Lettre des exilés au sous préfet de Calais

Monsieur le sous-préfet,

Nous, les habitants des camps de Calais, aimerions participer aux réunions que vous organisez avec les associations qui nous viennent en aide. Ces réunions sont très importantes pour nous, parce que nous trouvons que nous sommes les plus concernés.

Comme vous le savez, nos conditions de vie sont inhumaines et indignes. Nous vivons comme des animaux cachés dans des bois, notre seule propriété est notre tente et notre sac de couchage. Nous sommes venus à Calais avec l’espoir d’avoir la liberté, la sécurité et un meilleur accueil comparé à la souffrance à laquelle nous étions confrontés dans nos pays d’origine. Mais ce qui nous a attendu, ce sont les violences policières quotidiennes, la pression des évacuations quotidiennes ainsi que les expulsions définitives. Tout ceci nous force à vivre dans des mauvaises conditions d’hygiène : nous n’avons pas de benne à ordure. La municipalité est pourtant forcée de mettre en place des bennes dans lesquelles nous pouvons jeter nos déchets pour éviter le surpeuplement de rats.

Nous voudrions vous rappeler, monsieur le sous-préfet, que comme tout être humain nous voudrions avoir un meilleur avenir. Nous voudrions vous rappeler que la France est un des pays qui a signé la convention de Genève. Cela veut dire qu’elle doit respecter les droits fondamentaux des personnes réfugiées. Le fait que la majorité des demandes d’asile soient rejetées par la France et par les pays européens contraint les personnes exilées à être des nomades à qui aucun droit n’est accordé.

Ce qui nous empêche de sortir de cette misère c’est le règlement Dublin. Voici la traduction d’une lettre rédigée à votre attention par l’un d’entre nous, dont la version originale figure dans ce courrier. Elle illustre les conséquences de ce règlement que nous subissons.

« Voici l’histoire d’exilés africains.

Apparemment je ne peux pas demander l’asile ici encore une fois, parce que je l’ai déjà fait dans un autre pays et ils m’ont rejeté après deux ans. Maintenant je ne peux pas faire confiance à aucun pays, où se répétera le même scénario. Et j’ai des gros problèmes de famille, auxquels personne ne prête attention depuis trois ans. Si je n’avais pas de problème dans mon pays, je n’hésiterais pas à y retourner. Mais j’ai de réels problèmes, laissez-moi vivre. La réalité, personne ne nous regarde comme des humains. Je suis humain, j’ai le droit d’avoir une bonne vie pour mes enfants, en Europe. J’ai vraiment perdu espoir et j’ai besoin d’aller en Angleterre pour accomplir mon rêve. Personne ne me causerait d’ennuis et je pourrais vivre comme un humain.

Je suis désolé de ne pas pouvoir écrire mon nom. »

Les gens arrivent à Calais avec l’espoir de traverser la Manche parce que ça leur semble être la dernière solution. L’accord Dublin est aussi praticable en Angleterre, cela montre que la misère n’a pas de fin.

Il n’existe même pas de protection pour les mineurs alors qu’en France la scolarisation est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. La demande de la part des exilés d’aller à l’école est très importante. Cela éviterait aussi aux personnes d’avoir des problèmes physiques et mentaux, donc d’améliorer leurs conditions de vie. Comme un jeune français, les exilés aimeraient aussi avoir des formations pour obtenir un travail dans le futur. Cela leur donne la liberté d’être indépendant.

En parallèle, je tiens à vous dire, monsieur le sous-préfet, que parmi nous se trouvent des personnes avec des qualifications qui pourraient être utiles pour la France. Alors que le fait de ne pas nous laisser l’opportunité de nous intégrer nous empêche d’exercer notre métier qu’on aime et que nous sommes capables d’exercer. Parmi nous il y a des architectes, instituteurs, médecins etc.

Nous voudrions vous dire qu’il n’y a aucune personne qui quitte son pays par plaisir. Le fait est que ces personnes en fuite sont en danger, sachant que qu’elles se feront arrêter, torturer, ou encore assassiner. Nous aimerions que la France donne la protection à ces personnes, non pas qu’elle les renvoie dans leur pays d’origine où leur vie sera forcément en danger. Chacun de nous a déjà été enfermé en centre de rétention pour être renvoyer de France, comme si nous étions des criminels alors que notre seule volonté est d’avoir la liberté.

Nous vous demandons alors d’intervenir à toutes les prochaines réunions que vous aurez avec les associations qui nous viennent en aide, nous avons le soutien de ces associations.

Nous vous remercions pour l’attention que vous porterez à ce courrier,

Cordialement,

Les habitants des camps de Calais.

la conférence de presse des exilés à Calais le 20 juin 2019

Une conférence de presse des exilés vivant à Calais

En Juin, des exilés vivant depuis un certain temps à Calais, dans les conditions que l’on sait ont voulu organiser une conférence de presse. Celle-ci a eu lieu le 20 Juin. Ce texte est fait d’un entretien avec deux des intervenants, plusieurs jours après la conférence de presse.

Pourquoi une conférence de presse ? Pour les exilés qui tentent le passage en Grande Bretagne et stagnent de ce fait à Calais, la situation n’a pas changé depuis le démantèlement de « la grande jungle », en Novembre 2016. C’est même pire. Les raisons de quitter leur pays sont les mêmes, guerre, violences, injustices, pauvreté. Le voyage est de plus en plus dangereux, du fait des mafias, de l’esclavage parfois, des drames du désert, des naufrages en Méditerrannée, de la vie dans les rues une fois arrivés en Europe. Et maintenant il s’y ajoute les énormes risques pris en traversant la Manche sur des petits bateaux. Et les morts, comptés ou plus souvent méconnus. Ils ont voulu parler de tout ça aux décideurs et aux responsables européens en parlant à la presse, et aussi faire connaître leur situation aux habitants, leur point de vue aux personnes qui les soutiennent. Parler également de la situation impossible faite aux déboutés du droit d’asile, aux dublinés, aux sans papiers : ils sont harcelés, persécutés, traités parfois avec violence. Pire encore, les femmes, les enfants, les personnes malades subissent le même sort. La création et le renforcement des frontières, les politiques européennes en sont responsables, et en particulier les Etats de chaque côté de la Manche : la France et la Grande Bretagne. Ces pays sont responsables des morts.

Les exilés qui arrivent ici pensent trouver égalité, dignité, justice, liberté et paix, ils trouvent la peur, l’irrespect, l’absence de justice, l’absence de sécurité, la mort. Certains ont besoin de retrouver leur communauté en Grande Bretagne, ils parlent anglais, Actuellement les conditions de traversée sont inhumaines.Ils demandent au Home Office et au Ministère de l’Intérieur de permettre une traversée dans des conditions dignes, sans risquer leur vie, sans alimenter les mafias de passeurs. Ils insistent sur le fait que leur « problème » n’est pas l’hébergement ici à Calais, mais l’application du droit à se déplacer pour demander l’asile puisqu’ils ne peuvent rester dans leur pays. « Nous voulons être protégés par les lois européennes et internationales, nous ne voulons pas voyager comme des chiens ou des chats. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de papiers que nous devons être traités comme des animaux ! » Etre traités comme des animaux, dénier l’humanité d’hommes et de femmes parce qu’ils n’ont pas les bons papiers amène un puissant sentiment d’injustice, d’iniquité. Leur demande est que les Etats respectent le droit de chaque humain à rechercher son propre bonheur, sa sécurité, le droit à se déplacer librement. La fermeture des frontières est injuste et criminelle.

Le propos est clair, aussi bien en direction de pouvoirs publics que des personnes soutiens à la cause des exilés : Ouvrez les frontières !

Talents de femmes 23 Juin

Nous nous sommes retrouvées pour la 2eme session du projet « Emergence de talents entre femmes »  à l’accueil du jour du Secours Catholique le 23juin. Il y avait des femmes calaisiennes, des femmes de Boulogne, de Grande Synthe, des femmes de l’Arche d’ Ambleteuse. Femmes de tous horizons, femmes de toutes cultures, femmes de toutes religions. C’est un moment où on valorise les femmes par leurs talents, notre emblème est le suivant : « Chaque être humain a un talent à partager ». C’est un moment qui permet de vivre plusieurs dimensions : intergénérationnelle, interculturelle, intellectuelle et sociale. Ce projet est le fruit d’un constat de terrain, d’un besoin, d’une envie de partage et de solidarité. Se retrouver entre femmes, ce n’est pas du sexisme, c’est juste un lieu, un moment non mixte qui permet le brassage des cultures au féminin. En effet c’est plus facile pour certaines femmes d’échanger et de s’ouvrir à d’autres femmes et cela, indépendamment de la culture. Au cœur de cette journée, nous nous sommes redit les objectifs de cette journée :

1 -Solidarité avec les femmes exilées.

2 -Sensibiliser les femmes calaisiennes sur la situation des femmes exilées.

3 -Valoriser les talents de chaque participante et les partager.

4- Travailler en partenariat avec les associations locales calaisiennes qui œuvrent pour la mixité culturelle.

5- Rendre le projet générateur d’initiatives.

Le vivre ensemble fait partie de notre objectif, nous sommes prêtes à tout pour relever ce défi car nous sommes conscientes que souvent le changement vient à travers des projets féminins, en prenant appui sur « le partage des savoir-faire » .

Il y avait à cette journée plus de 130 femmes, beaucoup de joie exprimée sur les visages de chaque femme, avec une très grande envie de partage de talents et de savoir-faire. Il y avait une atmosphère de fraternité et de solidarité, d’échange, à tel point que nous n’arrivions plus à savoir qui apprenait de qui, tout se passait dans une fluidité, dans une complicité d’échange, comme si tout le monde se connaissait auparavant, comme une seule famille avec un seul objectif, une seule motivation : partager les savoir faire.

Quatorze Ateliers où chacune pouvait choisir d’aller. Une liberté de participation, cette liberté s’explique   : « Je peux regarder sans avoir l’envie d’être active, je peux me balader entre chaque atelier pour m’inspirer et réveiller l’envie en moi pour un tel ou tel talent ». C’est ça le partage des talents : «  Je t’offre mon talent et mon savoir-faire tout en te laissant l’espace nécessaire pour contempler, observer , écouter, regarder, analyser, déguster…avant que tu prennes réellement la décision d’être apprenante  ou pas ».

C’est aussi l’occasion d’exprimer ses propres talents et de s’inscrire pour les prochains ateliers.

Parmi les ateliers programmés ce jour-là, on peut citer : la lecture multilingue, où chaque personne selon son origine propose de lire un texte ou un poème dans sa propre langue: français, anglais arabe, italien, espagnol, afghan… Des personnes vont comprendre et d’autres non et c’est ça qui est intéressant : le fait d’entendre la langue de l’autre permettra d’apprécier et d’habituer l’oreille à d’autres langues et de transmettre ses émotions, la musicalité de sa langue. C’est vraiment le plaisir d’écouter une autre langue. C’est aussi une forme de valorisation et de reconnaissance de l’autre. D’autres talents comme le modelage avec l’argile : une expression artistique qui permet de faire parler les mains, le thème cette fois-ci « La féminité à travers le monde, une meilleure façon de penser aux autres femmes du monde. »                        Voilà enfin 3 anecdotes touchantes de l’atelier couture (exprimées par Isabelle, une « talentueuse » de l’atelier couture : En y repensant, je trouve que « talents de femme » remplit plus que son objectif.

Halima                                                                                                                  Je me souvenais d’elle. Elle avait regretté de n’avoir pu venir la première fois. C’est elle qui sera la première à l’atelier. C’est une jeune femme voilée, douce, réservée. Elle arrive souriante et motivée. Je sens qu’elle est contente d’être là (c’est déjà une récompense). Elle travaille et termine sa pochette, fière, étonnée d’avoir réussi. Puis avant de partir, elle me demande « Je peux vous embrasser ? » (Chaud au cœur !)

Myrra  Elle s’assoit et elle me dit d’emblée « Mon père était couturier au Maroc, il faisait des vêtements » mais elle ne connait rien à la couture. J’ai l’impression qu’elle voulait mettre les pieds dans les pas de son père, qu’elle voulait comprendre qui il était, en faisant comme lui. Puis avant de partir, elle me demande « Je peux vous embrasser aussi ? » C’est merveilleux !

Fatima et Mona, la mère et la fille                                                                      La mère est venue avec sa fille adolescente. Elles prennent chacune une machine. Assez rapidement, elle me dit : « Je suis fille de harki. Ma grande sœur sait coudre mais elle ne m’aime pas, elle n’a jamais voulu m’apprendre ». Elle ajoute qu’elle a élevé seule ses deux enfants et qu’elle est fière de ce qu’ils sont. Voir la mère et la fille, travailler face à face, chacune à une extrémité de la table, est un plaisir. Complicité mère-fille. Quand elle termine, fière et souriante « Au moins, j’aurai réussi à faire ça » ! Faire ses preuves, une revanche ! Je n’ai rien inventé ni embelli pour faire du pathos. Etonnée et ravie, je découvre que la couture n’est pas seulement la couture. Il y a beaucoup de soi-même : recherche de soi, affirmation de soi, fierté…

 

Des photos pour ces moments de joie partagée

Au-delà des mots, il y avait les sourires, les regards, les gestes qui donnent corps aux mots de Mariam et montrent que c’était une belle après-midi.

Certains instants étaient magiques :

  • Au tricot, les mains se croisent pour guider les aiguilles dans la maille ,l’écoute est attentive,le regard concentré. Puis vient la fierté du travail réussi.
  • A la danse, une petite se faufile entre les femmes pour se planter derrière la prof de danse et suivre ses pas en rythme .
  • A la lecture polyglotte,deux fillettes échangent tour à tour leur talent : l’une joue de la flûte tandis que l’autre chante une comptine en français, puis ce sera l’inverse avec une comptine en arabe.

Le 115 devra bientôt transmettre la liste

Le « 115 » devra bientôt transmettre la liste des réfugiés qu’il héberge

Le gouvernement planche sur un projet qui renforce l’échange d’informations entre les associations d’hébergement d’urgence et l’office de l’immigration. 

Par  Julia Pascual   Publié aujourd’hui à 09h58

Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, et la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, préparent une instruction interministérielle visant à renforcer l’échange d’informations entre la plate-forme d’urgence pour les sans-abri (115) et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). D’après le projet de texte, non encore publié et que Le Monde s’est procuré, le gouvernement veut relancer la dynamique de la « circulaire Collomb » du 12 décembre 2017. Celle-ci avait provoqué une levée de boucliers des associations d’hébergement et de solidarité parce qu’elle essayait d’organiser le contrôle du statut administratif des migrants qui se trouvent dans l’hébergement d’urgence. Le Conseil d’Etat, saisi par les associations, avait d’ailleurs encadré sa mise en œuvre.

Un an et demi après, le projet d’instruction entend généraliser la transmission d’informations entre le 115 et l’OFII. Le premier devra ainsi « communiquer mensuellement à l’OFII la liste des personnes hébergées dans un dispositif d’hébergement d’urgence », qu’il s’agisse de demandeurs d’asile ou de réfugiés. Des réunions devront ensuite se tenir au niveau des départements, entre l’OFII et le 115, « sous l’autorité du préfet », pour examiner leur situation. L’idée étant notamment de mieux orienter ces personnes migrantes vers des dispositifs d’hébergement dédiés.

Jusque-là, la circulaire Collomb prévoyait que les préfectures envoient des équipes mobiles dans les structures d’hébergement d’urgence afin de recueillir ces informations. Mais les visites étaient conditionnées à l’accord de l’hébergeur et au consentement des personnes. « Ça a marché doucement », constate un cadre de l’administration. « Ça a été un échec », tranche Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui regroupe 870 associations et organismes de lutte contre l’exclusion. Il cite l’exemple de Paris, où « onze centres d’hébergement d’urgence ont été visités, dans lesquels 10 % des ménages avaient accepté de rencontrer les équipes. Cela a débouché sur six relogements, aucune orientation vers le dispositif d’hébergement pour demandeur d’asile et aucune régularisation, donc le résultat est très faible ».

Préoccupation budgétaire

Selon l’instruction interministérielle en préparation, chaque 115 départemental transmettra désormais à l’OFII un fichier comprenant l’identité des demandeurs d’asile et des réfugiés hébergés, ainsi que le lieu où ils se trouvent. A terme, une interconnexion des fichiers des deux administrations est envisagée. L’objectif est de mieux orienter les personnes vers « des prestations qui leur sont dédiées », c’est-à-dire vers le dispositif national d’accueil (DNA) ou le logement de droit commun pour ceux qui ont déjà obtenu le statut de réfugié. D’après une estimation récente, 11 000 demandeurs d’asile et 8 000 réfugiés se trouveraient dans l’hébergement d’urgence. Cette situation est notamment due au sous-calibrage du DNA, qui ne permet d’héberger qu’un demandeur sur deux. Elle résulte aussi des difficultés d’accès au travail et au logement – et donc à l’autonomie – des réfugiés. Difficile d’imaginer comment, dans ce cadre contraint, l’Etat arrivera à faire sortir les migrants des centres du 115.

Mais le projet d’instruction ne se limite pas à cette ambition puisqu’il prévoit aussi le transfert des migrants recherchant une protection internationale et déjà enregistrés dans un autre Etat membre – les « dublinés » – vers le pays en question. Il planifie en outre la « préparation au retour des déboutés du droit d’asile ». Ces derniers ont « vocation à quitter le territoire », rappelle le projet d’instruction, et la coopération entre le 115 et l’OFII doit permettre d’organiser leur éloignement. Les acteurs associatifs voient là une mise au pas de l’hébergement d’urgence par le ministère de l’intérieur. « Le principe d’inconditionnalité de l’accueil est clairement remis en question », estime Florent Gueguen, qui dénonce aussi une atteinte au secret professionnel. « Les travailleurs sociaux n’ont pas à communiquer sur la situation administrative, de santé ou familiale des personnes hébergées, dit-il. La confidentialité est un pilier de la déontologie du travail social. » « Appeler le 115 deviendra un piège, redoute Katya Benmansour, juriste de la FAS. Cela va alimenter les campements de rue. »

Derrière le projet d’instruction, une préoccupation budgétaire est également à l’œuvre. Alors que les fonds alloués au versement de l’allocation pour demandeur d’asile (ADA) ne cessent d’augmenter (ils avoisinent les 450 millions d’euros en 2019), l’échange d’informations entre le 115 et l’OFII doit permettre de suspendre son attribution en partie pour ceux qui ne sont pas à la rue.

Julia Pascual Le Monde 30 Juin 2019

Une invitation à la délation

Une invitation à la délation

 

Cette page (ci-dessus) a été publié pendant toute une semaine dans la Voix du Nord, le quotidien régional. Présenté comme ça, il s’agit de “sauver des vies” ce qui qui semble réaliste puisque la traversée est dangereuse. Mais dans ce texte, la question de fond de l’accueil digne de personnes est volontairement escamoté, en présentant les exilés comme des délinquants qu’il faudrait dénoncer. L’État choisit de communiquer sur les effets dus aux politiques de migrations, en diabolisant les exilés, sans communiquer sur les causes des départs et surtout sur les effets des politiques nationales et européennes. L’État ne parle pas des conditions de vie dans les pays qui forcent les exilés à partir, l’État ne communique pas sur les ventes d’armes qui accentuent les migrations et qui rapportent de l’argent, l’État ne communique pas sur les conditions de vie dans les pays tiers comme la Libye, et autres pays.
Les préfectures sont condamnées régulièrement sur leurs pratiques qui ne respectent pas la dignité de personnes qui ont des parcours traumatiques.
Alors je dirais à l’État, “SAUVEZ DES VIES” par une politique autre et respectueuse de la vie de personnes qui aspirent à vivre tranquillement comme tout le monde.
Inciter à la délation sans remettre en cause les politiques mises en œuvre, c’est déplacer les responsabilités pour les projeter sur les autres.

Pierre Tourbier

The Globe // Plongée dans la dictature érythréenne: “sans changement, nous serons fichus”

THE GLOBE AND MAIL (TORONTO)

Rapport 2018 sur les centres et locaux de rétention administrative

https://www.lacimade.org/publication/rapport-2018-centres-locaux-retention-administrative/

4 juin 2019

24 centres de rétention sont passés au crible : statistiques précises, témoignages et spécificités locales. Analyses et chiffres inédits pour décrypter une politique migratoire menée au détriment des droits fondamentaux des personnes étrangères.

Rapport commun sur les centres de rétention administrative par ASSFAM Groupe SOS Solidarités, Forum réfugiés-Cosi, France terre d’asile, La Cimade, Ordre de Malte France et Solidarité Mayotte.

Les six associations intervenant dans les centres de rétention administrative présentent leur neuvième rapport commun sur ces lieux anxiogènes marqués par la violence, résultat d’un durcissement de la politique d’éloignement.

L’année 2018 a été marquée par une utilisation importante de l’enfermement des personnes étrangères en centres de rétention administrative, y compris les plus vulnérables. Ainsi, plus de 45000 personnes ont été placées dans des lieux de rétention administrative, en métropole et en outre-mer. Le gouvernement a également décidé d’accroître très fortement la capacité de ces lieux de privation de liberté avec 480 places supplémentaires en métropole (de 1069 à 1549) par le moyen d’ouvertures de LRA, de réouvertures de CRA, d’extensions des centres déjà existants.

Cette politique d’enfermement s’est encore renforcée à travers l’adoption de la loi du 10 septembre 2018 qui a instauré au 1er janvier 2019 le doublement de la durée maximale de rétention, passée de 45 à 90 jours. Aucun gouvernement français n’avait jusque-là proposé une telle durée de privation de liberté pour tenter d’éloigner des personnes étrangères.

Dans ce rapport, nos associations font le constat alarmant d’une forte dégradation du respect des droits des personnes enfermées. Nos associations en appellent donc au gouvernement pour que cessent le recours prioritaire à l’enfermement dans la politique d’éloignement des personnes étrangères et la violation des droits qui s’attachent, en toute circonstance, à la privation de liberté.

 

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Voix du nord // Lille Le Squat 5 étoiles évacué, un important dispositif policier sur place

Quelque 200 réfugiés sont actuellement évacués du squat dit « 5 étoiles » à Lille. Un important dispositif policier est sur place. Des opposants à l’évacuation sont également présents.

Un peu moins de 200 personnes – des hommes, des femmes et des mineurs non accompagnés – sont en train d’être évacués du squat «5 étoiles» à Lille. Un peu moins de 200 policiers sont sur place, le secteur de la rue de Valenciennes est quadrillé par les forces de l’ordre depuis 5 h 30 ce mardi matin.

Une centaine de militants se sont rassemblés dès 4h30 pour s’opposer à l’expulsion. Une partie d’entre eux ont formé une chaîne humaine devant les grilles, comme le montre notre vidéo.

D’autres étaient à l’intérieur. Ils ont tous été évacués par la police. Une douzaine ont été interpellés. Certains ont dénoncé des violences policières lors de l’opération.

Des conditions de vie précaires

Installé à Lille depuis plus d’un an et demi, ce squat a défrayé la chronique tant les conditions dans lesquelles survivaient ces quelque 200 réfugiés et migrants étaient précaires et indignes.

Plus d’une centaine d’entre eux a survécu durant des mois dans cet entrepôt voisin de la friche Saint-Sauveur, sans eau potable, ni commodités d’hygiène de base. Avant que la justice n’exige l’installation d’équipements sanitaires en novembre dernier. En mai dernier, une jeune femme enceinte avait exprimé toute sa détresse de survivre en ces lieux.

En mars un collectif d’associations avait écrit une lettre ouverte à la préfecture devant les craintes d’une expulsion attendue et liée à la fin de la trêve hivernale. Le collectif, porté par la Cimade et l’association Abbé-Pierre avaient fait part de leur inquiétude quant au sort qui serait réservé aux migrants, en majorité des personnes d’Afrique subsaharienne (des Guinéens pour beaucoup).

La préfecture avait alors assuré que « chaque situation sera étudiée ». À suivre donc puisque ce mardi matin, l’expulsion annoncée par une décision de justice le 15 juillet 2018, suite à une action du propriétaire du bâtiment, le bailleur social Partenord, a été appliquée.

La préfecture précise ce mardi matin que les situations de chaque personne sont étudiées sur place  : « Les personnes ayant engagé une procédure de régularisation seront mises à l’abri dans des centres adaptés et les personnes sans droit, ni titre feront l’objet d’une procédure administrative d’éloignement du territoire. »

Communiqué des associations soutenant les personnes à Grande Synthe

2 mai 2019

Deux personnes exilées, avec le soutien de 9 associations, saisissent ce jour le tribunal administratif des conditions de vie de centaines de personnes vivant à Grande-Synthe.

(Grande-Synthe, le 2 mai 2019) – Deux personnes exilées, avec le soutien de l’Auberge des Migrants, La Cimade, DROP Solidarité, la Fondation Abbé Pierre, le GISTI, la Ligue des droits de l’Homme, Médecins du Monde, le Refugee Women’s Centre et Salam Nord/Pas-de-Calais, déposent ce jour une requête au tribunal dénonçant les conditions de vie de centaines de personnes vivant à Grande-Synthe. Elles demandent que des mesures urgentes soient prises afin de sauvegarder leur dignité et garantir le respect de leurs droits fondamentaux dans l’attente de propositions d’hébergement dignes et pérennes.

Nos organisations estiment que 600 personnes vivent à Grande-Synthe dans des conditions sanitaires, précaires et extrêmement indignes malgré la décision du maire de la ville d’ouvrir temporairement un gymnase et un centre aéré pour accueillir hommes, femmes et enfants.

Fin mars, quatre associations[1] ont mené une enquête d’observation des conditions de vies des personnes exilées dans le bois du Puythouck et autour du gymnase. Les résultats sont accablants[2] :

  • Près de 60% des personnes interrogées affirment ne pas avoir un accès suffisant à l’eau potable (80% n’ont pas accès à une douche et 87 % à des toilettes).
  • Plus de la moitié des personnes indiquent ne pas bénéficier d’une prise en charge médicale en cas de problème de santé.
  • Plus de la moitié des personnes indique ne pas manger à leur faim.
  • Près de 69% déclarent ne pas connaître le numéro d’appel d’urgence 115 pour demander un hébergement.

Un sentiment d’insécurité découle de ces situations d’extrême précarité, facteur de tensions qui apparaissent aujourd’hui sur la commune de Grande-Synthe. Ce sentiment est accentué par la crainte d’être expulsé chaque jour de son lieu de vie. En effet, depuis le mois de décembre 2018, les opérations d’expulsion se répètent et s’intensifient. Souvent accompagnées de la destruction des effets personnels, elles précarisent encore davantage ces personnes.

Cette situation déplorable n’est pas nouvelle. Elle est la conséquence directe d’une politique délibérée et systématique de la part des autorités de fragilisation de ces populations.

A l’instar de la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits de l’Homme, ces agissements « constituent une violation […] flagrante du droit à un logement convenable en vertu du droit international des droits de l’homme. [Ils] constituent aussi des violations des droits à la santé, à l’alimentation et à l’intégrité physique », comme l’a dénoncé également le Défenseur des Droits. Leur caractère systématique et répété constitue aux yeux de la Rapporteure, un traitement cruel, inhumain et dégradant contre l’une des populations les plus vulnérables en France. Ces pratiques doivent cesser et les autorités doivent prendre leurs responsabilités.

 

Associations signataires : Auberge des Migrants, La Cimade, DROP Solidarité, Fondation Abbé Pierre, GISTI, Ligue des droits de l’Homme,Médecins du Monde, Refugee Women’s Centre, Salam Nord/Pas-de-Calais

 

[1] La Cimade Nord Picardie, DROP Solidarité, Médecins du Monde et le Refugee Youth Service

[2] Le rapport d’observation est disponible ici.