Dans le journal « Libération » du 28.07.2014 / Tribune de soutien aux exilés de Calais

La tribune a été publiée lundi 28.07 dans le journal Libération. Elle est également en ligne sur le site internet du journal.
A partir de mercredi 30.07, elle est parue sur le site internet de Médiapart.
Enfin, elle est relayée sur d’autres sites, notamment sur le blog « Combats pour les droits de l’homme ».

NOUS CONDAMNONS LA VIOLENCE D’ÉTAT
CONTRE LES EXILÉ.E.S DU CALAISIS

par un collectif de chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires

À Calais, le 2 juillet 2014, 610 étrangères et étrangers ont été une nouvelle fois délogés par les forces de l’ordre du lieu où elles et ils s’abritaient faute de solution alternative. Il en est systématiquement ainsi depuis que, le 5 novembre 2002, le gouvernement français a fermé et détruit le centre d’accueil des « réfugiés » situés sur la commune de Sangatte et géré par la Croix-Rouge.

Le 22 septembre 2009, la jungle de Calais a été évacuée et détruite. 276 migrants, dont 135 mineurs, ont été arrêtés.

Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les camps et lieux de vie des migrants se sont multipliés autour des ports et le long des autoroutes A 16, A 25 et A 26 (Angres, Norrent-Fontes, Tatinghem, Grande Synthe, Steenvoorde…). Ils y survivent dans des abris de fortune, dans la promiscuité et l’insalubrité. Ces lieux sont régulièrement détruits.

Ces derniers mois, les événements se sont accélérés. Les évacuations des lieux de vie, les arrestations et les violences policières se sont multipliées.

Le 28 mai, à Calais, les lieux de vie et les biens personnels de plusieurs centaines de migrants sont détruits sur décision préfectorale pour cause d’une épidémie de gale ignorée depuis deux mois par l’administration malgré les appels répétés des associations. Le même jour, en protestation, les exilés occupent l’esplanade grillagée utilisée par les associations lors des distributions de repas.

Le 2 juillet, ce lieu est évacué en même temps que trois squats. Plus de 600 personnes (dont 121 mineurs) font l’objet de contrôles d’identité, sont emmenées dans des bus vers différentes villes et les documents de certaines d’entre elles sont confisqués. 206 personnes sont enfermées dans différents centres de rétention administrative. Ainsi éloignées, elles se retrouvent privées de leurs soutiens militants. Dans les jours suivants, la quasi-totalité des exilés interpellés sont de retour dans les rues de Calais.

Le 12 juillet, une manifestation de soutien réunit plus de 500 personnes. Le même jour, l’ouverture d’un nouveau squat dans une usine désaffectée, soutenu par plus d’une trentaine d’associations locales et nationales, est rendue publique.

Le 22 juillet, cinq personnes – trois migrants et deux militants – sont convoquées au Tribunal d’instance de Calais dans le cadre d’une audience d’urgence à la suite d’une plainte du propriétaire du site occupé. Cette plainte invoque la dangerosité de cet ancien site industriel, alors même que les zones les plus dangereuses ont été interdites d’accès par les occupants eux-mêmes.

Jeudi 24 juillet, le tribunal a statué pour l’expulsion, comme si l’occupation de l’usine relevait d’une envie collective de pur confort. Il n’a pas reconnu l’état de nécessité dans lequel se trouvent les exilés par la faute d’un État qui ne respecte aucune de ses obligations : droit à l’hébergement universel défini comme une « liberté fondamentale », droit au respect de la dignité humaine, droit à des conditions matérielles d’accueil définies par la loi pour les demandeurs d’asile, droit à la protection et à des mesures éducatives pour les mineurs isolés, droit à la santé, etc.

Nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires,

Nous dénonçons le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels. Venus d’Afghanistan, d’Érythrée, du Soudan ou de Syrie, ils n’ont pourtant d’autres choix que de fuir la violence, l’injustice, la corruption et la misère.

Nous rappelons que les droits à l’hébergement, à l’accès aux soins, ainsi qu’à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. Nous nous préoccupons du respect de ces droits ainsi que du respect de la dignité humaine sur l’ensemble du territoire français.

Nous constatons que l’assistance à personne en situation de grande précarité est aujourd’hui assurée par les associations et les militants alors qu’il s’agit de compétences de l’État.

Nous soutenons l’ensemble des associations et des militants engagés à Calais et dans les environs.

Nous interpellons le gouvernement et l’ensemble des élus pour qu’une solution de logement adapté et durable soit trouvée pour l’ensemble des migrants.

* * *

Liste des signataires

Michel AGIER, anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Karen AKOKA, sociologue, Maîtresse de conférences, membre du Gisti
Thomas ALAM, sociologue, Maître de conférences, Lille 2
Anne-Laure AMILHAT SZARY, géographe, Professeur des Universités, Grenoble
Étienne BALIBAR, Professeur émérite de philosophie politique et morale, Paris Ouest Nanterre
Michel BARTHELEMY, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Marie-Laure BASILIEN-GAINCHE, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3, membre de l’Institut Universitaire de France
Sylvain BECK, Doctorant Laboratoire GEMASS, Paris 4 – Sorbonne
Jeanne BEM, Professeur des universités retraité, Chaire « Littérature française dans le contexte européen », Université de la Sarre (Allemagne)
Jérôme BERTHAUT, sociologue, Maître de conférences, Université de Bourgogne
William BERTHOMIERE, géographe, Directeur de recherche CNRS, Université de Poitiers
Monique BILE, Maître de conférences honoraire de grec, Université de Lorraine
Hervé BISMUTH, Maître de conférences en littérature française, Université de Bourgogne
Emmanuel BLANCHARD, Maître de conférences en science politique, UVSQ, membre de Migreurop
Luc BOLTANSKI, sociologue, Directeur d’études à l’EHESS
Anne BORY, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ahmed BOUBEKER, sociologue, Professeur des universités, Saint-Etienne
Saâd BOUHSINA, chimiste, Maître de conférences, Université du Littoral Côte d’Opale
Etienne BOUREL, doctorant en anthropologie, CREA, Lyon 2
Pierre BRASSEUR, doctorant en sociologie, Lille 1
Xavier BRIKE, anthropologue, Chargé de recherche LLN
Pauline BRÜCKER, doctorante en sociologie politique, CERI/Sciences Po & CEDEJ
Louise BRUIT, historienne, Professeure des universités, Paris 7
Isabelle BRUNO, sociologue, Maître de conférences, Lille II
André BURGUIERE, historien, Directeur émérite à l’EHESS
Evelyne BURGUIERE, sociologue, INRP
Claude CALAME, helléniste et anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Cécile CANUT, cinéaste et linguiste, Professeure des universités, Paris Descartes
Sébastien CHAUVIN, sociologue, Maître de conférences à l’Université d’Amsterdam
Pierre CHAUVIN, médecin épidémiologiste, Directeur de recherche Inserm
Gérard CHAZAL, philosophe, Professeur honoraire, Université de Bourgogne
Olivier CLOCHARD, géographe, Chargé de recherches CNRS, président de Migreurop
Marguerite COGNET, sociologue, Maître de conférences, Paris 7, membre de l’UMR URMIS
Philippe COULANGEON, sociologue, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po
Bruno COUSIN, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Geneviève CRESSON, sociologue, Professeure des universités, Lille 1
Paula CRISTOFALO, sociologue, Maîtresse de conférences, EHESP Sorbonne Paris Cité
Mathilde DARLEY, sociologue et politiste, Chargée de recherche CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin / CESDIP
Christophe DAUM, anthropologue, Maître de conférences, Université de Rouen
Sonia DAYAN-HERZBRUN, sociologue, Professeure émérite, Université Paris Diderot-Paris 7
Jean-Philippe DEDIEU, sociologue, CIRHUS Fellow, New York University
Nicholas DE GENOVA, Reader in Urban Geography, King’s College London
Vanessa DE GREEF, Assistante au Centre de droit public de l’Université Libre de Bruxelles
Mathias DELORI, politiste et historien, Chargé de recherche CNRS, Centre Emile Durkheim, Bordeaux
Didier DEMAZIERE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Véronique De RUDDER, sociologue, Chargée de recherche CNRS
Pascale DEVETTE, doctorante, École d’études politiques, Université d’Ottawa
François-Xavier DEVETTER, économiste, Maître de conférences, Télécom Lille 1
Marie-Sophie DEVRESSE, Professeur à l’École de criminologie, UCL, Louvain, CRID&P
Kamel DORAI, Chargé de recherche CNRS, Migrinter
Marix DRESSEN, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Sophie DUCHESNE, politiste, Directrice de recherche CNRS
Serge DUFOULON, sociologue, Professeur des universités, Grenoble II
Ariela EPSTEIN, Post-doctorante, IIAC, CNRS/EHESS, HiCSA, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Éric FASSIN, sociologue, Professeur des universités, Paris 8
Olivier FILLIEULE, sociologue, professeur ordinaire de sociologie politique, IEPI UNIL, CRAPUL
Sébastien FLEURIEL, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Marion FRESIA, anthropologue, Professeure assistante, Université de Neuchâtel
Daouda GARY-TOUNKARA, historien, Chargé de recherche CNRS, LAM / Sciences Po Bordeaux
Nancy L. GREEN, historienne, Directrice d’études à l’EHESS
Jean-Luc GAUTERO, Maître de conférences en Épistémologie, Logique et Histoire des Sciences, Université de Nice-Sophia Antipolis
Virginie GUIRAUDON, sociologue du politique, Directrice de recherche CNRS, Sciences Po
Abdellali HAJJAT, Maître de conférences en science politique, Université de Paris-Ouest Nanterre
Abdelhafid HAMMOUCHE, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Matthieu HELY, sociologue, Maître de conférences, Paris-Ouest Nanterre
Françoise HICKEL, Docteur en sciences du langage, éducatrice-formatrice à la PJJ
Marie-Antoinette HILY, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Poitiers
Martine HOVANESSIAN, anthropologue, Directrice de recherche CNRS, Paris 7
Anne-Cécile HOYEZ, géographe, Chargée de recherche CNRS
Liora ISRAËL, sociologue, Maîtresse de conférences EHESS
Rada IVEKOVIC, philosophe, Professeure des universités retraitée, College international de philosophie, réseau TERRA
Hubert JAYET, économiste, Professeur des universités, Lille 1
Fanny JEDLICKI, sociologue, Maîtresse de conférences, Université du Havre
Solenne JOUANNEAU, Maîtresse de conférences en science politique, Strasbourg
Nicolas JOUNIN, sociologue, Maître de conférences, Paris 8
Sonja KELLENBERGER, sociologue, anthropologue, IRTESS Dijon
Anouche KUNTH, historienne, Chargée de recherche CNRS
Smaïn LAACHER, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Pascale LABORIER, Professeure de science politique, Paris-Ouest Nanterre
Thomas LACROIX, géographe, Chargé de recherche CNRS, Université de Poitiers
Rose-Marie LAGRAVE, sociologue, Directrice d’études EHESS
Karine LAMARCHE, sociologue, Postdoctorante, LaSSP, Toulouse
Sylvains LAURENS, sociologue, Maître de conférences à l’EHESS
Frédéric LEBARON, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Anne LE HUEROU, Maître de conférences en études russes, Paris Ouest Nanterre
Wenceslas LIZE, sociologue, Maître de conférences, Université de Poitiers
Danièle LOCHAK, Professeure émérite de droit public, Paris Ouest Nanterre, présidente honoraire du GISTI
Nicola MAI, Professor of Sociology and Migration Studies, London Metropolitan University and MMSH/LAMES Aix-Marseille University
Lilian MATHIEU, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Yoan MIOT, urbaniste, Maître de conférences, Paris-Est Marne-la-Vallée
Alain MORICE, anthropologue, Directeur de recherche CNRS, membre de Migreurop
Séverin MULLER, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ugo PALHETA, sociologue, Maître de conférences, Lille III
Karine PARROT, Professeure de droit, Université de Cergy-Pontoise
Martyne PERROT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, section LDH à l’EHESS
Mathilde PETTE, sociologue, Postdoctorante, Lille 1
Roland PFEFFERKORN, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Nicole PHELOUZAT, sociologue, IIAC, EHESS/CNRS, membre de la section EHESS de la LDH
Laure PITTI, sociologue, Maîtresse de conférences, Paris 8
Raphael PORTEILLA, Maître de conférences en sciences politiques, Université de bourgogne
Swanie POTOT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Nice Sophia Antipolis
Stéphanie PRYEN, sociologue, Maîtresse de conférences, Lille III
Romain PUDAL, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Aude RABAUD, socio-anthropologue, Maître de conférences, Paris Diderot
Vincent RAFIS, Maître de conférences, Université Stendhal Grenoble 3
François REYSSAT, doctorant et moniteur en sociologie, Paris 7
Christian ROBIN, Maître de conférences en Information et communication, Paris 13
Maricel RODRIGUEZ BLANCO, sociologue, doctorante EHESS
Mirna SAFI, sociologue, Chargée de recherche, Sciences Po
Grégory SALLE, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Camille SCHMOLL, géographe, Maîtresse de conférences, Paris 7 Diderot
Johanna SIMEANT, Professeure de science politique, Paris 1
Patrick SIMON, socio-démographe, Directeur de recherche à l’INED
Maud SIMONET, sociologue, Chargée de recherches CNRS
Hélène SIMON-LORIERE, Docteur en Géographie, Laboratoire Migrinter, Université de Poitiers
Serge SLAMA, Maître de conférences en droit public, Paris Ouest Nanterre
Alexis SPIRE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Jocelyne STREIFF-FENART, Directrice de recherche au CNRS, Université Nice Sophia Antipolis
Philippe TASTEVIN, ethnologue, Chargé de recherche CNRS
Alain TARRIUS, sociologue, Professeur émérite, Toulouse le Mirail
Jean-Pierre TERRAIL, sociologue, Professeur honoraire, Université de Versailles-Saint-Quentin
Emmanuel TERRAY, anthropologue, EHESS
Cédric TERZI, sociologue, Maître de conférences, Université de Lille 3
Sébastien THIERY, Politologue, Maître assistant associé à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Malaquais, Enseignant à l’Ecole des Arts Politiques, Sciences Po Paris
Mahamet TIMERA, sociologue, Professeur des universités, Paris 7 Denis Diderot, URMIS
Sylvie TISSOT, Professeure de sciences politiques, Université Vincennes Saint Denis Paris 8
Maryse TRIPIER, sociologue, Professeur émérite, Paris Diderot
Aline VALENCE, Docteure en psychologie sociale, Postdoctorante, MESHS, Lille
Louis-André VALLET, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po Paris
Jérôme VALLUY, sociologue et politiste, Maître de Conférences, Université Panthéon-Sorbonne
Sophie WAHNICH, historienne, Directrice de recherche CNRS
Laurent WILLEMEZ, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Karel YON, sociologue, Chargé de recherche CNRS, Lille II
Zaihia ZEROULOU, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Emeline ZOUGBEDE, doctorante, Laboratoire Cerlis, Université Paris Descartes

 

universitaires et chercheurs, Si vous souhaitez soutenir cette initiative et signer cette tribune, veuillez prendre contact (par mail en simultané) avec:

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CALAIS / Auberge des Migrants : lettre ouverte au gouvernement et aux élus

Lettre ouverte

M. le Premier Ministre
M. le Ministre de l’Intérieur
M. le Préfet du Pas de Calais
M. le Sous-préfet de Calais
M. le Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais
M. le Président du Conseil Général du Pas de Calais
Mme la Maire de Calais
Mrs et Mmes les élus locaux

Jeudi 17 juillet 2014, en fin d’après-midi, l’association l’Auberge des Migrants, avec l’appui de citoyens calaisiens, a distribué des repas aux 750 migrants qui se sont présentés quai de Moselle. Grâce au dialogue entre bénévoles et migrants, et au calme de ces derniers, une file d’attente de près de 250 mètres a été constituée et gérée durant deux heures.

Une semaine auparavant, ce nombre s’élevait à 500. Dans une semaine, il sera peut-être de 900.

Cette situation est extrêmement fragile. L’état psychologique des migrants est très préoccupant. Les tentatives de passage vers l’Angleterre, de jour comme de nuit, la pression de la police (contrôles, coups, arrestations) les stressent. La recherche d’un endroit pour dormir, le manque de couvertures et de tentes pour s’abriter les épuisent . Le manque d’hygiène faute de douches et de points d’eau les laissent dans une situation indigne. Le manque de nourriture affaiblit ceux (la majorité) qui n’ont pas les moyens de compléter par des achats le seul repas qui leur est distribué chaque jour. Le moindre aléa dans la distribution, comme cela s’est produit la semaine dernière du fait d’un orage, peut transformer cette file d’attente en une foule énervée et excitée , qui se dispute les repas autour des fourgons des associations.

Il est étonnant qu’aucune violence, aucun débordement, aucun vol, aucune agression contre des riverains, aucun conflit entre communautés, aucune tentative de passage en masse, n’aient encore eu lieu. Il est étonnant que les femmes et les mineurs qui ne trouvent pas de place dans les structures prévues pour leur accueil n’aient pas subi de violences.

Les bénévoles de notre association atteindront bientôt les limites de leur engagement : limites en temps, en moyens financiers, en personnes pour gérer une file d’attente de plus en plus importante, en capacité de répondre aux besoins les plus urgents. De plus ils ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, maintenant fermé. Leur investissement a dû s’accroître encore depuis deux semaines pour tenter de renouveler les couvertures et les tentes détruites par les forces de l’ordre lors de la dernière expulsion, rue de Moscou, et pour faire face à l’augmentation du nombre de migrants. Si les bénévoles et leurs associations jettent l’éponge, la situation sera catastrophique pour tous.

Nous vous demandons instamment, parce qu’il est extrêmement urgent, de :

  • De rétablir un dialogue constructif avec les associations, qui sont cohérentes et unies dans leurs actions ;
  • De ne plus prendre de mesure violente, fût-elle légale, à l’encontre des migrants et de leurs maigres biens ;
  • De veiller à ce que les forces de l’ordre respectent strictement la légalité républicaine dans leurs missions ;
  • D’accepter dans un premier temps que la situation se stabilise en matière de lieux occupés de façon précaire par les migrants ;
  • D’ouvrir d’urgence des places pour les femmes, une trentaine, qui dorment dans la rue ou dans des jungles, faute de place route de Saint-Omer ;
  • D’ouvrir d’urgence des places pour les enfants et adolescents, une centaine, qui ne souhaitent pas rester en France ;
  • De prendre dès que possible des initiatives à même de faciliter le travail des associations et des services publics de santé : réouverture du lieu de distribution, mise à disposition de poubelles, de points d’eau, de douches et de toilettes en nombre suffisant, octroi de subventions complémentaires permettant d’acheter le minimum de nourriture nécessaire ;
  • Et surtout de rouvrir le dossier des promesses faites par M. Valls, concernant un accueil minimal, conforme aux lois et règlements français et européens, et aux droits humains.

Notre association est consciente que l’afflux des migrants à Calais est un phénomène inexorable. Les réponses à moyen terme sont du ressort de l’Union Européenne et des États français et anglais. A court terme, la situation ne peut pas être gérée sans un consensus entre les associations et les autorités. Ce consensus, qui semblait acquis il y a quelques semaines, a été brisé du fait de l’accroissement du nombre de migrants et des dernières mesures prises.

Nous vous envoyons ce courrier comme un signal d’alerte extrêmement fort, dans la crainte d’une catastrophe humaine.

Auberge des Migrants

Communiqué aux medias locaux, régionaux, nationaux et européens.

Cette lettre a été relayée sur le site de Médiapart.

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CALAIS / Appel à solidarité

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Appel à solidarité pour le 10, impasse des Salines à Calais
(et s’il y a du rab’, ça servira pour le Vestiaire de Calais
ou les autres jungles…)

A Calais, plus de 600 personnes migrantes sont à la rue sans aucun abri suite aux destructions de camps, aux expulsions de terrain et de squats qui se succèdent depuis plus d’un mois et demi. Le 28 mai, subissant l’expulsion des deux principaux camps de fortune, les personnes migrantes se sont réfugiées sur le lieu de distribution des repas. Le 02 juillet, les autorités préfectorales et municipales ont ordonné l’évacuation du lieu, opération qui s’est traduite par une véritable rafle organisée (arrestations au faciès, parfois violentes ; tri des personnes par nationalités ; placements en rétention, y compris des mineurs, etc…). Cette évacuation s’est faite sans témoin, journalistes et associations étant cantonnés loin du lieu de distribution.

En réponse à cette situation, le 12.07.2014, l’occupation d’un bâtiment habité depuis plus de 48h a été rendue publique à l’issue d’une manifestation de soutien aux personnes exilées. Comment faire autrement qu’occuper des bâtiments vides, alors que, depuis des années, les pouvoirs publics s’acharnent à déloger les personnes exilées de tous les lieux où elles tentent de survivre ?

Les associations manquent cruellement de matériel, les tentes et vêtements disparaissent au fur et à mesure des expulsions. De nouvelles personnes arrivent chaque jour, sans rien. Raison pour laquelle nous lançons cet appel à solidarité afin de récolter tout ce qui pourrait être utile, à savoir :

De quoi survivre et dormir dehors : Tentes / Bâches / Matelas / Duvets / Couvertures, etc…/ Bougies & lanternes

De quoi bricoler un semblant de chez-soi : Cordes / Palettes / Bois / Des éléments pour délimiter des espaces (planches légères, etc…) et des Tables / Chaises / Tapis / Parasols.

De quoi se préparer à manger : Matériel de cuisine (Grandes marmites / grands réchauds / Bouteilles de gaz / Vaisselle, etc…) et de la nourriture (de préférence halal).

De quoi tenter d’avoir de l’électricité : Câbles électriques / Ampoules, etc…

De quoi se déplacer : Vélos / Roues de vélos / Bouts de vélos / Outils, etc…

De quoi se changer les idées : Cahiers & crayons / Livres / Jeux de cartes / Jeux de société / Batte de cricket / Peinture ou bombes de peinture (pour refaire la déco’)

Sans titre

 

CALAIS / Communiqué de Presse inter-asso « Squatter pour (sur)vivre » / 14.07.2014

2014_07_12_Calais_Solidarity Migrants_O2e-7617 (Copier)Calais, le 14 juillet 2014.

Squatter pour (sur)vivre

A Calais, le 12.07.2014, l’occupation d’un bâtiment habité depuis plus de 48h a été rendue publique à l’issue de la manifestation de soutien aux personnes exilées. Cette marche avait pour objectif de dénoncer la rafle de plus de 600 personnes et la destruction de leur lieu de vie le 2 juillet dernier. Comment faire autrement qu’occuper des bâtiments vides, alors que, depuis des années, les pouvoirs publics s’acharnent à déloger les personnes exilées de tous les lieux où elles tentent de survivre ?

Dans le Calaisis, dans le nord-ouest de la France et, plus largement, dans tout le pays, des soutiens se démènent pour trouver des caravanes, des bâches, des palettes, de quoi abriter ces étrangères et ces étrangers à la recherche d’une protection en Europe. A Calais, les soutiens ont d’abord loué légalement des maisons pour pouvoir y accueillir des exilé.e.s, ne serait-ce qu’en journée. Mais leurs capacités d’hébergement se sont avérées insuffisantes et, surtout, la préfecture a toujours fait en sorte de faire évacuer les lieux.

Question de survie, il a donc bien fallu occuper des bâtiments publics, des usines, des ateliers désertés. Tous ont été systématiquement et violemment vidés par la police (souvent en dehors de tout cadre légal), tout comme ont été systématiquement détruites tentes et cabanes dissimulées dans la nature.

Non seulement, cette persécution viole le droit universel à l’hébergement, mais elle bafoue les obligations de l’État en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

Les pouvoirs publics doivent respecter les droits et la dignité des personnes migrantes et assumer leurs obligations à leur égard. C’est parce qu’ils s’y refusent qu’un nouveau squat a été ouvert à Calais au n° 10 de l’impasse des Salines.

Nous soutenons cette initiative parce que, dans les conditions actuelles, elle est la seule solution pour que les personnes exilées puissent au moins dormir à l’abri de la pluie et du vent, et sauvegarder ainsi un peu de leur statut d’êtres humains.

Ce squat n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence humanitaire. Mais il faut, le plus rapidement possible aller au-delà des urgences. L’administration doit imaginer des solutions d’hébergement adaptées. Elle doit envisager la dénonciation ou la révision du Traité franco-britannique du Touquet et pousser, au plan européen, à la modification du règlement Dublin III. Quant au traitement uniquement policier de la situation, l’État doit y renoncer.

Nous appelons les habitants de Calais et d’ailleurs ainsi que les personnalités (artistes, responsables politiques, universitaires…) à soutenir les personnes qui s’abritent au 10, impasse des Salines, à Calais, en s’exprimant publiquement et/ou en venant participer à la vie et à l’animation de ce lieu.

Organisations signataires :

ACC Minorités Visibles (Dunkerque) / Action froid (Paris-Calais) / ADRA Dunkerque / Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) / L’Auberge des Migrants (Calais) / Calais, ouverture et humanité / Le Carrefour des Solidarités du littoral nord / La Cimade Nord-Picardie / Collectif fraternité migrants du Bassin Minier 62 / Collectif pour l’avenir des foyers (COPAF) / Collectif de soutien de l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (EHESS) aux sans-papiers et aux migrant-es / Collectif de soutien des exilés (Paris) / Délégation Nord-Pas-de-Calais de Médecins du Monde / Emmaüs (Dunkerque) / Emmaüs International / Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur-euse-s Immigré-e-s (FASTI) / Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) / Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS) Nord-Pas-de-Calais / Femmes Plurielles / Fondation Danielle Mitterrand France Libertés / Groupe d’Information et de Soutien des Immigré.e.s (GISTI) / Histoire d’eux – Théâtre de l’opprimé (Tarn-et-Garonne) / Itinérance (Cherbourg) / Ligue des droits de l’homme (LDH) nationale et section de Dunkerque / Migreurop / NAJE – Théâtre de l’opprimé (Antony) / Organisation pour une Citoyenneté Universelle (OCU) / Pôle d’Exploitation des Ressources Urbaines (PEROU) / Réseau Education Sans Frontières (RESF) / Le Réveil Voyageur (Calais) / SALAM Nord-Pas-de-Calais / Section Ligue des Droits de l’Homme de l’EHESS / Secours Catholique, délégation du Pas-de-Calais / Solid’R (Calais) / Terre d’Errance (Flandre littoral) / Terre d’Errance (Norrent-Fontes) / T’OP! Théâtre de l’opprimé (Lille) / Mouvement UTOPIA / Vacarme (la revue)

Avec le soutien de :

Europe Ecologie Les Verts (Nord-Pas-de-Calais) / Ensemble ! / Nouveau Parti anti-capitaliste (NPA) / Parti Communiste Français (PCF)

CP squatter pour (sur)vivre 17.07.2014

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La manifestation de soutien et ses suites !!

A Calais, le 12.07.2014, l’occupation d’un bâtiment habité depuis plus de 48h a été rendue publique à l’issue de la manifestation de soutien aux personnes exilées. Cette marche avait pour objectif de dénoncer la rafle de plus de 600 personnes et la destruction de leur lieu de vie le 2 juillet dernier. L’évènement dans les médias ici et .

Nous nous permettons ci-dessous de relayer l’appel à soutien des résidents :

A Calais, une ancienne usine pour les exilé.e.s

Besoin urgent de militant.e.s et de sympathisant.e.s sur place

A Calais, dix jours après la rafle du 2 juillet, quelque 300 personnes – migrant.e.s et soutiens – se sont installées dans une usine désaffectées (au 10 impasse des Salines). L’entrée dans ces nouveaux locaux s’est produite à l’issue de la manifestation qui, à l’appel d’associations, s’est tenue ce samedi après-midi en dépit de l’arrêté anti-mendicité et anti-attroupements pris par la municipalité. Ce nouveau texte vise en réalité les personnes étrangères et les manifestations en leur faveur.

Dès le 10 juillet, des personnes sans domicile de différentes nationalités s’étaient installées discrètement et sans la moindre effraction dans les locaux. Les participants à la manif ont été invités par les occupants à les rejoindre.

Les résidents appellent sympathisant.e.s et militant.e.s à se rendre d’urgence sur place de façon à soutenir cette initiative et à dissuader les forces de police d’effectuer une nouvelle évacuation illégale.

Les résident.e.s du 10 impasse des salines à Calais,

Le 12 juillet 2014

Crédits : Passeurs d’hospitalité.

Crédits : Passeurs d’hospitalité.

 

Action commune : Lettre ouverte sur la situation migratoire à Calais et ses environs

Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre, Manuel Valls
et Monsieur le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve
sur la situation migratoire à Calais et ses environs,
ainsi que sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord

Le 10 juillet 2014

M. le Premier ministre Hôtel de Matignon 57, rue de Varenne 75700 Paris
M. le Ministre de l’intérieur Place Beauvau 75800 Paris Cedex 08
Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de l’Intérieur,

La politique migratoire que vous menez aujourd’hui à l’encontre des exilé.e.s présent.e.s dans la région de Calais et sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord n’est guère différente de celle que les socialistes avaient sévèrement critiquée à l’époque où ils étaient dans l’opposition. Au moment de l’évacuation, à l’initiative du ministre de l’immigration d’alors, de la « jungle des Pashtouns » à Calais en septembre 2009, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, avait dénoncé une « opération de communication », qui n’allait pas « régler le problème » puisqu’« il n’y a pas une jungle mais des jungles » et que « les réfugiés vont aller ailleurs ». Il fallait, concluait-il, « régler la question, autant qu’il est possible, à l’échelle de l’Europe »(1).

La maire de Lille, Martine Aubry, de son côté, avait qualifié l’évacuation de cette jungle d’« acte totalement inhumain qui ne réglera pas le problème », de « faire semblant, comme quand on a détruit [le camp de] Sangatte ». Jack Lang, alors député du Pas-de-Calais, diagnostiquait lui aussi que l’opération ne ferait « que déplacer les exilés, les dissimuler ». « Ce ne sont pas, poursuivait-il, d’improbables et incertaines procédures d’asile qui offriront une perspective adaptée aux migrants, et encore moins des retours qui n’ont de volontaires que le nom », avant de conclure : « Le temps n’est-il pas venu de concevoir une politique humaine qui, à travers une pluralité de lieux d’accueil, permettrait de rendre une dignité à ces personnes ? »(2).

Vous agissez donc aujourd’hui en parfaite contradiction avec la position que vous défendiez il y a à peine quatre ans. Ces initiatives, comme celles que vous avez prises au cours des deux dernières années, montrent que rien n’a changé en matière de politique migratoire.

Vous manquez de courage quand le gouvernement français décide de mener des opérations policières à l’encontre de populations vulnérables, des femmes, des hommes, des enfants qui errent depuis des mois sur les routes, dorment dehors à des températures bien souvent inférieures à 10 degrés, et sont parfois en grève de la faim pour être entendues. Lors de ces opérations, il a été constaté à plusieurs reprises des brutalités d’agents des forces de l’ordre avec l’usage de gaz lacrymogènes, des placements dans des centres de détention de personnes que la police aux frontières n’arrivera pas à expulser. Quelques jours après l’évacuation policière du 2 juillet 2014, les tribunaux administratifs et les juges des libertés et de la détention (JLD) ont remis en liberté la plupart des étranger.e.s interpellé.e.s sur la base de violation de leurs droits au moment de leur rafle. Ces pratiques sont récurrentes depuis la fermeture du camp de Sangatte en décembre 2002 et sont liées en partie à l’externalisation des contrôles migratoires britanniques sur le territoire français.

Vous manquez de courage car vous savez très bien que ce genre d’opération ne résoudra nullement la situation migratoire de la région de Calais. Les arrestations précédentes l’ont déjà montré à maintes reprises. Parmi les personnes arrêtées, certaines reviendront car leurs motivations à circuler sont bien plus fortes que les dispositifs mis en place par les autorités britanniques et françaises. Pour preuve, nombre de personnes arrivent à passer de l’autre côté de la Manche – mais à quel prix ! Des dizaines de migrant.e.s y ont perdu la vie au moment où ils/elles tentaient le passage vers l’Angleterre, sans compter le nombre de celles et ceux qui ont été blessé.e.s ou traumatisé.e.s par leur passage dans la région.
Vous manquez de courage à ne pas vouloir admettre que les motivations des migrant.e.s à aller en Angleterre reposent bien souvent sur des considérations linguistiques, familiales ou communautaires, voire sur l’incapacité des pays européens – précédemment traversés par les migrant.e.s – de mettre en place une véritable politique d’accueil. Et les conditions inhumaines et dégradantes auxquelles les migrant.e.s sont confronté.e.s – auxquelles vient de s’ajouter une énième évacuation des différents lieux de vie par les forces de l’ordre – ne font que renforcer la volonté de ces personnes à vouloir quitter la France ou d’autres pays de l’espace Schengen pour rechercher un pays où elles espèrent mieux vivre.

Vous manquez de courage à ne pas vouloir établir un lieu où les autorités françaises, anglaises ou tout autre acteur pourraient aider les personnes à concrétiser leur projet migratoire (demande d’asile, regroupement familial, etc.), fût-il d’aller en Angleterre. Certes, un tel choix engendrerait nécessairement des différends avec les autorités britanniques, mais la recherche de solutions ne doit pas se limiter à un dialogue franco-britannique : la situation migratoire de Calais – au même titre que celle qui prévaut en Grèce – relève aussi de l’Union européenne.

Vous manquez de courage à ne pas vouloir dresser un bilan des douze années qui se sont écoulées depuis la destruction du camp de Sangatte : savoir par exemple combien de migrant.e.s ont été intercepté.e.s des deux côtés de la Manche, connaître le coût financier engendré par les nombreux dispositifs mis en place et la présence permanente d’une ou plusieurs compagnies républicaines de sécurité (CRS) à Calais pour ensuite rendre ce bilan public, afin d’envisager – avec les différents acteurs institutionnels et associatifs – une alternative à cette politique migratoire qui pousse les migrant.e.s à vivre dans des conditions inhumaines et dégradantes.

Enfin vous manquez de courage en tolérant les exactions à caractère raciste – de citoyen.ne.s ou de représentant.e.s des autorités publiques – à l’encontre des migrants qui sont en transit dans la région. Tout cela ne fait qu’alimenter la haine envers les étranger.e.s.

Comme en témoignent les prises de position passées (3) de plusieurs membres éminents du PS, vous connaissez très bien la réalité des faits rappelés ci-dessus.
Dans ces conditions, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de l’Intérieur comment pouvez-vous ne pas entendre ce que vous disent les associations locales, nationales (4) et internationales qui suivent la situation migratoire de Calais depuis près de vingt ans, à savoir que le renforcement des contrôles migratoires n’est nullement la solution qui résoudra l’impasse dans laquelle se trouvent les migrant.e.s et les autorités ?
Certains de l’attention que vous porterez à notre interpellation, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de l’Intérieur, l’expression de notre haute considération.

Signataires :

Réseaux associatifs
- Migreurop
- ELENA (Réseau d’avocats pour le droit d’asile)
- Réseau chrétien – Immigrés (RCI) – Réseau Education sans frontières (RESF)

Associations
- ATTAC – Auberge des migrants (Calais) – Collectif de soutien de l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS) aux sans-papiers et aux migrant.es – Collectif de soutien des exilés (Paris) – Compagnie Naje – Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir (Antony – 92) – Environnement Développement Alternatif (Lille) – Fraternité Migrants Bassin Minier 62 – Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (GISTI) – Histoire d’eux (Albias, Tarn et Garonne) – Itinérance (Cherbourg) – Le Réveil Voyageur (Calais) – Ligue des droits de l’homme (Fédération du Pas-de-Calais) – Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) – Ouverture & Humanité (Calais) – Salam Nord/Pas-de Calais – Section LDH de l’EHESS (Paris) – Terre d’Errance Norrent-Fontes – Terre d’Errance Steenvoorde – T’OP! Théâtre de l’Opprimé 59/62

Partis politiques
- Europe Ecologie les Verts
- Parti communiste français (PCF) – Parti de Gauche (PG)

Une copie du courrier a également été adressée au Home Office et au Premier Ministre (Royaume-Uni), au Conseil de l’Union européenne et au Président et Vice-Présidents de la commission parlementaire Libertés civiles, justice et affaires intérieures du Parlement Européen.


1 « Les réactions au démantèlement de la « jungle » de Calais », nouvelobs.com 22 septembre 2009, http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20090922.OBS2076/les-reactions-au-demantelement-de-la-jungle-de-calais.html

2 Ibidem

3 François Hollande, « Au-delà de la « jungle » ? », Slate.fr 19 septembre 2009. Voir également les débats parlementaires du 18 septembre 2007 à l’Assemblée nationale française lorsque Bernard Cazeneuve, alors député-maire de Cherbourg, s’adressait au ministre français de l’Immigration de l’époque Brice Hortefeux, http://2007-2012.nosdeputes.fr/seance/23#inter_098cd250a7cf7e8e627b967ba1e09758

4 ATD Quart Monde, CCFD-Terre Solidaire, La Cimade, Emmaüs France, Médecins du Monde, Secours Catholique, « A l’égard des exilés à Calais : Les mêmes violences, la même incohérence, les mêmes échecs », Communiqué de presse du 2 juillet 2014.

 Calais l’impasse french, lettre ouverte 10-07-2014

Calais l’impasse anglais, lettre ouverte 10-07-2014

Crédits : Grodotzki.

Crédits : Grodotzki.

 

CALAIS : Appel à manifestation / samedi 12.07.2014 / Place d’Armes, 14h

APPEL A MANIFESTER EN SOLIDARITÉ AVEC LES EXILES
ET CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES

A Calais, plus de 600 personnes migrantes sont à la rue sans aucun abri suite aux destructions de camps, aux expulsions de terrain et de squats qui se succèdent depuis plus d’un mois.

Le 28 mai, subissant l’expulsion des deux principaux camps de fortune, les personnes migrantes se sont réfugiées sur le lieu de distribution des repas. Le 02 juillet, les autorités préfectorales et municipales ont ordonné l’évacuation du lieu, opération qui s’est traduite par une véritable rafle organisée (arrestations au faciès, parfois violentes ; tri des personnes par nationalités ; placements en rétention, y compris des mineurs, etc…). Cette évacuation s’est faite sans témoin, journalistes et associations étant cantonnés loin du lieu de distribution.

Cette situation est le triste reflet de la façon dont la France traite les étrangers fuyant des pays où ils ne peuvent plus vivre. Les autorités les chassent et les rendent invisibles à force de mépris administratif et d’expulsions. Ces politiques ne font qu’aggraver la situation et intensifient la stigmatisation de ces personnes.

Un seuil a été franchi le 2 juillet à Calais. Réagissons !

VENEZ MANIFESTER EN SOLIDARITÉ AVEC LES EXILES ET CONTRE TOUTES LES VIOLENCES QUI LEUR SONT FAITES !!

MANIFESTATION SAMEDI 12.07.2014
14h, place d’Armes à CALAIS

Si possible, merci de collecter et de ramener de quoi dormir dehors (tentes, duvets, couvertures, bâches, etc…), des vêtements (pulls, sweats, chaussures, etc…), de la nourriture, du matériel de cuisine…

Liste des signataires :

ACC Minorités Visibles / ADRA Dunkerque / Aide Migrants Solidarité (AMiS) Téteghem / L’Auberge des migrants / Calais, ouverture et humanité / Le Carrefour des Solidarités du littoral nord / La Cimade Nord-Picardie / Collectif fraternité migrants du Bassin minier 62 / Emmaüs Dunkerque / Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur-euse-s Immigré-e-s (FASTI) / Groupe d’information et de soutien des immigré-e-s (GISTI) / Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Dunkerque / Médecins du Monde / Le Réveil voyageur / Salam Nord-Pas-de-Calais / Secours Catholique, Délégation du Pas-de-Calais / Solid’R / Terre d’errance Norrent-Fontes / Terre d’Errance Steenvoorde

Contact
calais.ouverture.humanite@gmail.com
07 58 62 47 11

Appel Calais 12.07.2014

Appel Calais 12.07.2014 version affiche

 

En fin d'après-midi du 02.07.2014, à Calais : le lieu de distribution des repas au moment où les services techniques municipaux interviennent. Crédits : Calais, ouverture et humanité

En fin d’après-midi du 02.07.2014, à Calais : les services techniques municipaux interviennent sur le lieu de distribution des repas. Crédits : Calais, ouverture et humanité

CALAIS : nouveau communiqué de presse inter-associatif

A l’égard des exilés à Calais :

Les mêmes violences, la même incohérence, les mêmes échecs

Communiqué de presse de 6 organisations de solidarité :
ATD-Quart Monde, CCFD-Terre Solidaire, la Cimade, Emmaüs France,            Médecins du Monde, Secours Catholique.

Depuis maintenant près de 20 ans, le sort des exilés bloqués à Calais semble éternellement dans la même impasse et le même déni d’humanité. En faisant procéder ce matin à une nouvelle évacuation policière, brutale, le Gouvernement ne fait que poursuivre les pratiques employées par ses prédécesseurs : les mêmes violences, la même incohérence, les mêmes échecs.

En renonçant à assumer les responsabilités qui lui reviennent – protéger les réfugiés –, en ayant recours à la dispersion violente d’hommes, de femmes et d’enfants mineurs ayant fui des pays en guerre, le Gouvernement cède à la tentation de la communication politique : cela ne doit tromper personne ! Une fois de plus, il fait semblant d’agir alors qu’il ne fait que déplacer le problème ; une fois de plus, tout en donnant l’impression de dialoguer avec les associations, il a recours à la violence au mépris des personnes les plus fragiles ; une fois de plus, plutôt que de chercher les voies d’une réponse digne avec tous ceux qui cherchent réellement des solutions, il utilise la force publique pour tenter de rendre les exilés invisibles et faire croire que la question est réglée.

Nos associations, qui appellent depuis des mois le Gouvernement à une réflexion en profondeur pour imaginer, avec la société civile, des alternatives plus conformes aux valeurs humanistes, condamnent vivement l’évacuation de ce jour, et s’interrogent sur les intentions réelles du Gouvernement : si le Premier Ministre souhaite véritablement apporter des réponses novatrices et adaptées à ce contexte particulier, il est plus que temps qu’il ouvre des espaces de construction commune !

Crédits : Grodotzki.

Calais, près du port. Crédits : Grodotzki.

CALAIS / Expulsion du lieu de distribution : communiqué inter-associatif

Organisations signataires : Réveil Voyageur – Collectif de soutien des exilés (Paris) – Calais Ouverture et Humanité – Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (GISTI) – Terre d’Errance – Terre d’Errance Steenvoorde – Salam Nord – Pas de Calais

Avec le soutien de :
Europe Écologie les Verts – national
Europe Écologie les Verts – région Nord-Pas de Calais,
Parti Communiste Français

Le 2 juillet 2014

A Calais, une opération policière de plus
sans aucune perspective pour les migrants !

Les migrants sont encore un peu trop visibles à Calais, la maire et la préfecture viennent de les chasser de l’endroit où ces hommes, ces femmes et ces enfants avaient trouvé refuge après les expulsions du mois dernier. Cette énième expulsion sans aucune concertation ou proposition de relogement adaptée se situe dans la droite ligne de toutes les précédentes: quand donc arrêtera-t-on ces violences qui ne font qu’empirer une situation déjà catastrophique ?

Il y a un mois, le 28.05.2014, sous prétexte de traitement d’une épidémie de gale, la préfecture procédait à l’expulsion de deux camps situés quai de la Batellerie et rue Lamy, à Calais. Ces camps de fortune abritaient environ 600 exilés afghans, syriens, égyptiens, érythréens ou éthiopiens, ayant fui des conditions de vie déplorables dans leurs pays, marqués par des années de guerre ou de régimes dictatoriaux.

Devant le déploiement policier, l’immense majorité de ces personnes a refusé les propositions préfectorales et sanitaires hypocrites et indignes. Leurs abris détruits, les exilés se sont réfugiés le jour même en face du camp le plus important, dans le lieu de distribution des repas situé entre la rue de Moscou et la rue Lamy. Ensemble, avec le soutien de bénévoles, ces femmes et ces hommes ont reconstitué des abris de fortune dans lesquels ils tentent de survivre.

Depuis, la préfecture s’est engagée à mettre en place un dispositif « exceptionnel » pour faciliter les demandes d’asile. Après une venue du directeur de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) et du directeur général de l’OFPRA, ce dispositif « exceptionnel » s’est traduit par une seule distribution de dépliants, sans traducteur, à l’entrée du lieu et par une promesse de rapidité du traitement des demandes. Tout ceci sans aucune possibilité d’aménagement du règlement Dublin III qui empêche nombre d’étrangers de de choisir le pays européen par lequel ils voudraient être protégés, en France par exemple.

Hormis la promesse, qui reste encore à tenir, de rapidité du traitement des demandes d’asile (qui se font au détriment des autres demandes puisqu’il n’y a eu aucune embauche exceptionnelle), ce dispositif « exceptionnel », très perfectible, était donc réduit à la simple application de la loi, à ce qui devrait être fait tous les jours : information et prise en charge des demandeurs d’asile. Durant une semaine, les bureaux de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et de la DDCS ont accueilli un peu plus de 115 personnes qui se sont rendues à l’OFII pour avoir d’avantage de renseignements. La moitié d’entre elles ont entamé une démarche d’asile, soit à peine 1/12 des personnes concernées.

Vendredi dernier, après une procédure juridique express, la mairie de Calais a obtenu l’évacuation du lieu de distribution, effective ce jour. À 6h ce matin, les forces de l’ordre sont violemment intervenues sur le lieu de distribution des repas ainsi que dans les trois squats où les exilés s’abritaient (rues Massena, du Vic et Aubert). Certains bénévoles ont été arrêtés, les autres ont rapidement et brutalement été éloignés, tout comme les journalistes, ainsi empêchés de faire leur travail.

Quant aux exilés, ils ont été arbitrairement séparés : les femmes et les mineurs emmenés dans des foyers inadaptés et dont les travailleurs sociaux ne sont pas préparés à accueillir ce public traumatisé par cette expulsion ; les hommes adultes, eux, placés dans divers centres de rétention administrative afin de les éloigner de Calais et de les expulser. Les demandeurs d’asile qui, faute d’hébergement, s’abritaient dans un squat de la rue Masséna, n’ont pas été arrêtés. Ils se retrouvent simplement à la rue. Une partie de ces personnes reviendra et restera à Calais, une autre se dirigera vers les autres lieux de passage de la région où la pression et la précarité n’en seront que plus fortes : la question ne sera que déplacée, une fois de plus.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a été saisie et a adressé une mise en garde à la France ce mardi 1er juillet, l’informant de sa vigilance sur les mesures prises en matière d’hébergement des personnes concernées par l’expulsion. Il est donc possible que la Cour n’apprécie guère ce déploiement de violences, même si elle s’est déclarée rassurée par les garanties que le gouvernement français s’est empressé de lui adresser.

Nous dénonçons cette expulsion, dont nous connaissons les conséquences, pratiquée avec une rare violence envers les exilés et leurs soutiens et avec la volonté délibérée d’écarter tout témoin. Devant cette situation, promesse d’une nouvelle et dramatique impasse, nous demandons, une fois de plus :

  • Une amélioration des conditions de vie et d’accueil des migrants en répondant à leurs besoins fondamentaux ;
  • Le respect, sans hypocrisie, de l’inconditionnalité de l’hébergement qui doit se traduire par la création de dispositifs d’accueil et d’orientation adaptés et en nombre suffisant ;
  • Une révision du règlement Dublin III qui permette à chaque demandeur d’asile en Europe de solliciter une protection dans le pays de son choix ;
  • Une renégociation du traité du Touquet qui mette fin à l’absurdité et à la dangerosité de la situation à Calais ainsi qu’à Paris et dans tous les camps du Nord-Pas de Calais ;
  • Un arrêt définitif des violences policières ;
  • Dans l’attente de ces dispositifs, et devant l’incapacité de la France à prendre soin de personnes démunies, la mise en place d’un camp humanitaire d’urgence à Calais et partout où ce sera nécessaire, géré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.

Com. évacuation squat distrib alimentaire 2-07-2014-2

 

Le projet « United Voices for Migrants in Calais », réunissant des citoyens et citoyennes de différents pays, a réalisé la vidéo suivante en soutien aux exilés de Calais et de la région (n’hésitez pas à diffuser) :

Vendredi 20 juin 2014 : journée mondiale des réfugiés / Actions à Lille et Calais

LA GUERRE CHEZ EUX, LA RUE CHEZ NOUS !!
Vendredi 20 juin 2014, Journée mondiale des réfugiés

Depuis la fermeture du camp de Sangatte il y a 12 ans,
Nous ne comptons plus les morts,
Nous ne comptons plus les blessures et les maladies dues aux conditions de vie,
Nous ne comptons plus les destructions d’abris et d’effets personnels,
Nous ne comptons plus les expulsions,
Nous ne comptons plus les violences policières,
Nous ne comptons plus les actes de mépris envers les exilés et ceux qui les soutiennent,
Nous ne pouvons que voir augmenter le désarroi des habitants des villes et villages où ces exilés survivent et la montée des peurs parce qu’aucune réponse digne n’est apportée par les autorités françaises et européennes.

L’étendue de tous ces désastres est trop importante, ÇA EN EST ASSEZ !

Le 28 mai à Calais, prenant prétexte d’une épidémie de gale, le préfet du Pas-de-Calais a ordonné la destruction des abris de fortune des personnes migrantes, sans qu’aucune solution adaptée et viable ne leur soit proposée. Depuis, ces personnes sont toujours malades et occupent le lieu de distribution des repas. La semaine dernière, certaines d’entre elles ont commencé une grève de la faim.

Les associations de soutien ont adressé une pétition signée par plus de 5 000 personnes. Adressé au premier ministre ainsi qu’à tous les ministres concernés, ce texte demande :

  • Une révision du règlement Dublin III pour permettre à chaque demandeur d’asile en Europe d’aller déposer son dossier dans le pays de son choix ;
  • Une renégociation du traité du Touquet qui mette fin à l’absurdité de la situation à Calais ainsi qu’à Paris et dans tous les camps du Nord-Pas de Calais ;
  • Un arrêt définitif des violences policières ;
  • L’inconditionnalité de l’hébergement qui ne peut se traduire que par la création de dispositifs d’accueil et d’orientation adaptés et en nombre suffisant;

Dans l’attente de ces dispositifs, la mise en place d’un camp humanitaire d’urgence à Calais et partout où ce sera nécessaire, géré par le HCR et/ou des organismes missionnés.

 !! DEUX RENDEZ-VOUS !!

10 H, PLACE DE LA REPUBLIQUE, A LILLE
POUR UN RASSEMBLEMENT ET UNE REMISE DE LA PÉTITION

19 H, PLACE D’ARMES, A CALAIS
POUR UNE VEILLÉE DE L’HOSPITALITÉ EN MUSIQUE
(N’HÉSITEZ PAS A APPORTER UN GÂTEAU, DU THÉ OU DU SUCRE A PARTAGER)

Le collectif d’associations de soutien des exilés

L'emplacement du camp dit "des Syriens" après le démantèlement du 28.05.2014 Crédits : Gustav Pursche

L’emplacement du camp dit « des Syriens » après le démantèlement du 28.05.2014
Crédits : Gustav Pursche