel AGIER, anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Karen AKOKA, sociologue, Maîtresse de conférences, membre du Gisti
Thomas ALAM, sociologue, Maître de conférences, Lille 2
Anne-Laure AMILHAT SZARY, géographe, Professeur des Universités, Grenoble
Étienne BALIBAR, Professeur émérite de philosophie politique et morale, Paris Ouest Nanterre
Michel BARTHELEMY, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Marie-Laure BASILIEN-GAINCHE, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3, membre de l’Institut Universitaire de France
Sylvain BECK, Doctorant Laboratoire GEMASS, Paris 4 – Sorbonne
Jeanne BEM, Professeur des universités retraité, Chaire « Littérature française dans le contexte européen », Université de la Sarre (Allemagne)
Jérôme BERTHAUT, sociologue, Maître de conférences, Université de Bourgogne
William BERTHOMIERE, géographe, Directeur de recherche CNRS, Université de Poitiers
Monique BILE, Maître de conférences honoraire de grec, Université de Lorraine
Hervé BISMUTH, Maître de conférences en littérature française, Université de Bourgogne
Emmanuel BLANCHARD, Maître de conférences en science politique, UVSQ, membre de Migreurop
Luc BOLTANSKI, sociologue, Directeur d’études à l’EHESS
Anne BORY, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ahmed BOUBEKER, sociologue, Professeur des universités, Saint-Etienne
Saâd BOUHSINA, chimiste, Maître de conférences, Université du Littoral Côte d’Opale
Etienne BOUREL, doctorant en anthropologie, CREA, Lyon 2
Pierre BRASSEUR, doctorant en sociologie, Lille 1
Xavier BRIKE, anthropologue, Chargé de recherche LLN
Pauline BRÜCKER, doctorante en sociologie politique, CERI/Sciences Po & CEDEJ
Louise BRUIT, historienne, Professeure des universités, Paris 7
Isabelle BRUNO, sociologue, Maître de conférences, Lille II
André BURGUIERE, historien, Directeur émérite à l’EHESS
Evelyne BURGUIERE, sociologue, INRP
Claude CALAME, helléniste et anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Cécile CANUT, cinéaste et linguiste, Professeure des universités, Paris Descartes
Sébastien CHAUVIN, sociologue, Maître de conférences à l’Université d’Amsterdam
Pierre CHAUVIN, médecin épidémiologiste, Directeur de recherche Inserm
Gérard CHAZAL, philosophe, Professeur honoraire, Université de Bourgogne
Olivier CLOCHARD, géographe, Chargé de recherches CNRS, président de Migreurop
Marguerite COGNET, sociologue, Maître de conférences, Paris 7, membre de l’UMR URMIS
Philippe COULANGEON, sociologue, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po
Bruno COUSIN, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Geneviève CRESSON, sociologue, Professeure des universités, Lille 1
Paula CRISTOFALO, sociologue, Maîtresse de conférences, EHESP Sorbonne Paris Cité
Mathilde DARLEY, sociologue et politiste, Chargée de recherche CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin / CESDIP
Christophe DAUM, anthropologue, Maître de conférences, Université de Rouen
Sonia DAYAN-HERZBRUN, sociologue, Professeure émérite, Université Paris Diderot-Paris 7
Jean-Philippe DEDIEU, sociologue, CIRHUS Fellow, New York University
Nicholas DE GENOVA, Reader in Urban Geography, King’s College London
Vanessa DE GREEF, Assistante au Centre de droit public de l’Université Libre de Bruxelles
Mathias DELORI, politiste et historien, Chargé de recherche CNRS, Centre Emile Durkheim, Bordeaux
Didier DEMAZIERE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Véronique De RUDDER, sociologue, Chargée de recherche CNRS
Pascale DEVETTE, doctorante, École d’études politiques, Université d’Ottawa
François-Xavier DEVETTER, économiste, Maître de conférences, Télécom Lille 1
Marie-Sophie DEVRESSE, Professeur à l’École de criminologie, UCL, Louvain, CRID&P
Kamel DORAI, Chargé de recherche CNRS, Migrinter
Marix DRESSEN, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Sophie DUCHESNE, politiste, Directrice de recherche CNRS
Serge DUFOULON, sociologue, Professeur des universités, Grenoble II
Ariela EPSTEIN, Post-doctorante, IIAC, CNRS/EHESS, HiCSA, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Éric FASSIN, sociologue, Professeur des universités, Paris 8
Olivier FILLIEULE, sociologue, professeur ordinaire de sociologie politique, IEPI UNIL, CRAPUL
Sébastien FLEURIEL, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Marion FRESIA, anthropologue, Professeure assistante, Université de Neuchâtel
Daouda GARY-TOUNKARA, historien, Chargé de recherche CNRS, LAM / Sciences Po Bordeaux
Nancy L. GREEN, historienne, Directrice d’études à l’EHESS
Jean-Luc GAUTERO, Maître de conférences en Épistémologie, Logique et Histoire des Sciences, Université de Nice-Sophia Antipolis
Virginie GUIRAUDON, sociologue du politique, Directrice de recherche CNRS, Sciences Po
Abdellali HAJJAT, Maître de conférences en science politique, Université de Paris-Ouest Nanterre
Abdelhafid HAMMOUCHE, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Bénédicte HAVARD DUCLOS, sociologue, Maître de conférences, Université de Bretagne Occidentale
Matthieu HELY, sociologue, Maître de conférences, Paris-Ouest Nanterre
Françoise HICKEL, Docteur en sciences du langage, éducatrice-formatrice à la PJJ
Marie-Antoinette HILY, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Poitiers
Martine HOVANESSIAN, anthropologue, Directrice de recherche CNRS, Paris 7
Anne-Cécile HOYEZ, géographe, Chargée de recherche CNRS
Liora ISRAËL, sociologue, Maîtresse de conférences EHESS
Rada IVEKOVIC, philosophe, Professeure des universités retraitée, College international de philosophie, réseau TERRA
Hubert JAYET, économiste, Professeur des universités, Lille 1
Fanny JEDLICKI, sociologue, Maîtresse de conférences, Université du Havre
Solenne JOUANNEAU, Maîtresse de conférences en science politique, Strasbourg
Nicolas JOUNIN, sociologue, Maître de conférences, Paris 8
Sonja KELLENBERGER, sociologue, anthropologue, IRTESS Dijon
Anouche KUNTH, historienne, Chargée de recherche CNRS
Smaïn LAACHER, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Pascale LABORIER, Professeure de science politique, Paris-Ouest Nanterre
Thomas LACROIX, géographe, Chargé de recherche CNRS, Université de Poitiers
Rose-Marie LAGRAVE, sociologue, Directrice d’études EHESS
Karine LAMARCHE, sociologue, Postdoctorante, LaSSP, Toulouse
Sylvains LAURENS, sociologue, Maître de conférences à l’EHESS
Frédéric LEBARON, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Anne LE HUEROU, Maître de conférences en études russes, Paris Ouest Nanterre
Annalisa LENDARO, Sociologue et politiste, Chargée de recherche CNRS, Université de Toulouse 2
Wenceslas LIZE, sociologue, Maître de conférences, Université de Poitiers
Danièle LOCHAK, Professeure émérite de droit public, Paris Ouest Nanterre, présidente honoraire du GISTI
Nicola MAI, Professor of Sociology and Migration Studies, London Metropolitan University and MMSH/LAMES Aix-Marseille University
Lilian MATHIEU, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Jean MATRINGE, Professeur de droit public, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Yoan MIOT, urbaniste, Maître de conférences, Paris-Est Marne-la-Vallée
Alain MORICE, anthropologue, Directeur de recherche CNRS, membre de Migreurop
Séverin MULLER, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ugo PALHETA, sociologue, Maître de conférences, Lille III
Karine PARROT, Professeure de droit, Université de Cergy-Pontoise
Anthony PECQUEUX, sociologue, Chargé de recherche CNRS, CRESSON
Martyne PERROT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, section LDH à l’EHESS
Mathilde PETTE, sociologue, Postdoctorante, Lille 1
Roland PFEFFERKORN, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Nicole PHELOUZAT, sociologue, IIAC, EHESS/CNRS, membre de la section EHESS de la LDH
Laure PITTI, sociologue, Maîtresse de conférences, Paris 8
Raphael PORTEILLA, Maître de conférences en sciences politiques, Université de bourgogne
Swanie POTOT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Nice Sophia Antipolis
Stéphanie PRYEN, sociologue, Maîtresse de conférences, Lille III
Romain PUDAL, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Aude RABAUD, socio-anthropologue, Maître de conférences, Paris Diderot
Vincent RAFIS, Maître de conférences, Université Stendhal Grenoble 3
François REYSSAT, doctorant et moniteur en sociologie, Paris 7
Christian ROBIN, Maître de conférences en Information et communication, Paris 13
Maricel RODRIGUEZ BLANCO, sociologue, doctorante EHESS
Mirna SAFI, sociologue, Chargée de recherche, Sciences Po
Grégory SALLE, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Camille SCHMOLL, géographe, Maîtresse de conférences, Paris 7 Diderot
Johanna SIMEANT, Professeure de science politique, Paris 1
Patrick SIMON, socio-démographe, Directeur de recherche à l’INED
Maud SIMONET, sociologue, Chargée de recherches CNRS
Hélène SIMON-LORIERE, Docteur en Géographie, Laboratoire Migrinter, Université de Poitiers
Serge SLAMA, Maître de conférences en droit public, Paris Ouest Nanterre
Alexis SPIRE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Jocelyne STREIFF-FENART, Directrice de recherche au CNRS, Université Nice Sophia Antipolis
Philippe TASTEVIN, ethnologue, Chargé de recherche CNRS
Alain TARRIUS, sociologue, Professeur émérite, Toulouse le Mirail
Jean-Pierre TERRAIL, sociologue, Professeur honoraire, Université de Versailles-Saint-Quentin
Emmanuel TERRAY, anthropologue, EHESS
Cédric TERZI, sociologue, Maître de conférences, Université de Lille 3
Sébastien THIERY, Politologue, Maître assistant associé à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Malaquais, Enseignant à l’Ecole des Arts Politiques, Sciences Po Paris
Mahamet TIMERA, sociologue, Professeur des universités, Paris 7 Denis Diderot, URMIS
Sylvie TISSOT, Professeure de sciences politiques, Université Vincennes Saint Denis Paris 8
Maryse TRIPIER, sociologue, Professeur émérite, Paris Diderot
Aline VALENCE, Docteure en psychologie sociale, Postdoctorante, MESHS, Lille
Louis-André VALLET, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po Paris
Jérôme VALLUY, sociologue et politiste, Maître de Conférences, Université Panthéon-Sorbonne
Sophie WAHNICH, historienne, Directrice de recherche CNRS
Laurent WILLEMEZ, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Karel YON, sociologue, Chargé de recherche CNRS, Lille II
Zaihia ZEROULOU, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Emeline ZOUGBEDE, doctorante, Laboratoire Cerlis, Université Paris Descartes

 

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