08.09.2016 // Communiqué de presse // Contre les expulsions destructrices Pour la construction d’une politique d’hospitalité

Entre janvier et septembre 2016, à Paris, Calais, Cherbourg, Chocques, Dieppe et Steenvoorde, de nombreux campements ont été détruits, où survivaient plusieurs centaines d’hommes, femmes et enfants.

A Norrent-Fontes, un campement où survivent 250 exilé.e.s est menacé à son tour. Cet endroit précis est  pourtant habité depuis 2008, suite à un accord passé entre les collectivités locales, les associations et les exilés, après une décennie d’expulsions délétères. Ce campement, financé par le Réseau des Élus Hospitaliers a, comme de nombreux autres, été toléré et reconnu par les autorités préfectorales qui veulent maintenant le détruire au mépris des personnes qui s’y abritent. L’audience au tribunal de Béthune aura lieu le mercredi 14 septembre prochain.

A Calais, les autorités préparent la destruction des cabanes où survivent 9000 personnes. C’est pourtant précisément à cet endroit que les mêmes autorités ont décidé de parquer ces gens en 2015, le plus loin possible de la vie de la cité, tolérant explicitement la construction de ces abris. Malgré les conditions de vie extrêmement difficiles, les exilé.e.s se sont organisé.e.s individuellement et collectivement. Une vie sociale s’est développée, aujourd’hui menacée, sans autre solution que l’errance.

Depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002, plusieurs dizaines d’expulsions de squats et de campements ont eu lieu. Force est de constater que la même histoire se répète sans cesse: les pouvoirs publics ouvrent eux-mêmes ou laissent s’ouvrir des « lieux de tolérance » pour les fermer ensuite à plus ou moins longue échéance, en annonçant au pire la fin d’un problème et, au mieux, des solutions qui, étant trop souvent indignes et toujours inadaptées, montrent très rapidement leurs limites.

La recrudescence de ces expulsions/destructions ces derniers mois est le signe de l’échec patent des politiques d’inhospitalité mises en place par l’État et certains élus locaux à l’encontre des exilé.e.s en transit.

Plutôt que de réfléchir et d’expérimenter des dispositifs d’accueil adaptés, les responsables préfèrent déplacer régulièrement les bidonvilles, quitte à empirer la situation.

Nous le savons par expérience: les expulsions des lieux de vie n’ont jamais eu d’autres conséquences que d’aggraver la précarisation des personnes expulsées qui perdent leurs effets personnels, sont dispersées et condamnées, plus fragilisées encore, à errer à la recherche d’un nouvel abri.

Sans concertation ni solutions adaptées, la destruction des abris détruit aussi un réseau social.

Devant les carences de l’État, nombreuses sont les associations et les personnes qui viennent en aide aux exilés. Aide humanitaire, information sur les droits, accès aux soins de santé, conseil et accompagnement administratif, etc. Les destructions de lieux de vie effacent les espaces où se retrouvent des personnes de confiance et renforcent la méfiance des exilé.e.s vis à vis d’un État qui les pourchasse jusque dans les fossés, les stocke dans des containers ou les contraint à un déplacement forcé en CAO, dans la direction opposée à leur trajet migratoire.

La destruction des abris intensifie également la pression et la violence autour des points de passage. L’augmentation des rixes entre groupes de personnes migrantes autour de Angres, Chocques, Norrent-Fontes et à Calais même depuis la destruction de la partie sud du bidonville en mars dernier en est la preuve criante.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, les discours qui accompagnent ces destructions cristallisent et encouragent les réactions xénophobes. Ces destructions sont irrespectueuses des personnes qui passent mais aussi de celles qui restent, en transformant la question de l’accueil en problème et en faisant croire qu’il suffit de détruire des abris pour régler ce problème.

Il est urgent de remettre en cause cette politique systématique d’expulsion qui n’a aucun sens.

Les organisations signataires demandent instamment aux autorités:

– un moratoire sur les expulsions et destructions d’abri, tant que des solutions adaptées ne seront pas réfléchies,

– de construire l’hospitalité. D’une part, en mettant en place des Maisons des Migrants pour les exilé.e.s en transit, proches des différents lieux de passage, comme l’actuel premier ministre le suggérait il y a trois ans, et, d’autre part, en instaurant de véritables programmes d’accueil dans les communes pour les exilé.e.s qui restent,

– de renégocier avec la Grande-Bretagne les accords du Touquet qui rendent la frontière meurtrière,

– de renégocier le règlement Dublin III qui empêche les demandeurs d’asile de déposer leur dossier dans le pays de leur choix, rallonge coûteusement et inutilement les délais d’examen de la demande et est la cause de nombreux départs de CAO, les exilé.e.s craignant de se faire expulser dans des pays qu’ils ont traversés.

 

Pour dénoncer la politique actuelle, inefficace et destructrice et pour défendre l’hospitalité, les organisations signataires appellent à

participer samedi 10 septembre à la journée festive «champs de résistance» au campement de Norrent-Fontes,

– assister à l’audience au tribunal de Béthune le mercredi 14 septembre à 14h.

 

Signataires:

Organisations régionales:

Hauts de France:

ACC Minorités Visibles

Arras Solidarité Réfugiés

L’Auberge des Migrants

La Brique

La Cabane Juridique / Legal Shelter

Care4Calais

La Cimade – Nord/Picardie

ECnou

Emmaüs Dunkerque

Fraternité Migrants Bassin Minier 62

Gynécologie Sans Frontière – délégation Hauts de France

Ligue des Droits de l’Homme – Dunkerque

Médecins du Monde – Hauts de France

Réveil Voyageur

Secours Catholique – délégation du Pas-de-Calais

Secours Populaire – Vendin/Oblinghem

Terre d’Errance

Terre d’Errance Steenvoorde

Utopia 56

Normandie :

Itinérance Dieppe

Paris :

La Chapelle Debout

Kâlî

Organisations nationales:

Association pour la Défense des Droits des Étrangers (ADDE)

CCFD Terre Solidaire

Emmaüs France

Fondation Abbé Pierre

Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI)

Observatoire de l’Enfermement des Étrangers (OEE)

Revue Pratiques, les Cahiers de la médecine utopique

Syndicat de la Médecine Générale

Syndicat de la Magistrature

Union des familles laïques (UFAL)

Dont organisations membres de la CFDA:

Elena France

Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés (Gisti)

Jesuit Refugee Services (JRS) – France

Ligue des Droits de l’Homme (LDH)

Mouvement Contre le Racisme et Pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP)

Organisations Internationales :

Emmaüs International

Médiapart // 02.09.2016 // Immigration, pourquoi les arguments rationnels ne passent pas?


L’émotion suscitée par la découverte du corps d’un enfant syrien sur une plage turque n’a pas duré. Un an plus tard, de Nicolas Sarkozy à Jean-Luc Mélenchon, les déclarations des premiers candidats à l’élection présidentielle révèlent à quel point la rhétorique politique constitue les migrants en problème. Cette vision univoque est pourtant contestée par les travaux scientifiques. Mediapart a essayé de comprendre pourquoi les arguments les plus étayés restent inaudibles.

Les photos d’Aylan Kurdi, cet enfant retrouvé mort le 2 septembre 2015 sur une plage turque alors que sa famille tentait de se rendre en Europe, ont ému le monde entier. Il ne reste plus grand-chose de cette empathie un an plus tard.

En France, à droite comme à gauche, les premières déclarations des candidats déjà engagés dans la course à l’Élysée témoignent, de Nicolas Sarkozy à François Fillon en passant par Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg, de ce que les migrants sont encore et toujours, élection après élection, considérés comme un problème, alors même que cette vision univoque est unanimement contestée par les travaux scientifiques. Sur ces questions qui promettent d’être au centre de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, l’extrémisme devient la norme. Dans l’espace public tel qu’il est façonné par les représentants politiques en France, le curseur plonge toujours plus à droite sans paraître rencontrer de butée.

Le livre programmatique que le président des Républicains vient de publier en est le dernier exemple en date : lui qui a verrouillé les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France – en tant que ministre de l’intérieur de 2002 à 2007, puis en tant que président de la République jusqu’en 2012 – n’a pas l’intention de reconnaître qu’il a échoué, y compris au regard des objectifs qu’il s’était fixés. Au contraire, il pousse la surenchère toujours plus loin, calquant ses propositions sur celles du Front national.

Lui qui a durci les critères d’accès au regroupement familial entend désormais le « suspendre » (ce qui est potentiellement contraire au principe du « droit à mener une vie familiale normale » inscrit à l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des droits fondamentaux, et au dixième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 selon lequel « la nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ») ; lui qui a vanté l’immigration « choisie » (de travail) veut aujourd’hui la « stopper » (ce qui est contestable au regard des perspectives économiques et démographiques du pays) ; alors qu’en 2007 et 2012, il fustigeait le concept d’« immigration zéro » cher à Marine Le Pen, il le promeut cinq ans plus tard, sans en prononcer le nom.

L’incohérence ne le gêne pas : s’il entend bloquer l’immigration familiale et économique, il persiste à défendre l’instauration de quotas (pourtant anticonstitutionnelle) ; refusant jusqu’alors de remettre en cause l’aide médicale d’État (reconnue d’utilité publique pour éviter les épidémies et les surcoûts liés à une prise en charge tardive), il est maintenant favorable à sa suppression.

La vision qu’il dessine est celle d’un pays où les immigrés seraient en trop grand nombre, consommateurs d’allocations, prenant leur travail aux Français ou dégradant les conditions d’emploi. Or une telle vision, il ne peut l’ignorer, repose sur un assemblage de contrevérités. En 2012, Mediapart s’était évertué à les démonter l’une après l’autre (retrouver ici l’argumentaire complet), en s’appuyant non pas sur les analyses d’experts autoproclamés, mais sur les recherches scientifiques réalisées à partir de données fiables, pour la plupart issues d’organismes publics tels que l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et l’Institut national d’études démographiques (Ined). Non, les immigrés ne sont pas si nombreux en France en comparaison de la plupart des pays européens, même si la part de certains d’entre eux, notamment les personnes originaires des anciennes colonies du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, s’est accrue ; non, les nouveaux venus ne volent pas le travail des Français, mais il serait faux d’affirmer que les effets de leur présence sur le marché de l’emploi sont nuls ; non, ils ne profitent pas des aides sociales, beaucoup ignorant leurs droits en la matière, mais leur précarité fait qu’ils sont plus susceptibles de recevoir des prestations sociales que d’autres catégories de personnes ; non, ils ne sont pas tous chômeurs, au contraire, ils sont surreprésentés parmi les créateurs d’entreprise, même si beaucoup font faillite, comme n’importe quel auto-entrepreneur ; etc.

Comment expliquer que les arguments rationnels, globalement valorisants à l’égard des migrants, ne parviennent pas à se faire entendre ? La question taraude non seulement le monde universitaire mais aussi le secteur associatif, qui contribue à compiler et diffuser la plupart des résultats des études scientifiques. « Entre collègues, nous nous désolons de cette déconnexion », indique François Gemenne, chercheur en science politique à l’université de Liège (CEDEM) et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (CEARC) et chercheur associé au CERI.

Spécialiste à la fois des questions migratoires et environnementales, il observe une différence de taille dans la réception des enjeux propres à chacun de ces champs. « La rationalité scientifique a une certaine prise sur la décision politique en matière d’environnement, affirme-t-il, ce n’est pas le cas sur l’immigration. » Il y voit plusieurs raisons. Tout d’abord, rappelle-t-il, le savoir produit sur les migrations est un savoir principalement issu des sciences sociales. Or celles-ci, dans l’esprit des responsables politiques et, plus généralement, de l’opinion publique, continuent d’être perçues comme moins fiables et plus orientées idéologiquement que les sciences dites dures.

Deuxième facteur : ce savoir pâtit de son manque d’organisation. « Il n’existe pas de structure internationale du type du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat », analyse-t-il. Pas de lieu, donc, pour poser des bases communes de compréhension du réel. « Le savoir est disparate, peu synthétisé et contesté par de faux experts auxquels les médias donnent la parole, faute de contradicteurs, ajoute-t-il. Alors que sur les questions d’environnement, les climato-sceptiques ont été marginalisés. »

L’absence d’objectif social faisant consensus constitue une autre raison de l’imperméabilité entre les arguments politiques et scientifiques : « Tout le monde s’accorde, en matière d’environnement ou de santé, par exemple, pour dire qu’il faut trouver les moyens de mieux vivre en accord avec la nature ou mieux prévenir et traiter les maladies. Sur les questions migratoires, il n’y a aucun consensus sur l’objectif : faut-il plus ou moins de migrants ? Faut-il ouvrir ou fermer les frontières ? La question même de savoir s’il faut réduire le nombre de morts en Méditerranée n’est pas considérée comme une priorité partagée par tous. »

« Les débats sont dominés par les croyances, les idéologies et les opinions », résume François Gemenne, qui rappelle que les immigrés sont en priorité perçus comme des intrus menaçant la façon dont chacun se représente sa place dans la société.

« On nous accuse de minimiser les flux migratoires… ou alors de les amplifier »

Le décalage est particulièrement manifeste avec les hommes politiques. La question identitaire s’est tellement imposée dans les discours, y compris à gauche, que les personnalités politiques prêtes à défendre une vision positive de l’immigration se font rares. Au PS, seul l’accueil des réfugiés est encore considéré comme acceptable. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, le repli l’emporte. Quand Le Monde, le 24 août, lui demande si « l’immigration peut être une chance pour la France », il répond que la question est « piégée ». Affirmant qu’il n’a jamais été « pour la liberté d’installation », il estime que les migrants feraient mieux de rester dans leur pays d’origine. « L’urgent est qu’ils n’aient plus besoin de partir de chez eux (…), déclare-t-il. Émigrer est une souffrance. »

Cet écart n’est pas surprenant. Complexes, les enjeux liés aux déplacements de population se laissent difficilement saisir en quelques déclarations, remarque Claire Rodier, juriste au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), auteure de Migrants & réfugiés, Réponse aux indécis, aux inquiets et aux réticents (La Découverte, 2016). Déconstruire les préjugés, par exemple l’idée selon laquelle les femmes étrangères viendraient en France pour accoucher et ainsi obtenir des papiers, voire la nationalité française, suppose de mobiliser des références, ce qui prend du temps et demande de l’attention. « C’est ardu, et moins percutant qu’un discours démagogique soutenant que les étrangers représentent un danger pour la République », souligne-t-elle. Autre obstacle : les enjeux migratoires prennent tout leur sens sur un temps long, peu compatible avec les contraintes d’immédiateté inhérentes au système d’offre et de demande en politique.

« Il n’est pas facile de lutter contre cette grande entreprise de simplification », reconnaît lui aussi François Héran, sociologue, anthropologue et démographe, ex-directeur de l’Ined, auteur de Parlons immigration en 30 questions (Documentation française, 2016). « Les hommes politiques, a fortiori lorsqu’ils sont populistes, pensent qu’ils communiquent directement avec le peuple parce qu’ils commandent des sondages à partir d’échantillons réduits, alors qu’ils ignorent les résultats de travaux réalisés à partir de plusieurs dizaines de milliers d’entretiens », regrette-t-il.

Se concentrant sur le cas de Nicolas Sarkozy, il souligne l’« incapacité » de l’ex-chef d’État à analyser l’« échec » de sa politique. « Sa recherche de la formule-choc n’a d’égale que son refus de se confronter au réel », insiste-t-il. Même si l’actuel président de LR ne l’admet pas, il n’a pas réussi à réduire les flux migratoires comme il s’y était engagé : le nombre des entrées d’étrangers en France reste stable et constant, autour de 180 000 chaque année depuis plus d’une décennie. « Il n’a pas compris que les flux, en France, ne sont pas alimentés par le marché du travail, mais par le droit. Pour stopper les arrivées, comme il se propose de le faire, il faudrait résilier les conventions internationales ratifiées par la France. Or je ne suis pas certain qu’il soit prêt à aller jusqu’à cette extrémité. Mais, plutôt que de revoir son discours, et d’organiser les choses différemment, il se contente de le durcir, ce qui est inopérant », affirme-t-il. « Les marges d’action du politique sont faibles », insiste François Héran, principalement parce que la France n’est pas seule au monde. « Faire croire l’inverse, poursuit-il, c’est faire preuve d’irréalisme. » Mais comme le métier d’homme politique consiste à faire penser que le réel se « gère » et se « maîtrise », un tel argument passe mal.

Ceux qui, éventuellement à gauche, seraient tentés, à l’inverse, de nier l’impact des migrations sur la société se tromperaient tout autant, prévient François Héran. « Le changement de visage de la société française au cours des dernières décennies n’est pas une vue de l’esprit », indique-t-il, rappelant les données : au recensement de 1975, 20 % seulement des immigrés vivant en France étaient originaires des anciennes colonies du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, contre 43 % en 2011, tous âges confondus. « Il est évident que l’opinion publique perçoit cette évolution, refuser de la reconnaître serait contre-productif », affirme-t-il, précisant que l’explication tient principalement au tarissement des migrations ibériques (espagnole et portugaise) à partir des années 1980. Et si l’on regarde les « flux » et non plus le « stock », un autre aspect de la réalité apparaît : la part du Maghreb et du reste de l’Afrique dans les entrées a reculé au cours des dernières années pour se situer autour de 30 %.

L’absence de terrain d’entente entre la sphère politique et le monde de la recherche se traduit de temps à autre par des bras de fer médiatiques. « Quand les démographes font remarquer que les entrées représentent 180 000 personnes par an, soit 0,3 % de la population, on nous accuse de minimiser les flux ; quand on rappelle qu’un quart de la population est soit immigrée, soit enfant d’immigrés, on nous accuse de les amplifier pour les rendre irréversibles », résume François Héran.

De ce face-à-face, les arguments les plus solidement étayés sortent perdants aux yeux de l’opinion publique. Comme le rappelle chaque année le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), la majorité des Français considèrent qu’il y a trop d’étrangers en France et que la plupart des immigrés viennent en France pour profiter de la protection sociale. Dans la construction de ces représentations négatives, Claire Rodier souligne le rôle dévastateur de certains médias, notamment d’information en continu. « Les migrants sont presque tout le temps représentés de manière effrayante. Les ressorts des reportages sont invariablement la compassion ou l’effroi. Cela ne laisse pas de place à la réflexion », observe-t-elle. Or ce registre de l’émotion est volatil, comme l’a cyniquement montré la diffusion de la photo du petit Aylan. Un consensus semblait s’être construit autour de la nécessité d’aider et de protéger les réfugiés plutôt que de les exclure. Mais, dès que l’empathie s’est effacée des écrans et a disparu des déclarations politiques, la parenthèse s’est refermée. « Ce renversement de l’opinion publique n’était pas rationnel, c’est pour cela qu’il a été de si courte durée », souligne-t-elle.

Dans la palette des arguments susceptibles de combattre les contrevérités, certains passent toutefois mieux que d’autres : les raisonnements utilitaristes, tournant autour de l’idée que les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent, sont parmi les plus audibles, selon François Gemenne, alors même qu’ils font partie des moins recevables éthiquement ; Claire Rodier souligne, de son côté, la force du droit pour rappeler les responsables politiques à leurs obligations. « Les succès judiciaires, par exemple à Calais dans la “jungle”, ont un effet mobilisateur qui se traduit par une plus grande visibilité dans l’espace public », note-t-elle, espérant qu’ils finissent par influencer l’opinion publique. Mais le contexte n’est pas propice, jusqu’à l’élection présidentielle tout du moins. La controverse sur le burkini, qui a montré à quel point une tenue manifestant une foi musulmane pouvait heurter viscéralement certaines personnes, augure mal de la suite de la campagne au cours de laquelle il est à prévoir que le rejet de l’autre charpente davantage de discours que la tolérance à l’égard de la différence.

 

10 septembre 2016 // Champs de Résistance // Soutien aux exilés du camp de Norrent Fontes

Le camp de Norrent Fontes est menacé.

Le TGI de Béthune statuera le 14 septembre sur l’éventuelle expulsion des habitants.

Le 10 septembre à partir de 11h30, venez les soutenir et montrer votre désapprobation d’une politique qui n’aura pour conséquence que de renvoyer des hommes, femmes et enfants à l’errance.

2016 09 10 - affiche champs de résistance NFSi vous ne l’avez pas déjà fait, vous pouvez signer cette pétition.

 

Mediapart // 29.08.2016 // La «nouvelle jungle» de Calais est au bord de l’asphyxie

Un reportage photo sur le bidonville de Calais publié par Mediapart.

https://www.mediapart.fr/portfolios/la-nouvelle-jungle-de-calais-est-au-bord-de-lasphyxie


Depuis le démantèlement de la zone sud en mars, la « nouvelle jungle de Calais » est un immense bidonville surpeuplé. Cet été, deux mille personnes de plus sont arrivées dans les campements de la Lande. La préfecture concède un « record d’affluence », tandis que les ONG comptabilisaient plus de 9 100 personnes début août. Le seuil des 10 000 personnes devrait être rapidement franchi. En juillet, quatre migrants sont morts. Bertrand Gaudillère et Catherine Monnet se sont rendus dans la région de Calais cet été pour la France VUE D’ICI.

 

  1. La dernière fois que nous étions venus, elle n’était pas là. Aujourd’hui, on ne voit plus qu’elle, cette bande de terre défrichée qui tient un peu plus les migrants à l’écart de la ville de Calais et de la rocade qui mène au port. En janvier, un arrêté préfectoral en a prévu la largeur : 100 mètres. Et la hauteur : 3 mètres pour « la construction de merlons ». Tout ça pour officiellement « faciliter le repérage des tentatives d’intrusion sur les voies publiques, ou tout abri permettant aux assaillants de se cacher ». Ces derniers mois, le prix des passeurs a tellement augmenté que les migrants tentent régulièrement de bloquer l’accès au port en espérant pouvoir se glisser dans, sous ou sur un camion.

  2. Le no man’s land a réduit de facto encore un peu plus l’espace de vie disponible dans la « nouvelle jungle » de Calais, aussi dénommée « la Lande ». Prendre un peu de hauteur, quand c’est possible, offre surtout une vue plongeante sur une rangée de conteneurs numérotés. Le campement légal mis en place par l’État, et géré par l’association La Vie Active, est au milieu des tentes dépareillées et d’abris de fortune. Il est aussi depuis longtemps arrivé au maximum de sa capacité d’accueil.

  3. Entre la jungle « officielle » et la jungle « officieuse », il y a maintenant une « rue ». Ça n’a l’air de rien, mais ça change la vie des migrants, ce bout de chemin gravillonné. Ce sont quelques centaines de mètres gagnés sur la boue omniprésente, qui envahit même l’intérieur des tentes quand il pleut. Cette route a été construite par Acted. Il est probable que le couple de Français qui a créé cette ONG en Afghanistan, pour venir en aide aux populations affectées par la guerre civile, n’avait pas imaginé devoir intervenir près de 25 ans plus tard sur le sol national pour aider une autre génération de réfugiés afghans à vivre dans des conditions plus dignes…

  4. En moins d’un an, une soixantaine d’échoppes abritant des épiceries, des boutiques, des restaurants, des barbiers ou un réparateur de vélos ont poussé le long de l’axe principal de la « nouvelle jungle ». Ces lieux de vie, qui ont contribué à faire du camp de la Lande le plus grand bidonville de France, ont été fin juillet la cible d’une vaste opération policière. La préfecture du Pas-de-Calais estime en effet que « la multiplication des lieux de vente à la sauvette génère des troubles à l’ordre public et entretient une économie souterraine » et demande leur fermeture et destruction.

  5. Pour les associations, ces échoppes, ces cuisines, ces restaurants sont au contraire indispensables. D’abord parce qu’ils apportent des services à cette population tenue à l’écart du centre-ville. Ensuite, parce que les migrants ont besoin de ces espaces et moments de socialisation. « Ils ne veulent pas seulement recevoir de l’aide, ils veulent aussi partager ce qu’ils peuvent donner », précise Christian Salomé, le responsable de l’association Auberge des Migrants. Juste avant leur fermeture, il invitait d’ailleurs ses équipes à simplement venir dans ces endroits pour « créer du lien et éviter de créer un ghetto ».

  6. Entre deux tentatives de passage vers l’Angleterre, les « cafés et restaurants » du bidonville étaient parfois les seules échappatoires d’une vie passée à attendre et à survivre dans une habitation faite de bric et de broc et de petits trésors. Un vieux drap, un bout de porte, une chute de moquette, le moindre don des particuliers continue d’améliorer sensiblement les conditions de logement des migrants dans un camp qui est aujourd’hui complètement saturé.

  7. Vue de loin, la mosquée de « la nouvelle jungle » disparaît au milieu du colza sauvage qui a poussé après le passage des bulldozers au printemps. Devant ce paysage bucolique, les nouveaux arrivants, qu’ils soient migrants ou bénévoles, ont du mal à imaginer la violence qui a accompagné l’évacuation et le démantèlement de la zone sud du bidonville en mars 2016.

  8. Seuls les lieux de vie communautaire, comme l’école, le centre juridique, la mosquée et l’église, ont été épargnés. Les lieux de prière sont très fréquentés par les migrants. « Ils ont besoin de croire en quelque chose pour supporter les épreuves du voyage et cette vie-là », remarque Christian Salomé, le responsable de l’Auberge des migrants.

  9. Le terrain de foot a également été laissé en état. Le match qui se joue en ce jour de finale de l’Euro oppose deux groupes de mineurs. D’après le dernier recensement effectué début août 2016 par les associations Help Refugees et l’Auberge des migrants, au moins 865 enfants vivent actuellement dans la jungle. 80 % sont seuls. Le plus jeune mineur isolé de Calais n’a que huit ans.

  10. Sur les 9 106 migrants recensés au moment de l’enquête, seuls 1 750 étaient logés dans les structures mises en place par l’État, c’est-à-dire dans le camp de conteneurs ou dans la partie réservée aux femmes et aux enfants dans le centre Jules-Ferry. Depuis début juillet, deux mille personnes de plus, principalement originaires du Soudan et d’Afghanistan, sont venues s’entasser tant bien que mal dans le bidonville surpeuplé.

  11. Le démantèlement de la zone sud n’a pas fait diminuer le nombre d’arrivants. Il y a actuellement entre 50 et 100 nouveaux arrivants chaque jour, alors que la surface du camp a été réduite de moitié par rapport à l’an passé. La promiscuité aggrave les tensions, les conditions de vie et d’hygiène qu’essaye d’améliorer Étienne, un des volontaires de l’association bretonne Utopia 56, en s’occupant du nettoyage du camp.

  12. Un jour, une semaine, un mois. Quelles que soient leur disponibilité et leurs compétences, les bénévoles sont accueillis par des associations comme l’Auberge des migrants, Utopia 56, Help refugees, Care4Calais. « Je ne m’attendais pas à voir autant de volontaires », confie Arnaud, qui vient d’arriver de Besançon pour dix jours, « mais ce qui m’attriste, c’est de constater que la plupart sont britanniques et que nous sommes très peu de Français ».

  13. Entre 70 et 200 volontaires se retrouvent chaque matin devant l’immense entrepôt de l’Auberge des migrants pour réceptionner, trier, distribuer les dons et préparer des centaines de repas par jour. Malgré l’ampleur de la mobilisation bénévole, les files d’attente devant les points de distribution se sont considérablement allongées ces dernières semaines et les associations signalent des pénuries de chaussures, de vêtements, de tentes.

  14. Il a bien fallu « institutionnaliser » le volontariat depuis que les Anglais, touchés par la photo du cadavre du petit Aylan Kurdi en septembre 2015 sur une plage turque, ont soudainement débarqué en masse à Calais. Mais les premiers gestes solidaires continuent de venir des Calaisiens eux-mêmes, à l’image de « Dom Dom et Nana », comme ils aiment se surnommer. Si le couple explique son engagement simplement « parce que c’est le cœur qui parle », de nombreux autres bénévoles calaisiens refusent aujourd’hui de témoigner ouvertement par peur « des réactions violentes des milieux fascistes, voire des menaces de mort » qu’eux-mêmes ou d’autres personnes aidant les migrants ont déjà reçues.

  15. Même à Grande-Synthe, dans le camp de la Linière mis en place par le maire de la ville avec le concours des ONG et qui fait en principe figure de modèle, la tension est montée. Fin juin, la municipalité a lancé la construction d’un mur de 600 mètres pour séparer le camp de l’autoroute. L’AFEJI, l’organisme chargé par l’État d’assurer la gestion du camp de la Linière, a décidé de filtrer et refouler des migrants alors qu’il reste des places disponibles.

  16. Désormais, seules les familles sont acceptées à Grande-Synthe. Or « 80 % des gens qui composent ce camp sont des hommes voyageant seuls », s’indigne MSF qui cogère le seul campement humanitaire de la région. Refusant de « participer à une politique d’accueil restreint », l’association Utopia 56 a d’ailleurs décidé de se désengager progressivement du camp qu’elle avait fièrement contribué à construire.

  17. La pression de l’État ne s’exerce pas seulement à Grande-Synthe. Mi-juillet, le camp de Steenvoorde a été évacué au petit matin. Parallèlement, une procédure d’expulsion a été engagée contre les réfugiés du campement de Norrent-Fontes. Quant au bidonville de Calais, les organisations humanitaires n’ont plus le droit depuis le mois de mai d’apporter des matériaux de construction. Tous les véhicules sont fouillés. Seul le bois d’allumage et de chauffage est toléré et peut encore être distribué.

  18. Parfois, il suffit d’un tweet pour confirmer les mauvaises nouvelles. Et d’un grain de folie pour essayer de les faire oublier. C’est sur les réseaux sociaux que la maire de Calais déclare le 11 juillet que « le démantèlement de la zone nord sera prochainement annoncé ». C’est dans un des restaurants de cette zone nord, avant sa fermeture forcée, que l’artiste italien Alessandro Bulgani montre une de ses idées d’happening, censée apporter un peu de lumière, « une idée phare » dans un climat bien sombre.

  19. Là où Alessandro Bulgani rencontre le plus de succès, c’est lorsqu’il arrive sur le camp avec des baguettes, des feuilles de plastique et de la ficelle. Symboliquement, l’artiste italien veut permettre aux migrants de dépasser les frontières par les airs et rapprocher la jungle de la Grande-Bretagne à la force du vent, en confectionnant une multitude de cerfs-volants. Pragmatique, un Afghan remarque que le vent souffle à l’opposé de l’Angleterre. Mais il le dit avec le sourire heureux d’un homme qui vient de retrouver le jeu de son enfance.

  20. « Avant, Calais était la capitale de la dentelle, aujourd’hui c’est la capitale du barbelé », regrette un responsable d’association. Un nouveau mur est en train d’être érigé le long de l’autoroute. Il va mesurer 4 mètres de haut et coûter 2,7 millions d’euros. À chacun de nos passages, nous retrouvons le port un peu plus barricadé, des CRS de plus en plus nombreux et une police de plus en plus intrusive vis-à-vis de notre travail journalistique. Nous constatons également que le nombre de migrants morts à Calais augmente : quatre en quinze jours pour le seul mois de juillet. Dans cette réalité instable et précaire, seuls deux paramètres restent inchangés : l’humanité des volontaires qui redonnent un peu de dignité aux migrants et la détermination de ces derniers à vouloir rejoindre l’Angleterre.

La Voix du Nord // « Migrants de Calais: la justice s’oppose au démantèlement des commerces de la jungle »

http://www.lavoixdunord.fr/region/migrants-de-calais-la-justice-s-oppose-au-ia33b48581n3677020

(la décision du TA de Lille est disponible ici/ http://lille.tribunal-administratif.fr/Actualites/Communiques/Expulsion-des-commercants-sur-le-site-de-la-Lande-a-calais)

Le tribunal administratif de Lille, après une audience qui s’est tenue mercredi, a rendu son ordonnance ce vendredi matin : il s’oppose au démantèlement des commerces et restaurants de la « jungle » de Calais par les services de l’État. La préfecture du Pas-de-Calais avait déposé fin juillet une requête en référé auprès de la justice administrative, pour lui demander de valider son souhait de détruire ces établissements. Une démarche qui s’inscrivait « dans la continuité logique » des opérations de contrôles et de saisies menées depuis juillet dans ces commerces, avait alors souligné la préfecture.

Le juge administratif a rendu son ordonnance ce vendredi matin : il rejette la demande de l’État de fermer les échoppes de la « jungle » de Calais.

Le juge a donné raison aux arguments des associatifs et de l’avocat Norbert Clément, qui représentait les gérants des commerces. Dans son ordonnance, Jean-François Molla reconnaît « les nuisances, les dangers et les troubles liés à la présence de ces commerces ». Il estime que les services de l’État disposent toutefois « des moyens nécessaires pour mettre fin aux activités les plus répréhensibles ». La destruction de l’ensemble des commerces de la « jungle », « de façon indifférenciée », n’est pas la solution, selon lui : « Il n’est pas établi qu’elle permettrait, à elle seule, de mettre fin aux violences et aux trafics qui se déroulent sur le site d’une part, et aux dangers d’explosion et d’incendie liés à la nature même de l’occupation de ce site d’autre part. » Le juge administratif ajoute que cette disparition des commerces « se ferait indéniablement au détriment des migrants et conduirait à une dégradation certaine de leurs conditions de vie déjà très problématiques ».

Reconnaissant que « les préoccupations exprimées par le préfet du Pas-de-Calais sont tout à fait compréhensibles », Jean-François Molla conclut cependant que « les conditions d’urgence et d’utilité requises » par la loi « ne sont pas remplies pour faire droit » à sa demande.

Dans un communiqué de presse diffusé vendredi midi, la préfecture du Pas-de-Calais « prend acte de la décision ». Elle ajoute qu’elle continuera « de lutter contre ces phénomènes illégaux » : « Les opérations de contrôle administratif et judiciaire des lieux de vente à la sauvette (…) ont donc vocation à se poursuivre. » Elle rappelle aussi tous les services qu’elle a mis en place gratuitement pour les migrants ces derniers mois (accueil de jour, distribution de repas, accès à des douches…), et indique qu’un centre pour mineurs isolés allait ouvrir « très prochainement » à Calais.

Pour Maya, bénévole de l’Auberge des migrants, ces services ont le mérite d’exister mais sont totalement sous-dimensionnés : « 72 places les mineurs alors qu’ils sont 800 : où iront les autres ? » s’interroge-t-elle. Pour cette associative, qui s’est dite satisfaite de la décision du tribunal administratif, « la construction de ces restaurants et de ces épiceries répond clairement à un besoin que l’État et les associations ne peuvent pas satisfaire aujourd’hui ».

Le contexte

Le 19 juillet, des officiers de police judiciaire et des agents de la direction départementale de la protection des populations (DDPP), entourés d’un important dispositif de forces de l’ordre, ont mené des opérations de contrôles des commerces et restaurants de la « jungle » . Dix-sept lieux de vente avaient alors été contrôlés, et treize personnes interpellées. Des opérations de contrôles similaires avaient été menées les jours suivants, de telle sorte que l’ensemble des 62 lieux de ventes identifiés dans le campement, ont été contrôlés , fermés, et les marchandises saisies. Les services de l’État avaient alors indiqué que des contrôles réguliers allaient être menés , pour empêcher toute réouverture de ces commerces.

L’activité des commerces et restaurants empêchée, la préfecture du Pas-de-Calais a manifesté son intention de procéder à leur destruction. Une requête en référé a été introduite en ce sens le 28 juillet, auprès du tribunal administratif de Lille. Une démarche que la préfecture considère « dans la continuité » des opérations de contrôle.

Au cours de l’audience de mercredi , l’avocat de la préfecture du Pas-de-Calais avait pointé le fait que les commerces et restaurants de la « jungle » étaient à l’origine « de troubles graves à l’ordre public ». Il avait notamment insisté sur le caractère illégal de ces établissements, où des migrants y seraient « exploités », et qui permettent d’acheter « à crédit des outils, notamment des lames de cutter, pour attaquer les camions sur la rocade ».

Face à lui l’avocat qui représentait les intérêts des migrants avait insisté sur le fait que ces lieux de vente étaient avant tout des lieux de convivialité, utile aux migrants au moment de leur arrivée à Calais, et qui leur permettrait de tisser des liens. Il avait par ailleurs mis en avant le fait que les services mis en place par l’État étaient aujourd’hui à saturation : les 1 500 places du centre d’accueil provisoire (CAP) sont occupées, les centres de répit installés ailleurs en France « sont saturés ». Quant à la distribution des repas au centre Jules-Ferry , elle générerait, selon lui, des files d’attente si longues que des tensions éclatent entre réfugiés . Une approche contestée alors par les représentants de la préfecture : « Actuellement, entre 3 000 et 3 500 déjeuners sont proposés gratuitement chaque jour, et on pourra aller plus loin s’il le faut, jusqu’à 5 000 repas. ».

 

Le comptoir des médias // 25.07.2016 // Décryptage | « Crise » migratoire ou crise des politiques européennes?

Le comptoir des médias (Suisse).

http://asile.ch/2016/07/25/decryptage-crise-migratoire-crise-politiques-europeennes/

Le mot “crise” nous entoure, nous envahit même. Petit tour d’horizon non exhaustif de la présence de la “crise” dans le panorama médiatique suisse. Depuis cet été, et les images de centaines d’hommes, femmes et enfants bloqués sur la “route des Balkans”, l’expression “crise des réfugiés” s’est imposée comme une évidence. “L’UE prend de nouvelles mesures pour faire face à la crise des réfugiés” (RTS, 24.09.2015); “Les images chocs de la crise des réfugiés planent sur l’hémicycle” (La Liberté, 09.09.2015); “L’UE reste divisée sur la gestion de la crise des réfugiés” (Tribune de Genève, 15.09.2015). Le mot « crise » s’est invité dans les débats également lorsque les médias ont commenté le plan d’urgence élaboré par la Confédération, “en cas de crise migratoire” (RTS, 20.04.2016). Ou pour commenter l’accord que l’Union européenne (UE) a signé avec la Turquie: “La crise des réfugiés, un levier pour la Turquie face à l’Europe” (Tribune de Genève, 06.03.2016).

Arrêtons-nous quelques instants sur ces termes et précisons quelques effets de leur usage dans le contexte migratoire. Parler de crise, c’est tout d’abord insister sur un changement soudain et profond d’une situation de stabilité et d’équilibre présumée. C’est aussi insister sur le changement présent, voire sur la catastrophe future, en passant sous silence les «crises» passées et les continuités historiques qui sous-tendent les phénomènes actuels.

Pour nuancer l’exceptionnalité de la situation actuelle, rappelons, d’une part, que les mouvements de personnes ont toujours existé et leur importance est principalement liée aux contextes socio-politiques des pays d’origine ou de provenance. Ainsi, le nombre d’arrivées que la Suisse a connu en 2015 est encore bien en dessous de celui des années 1990 (1, voir aussi graphique ci-dessous).

Nouvelles demandes d'asile en Suisse, 1986-2015. Source: SEM

Rappelons aussi que ce n’est pas la première fois que la rhétorique de la crise et de l’urgence est mobilisée en Suisse. De nature cyclique, celle-ci revient à chaque fois qu’une hausse des demandes est constatée. Depuis le début des années 1980, elle a été le moteur des nombreuses révisions de la Loi sur l’asile et de l’adoption de mesures de plus en plus restrictives (2). On peut également nuancer l’alarmisme affiché par les politiques et les médias en élargissant le regard: si la Syrie et les pays qui l’entourent peuvent parler de crise, l’Europe n’est, elle, touchée que marginalement: le nombre de demandeurs d’asile arrivés en Europe en 2015 correspond à environ 0.3% de la population totale de l’UE (3).

Banskyradeau

Se dédouaner de ses obligations?

Parler de crise des réfugiés, c’est aussi négliger les raisons humaines et politiques pour lesquelles les personnes quittent leur pays, et nier leur besoin de protection. On oublie vite que des obligations internationales s’appliquent et que les Etats ne peuvent refouler à l’envi les personnes qui demandent protection. Associée à d’autres “crises”– sécuritaire ou économique – celle des réfugiés ne fait que renforcer l’image de l’invasion de l’Europe et cautionner des pratiques qui vont à l’encontre du droit international et européen en matière d’asile, comme en témoignent les récents accords entre l’UE et la Turquie.

Parler de crise des réfugiés, c’est encore insister sur le fait que la crise vient d’ailleurs et montrer les pays européens comme victimes des conflits et des guerres qui ont lieu «ailleurs». En ôtant toute responsabilité aux politiciens et institutions européens, l’évocation de la «crise» passe sous silence l’implication des pays occidentaux dans les situations désastreuses de nombreux pays du Sud. Elle fait oublier les entraves légales à la migration, depuis les années 1980, et les dispositifs de contrôles frontaliers de plus en plus perfectionnés qui contribuent à l’augmentation de la mortalité (4) des routes migratoires. La rhétorique de la crise voile en réalité les défaillances systémiques des politiques migratoires et du système d’asile européen, qui éclatent pourtant au grand jour (5).

Parce que les mots ne servent pas seulement à décrire, mais aussi à fonder des politiques et des actions, parler de crise des réfugiés, c’est appeler à des mesures urgentes et exceptionnelles – souvent normalisées par la suite – et à justifier la fermeture des frontières comme unique moyen de gestion des mobilités humaines. Une fermeture qui ne fait que provoquer la « crise » qu’elle prétend soigner. Les images sensationnalistes de personnes entassées aux lisières de l’Europe sont reprises par les médias, sous label de « crise », et légitime de nouvelles formes de contrôle.

Quitte à parler de crise, parlons alors de crise des politiques migratoires et des systèmes d’accueil, ou même de crise de l’Etat de droit. La crise prend alors un sens nouveau: elle n’est plus seulement déséquilibre ou catastrophe, mais elle devient moment critique: un moment où l’incapacité de nos politiques à prendre des décisions raisonnables et adéquates pour faire face à la situation est mise à nu. Un moment où les enjeux et les tensions sont mis en lumière et où ce qui paraissait normal jusqu’alors est remis en question. Un moment où des choix doivent être faits et où des décisions peuvent être prises pour repenser plus radicalement les régimes migratoires.

CRISTINA DEL BIAGGIO et RAPHAËL REY

(1) Vivre Ensemble: Statistiques en Suisse.

(2) Stünzi Robin, “Asile, urgence, insécurité”, Vivre Ensemble, 138, juin 2012 et “La migration, une menace? Contexte et enjeux autour de la ‘sécuritisation’ de la migration”, Tangram, 26, 12/2010.

(3) UNHCR, “L’OCDE et le HCR appellent à améliorer l’intégration des réfugiés”, 28.01.2016.

(4) Philippe Rekacewicz, “Mourir aux portes de l’Europe”, VisionsCarto.net, 28.04.2014.

(5) Spijkerboer Thomas, “The systemic failure of the Common European Asylum System, as exemplified by the EU-Turkey deal”, 18.03.2016.

22.07.2016 // Communiqué de presse inter-associatif

Calais, le 22 juillet 2016 – Depuis le mardi 19 juillet, la préfecture du Pas-de-Calais a mis en place des « contrôles administratifs et sanitaires » sur les boutiques du bidonville de Calais. Matériel, marchandises, mais aussi argent et papiers personnels de migrants sont saisis. Des gardes à vue et des convocations devant la justice sont mises en œuvre.

La création de restaurants, épiceries, échoppes de coiffeurs, réparateurs de vélos, etc. a commencé dès le printemps 2015. Elle n’est pas récente, et, si, comme l’affirme la Préfète du Pas-de-Calais, ces lieux font courir des dangers à ceux qui les fréquentent,  on peut alors s’étonner que l’administration n’ait pas procédé plus tôt à ces opérations. Il est d’ailleurs ironique de voir les autorités s’inquiéter des conditions d’hygiène dans les restaurants du bidonville, alors que depuis des années – plus d’un an sur le bidonville actuel – elles laissent des milliers de personnes vivre dans des conditions indignes. Seules les dénonciations et condamnation de ces conditions de vie par les tribunaux, le Défenseur des droits et d’autres institutions nationales ou internationales ont permis d’obtenir quelques robinets et toilettes supplémentaires. La destruction de la zone Sud du bidonville en mars dernier n’a fait que renforcer la promiscuité et donc l’indignité des conditions de vie.

En réalité l’existence d’échoppes et de restaurants correspond à une quadruple nécessité :

  • Le bidonville est un lieu isolé, à l’écart de la ville, où, en avril 2015, les autorités ont poussés les réfugiés pour les éloigner du centre de Calais. Comme tous, les réfugiés ont besoin de services qui sont aujourd’hui trop distants et en centre-ville ;
  • L’unique repas et le petit-déjeuner distribués au centre Jules Ferry par une association mandatée par l’Etat ne peuvent assurer qu’une partie des besoins. L’existence de restaurants et de cuisines communautaires et/ou associatives, qui vendent ou donnent des repas, est nécessaire ;
  • Face à l’indignité des conditions de vie imposées aux réfugiés dans le bidonville, ces cuisines, restaurants et échoppes sont aussi des lieux de convivialité et de sociabilisation, qui contribuent à la pacification d’un camp surpeuplé.
  • Ils assurent un petit revenu à des personnes migrantes qui doivent trop souvent attendre durant des mois de pouvoir demander l’asile en France, lorsqu’ils sont « dublinés », c’est-à-dire lorsqu’ils ont laissé, de gré ou de force, leurs empreintes digitales dans un autre pays européen.

La contribution de ces échoppes est donc fondamentale pour la paix et la sécurité de tous.

Il a été affirmé que les commerçants de Calais souhaitaient vivement la destruction des boutiques du camp, car elles seraient une concurrence déloyale. Or les cuisines et restaurants s’approvisionnent dans les commerces calaisiens. Par ailleurs, de nombreux commerces calaisiens refusent ou limitent leur accès aux réfugiés, et la police bloque fréquemment les migrants qui veulent se rendre en centre-ville de Calais.

Si cette décision est l’occasion de la mise en place de lieu d’accueil en ville pour les réfugiés, alors nous sommes tout à fait disposés à la soutenir. Mais est-ce le souhait de tous ?

Par ailleurs le « Kid’s restaurant » a subi le même sort que les autres boutiques. Or il s’agit d’un lieu créé par des réfugiés et des bénévoles pour accueillir une centaine de mineurs isolés, les protéger, et leur préparer et servir gratuitement des repas, à partir de vivres fournies par les associations d’aide aux réfugiés. A une question posée lors de la conférence de presse du 19 juillet, la Préfète, Mme Buccio, a argumenté en affirmant qu’il y avait « peut-être aussi des ventes » dans ce lieu. Cela est inexact.

Par conséquent, les cuisines, créées par les réfugiés et les bénévoles (Ashram kitchen, Kitchen of Calais, Belgian kitchen, L’Auberge des Migrants / Help Refugees kitchen), qui distribuent quotidiennement et gratuitement des repas et des sacs de vivres, se sentent aussi menacées. Et cela malgré les assurances qu’elles seraient épargnées, assurances reçues dans l’après-midi du 21 juillet, soit 48 heures après le début des opérations de contrôle.  Ces cuisines, comme les restaurants, jouent un rôle fondamental dans l’alimentation du bidonville. Le centre Jules Ferry ne fournit qu’un repas par jour, à moins de la moitié des 7 000 résidents du camp.

L’opération menée par la préfecture ne peut donc avoir pour conséquence que de désorganiser la vie sociale du bidonville et de faire affluer les réfugiés au centre Jules Ferry. Il  créera une rupture grave dans la sécurité alimentaire du camp, et finalement ajoutera au découragement de ces personnes bloquées à la frontière. Mais, peut-être est-ce ce que le gouvernement souhaite, avec l’espoir que la dégradation des conditions de vie du camp découragent les arrivées à Calais et permettent une expulsion rapide des personnes (sur)vivant actuellement sur le bidonville. Mais les arrivées continuent (en moyenne 47 nouvelles personnes par jour sont arrivées au mois de juin) et continueront.

Les associations signataires demandent :

  • L’arrêt des opérations de démantèlement des restaurants et autres boutiques du camp ;
  • Le rétablissement du Kid’s restaurant, et des autres lieux fermés ;
  • La protection des cuisines associatives et collectives, tant que l’Etat n’a pas mis en place des moyen d’alimenter correctement les réfugiés – deux repas par jour et des vivres pour cuisiner de manière autonome – et d’assurer les autres besoins de base, conformément aux règlements internationaux ;
  • Une table ronde avec l’ensemble des acteurs du camp, représentants les exilés et toutes les associations, pour l’amélioration des conditions de vie des réfugiés.

Signataires

  • Elise Care
  • Emmaüs Dunkerque
  • Help Refugees
  • L’Auberge des migrants
  • Legal Shelter/La Cabane juridique
  • Médecins du monde – Délégation Hauts-de-France
  • Réveil voyageur
  • Secours Catholique – Délégation du Pas-de-Calais
     

Les Inrocks // Rozenn Le berre // Les violences policières intégrées au paysage quotidien des exilés

http://www.lesinrocks.com/2016/07/20/actualite/calais-violences-policieres-integrees-paysage-quotidien-exiles-11854707/

Calais : les violences policières intégrées au paysage quotidien des exilés

  • La police est comme les Talibans !

Azizullah est en colère. Il a de quoi. La semaine dernière, comme chaque nuit depuis quelques mois, il était au port. Il essayait de pénétrer dans le ventre d’un ferry pour gagner l’Angleterre. Ce soir-là, après plusieurs heures de marche par la plage, il entre dans l’enceinte du port. Des policiers arrivent. Le frappent à la matraque. En riant.

Azizullah s’échappe. Essaie d’escalader la barrière pour sortir du port. Lorsqu’il est au sommet, en équilibre fragile au-dessus des barbelés, les policiers agitent la barrière pour le faire tomber. En riant. Azizullah tombe. Son poignet se fracture sur le coup. Les policiers s’éloignent et le laissent au sol. Ils riaient toujours. Azizullah répète :

  • La police n’est pas correcte. On est en France ici, non ? On n’est pas en Afghanistan !

Un ami d’Azizullah se mêle à notre conversation :

  • Vous savez, si parfois on casse des trucs, ce n’est pas contre vous, les Français. C’est juste qu’on est énervés de se faire taper dessus chaque nuit. Alors parfois, on ne se contrôle plus et on tape dans des murs ou dans des rétroviseurs. Ce n’est pas contre vous les Français. On est désolés, c’est juste parce qu’on est énervés.

Nous sommes dans la jungle de Calais. Depuis plusieurs mois, je suis bénévole auprès de Médecins du Monde. L’une de mes missions est de travailler sur les violences policières : j’accompagne les exilés dans leur démarche pour porter plainte après des agressions de policiers ou gendarmes à leur encontre. Des agressions, il y en a quasiment toutes les nuits.

C’est presque devenu une habitude. Quand je vois un bras dans le plâtre, un genou qui flanche ou une balafre sur un visage, je demande : « comment ça vous est arrivé ? » Je n’ai pas tenu de comptes statistiques, mais je peux affirmer qu’on m’a très souvent répondu: « police ! » En général le mot « police » est suivi de « mouchkil » (problème, dans plusieurs langues) ou de « not good ».

« Je ne suis qu’un réfugié »

Fawad, lui, hésite à affirmer que la police est « not good ». Il ne voudrait pas qu’on croit qu’il critique la France, car il est reconnaissant qu’on le tolère dans ce pays. Oui, la France tolère Fawad. Elle l’autorise à vivre dans sa tente entre la boue et les rats. Elle l’autorise à manger une fois par jour, après des heures de queue, et à prendre une douche minutée à six minutes, après d’autres heures de queue. Alors Fawad ne voudrait pas critiquer. Mais quand même, hier soir, la France a été un peu loin. Il l’avoue à demi-mots. Dans un demi sourire.

Hier soir, Fawad était caché dans un camion. Aux moments des contrôles à l’entrée dans le ferry, il a été détecté par les chiens, entraînés à reconnaître la présence humaine. Un policier est monté dans le camion, lui a pulvérisé du gaz lacrymogène au visage et l’a frappé à la matraque. Puis, dehors, il lui a fait placer ses mains sur la paroi du camion. Il a sorti un pistolet et a fait semblant de lui tirer dessus. Il a fini par baisser son arme et dire, en anglais : « Je ne peux pas te tuer ! ». Il riait. Comme les policiers qui ont agressé Azizullah.

Alors Fawad trouve que, tout de même, ce n’est pas normal. « Mais bon, je ne suis qu’un réfugié… », dit-il en secouant la tête. Puis, dans un immense sourire, comme si les paroles prononcées quelques secondes avant étaient déjà des vieux souvenirs oubliés : « Je te laisse, je vais jouer au football avec mes amis ! »

Au fait, Fawad a quinze ans. Il l’a dit au policier, d’ailleurs, pendant que l’arme était pointée dans son dos.

« Imagine que le policier est innocent »

J’ai la gorge pincée quand je quitte Fawad. Accompagnée d’une autre bénévole, je décide d’aller prendre le thé chez un groupe de koweïtiens que je connais bien. Dès notre approche, les jeunes hommes qui étaient assis sur les deux uniques chaises se lèvent d’un bond. Je tente de leur dire qu’il n’y a aucun problème et que je peux m’asseoir par terre. Je sais que mon argumentation est vaine :

  • Tu vas pas t’asseoir par terre comme une Arabe quand même !

Sami laisse échapper un rire sonore et s’active pour nous préparer du thé à la cardamome, sa spécialité. Sami sait que je travaille sur les violences policières. Il n’aime pas ça. Selon lui, comme les habitants de la jungle sont en situation irrégulière en France, c’est normal que la police les pourchasse. C’est illégal de monter dans les camions, comme ils le font chaque nuit, donc c’est normal que la police les frappe. Il est particulièrement contre le fait de porter plainte :

  • Tu vois, imagine que je porte plainte. Imagine que le policier qu’ils mettent en prison est innocent. Comment je fais moi, pour vivre en paix, si je sais qu’un innocent est en prison par ma faute ? Non, vraiment, ce n’est pas un problème si la police nous frappe.

On débat pendant longtemps avec Sami. Les autres en ont marre. Mohamad lance un autre sujet, bien plus intéressant à ses yeux :

  • Vous êtes mariées ?
  • Non.
  • Non plus.
  • Comment c’est possible ? Moi, je me marie avec vous ! Vous avez quel âge ?
  • 27.
  • 31.
  • Ah, euh… Bon, en fait vous êtes un peu trop vieilles.

Tout le monde éclate de rire. On boit une nouvelle tasse de thé. On arrête de parler de police et de violence. Pour un temps.

De multiples plaintes ont été déposées pour violences policières. Pour l’instant, aucune n’a aboutit. Le 31 mai, un CRS a été relaxé par le tribunal de Boulogne-sur-Mer. Sur une vidéo tournée en 2015, on le voyait donner de violents coups de pieds à des hommes et les faire basculer par-dessus la glissière de sécurité de l’autoroute.

NB : Tous les prénoms ont été modifiés.