Communiqué de presse interassociatif – 17-09-2020 « Pour faire disparaître les migrant·es… Il suffit de les affamer »

Pour faire disparaître les migrant·es… Il suffit de les affamer

«  Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires dans les rues listées ci-dessous [du centre-ville de Calais] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés  », a décidé le préfet du Pas-de-Calais par un arrêté longuement motivé publié le 10 septembre [1].

Pour favoriser une meilleure compréhension de cet arrêté, nos associations en ont réalisé une réécriture, débarrassée des faux-semblants du langage bureaucratique.

CABINET DU PRÉFET

DIRECTION DES SÉCURITÉS – BUREAU DE LA RÉGLEMENTATION DE SÉCURITÉ

Considérant que l’Europe et ses États membres mènent une politique visant à maintenir à distance respectable de leurs frontières les personnes qui tentent de fuir les guerres, persécutions et autres calamités provoquées par les élites politiques, économiques et financières ;

Considérant que la présence persistante dans le centre ville de Calais de personnes que leur aspect désigne comme étrangères et totalement démunies met en évidence l’inhumanité de cette politique et constitue en conséquence une nuisance insupportable ;

Considérant que la présence de ces exilé·es à proximité de la frontière franco-britannique accroît d’autant cette nuisance que, selon des sources bien informées, confronté aux pressions du Royaume-Uni en faveur d’un accord visant à renvoyer tous les migrant-es en provenance de France, le ministère de l’intérieur fait valoir que « si on accepte ça, on deviendra la poubelle des Anglais » [2] ;

Considérant que les actions déterminées menées jusqu’à ce jour pour soustraire ces personnes aux regards de la population et les dissuader se rassembler sur le territoire de la commune et, si possible, du département, voire du territoire national, n’ont pas encore parfaitement atteint leur but ;

Considérant notamment que si les destructions quotidiennes de campements, tentes et cabanes de même que les opérations policières de harcèlement et de dispersion ont largement contribué à réduire significativement leur visibilité, nombre d’entre elles s’obstinent pourtant à apparaître à la vue de tou·tes et ce, à toutes heures du jour ;

Considérant que doit en conséquence être empêchée toute réunion de personnes paraissant étrangères et démunies ainsi que toute action favorisant ces réunions, notamment les points de fixation créés pour assurer la satisfaction de leurs besoins élémentaires ;

Considérant que des associations subversives persévèrent à distribuer quotidiennement la nourriture dont ces personnes manquent et que, révélant les carences de la commune et de l’État, elles discréditent ainsi leur action ;

Considérant que par une ordonnance du 22 mars 2017, le tribunal administratif de Lille avait certes sanctionné les décisions précédemment prises par la maire de Calais visant à interdire ces distributions en violation de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme ;

Mais considérant qu’après concertation entre la maire de Calais et le ministre de l’intérieur, il est apparu nécessaire, pour assurer l’éradication définitive des points de fixation, de passer outre cette décision de justice et, la police étant étatisée sur la commune de Calais, que soit pris un arrêté, préfectoral cette fois, réitérant les décisions interdisant la distribution de nourriture aux personnes étrangères qui en ont besoin ;

Considérant que la pandémie de Covid 19 constitue dès lors l’occasion inespérée de fonder un tel arrêté sur les risques de propagation du virus, peu important que ces risques ne puissent être majorés par la réunion de personnes déjà en situation de proximité permanente et au demeurant parfaitement informées des mesures de distanciation à prendre ;

Considérant en conséquence que cet arrêté doit être pris et ainsi motivé, quand bien même cette motivation apparaîtra pour ce qu’elle est : un prétexte ;

Arrête

Article 1er : Il est interdit aux personnes étrangères exilées et migrantes de se nourrir et, par voie de conséquence, à toute personne ou association de leur procurer de la nourriture ;

Dans le prolongement de cet exercice de réécriture, nos associations appellent chacun·e à œuvrer pour que, sans délais, soient mises en œuvre des politiques tournant définitivement le dos à ces dérives nauséabondes et fondées sur le principe de la liberté de circulation et d’installation.

Le 17 septembre 2020

Organisations signataires :

  • CCFD Terre solidaire
  • DÉLINQUANTS SOLIDAIRES
  • SALAM Nord / Pas de Calais
  • GISTI
  • SOLIDARITY BORDER
  • HUMAN RIGHTS OBSERVERS
  • SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE
  • LDH Dunkerque
  • TERRE D’ERRANCE
  • MÉDECINS DU MONDE
  • UTOPIA 56
  • MIGRACTION 59
  • PROJECT PLAY

[1Ouest-France, avec AFP. Publié le 11/09/2020 à 00h43 ; voir l’arrêté en pièce jointe ;

[2Le Monde, « Le Brexit qui vient pèse sur la fragile collaboration franco-britannique sur les migrants » par Cécile Ducourtieux et Julia Pascual ; Publié le 11 septembre 2020 à 14h45

Communiqué de presse-11.09.2020 : CAFI – Il est urgent que la distribution alimentaire soit à nouveau permise

CALAIS : IL EST URGENT QUE LA DISTRIBUTION ALIMENTAIRE PAR LES ASSOCIATIONS SOIT À NOUVEAU PERMISE

Publié le 11.09.2020.

« Il est urgent que les autorités françaises reviennent sur leur décision d’interdire la distribution de nourriture par les associations humanitaires à Calais », déclarent six associations nationales humanitaires et de droits des personnes migrantes (Amnesty International France, la Cimade, Médecins sans Frontières, Médecins du Monde, Le Secours Catholique – Caritas France et la Fédération des acteurs de la solidarité) alors que le ministère de l’Intérieur a interdit à partir de ce jour toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires.

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger ». En interdisant l’action humanitaire des citoyens, c’est la fraternité et la solidarité, fondement et valeur essentiels de notre société qui sont foulés aux pieds. C’est intolérable. Le Président de la République doit intervenir », Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique- Caritas France

« Dans le contexte actuel de crise sanitaire, les personnes et associations qui viennent en aide aux exilés ont un rôle essentiel. La décision du Ministre de l’Intérieur est une nouvelle démonstration du harcèlement dont font l’objet les défenseurs des droits des migrants dans la région. L’État doit reconnaître et soutenir leur rôle plutôt que d’entraver leur action » – Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France.

« Les personnes sont quotidiennement expulsées de leurs lieux de vie, démunies de leurs effets personnels, dispersées et on veut les rendre invisibles. La politique menée les contraint à l’errance, aggrave leur précarité et les expose à tous les dangers. Avec cet arrêté, croit-on apporter une réponse humaine à la situation indigne de ces personnes ? » – Henry Masson, Président de La Cimade

« Nous refusons d’opposer les missions remplies par les associations mandatées par l’État et celles qui se mobilisent par d’autres moyens : toutes ces actions sont essentielles et remplissent des fonctions complémentaires afin de garantir le respect des droits fondamentaux des personnes présentes sur le littoral nord » – Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité

« C’est un arrêté liberticide qui intervient dans un contexte de harcèlement quotidien, d’exclusion et de politique de non-accueil. Le respect de la dignité humaine, manger, boire, se laver est essentiel à la santé. S’en prendre aux droits d’hommes, femmes, enfants épuisés et en grand besoin de soin est indigne de notre république  » – Dr. Philippe de Botton, président de Médecins du Monde France

« Les conditions de vie déplorables dans lesquelles sont maintenus les exilés de Calais ont des conséquences graves sur leur santé physique et psychique. La priorité doit être de porter assistance à ces personnes vulnérables et de leur garantir l’accès aux soins dont elles ont besoin » – Mego Terzian, président de Médecins Sans Frontières France

Contact presse

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Communiqué de presse – 11.09.2020 : Réaction des associations face à l’arrêté préfectoral d’interdiction des distributions

Réaction des associations mobilisées auprès des personnes exilées à Calais suite à l’arrêté interdisant les distributions alimentaires en centre-ville.

Expulser les campements, entraver la fraternié, affamer les exilé.e.s : les autorités publient un nouvel arrêté de la honte interdisant les distributions alimentaires aux personnes exilées

Calais, le 11 septembre 2020

Le Préfet du Pas-de-Calais publie ce jour un « arrêté prefectoral portant interdiction de distribution de denrées en certains lieux du centre ville de Calais en prévention de risques sanitaires et de risques liés à la salubrité ».

Cet arrêté est honteux. En accusant les distributions alimentaires, et par là-même les personnes exilées et les associations, de présenter des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité, le Préfet manipule la réalité. Faut-il encore une fois dire que ce ne sont pas les distributions alimentaires qui créent des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité mais que c’est l’absence de prise en charge dignes des personnes exilées présentes sur le littoral par les autorités qui nous poussent à organiser ces distributions ? Faut-il encore une fois dire que ces risques sont provoqués par l’État, qui a organisé tout l’été des évacuations forcées de campements et la pose de grillages sur ceux-ci, suite auxquelles les personnes expulsées, hagardes, cherchaient désespérément un nouvel endroit pour s’installer et se sont retrouvées en centre-ville ?

Cet arrêté est honteux. Il contrevient au principe de fraternité, pourtant à valeur constitutionnelle, en entravant les actions de citoyens et de citoyennes guidés par la volonté d’apporter leur aide et de subvenir aux besoins des personnes exilées présentes à Calais. Ainsi, cet arrêté prévoit que les personnes et associations qui s’impliqueraient dans ces distributions alimentaires soient poursuivies. C’est sans attendre, et dès ce matin, que des bénévoles de l’association Salam ont écopé de procès verbaux et d’amendes pour avoir proposé un petit déjeuner aux personnes exilées qui survivent actuellement dans le centre-ville de Calais, pour avoir aidé des personnes qui avaient faim.

Cet arrêté est honteux. Il va avoir pour conséquence de compliquer l’accès à un repas pour des personnes en errance en centre-ville, et qui ne bénéficient que des distributions alimentaires des associations indépendantes pour assouvir leur faim. En parallèle, l’action des autorités n’est pas suffisante : encore hier, en marge de la distribution alimentaire organisée par L’État en périphérie de Calais, plusieurs dizaines de personnes n’ont pu obtenir de panier repas, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Chaque jour, nos associations rencontrent des personnes exilées qui n’ont accès qu’à un repas par jour ou aucun et nous confient avoir faim.

Cet arrêté met en danger la vie de personnes exilées. Nous demandons le retrait immédiat de celui-ci. Les associations indépendantes, citoyens solidaires et personnes exilées appellent les autorités à prendre réellement en considération nos propositions afin d’organiser un accueil digne et respectueux sur le littoral. Dans l’attente de celui-ci, nous ne dérogerons pas aux principes d’humanité les plus fondamentaux et continueront de soutenir les personnes dans le besoin.

Associations signataires :

Amnesty International – Région Nord Pas de Calais / Somme L’Auberge des Migrants

La Cabane Juridique Collective Aid

Help Refugees Refugee Rights Europe

Secours Catholique – délégation du Pas-de-Calais Salam – Nord Pas de Calais

Terre d’Errance Utopia 56

Citoyennes et citoyens calaisien.n.e.s signataires :

Mehdi Dimpre Valérie Lefebvre

Contacts presse :

Juliette Delaplace (chargée de mission, personnes exilées de passage sur le littoral Nord, Secours Catholique Français) : + 33 6 30 06 75 99

François-Marie Guennoc (Vice-président, l’Auberge des migrants) : + 33 6 08 49 33 45

Hannah Dunkley (membre du Calais Food Collective / l’Auberge des Migrants) : +33 7 67 50 01 58

Pierre Roques (coordinateur terrain, Utopia 56) : +33 6 43 98 17 58

Le Monde-11.09.2020// Calais : vague d’indignation après l’interdiction de distribuer des repas aux migrants

Calais : vague d’indignation après l’interdiction de distribuer des repas aux migrants

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/09/11/a-calais-des-associations-scandalisees-par-l-interdiction-de-distribuer-des-repas-aux-migrants_6051809_3224.html

La préfecture du Pas-de-Calais a interdit la distribution aux associations non mandatées par l’Etat en raison, notamment, de « troubles à l’ordre public » et non-respect des gestes barrière.

Le Monde avec AFP – 11.09.2020

Des migrants, le 3 avril à Calais.

Les défenseurs des migrants se sont indignés, vendredi 11 septembre, de l’interdiction faite aux associations non mandatées par l’Etat de distribuer des repas aux exilés à Calais, une décision « intolérable » prise par la préfecture locale sous « prétexte » de la situation sanitaire.

« Il y a un prétexte sanitaire mais aux distributions de La Vie active [l’association mandatée par l’Etat], c’est pareil, les gens sont les uns sur les autres », a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants, une des associations visées par la décision de la préfecture du Pas-de-Calais.

L’organisation assure distribuer chaque jour entre 200 et 300 repas à des migrants en centre-ville et plusieurs centaines d’autres cinq jours sur sept dans divers points de la ville. « Si l’Etat veut entasser les gens autour de l’hôpital », site de distribution de La Vie active, « où il y a déjà 700 personnes, il prend ses responsabilités, mais on va arriver à une situation pire que précédemment », a-t-il estimé.

La préfecture a interdit jusqu’à la fin de septembre « toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires [dans une vingtaine de rues, quais, places du centre-ville] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés ».

Cette décision, entrée en vigueur dès vendredi, a été prise au lendemain d’une entrevue à Beauvau entre le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la maire de Calais Natacha Bouchart (LR).

« Erreur humanitaire »

Jean-Claude Lenoir, président de l’association Salam, elle aussi visée, a dénoncé « une décision inhumaine, une erreur humanitaire et une maladresse politique », pointant « une surenchère électoraliste par rapport au Rassemblement national ».

Dans la mesure où l’Etat a mandaté l’association La Vie active, pour fournir « 4 distributions quotidiennes de repas », que l’Etat met à disposition des migrants 38 robinets d’eau cinq jours sur sept, dont « 22 accessibles sept jours sur sept » et que de l’eau est distribuée pendant les repas, la préfecture considère assurer « des prestations humanitaires suffisantes au regard des besoins de cette population, notamment alimentaires ».

« Il est urgent que les autorités françaises reviennent sur leur décision », ont réagi dans un communiqué commun six ONG et associations engagées dans la défense des exilés, dont Amnesty international, Médecins du monde ou Médecins sans frontière.

« En interdisant l’action humanitaire des citoyens, c’est la fraternité et la solidarité (…) qui sont foulées aux pieds. C’est intolérable », a par exemple fustigé Véronique Fayet, présidente du Secours catholique-Caritas France. Pour Amnesty International, qui estime à 1 500 le nombre d’exilés présents à Calais et ses environs, la décision « est une nouvelle démonstration du harcèlement dont font l’objet les défenseurs des droits des migrants dans la région ».

A La Vie active, on indique que l’association distribue au total de 1 000 à 1 200 petits-déjeuners et autant de déjeuners chaque jour à Calais, sur deux lieux différents. L’association parvient à toucher « la majorité » des migrants présents.

Le Monde avec AFP

La FASTI et les ASTI lancent une campagne pour demander l’abrogation du CESEDA

 » Ensemble, abrogeons le CESEDA ! « 

 » Vous trouvez cela utopique ? Nous aussi, mais nous pensons que l’utopie n’est pas un gros mot : c’est une vision de la société que l’on porte et qui permet de développer nos idées et de fixer un cap à nos actions. La crise du coronavirus révèle au grand jour les inégalités sociales, économiques, administratives qui touchent certaines populations, notamment les personnes étrangères, et qui constituent le terreau du « modèle » économique capitaliste dans lequel nous vivons. Cette crise révèle également une volonté collective de relever le niveau des luttes pour que l’égalité entre toutes et tous soit enfin la priorité et l’objectif commun. En témoigne les nombreuses initiatives pour la régularisation inconditionnelle de toutes les personnes sans-papier.

Depuis quelques temps, la FASTI et les ASTI travaillent en interne à la mise en œuvre d’une campagne pour l’abrogation du CESEDA. Celle-ci s’inscrit dans le cadre de ses revendications pour la liberté de circulation et d’installation en lien avec celle pour l’égalité des droits entre toutes et tous. Elle en est, en quelque sorte, une première concrétisation. Cette campagne est née du besoin exprimé par les militant-e-s du Mouvement de « prendre du recul » avec une vision qui se situe sur le plus long terme et de ne plus être constamment sur la défensive face aux restrictions juridiques et politiques toujours plus sévères. Elle vient en complément de nos luttes concrètes de court/moyen terme qui sont toujours essentielles.

La crise sanitaire actuelle rend encore plus urgente la nécessité de repenser notre modèle de société et nous souhaitons partager aujourd’hui avec vous les réflexions issues de cette campagne. Nous vous invitons à visiter cette page de notre site dans laquelle se trouve l’argumentaire de campagne et plusieurs éléments visuels de sensibilisation.  »

La campagne à trouver ici  : http://www.fasti.org/index.php/dossiers

France 3- 6.06.2020 – Harcèlement par les gendarmes à Ouistreham

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/ouistreham-migrants-se-disent-harceles-gendarmes-1838268.html

À Ouistreham, les migrants se disent harcelés par les gendarmes

Quelques dizaines de jeunes migrants, pour la plupart originaires du Soudan, sont revenus à Ouistreham après le confinement. Ils espèrent tous passer en Angleterre. / © France Télévisions

Une manifestation de soutien rassemble plus d’une centaine de personnes pour protester contre l’attitude des forces de l’ordre. Depuis quelques jours, les contrôles se multiplient près du terminal transmanche. La Préfecture du Calvados justifie une action de « lutte contre l’immigration clandestine ».

Par Pierre-Marie Puaud Publié le 06/06/2020 à 17:30 Mis à jour le 07/06/2020 à 16:16

Le mot d’ordre a circulé sur les réseaux sociaux  : « pour que cesse immédiatement la violence de l’Etat envers une population vulnérable ». Ce samedi 6 juin, environ 120 personnes sont rassemblées devant la mairie de Ouistreham. Une banderole ose le clin d’oeil à l’histoire : « 6 juin 1944, Liberté. 6 juin 2020, Tyrannie ». 

Une banderole déployée le 6 juin devant la mairie de Ouistreham / © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Les manifestants dénoncent la multiplication des interventions de la gendarmerie constatée ces derniers jours, des « délits de facies » et de « graves atteintes à la liberté de circuler orchestrée au plus haut niveau de l’Etat, contraignant ces jeunes sans-papiers à se cacher sur un territoire hostile ».

Une centaine de personnes rassemblées le 6 juin 2020 devant la mairie de Ouistreham pour soutenir les migrants / © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Une vidéo, éloquente, est à l’origine de ce mouvement de protestation. Elle a été captée par un témoin sur un téléphone portable. On y voit plusieurs gendarmes mobiles fondre sur des jeunes migrants qui se trouvent sur un trottoir de Ouistreham. Ils sont embarqués sans ménagement pour y subir un « contrôle ». Cette semaine, les forces de l’ordre ont effectué plusieurs opérations de ce type. Certains migrants ont même été conduits à la gendarmerie pour des « vérifications ».


A Ouistreham, les gendarmes font-ils la chasse aux migrants ?

Pendant le confinement, ces jeunes migrants, des garçons pour la plupart originaires du Soudan, ont été pris en charge par la Croix-Rouge et mis à l’abri dans un centre de vacances à Tailleville. « Pendant ces deux mois, on aurait pu en profiter pour faire le nécessaire afin qu’ils aient des papiers. Au lieu de cela, ils se retrouvent à la rue, comme d’habitude », déplore Miguel Martinez du Collectif d’Aide au Migrants de Ouistreham (CAMO). Depuis la mi-mai, tous sont revenus à Ouistreham, dans l’espoir de pouvoir prendre un bateau.

Pourquoi ne peut-on pas rester ici à Ouistreham ? On ne fait de mal à personne. On ne touche personne. Nous sommes juste des êtres humains qui veulent aller en Angleterre.

Un jeune Soudanais revenu à Ouistreham dans l’espoir de passer en Angleterre / © France Télévisions

L’arrêté du 28 décembre 2018 signé par le ministre de l’Intérieur donne la possibilité aux forces de l’ordre d’effectuer des contrôles d’identité inopinés dans un périmètre de cinq kilomètres autour « des ports constituant de points de passage frontaliers ». En Normandie, le texte concerne les installations portuaires de Cherbourg, Caen-Ouistreham, Le Havre et Dieppe.

Une intervention des gendarmes dans les rues de Ouistreham. Juin 2020 / © Document amateur / DR

Le directeur de cabinet du préfet du Calvados justifie une action de lutte contre l’immigration clandestine. Et il réfute les accusations de contrôle « au facies ». Mais le CAMO dénonce un harcèlement qui aurait pour objectif de faire déguerpir ces jeunes migrants. « On se pose des questions. C’est toujours les mêmes. Ils sont noirs, migrants, Soudanais, et ils sont contrôlés de manière assez violente, s’indigne Miguel Martinez. L’idée, c’est qu’ils disparaissent du paysage, qu’ils aillent en centre de rétention et qu’ils soient expulsés du territoire. 

Violences contre des migrants: quand des gendarmes brisent l’omerta

https://www.mediapart.fr/journal/france/290520/violences-contre-des-migrants-quand-des-gendarmes-brisent-l-omerta?onglet=full

29 mai 2020 Par Tomas Statius

Dans une affaire de violences à l’encontre d’un mineur étranger à Calais, des gendarmes ont dénoncé des collègues, permettant une condamnation.

C’est une histoire calaisienne comme il y en a des tas d’autres. Une histoire de migrants qui croisent des policiers à la nuit tombée, après avoir tenté leur chance à la frontière. Dans ces histoires, trop souvent les exilés se plaignent de mauvais traitements. Coups, brimades, téléphones brisés, nourriture jetée et vol d’argent… C’est ce que décrit Suleman*, mineur afghan, dans une plainte au procureur de Boulogne-sur-Mer remontant à mars 2016, accompagnée d’un certificat médical et d’une carte indiquant où les violences se seraient déroulées.

Pour une fois, la plainte a fait du chemin. Car pour une fois, des membres des forces de l’ordre ont brisé l’omerta, d’après des informations obtenues par Mediapart.

En octobre dernier, à l’issue d’une enquête préliminaire confiée à l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), trois militaires impliqués dans l’affaire de Suleman ont ainsi comparu devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. À l’adjudant Raphaël S., il était reproché des coups : il a été condamné à trois mois de prison avec sursis (comme mentionné brièvement par La Voix du Nord), sans inscription au casier judiciaire.

À lui, ainsi qu’à deux camarades, les gendarmes Mikaël C. et Romain T., le parquet reprochait aussi des vols d’argent et la destruction de plusieurs téléphones portables appartenant à Suleman et ses amis. Tous les trois ont été relaxés, malgré les confessions de Mikaël C. pour ce qui est de la destruction de portable.

Depuis la condamnation, Mediapart a pu consulter l’intégralité de l’enquête préliminaire et se plonger dans cette affaire de violences pas comme les autres : lors de leurs auditions par l’IGGN, plusieurs gendarmes ont dénoncé des mauvais traitements et la destruction d’effets personnels de migrants de Calais.

Ce jour de janvier 2016, il est 23 heures passées quand des gendarmes de Saint-Nazaire, détachés à Calais, rejoignent leur hôtel en périphérie de la ville. La journée a été harassante. C’est l’époque de la « jungle », campement de plusieurs milliers d’habitants qui concentre tous les maux de la crise des réfugiés.

Sur le chemin, non loin du centre-ville, les gendarmes remarquent plusieurs ombres qui semblent se cacher derrière une voiture. L’endroit est connu pour être un point de rencontres d’exilés qui essayent de s’introduire dans le tunnel sous la Manche en direction de l’Angleterre. Il s’agit de Suleman et ses amis, les gendarmes les soupçonnent d’être en train de fracturer une voiture.

L’enquête établira qu’il n’en est rien : ils se dirigent simplement vers la « jungle » quand les gendarmes leur tombent dessus. Dans son témoignage, rédigé avec l’aide d’un traducteur et d’une bénévole de l’association la Cabane Juridique, Suleman s’explique : avant même de croiser la route des militaires, la soirée a été galère, le jeune homme se plaint d’avoir été aspergé de gaz lacrymogènes par des hommes qu’il pense être des policiers en civil. « Cela ne correspond à personne », grince un militaire, sur procès-verbal. À moins que ce ne soit ces groupes de calaisiens proches de l’extrême droite locale qui patrouillent la nuit aux abords de la jungle pour passer à tabac des migrants, tente ce gendarme. L’enquête ne répondra pas à la question. Les exilés sont rapidement appréhendés par le groupe de gendarmes et l’histoire aurait pu s’arrêter là sans le coup de sang de l’adjudant S.

Deux d’entre eux appartiennent à une autre compagnie appelée en renfort le soir des faits : le lieutenant Loïc H. et le maréchal des logis Denis W. Le dernier, le gendarme Mikaël C., faisait partie de la même troupe que l’adjudant S. Tous les trois se souviennent que ce soir-là, l’adjudant, sportif, a envoyé « un bon kick » au niveau de l’épaule de Suleman, 16 ans. Puis un coup de poing, complète le gendarme C.

Leur témoignage est proche de celui du jeune homme, et du récit qu’il fait au médecin chargé de l’ausculter lors de sa visite aux urgences de l’hôpital de Calais plus tard dans la soirée. Il se plaint alors d’une douleur au niveau de l’omoplate, « sans luxation », indique le certificat que Mediapart a pu consulter. Un autre médecin estimera à 1 jour d’ITT ses blessures.

Pourquoi ce geste de l’adjudant S. ? Personne n’en sait rien. L’intéressé nie encore aujourd’hui, fait savoir son avocat, Me Cottigny. Ses états de service étaient irréprochables… si ce n’est un signalement pour des faits de violence lors d’une audience au tribunal correctionnel de Paris un mois avant les faits. D’autres collègues invoquent les conditions de travail dans le Calaisis et les missions harassantes.

L’affaire Suleman jette également pour la première fois la lumière sur un autre délit longtemps dénoncé par les associations de défense de migrants (dont Amnesty International et l’Auberge des Migrants), jamais étayé dans le cadre d’une enquête judiciaire : la destruction des téléphones des migrants par les forces de l’ordre. Le gendarme C. reconnaît avoir brisé l’un d’entre eux : « On savait que les migrants s’appelaient entre eux pour avertir de la présence des forces de l’ordre. Sans arrêt, lorsque nous arrêtions des migrants, leur téléphone sonnait. Par exemple, si l’on arrêtait un groupe de migrants, un autre était averti de notre présence pour échapper à notre vigilance. Du coup, c’est un peu pour cette raison que j’ai jeté le téléphone derrière moi au lieu de le rendre à son propriétaire. »

L’homme plaide le geste d’humeur et affirme ne pas avoir répondu à une consigne de ses supérieurs. À l’audience, il demande pardon. Il a été relaxé par le tribunal.

Il n’est pas le seul, à en croire le lieutenant H. et le maréchal des logis W., qui se souvienne avoir vu plusieurs téléphones brisés aux pieds de Suleman et de ses amis. L’enquête ne permettra pas d’étayer leurs déclarations.

D’après les documents consultés par Mediapart, c’est silence radio dans le reste de la compagnie. L’ensemble des gendarmes se rangent derrière leurs camarades et ne s’expliquent pas le témoignage dissonant de trois des leurs.

Me Cottigny, l’avocat de l’adjudant S., regrette aujourd’hui une enquête « peu poussée » et l’absence de confrontation entre son client et ses détracteurs : « On s’est posé la question de faire appel mais il voulait tourner la page. » La condamnation est donc définitive. Mais l’homme est toujours gendarme, nous confirme la direction générale de la gendarmerie nationale.

Suleman, lui, a rejoint l’Angleterre. Il n’était pas présent au tribunal et n’a pas pu être interrogé au cours de l’enquête. Contacté par Mediapart, le cabinet du préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, se refuse quant à lui à tout commentaire « à propos d’une décision judiciaire ».

*Le prénom a été modifié.

Contactés par Mediapart, l’adjudant S., les gendarmes C. et T, n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview.

A Calais, des associations pointent une recrudescence des violences policières

Mediapart

29 mai 2020 Par Nejma Brahim

Une vidéo montre des policiers exfiltrer violemment des exilés d’un bus, vendredi 22 mai. Globalement, des militants jugent que les conditions de vie dans les camps se sont aggravées pendant le confinement. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi. »

«Pour les personnes qui le désirent, il y a un autre bus derrière. » Ce sont les propos tenus par un agent de police vendredi 22 mai, dans un bus à Calais, à l’égard de deux personnes noires exilées. Les paroles s’accompagnent de gestes violents : le même policier empoigne l’un des migrants pour le contraindre à se lever, avant que son collègue le tire par le bras et le mette à terre pour le traîner au sol jusqu’à l’extérieur du bus.

« Doucement ! », peut-on entendre dans une vidéo de la scène tournée par un témoin, alors que des passagers tentent de réagir timidement. Le second exilé est ensuite extirpé de force du véhicule par trois agents de police, l’un d’entre eux n’hésitant pas à le tirer par la jambe pendant qu’il tente de s’agripper à la barre de maintien.

« Ce genre de procédé consistant à refuser les exilés dans les transports n’est pas nouveau, on avait déjà eu plusieurs témoignages à ce sujet », note Jérémie Rochas, travailleur social et bénévole chez Appel d’air, un collectif de soutien aux personnes exilées de Calais. Mais depuis le début de la crise sanitaire, le phénomène se serait « automatisé », selon lui. Au point que le collectif dénonce un « apartheid ».

En assistant à la scène, Laura*, 18 ans, sort son smartphone et filme. « J’étais choquée, c’était très violent. » Selon elle, les deux exilés « n’avaient rien fait de mal ». « J’étais au même arrêt de bus qu’eux quand ils sont montés. Le chauffeur ne voulait pas les prendre et leur a demandé de descendre. Il n’y avait pas de raison de les refuser, ils avaient un masque. »

Le chauffeur a alors alerté des contrôleurs. À l’arrivée de ces derniers, quelques arrêts plus loin, ils ont voulu vérifier l’identité des migrants. « Ils leur ont aussi demandé leur ticket alors que le bus est gratuit », s’étonne Laura. Puis signifié de descendre du bus pour prendre le suivant, moins plein. Face au refus des usagers, et à la demande des contrôleurs, la police est alors intervenue.

Dans un article publié dans le journal Nord Littoral, le directeur de la compagnie de transports Calais Opale Bus, Daniel Roussel, justifie l’intervention des contrôleurs et des forces de l’ordre par le non-respect de la distanciation sociale chez ces usagers.

Contactée par Mediapart, la préfecture du Pas-de-Calais abonde. « Ils étaient en effet assis côte à côte et refusaient de maintenir entre eux un siège vide. Le contrôleur avait initialement demandé à ces deux personnes de se séparer afin de respecter les mesures de distanciation sociale. Celles-ci ont refusé et ont manifesté de l’agressivité dans leurs réponses. »

Pourtant, plusieurs témoins assurent qu’ils résistaient calmement – ce que démontre la vidéo. « Personne ne leur a dit de laisser un siège entre eux, tranche Laura, pour qui la scène s’apparente à du racisme. On leur a tout de suite ordonné de descendre du bus. Ils n’ont pas été agressifs, ils se sont défendus en refusant d’être traités différemment. Ce sont des êtres humains comme tout le monde. » Et d’ajouter : « Hier encore, j’ai pris ce même bus et deux personnes blanches étaient assises l’une à côté de l’autre. Elles n’ont eu aucun problème. »

Daniel Roussel reconnaît que, dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire, les chauffeurs « évitent » de prendre des migrants. « On doit la sécurité à notre personnel et aux usagers. Les migrants n’ont pas pu être confinés, il est donc difficile de confronter ces deux populations [les migrants et les Calaisiens] », a-t-il déclaré au quotidien local.

« Ce n’est donc pas un choix arbitraire fait par les chauffeurs, s’indigne Antoine Nehr, coordinateur de l’antenne locale de l’association Utopia 56, qui se mobilise pour venir en aide aux exilés depuis 2016. C’est impressionnant qu’en 2020, en France, on en soit là et que ce type de consignes vienne d’en haut. »

L’adjoint au maire de Calais chargé de la sécurité, Philippe Mignonet, avait d’ailleurs prévenu à la fin mars : les bus ne marqueraient plus l’arrêt aux stops où des groupes d’exilés patienteraient. Une exception serait faite pour les personnes seules ayant un rendez-vous impératif, pour des soins par exemple, impliquant pour les conducteurs de déduire au faciès qui serait exilé ou non et de procéder à des contrôles de justificatifs.

Pour Jérémie Rochas, il y a eu une recrudescence des violences policières à l’égard des migrants durant la crise sanitaire. « Les exilés ne cherchent pas la confrontation parce qu’ils savent à quoi s’attendre si la police débarque. La peur de donner son identité, et des répercussions, fait que c’est assez rare de voir des personnes qui résistent. »

Fin mars, un exilé noir s’est vu refuser l’entrée d’un centre commercial où il souhaitait acheter des produits de première nécessité. La sécurité a appelé les CRS, accusés de l’avoir ensuite frappé. « Il a porté plainte auprès du procureur pour coups et violences volontaires. J’ai six témoignages de personnes discriminées à l’entrée de ce centre », affirme Candice, coordinatrice du projet Human Rights Observers à Calais et Grande-Synthe.

Le 14 avril, une communauté d’Érythréens a alerté l’opinion publique dans une lettre ouverte adressée à la préfecture et a décidé de porter plainte pour des violences. « Notre plainte concerne une compagnie de CRS et leurs actions impulsives et agressives à notre égard. Ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains », dénonçaient-ils. Le Défenseur des droits a été saisi à plusieurs reprises par différentes associations.

Côté campements, Antoine Nehr a constaté que les conditions de vie se sont fortement aggravées. Retrait partiel ou complet de plusieurs associations, droits fondamentaux bafoués au quotidien, accès « plus que compromis » à l’eau, à la nourriture et aux soins… « La situation est dramatique, note Candice. Il y a une mise en danger des exilés puisque rien n’est fait pour leur venir en aide en pleine pandémie. »

« Les autorités maintiennent la politique de l’épuisement, une politique hostile, à l’heure où l’on aurait eu besoin de voir se développer des solutions d’hébergement pérennes ou des cliniques mobiles », regrette le coordinateur d’Utopia. Un « harcèlement moral intenable » que dénonce aussi Human Rights Observers…

Les démantèlements de camps, qui ont lieu tous les deux jours, ont pris des formes de rituel. Certains exilés évitent de s’absenter du camp ces jours-là afin de pouvoir garder leur tente ou sac de couchage. « L’équipe de nettoyage procède à une saisie des affaires et du matériel. Une partie est jetée, une autre est amenée dans un grand conteneur à la ressourcerie par le biais d’un système mis en place par la préfecture », explique Candice, qui accompagne les migrants sur place pour leur permettre de rechercher leurs effets personnels, souvent sans résultat.« Ces expulsions sont un semblant de mises à l’abri, forcées, vers des Centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES) », soffusque Jérémie Rochas. C’est là qu’on évalue si la personne peut demander l’asile : si ce n’est pas le cas, elle n’a plus sa place dans le centre. « Ce n’est pas adapté au public de Calais dont la majorité est représentée par des déboutés ou des “dublinés” [auxquels s’impose la règle européenne voulant que le pays en charge de leur demande d’asile soit le premier dans lequel ils ont posé le pied – ndlr]. »

Une évacuation sécurisée aurait dû se tenir le 31 mars et a été reportée à la dernière minute. « Il y a eu à la fois un manque de places d’hébergement et la découverte de deux cas de Covid-19 dans les camps », explique Jérémie Rochas. Trois cents migrants, sur plus d’un millier, auraient dû être mis à l’abri ce jour-là. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi », complète Antoine Nehr.

Les bénévoles d’Utopia 56 et de l’Auberge des migrants ont dû aussi faire face à l’acharnement des forces de l’ordre durant le confinement. Vingt-huit verbalisations ont été dressées à des membres d’Utopia alors qu’ils distribuaient des vivres ou des couvertures aux exilés dans les camps.

A Calais, les actes d’hospitalité s’affichent en plusieurs langues !

Tout autour, une œuvre commune

Répondant à l’invitation du PEROU (Pole d’exploration des ressources urbaines), des calaisiennes et calaisiens publient chaque semaine des actes d’hospitalité dans l’espace public. Vous aussi, donnez une visibilité à ces actes d’hospitalité !

Retrouvez les actes d’hospitalité déjà recensés ici, et ajoutez-y les vôtres en écrivant à : hospitalite@perou.org !

« Tous nos actes d’hospitalité méritent d’être connus… Et l’acte d’hospitalité devrait être inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité nécessitant une protection urgente conformément à la convention de l’UNESCO de 2003.

Nous sommes à Calais, Vintimille, Rome, Lesbos, Clichy-Monfermeil, Hambourg, Bruxelles, à Lampedusa, à Bayonne, à Bordeaux…Et encore ailleurs ! Nous sommes nombreux à « faire hospitalité » et depuis longtemps ! Tous ces actes d’attention, à la rencontre des personnes migrantes, qui arrivent dans le dénuement et à bout de souffle, toutes ces attentions à la présence de l’autre : ces actes sont de ceux qui feront tenir le monde de demain.

Des archives de ces actes se constituent, pour un héritage précieux, nous sommes tous invités à y contribuer. Et le PEROU travaille à leur inscription au patrimoine mondial de l’humanité.

Chaque lundi, nous publions, tous en même temps, des fragments de ces archives en train de se constituer.En PJ vous trouverez des fragments.

A Calais, nous avons renouvelé notre affichage, en couleur, et avec des traductions !

Chacun.e peut participer : à l’inscription d’acte d’hospitalité dans l’archive : hospitalite@perou.org, et en créant des « publications » selon les modalités, même minuscules, et les lieux de son choix, et en documentant cette action. »

Déclaration publique : Amnesty demande que les autorités françaises cessent immédiatement le harcèlement et l’intimidation des défenseurs des droits à la frontière

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/nord-de-la-france-calais-droit-des-migrants-covid-19

NORD DE LA FRANCE : EN PLEINE CRISE SANITAIRE, LES DÉFENSEURS DES DROITS DES MIGRANTS SONT TOUJOURS HARCELÉS

Dans le contexte de la crise sanitaire liée au Covid-19, les défenseurs des droits humains jouent un rôle crucial pour que la lutte contre la pandémie soit respectueuse des droits de tous. Pourtant, à la frontière franco-britannique, les personnes venant en aide aux migrants continuent de faire l’objet d’actes de harcèlement et d’intimidation de la part des autorités françaises. Nous demandons que cessent immédiatement les pratiques abusives à leur égard.

CONDITIONS DE VIE INDIGNES ET ABSENCE DE PROTECTION POUR LES PERSONNES EXILÉES

Depuis le début de la crise sanitaire en France, les expulsions de lieux de vie informels se sont poursuivies dans le nord de la France, laissant les personnes exilées dans le dénuement le plus total. Entre mars et avril 2020, l’équipe de Human Rights Observers a recensé 180 expulsions de campements à Calais et 12 à Grande-Synthe. Selon les associations locales, ces expulsions se sont accompagnées de la saisie de tentes et d’effets personnels (sacs de couchage, couvertures, sacs à dos, téléphones), mais aussi de violences et d’un recours excessif à la force par la police.

Suite aux demandes d’Amnesty International France et des nombreuses associations qui travaillent sur le terrain, des opérations de mise à l’abri et quelques mesures d’assistance humanitaire ont tardivement été mises en place. Cependant, de nombreuses personnes exilées continuent de vivre dans des conditions indignes, sans aucune mesure de protection face au virus. Plus de 1000 personnes exilées sont encore présentes dans les campements informels à Calais et environ 600 à Grande-Synthe.

AMENDES, CONTRÔLES D’IDENTITÉ, MISES EN GARDE À VUE : L’INTIMIDATION DES AIDANTS SE POURSUIT

Dans ce contexte, les personnes qui viennent en aide aux exilés présents à Calais et Grande-Synthe ont un rôle essentiel : elles fournissent une assistance humanitaire indispensable, signalent les violences et les abus observés notamment lors des expulsions, et interpellent les pouvoirs publics sur les mesures à prendre pour protéger des personnes déjà marginalisées. Pourtant, au lieu d’être soutenus, les bénévoles sur le terrain continuent de faire l’objet d’actes de harcèlement et d’intimidation de la part des forces de l’ordre.

A Calais et Grande-Synthe, Human Rights Observers a par exemple recensé 37 contraventions dressées essentiellement au motif du non-respect des mesures de confinement entre le 17 mars et le 11 mai 2020. Les bénévoles verbalisés étaient alors en maraude ou présents aux côtés des exilés, des personnes qui ne seraient donc pas « assez vulnérables » aux yeux des autorités pour faire l’objet d’une dérogation pourtant prévue par l’attestation de circulation.

A Grande-Synthe, quatre membres de l’association Utopia 56 ont été arrêtés et placés en garde à vue, le 24 avril dernier, alors qu’ils documentaient l’évacuation violente d’un campement de personnes exilées par les forces de l’ordre, lors d’une mise à l’abri. Les quatre bénévoles ont passé toute la journée en garde à vue pour « atteinte à l’autorité de la justice par discrédit d’une décision de justice » et « complicité de mise en danger de la vie d’autrui, en ayant incité les exilés à se rendre sur l’autoroute ». Les quatre bénévoles sont finalement sortis dans la soirée sans qu’aucune poursuite n’ait été retenue contre eux à ce jour.

Par ailleurs, alors qu’ils ne font qu’observer des situations souvent tendues ou violentes afin de signaler de potentiels actes délictueux des forces de l’ordre, les bénévoles associatifs auraient été à plusieurs reprises filmés par la police et sommés de s’éloigner du périmètre d’opération. Selon les associations locales, ils sont aussi régulièrement soumis à des contrôles d’identité et de véhicules.

AUCUNE MESURE PRISE POUR METTRE FIN À CES PRATIQUES ABUSIVES

Les autorités françaises ne doivent pas prendre le prétexte des restrictions imposées dans le cadre de la pandémie pour restreindre le droit de défendre les droits et entraver l’action des aidants dans le nord de la France. Elles doivent au contraire reconnaître que la défense des droits fondamentaux constitue une activité d’autant plus essentielle dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, qui permet l’adoption de mesures restrictives de libertés, et veiller à ce que tous les aidants puissent agir sans avoir à craindre d’actes d’intimidation.

Alors que nous alertons sur cette situation depuis près d’un an, aucune mesure en ce sens n’a encore été prise. Les autorités françaises doivent également condamner toute tentative de délégitimer le travail des aidants et enquêter de façon approfondie et impartiale sur tous les abus signalés à Calais et Grande-Synthe.