Centre Primo Levi // « Persécutés au pays, déboutés en France: Rapport sur les failles de notre procédure d’asile »

http://www.primolevi.org/actualites/persecutes-au-pays-deboutes-en-france.html

Persécutés au pays, déboutés en France

Jeudi 17 novembre 2016, le Centre Primo Levi sort le rapport « Persécutés au pays, déboutés en France – Rapport sur les failles de notre procédure d’asile » pour mettre en lumière le fait que parmi les déboutés du droit d’asile, certains ont subi des persécutions et sont toujours menacés dans leur pays.

L’UNANIME REJET DES DÉBOUTÉS DU DROIT D’ASILE

Depuis quelques années, un glissement dans la perception du réfugié a amené les déboutés du droit d’asile à être pointés du doigt comme étant à la fois la cause et la solution des dysfonctionnements du système d’asile : même les discours les plus généreux en matière d’accueil des réfugiés présentent comme une évidence le fait que les déboutés « engorgent le dispositif » alors qu’« ils n’ont pas vocation à rester ». Le taux de rejet serait la preuve que les demandeurs d’asile sont en majorité des usurpateurs.

En conséquence directe de ce glissement, le gouvernement exerce une pression de plus en plus forte pour que les personnes déboutées soient renvoyées dans leur pays, et tous les candidats déclarés à la présidentielle 2017 affichent cette promesse comme l’une de leurs priorités… sans jamais que la qualité de l’examen des demandes soit remise en question, et sans considération pour les risques encourus en cas d’expulsion.

Pourtant, parmi ces « déboutés » se trouvent des personnes qui ont été victimes de la torture et d’autres formes de violence politique dans leur pays, et dont la vie y est toujours menacée.
LE CONSTAT TROUBLANT DE NOS ASSOCIATIONS

Dès sa création en 1995, le Centre Primo Levi s’est donné pour mission non seulement de soigner les traumatismes physiques et psychiques des personnes réfugiées en France, mais aussi de témoigner des effets de la violence politique. Les personnes qui y sont soignées ont été persécutées, emprisonnées arbitrairement, harcelées, torturées, violées, humiliées par des représentants d’un Etat (policiers, soldats…), ou sans en recevoir la protection. Elles ont vu des gens tués sous leurs yeux, parfois des proches. Elles n’ont pas eu d’autre choix que de fuir, laissant derrière elles tout ce qu’elles avaient (maison, métier, communauté, amis, parfois même enfants ou parents).

Or plus de la moitié des patients du Centre Primo Levi ont été déboutés du droit d’asile en France, « avec des conséquences dramatiques aussi bien sur leur état de santé et leurs conditions de vie que sur leur espoir de retrouver une vie normale », constate Sibel Agrali, directrice du centre de soins Primo Levi.

Les chiffres des autres associations qui reçoivent des victimes de torture, structures de soins ou autres, sont tout aussi éloquents : en 2014, le Comede (Comité pour la santé des exilés), par exemple, a suivi 340 personnes déboutées du droit d’asile, dont 71% avaient subi des violences et 23% des actes de torture.

Comment expliquer que de telles personnes puissent ne pas obtenir de protection internationale ?

L’enjeu de cette question est de taille, car s’ils sont quelques centaines à être repérés par ces associations, combien sont-ils en tout à passer à travers les mailles du filet de protection de la procédure d’asile et à tomber dans les statistiques des « déboutés », dont le nombre grandissant inspire la méfiance, au point de mettre en péril l’institution même de l’asile ?
LE CENTRE PRIMO LEVI A ENQUÊTÉ

Face au manque d’informations sur lequel sont fondés l’opinion publique et les discours de nos leaders politiques, le Centre Primo Levi a pris l’initiative d’aller enquêter auprès d’un grand nombre de professionnels de l’accueil, du soin et de l’asile.

Quel parcours suit-on avant d’être débouté ? Quelles sont les failles de la procédure qui peuvent expliquer que des personnes ayant été victimes de la torture et d’autres formes de violence politique se fassent débouter et menacer d’expulsion ? Quels sont les impacts sur leur état de santé psychique et physique, et quelles sont les perspectives qu’il leur reste une fois que leurs droits et leurs espoirs ont été quasiment réduits à néant, et qu’ils ne peuvent pour autant pas rentrer dans leur pays sans risquer leur vie ? Telles sont les questions auxquelles le Centre Primo Levi propose de répondre à travers ce rapport, pour tenter de dissiper les préjugés et de lever le voile sur ces personnes prises dans une impasse dramatique.

Fort de son expérience et des constats qu’il tire de son enquête, le Centre Primo Levi formule une liste de recommandations à l’attention des pouvoirs publics afin que les survivants de la torture et de la violence politique soient reconnus en tant que tels et que la protection qui leur est due leur soit garantie.

09/11/2016 // Communiqué de presse // La Cour de cassation sanctionne les contrôles d’identité discriminatoires

Communiqué de presse et arrêts concernés


Communiqué de presse

► Un contrôle d’identité discriminatoire engage la responsabilité de l’État
 Il y a discrimination si le contrôle d’identité est réalisé sur la seule base de caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée
 Le mode de preuve de la discrimination est précisé

Les faits

Treize personnes estiment avoir fait l’objet d’un contrôle d’identité fondé uniquement sur leur apparence physique : une origine africaine ou nord-africaine réelle ou supposée (couleur de peau, traits, tenue vestimentaire). Elles ont assigné l’Agent judiciaire de l’Etat en réparation de leur préjudice moral.

Le 24 mars 2015, la cour d’appel de Paris a rendu treize arrêts : dans cinq cas, l’Etat a été condamné à verser des dommages-intérêts à la personne contrôlée ; dans les huit autres, la responsabilité de l’Etat n’a pas été retenue.

Des pourvois ont été formés contre ces treize arrêts, soit par l’Agent judiciaire de l’Etat, soit par les personnes contrôlées. La Cour de cassation se prononce donc, pour la première fois, sur ces questions.

Repères juridiques

– Un contrôle d’identité peut être réalisé en cas de flagrant délit, de risque à l’ordre public ou sur réquisitions du procureur de la République (article 78-2 du code de procédure pénale).

– Lorsqu’ils n’ont pas conduit au déclenchement par les autorités publiques d’une procédure judiciaire ou administrative, les contrôles d’identité ne font l’objet d’aucun enregistrement.

– En droit commun, une personne qui estime avoir fait l’objet de discrimination peut saisir un tribunal, devant lequel elle doit apporter la preuve de cette discrimination.

– En droit du travail, la personne qui estime être victime de discrimination n’a pas à en apporter la preuve, mais uniquement à présenter des éléments qui la laissent présumer. C’est au défendeur de démontrer l’absence de discrimination.

 

La décision de la Cour de cassation

Un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde qui engage la responsabilité de l’Etat.

La Cour précise la façon dont la discrimination doit être prouvée ; il s’agit d’un aménagement de la charge de la preuve en trois temps :

  • la personne qui a fait l’objet d’un contrôle d’identité et qui saisit le tribunal doit apporter au juge des éléments qui laissent présumer l’existence d’une discrimination ;
  • c’est ensuite à l’administration de démontrer, soit l’absence de discrimination, soit une différence de traitement justifiée par des éléments objectifs ;
  • enfin, le juge exerce son contrôle.

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La Cour de cassation constate que la cour d’appel a correctement appliqué cette méthode :

  • l’Etat a été condamné lorsqu’il n’a pas démontré que la différence de traitement était justifiée par des éléments objectifs ;
  • l’Etat n’a pas été condamné lorsque la différence de traitement était justifiée par des éléments objectifs : la personne contrôlée correspondait au signalement d’un suspect recherché ;
  • l’Etat n’a pas été condamné lorsque la personne contrôlée n’a pas apporté les éléments de fait qui traduisaient une différence de traitement et laissaient présumer l’existence d’une discrimination : l’invocation de statistiques qui attestent de la fréquence de contrôles effectués sur une même catégorie de population appartenant aux « minorités visibles » ne constituait pas, à elle seule, une preuve suffisante ; de plus, les témoignages apportés ne mettaient pas en évidence une différence de traitement.

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Onze des pourvois formés contre les arrêts de la cour d’appel sont donc rejetés.

Dans deux affaires, cependant, l’arrêt est cassé : dans un cas, pour non-respect d’une règle de procédure civile indépendante de la question des contrôles d’identité ; dans l’autre, parce que la cour d’appel n’a pas recherché si la différence de traitement n’était pas justifiée par des éléments objectifs apportés par l’administration.

 

La zone de protection à Calais : qui souhaite-t-on protéger ?

Plusieurs organisations ont déposé hier mercredi 26 octobre un recours contre un arrêté préfectoral portant création d’une zone de protection autour du bidonville de Calais, qui a privé et prive des milliers de personnes du droit fondamental d’être informées sur leur situation juridique.

L’audience se tiendra demain vendredi 28 octobre
à 10 heures
au tribunal administratif de Lille


 

Communiqué de presse

27 octobre 2016

Les autorités ont manifestement souhaité donner une grande visibilité aux opérations de démantèlement de la jungle de Calais dites de « mise à l’abri » : communiqués officiels, points presse, etc.

Cependant, le dimanche 23 octobre, un arrêté préfectoral a été pris, créant une « zone de protection » à Calais, réglementant l’accès à la jungle et ses pourtours. Au terme de cet arrêté, des accréditations ont été – et sont encore – nécessaires pour pénétrer dans cette zone,

– y compris pour les bénévoles et salariés des associations qui apportent depuis des années aide humanitaire et accompagnement juridique aux exilés ;

– y compris pour les journalistes.

Dans les faits, aussi bien pendant les préparatifs de départs en cars vers les Centres d’accueil et d’orientation (CAO) que depuis lors,

  • même des personnes accréditées (journalistes, bénévoles) se sont vu refuser l’accès au bidonville, ou à certaines parties de celui-ci ;
  • des avocat.e.s ont été et sont empêché.e.s de retrouver leurs client.e.s, et celles et ceux qui avaient demandé à la sous-préfecture une accréditation se sont vu opposer un refus.

Or les témoignages de dysfonctionnements se multiplient : divers problèmes se sont posés, qui subsistent à l’heure actuelle et vont continuer de survenir : en ayant librement accès aux personnes dans la jungle, les associatifs, mais surtout les avocats, auraient eu et auraient aujourd’hui la possibilité d’informer les exilés de leurs droits, d’intervenir le cas échéant pour que ces droits soient respectés ; la presse aurait pu et pourrait signaler telle ou telle difficulté, ou discordance entre les annonces officielles et ce qu’elle observait.

Plusieurs organisations ont déposé hier mercredi 26 octobre un recours contre cet arrêté portant création d’une zone de protection, qui a privé et prive des milliers de personnes du droit fondamental d’être informées sur leur situation juridique.

 

L’audience se tiendra demain vendredi 28 octobre

à 10 heures

au tribunal administratif de Lille

 

Organisations requérantes :

ADDE – Avocats pour la défense des droits des étrangers
SAF – Syndicat des avocats de France
Gisti – Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s
La Cabane juridique/Legal Shelter
Le Réveil voyageur
Ligue des Droits de l’Homme

26.10.2016 // Mediapart // « Jungle » de Calais : l’État trie les mineurs à la va-vite

«Jungle» de Calais: l’Etat trie les mineurs à la va-vite

26 octobre 2016 | Par Carine Fouteau

Alors que les départs en bus des exilés de la « jungle » de Calais se sont poursuivis mardi 25 octobre, les ONG dénoncent l’accueil réservé aux mineurs isolés et la sélection arbitraire qui est effectuée par l’administration. Les avocats, interdits d’accès à la zone, ont manifesté leur exaspération.

https://www.mediapart.fr/journal/france/261016/jungle-de-calais-letat-trie-les-mineurs-la-va-vite?page_article=2

 

Calais, de notre envoyée spéciale.- Dans la nuit de mardi 25 à mercredi 26 octobre, alors que les grandes manœuvres de l’État ont commencé depuis 48 heures pour « mettre à l’abri » les 6 000 à 8 000 migrants vivant dans le bidonville, des centaines de mineurs isolés ont encore été abandonnés à leur sort dans la « jungle ». Selon les chiffres officiels, à la fin de la deuxième journée d’évacuation, 3 242 adultes au total étaient montés dans les bus et 772 moins de 18 ans (sur près de 1 300) avaient rejoint les containers du centre d’accueil provisoire (CAP) à proximité de la lande, dans l’attente de l’instruction de leur dossier.

Les destructions de tentes et de cabanes ayant commencé, certains mineurs se sont retrouvés sans toit et se sont réfugiés dans les mosquées, selon les informations de la Cabane juridique. « Il n’est pas acceptable que les démolitions débutent alors que des enfants sont toujours sur le camp », a critiqué l’Unicef UK.

La journée de mardi a mal commencé pour eux. Devant les grilles du vaste hangar, situé à 500 mètres du campement et transformé pour l’occasion en bureau d’orientation et de départ des bus, une centaine d’adolescents ont été repoussés violemment par les CRS alors qu’ils tentaient de se rendre en tête de la file d’attente, où ils ont pourtant un accès prioritaire. Plus tard, Médecins du monde (MDM), faisant état de « confusion » et de « stress », a constaté que la situation ne s’était pas arrangée : « 300 mineurs attendent dans le froid devant le hangar » sans avoir « ce qu’il se passe ». Sur son compte Twitter, l’ONG relaye l’inquiétude de « nombreux enfants, très jeunes » : « Je ne sais pas où aller. Comment je fais pour prendre un bus ? Mon oncle est en Angleterre. »

Comme Mediapart a pu le constater, depuis le début de l’opération, la plupart des enfants dans la file, traînant leur bagage à roulettes ou munis d’un simple sac à dos, ont l’air perdu. Ils ont compris qu’il fallait avoir de la famille en Grande-Bretagne pour espérer s’y rendre légalement (en vertu de la réglementation de Dublin qui autorise les mineurs – uniquement – à déposer une demande d’asile dans le pays de l’Union européenne dans lequel ils ont des proches), mais ne savent pas qu’il est indispensable de produire des preuves.

Dès le début d’après-midi, la tension monte d’un cran. Médecins sans frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme sur son compte Twitter : « La distinction mineurs/majeurs se fait désormais au faciès devant le hangar. Où sont les entretiens et les recours promis ? » « C’est une sélection au faciès qui n’est pas acceptable » et qui aboutit à l’exclusion d’« un tiers » des personnes se présentant comme mineures, indique Franck Esnée, le chef de mission pour la France.

Un tel “tri” n’est « pas légal, rappelle-t-il, dès l’instant où toute personne se déclarant mineure a droit à un entretien ». « Nous cessons d’orienter les mineurs vers le dispositif », affirme-t-il aussitôt. MDM confirme à son tour une « gestion au faciès devant le hangar ». « Si vous voyez des enfants, vous me les envoyez, les grands gaillards c’est pas la peine », entend l’ONG à proximité des grilles. Lundi, Mediapart, comme Le Monde, ont observé des scènes analogues, où les uns et les autres étaient expédiés à la va-vite en fonction de leur âge supposé.

Cette proportion d’un tiers de personnes refoulées est confirmée par une source du ministère de l’intérieur, citée par 20 minutes. « C’est un tri qui se fait sur des critères d’évidence, en restant large », reconnaît un représentant de l’État sur place. Interrogée par l’AFP, la préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio affirme qu’« à l’entrée du sas, une association ayant compétence en la matière est en charge de faire entrer les mineurs » et « écarte ceux qui sont manifestement majeurs, c’est-à-dire qui dépassent d’évidence et de plusieurs années l’âge de la majorité ».

Ce n’est pas ce dispositif qui avait été présenté aux journalistes dimanche soir. Il avait alors été dit que quiconque se présentant à l’extérieur comme mineur pourrait emprunter la file prévue pour les moins de 18 ans. Un premier enregistrement, sous une tente bleue, effectué par des agents des l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), devait déterminer s’il y avait des doutes sur la minorité. Dans ce cas, un entretien devait être effectué, dans une seconde tente, jaune celle-ci, par un représentant du Home Office britannique et un représentant de France terre d’asile. La personne ne risquait d’être envoyée en CAO (et donc de devoir renoncer à la Grande-Bretagne) que si les deux officiels contestaient son âge. Un recours serait possible, nous avait-on assuré.

À l’intérieur des tentes, d’autres types de difficultés ont été soulevés. Dans son blog Passeurs d’hospitalités, l’activiste Philippe Wannesson indique que les entretiens officiels durent « moins de cinq minutes ». Or les cadres légaux entourant la procédure de détermination de la minorité sont stricts, un coup d’œil et quelques questions ne suffisent pas.

À 16 heures, constatait MDM, les autorités refoulaient l’ensemble des mineurs isolés présents devant le hangar. « Une nuit de plus sans prise en charge », déplorait l’ONG. De son côté, France terre d’asile, l’association mandatée par l’État pour « accompagner » les mineurs, reconnaît en filigrane la sélection à l’entrée. « Aucun tri, si ce n’est d’écarter les quelques manifestement majeurs qui partent en CAO », affirme son directeur Pierre Henry.

Le Gisti quant à lui s’inquiète pour l’après. Lorsqu’ils auront passé un temps indéterminé dans les containers calaisiens, les mineurs qui ne seront pas autorisés à se rendre en Grande-Bretagne devraient être dispersés, comme les majeurs, partout en France, dans des structures adaptées à leur âge, des sortes de CAO pour mineurs. « Au motif d’une urgence que seule l’incurie des services de l’État et du département a provoquée, il est maintenant question d’envoyer un millier de mineurs dans des centres ouverts dans l’urgence, en dehors du dispositif prévu par les textes, sans agrément des départements, avec un encadrement éducatif au rabais », indique cette association de défense des droits des étrangers, qui a pu consulter l’ébauche de cahier des charges présentée par les ministères de l’intérieur, du logement et de la justice.

« Les équipes de ces centres pourront procéder à une évaluation sociale de l’isolement et de la minorité en dehors de tout cadre légal puisque ces jeunes ne seront, à ce stade, ni confiés aux services de l’aide sociale à l’enfance d’un département ni signalés à l’autorité judiciaire. Ceux déclarés majeurs seront renvoyés dans des centres pour adultes, sans autre forme de procès », s’inquiète le Gisti. « Les autres, dans l’attente d’une hypothétique prise en charge par un département et un nouveau transfert, seront “sensibilisés à l’apprentissage du français” et se verront “proposer des animations éducatives”, une manière de dire qu’ils seront privés de scolarisation », poursuit l’association.

« Comme tous les dispositifs de mise à l’abri temporaire de mineurs isolés créés ces dernières années, celui-ci constituera une relégation en marge du dispositif du droit commun de la protection de l’enfance. Et on peut craindre qu’à dix-huit ans, alors qu’ils n’auront été ni pris charge par l’aide sociale à l’enfance ni scolarisés, ce ne soit vers des centres de rétention administrative qu’ils soient dirigés », conclut le Gisti.

« Vous voyez comme on nous traite ici. Pourquoi voudrions-nous rester en France ? »

Cette deuxième journée a été tout aussi difficile pour les femmes du bidonville, parmi lesquelles beaucoup refusent catégoriquement de monter dans les bus. Plus que jamais déterminées à aller en Angleterre, elles ont organisé une manifestation dans l’après-midi. « S’il vous plaît l’Angleterre, aidez toutes les femmes », ont-elles écrit sur des panneaux tendus en direction des journalistes. « Mineures, majeures. Nous sommes toutes les mêmes. Nous sommes des femmes. Où sont les droits humains ? », lançait l’une d’entre elles.

Une Soudanaise rencontrée lundi soir sur la lande avec son groupe de copines nous demandait si elle avait le droit de rejoindre la Grande-Bretagne parce qu’elle était enceinte. Aucune d’entre elles n’avait l’intention de monter dans les bus. « Vous voyez comme on nous traite ici. Pourquoi voudrions-nous rester en France ? », disait-elle. « J’ai mon mari là-bas, je dois le retrouver », affirmait une autre.

Les avocats, enfin, ont fait savoir leur mécontentement. En raison de l’arrêté pris par la préfète pour restreindre l’accès à la zone du démantèlement et du départ, la plupart d’entre eux sont exclus de l’observation des opérations. L’entrée leur est presque systématiquement refusée, alors qu’ils ont été nombreux à venir dans les jours qui ont précédé, à l’appel du Conseil national du Barreau, pour informer les migrants sur leurs droits. L’évacuation « ne peut se faire en dehors du droit », s’indigne le Syndicat des avocats de France (Saf) dans un communiqué soutenu par l’association des Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE).

« Les avocats pourtant présents dès avant le 24 octobre à Calais pour assister les exilés dans leurs démarches n’ont pas pu entrer dans le bidonville. Les avocats ont formé une demande d’accréditation auprès de la sous-préfecture. Certains n’ont jamais eu de réponse, d’autres ont reçu une notification officielle de refus le 24 octobre au soir », indique l’association. « Du fait de la création d’une zone de sécurité, les avocats n’ont donc aucun moyen d’accès au bidonville ni au hangar dit “SAS”, ni au camp “Jules-Ferry”, et par conséquent aux exilés », regrette-t-elle, avant de rappeler que « toute personne, même en situation irrégulière sur le territoire national, doit disposer d’un accès au droit ». « Nous exigeons que les avocats, présents sur le site de la “jungle” de Calais, puissent exercer leurs fonctions de défenseurs et soient immédiatement autorisés à pénétrer dans le camp sur simple présentation de leur carte professionnelle », insiste-t-elle.

Si les journalistes ont été accrédités en masse (plus de 700), il semble que la sélection ait été nettement plus drastique pour les associations : des délégations d’Emmaüs France et de Human Rights Watch ont ainsi été empêchées d’entrer sur la zone alors qu’elles se présentaient le premier jour, comme le rapporte le blog de Passeurs d’hospitalités.

Des équipes du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Défenseur des enfants sont sur place, y compris dans le hangar, à l’abri des regards. Leurs conclusions sont particulièrement attendues.

26.10.2016 // Communiqué de presse // L’assistance aux exilés à Calais : La loi de la jungle

Action collective

L’assistance aux exilés à Calais : La loi de la jungle

Le 24 octobre 2016, le démantèlement de la « jungle » de Calais a débuté.
Depuis l’annonce de cette opération, l’État s’est engagé à « conduire sur le campement de la Lande à Calais, une opération humanitaire de mise à l’abri, visant à proposer à chacun des migrants présents sur le site, une prise en charge adaptée à leur situation ».

Cette opération ne peut se faire en dehors du droit.

Or, les avocats pourtant présents dès avant le 24 octobre à Calais pour assister les exilés dans leurs démarches n’ont pas pu entrer dans le bidonville. Les avocats ont formé une demande d’accréditation auprès de la sous-préfecture. Certains n’ont jamais eu de réponse, d’autres ont reçu une notification officielle de refus le 24 octobre au soir.

Du fait de la création d’une zone de sécurité, les avocats n’ont donc aucun moyen d’accès au bidonville ni au hangar dit « SAS », ni au camp « Jules Ferry », et par conséquent aux exilés.

Il est inutile de rappeler que toute personne, même en situation irrégulière sur le territoire national, doit disposer d’un accès au droit.

L’opération qualifiée de « humanitaire » menée par le gouvernement à Calais implique le respect des droits et libertés fondamentaux des exilés au rang desquels se trouve l’accès aux droits.
La création d’une zone de protection, quelles qu’en soient les raisons, ne saurait avoir pour effet de priver des milliers de personnes du droit fondamental d’être informés sur leur situation juridique.
Nous condamnons ces atteintes inacceptables aux libertés fondamentales.

Nous exigeons aujourd’hui que les avocats, présents sur le site de la « jungle » de Calais, puissent exercer leurs fonctions de défenseurs et soient immédiatement autorisés à pénétrer dans le camp sur simple présentation de leur carte professionnelle.

Nous manifestons notre solidarité envers tous les avocats présents à Calais et dénonçons avec force l’attaque en règle contre les droits de la défense des exilés.

Paris, 26 octobre 2016

Organisations signataires : 
ADDE – Avocats pour la défense des droits des étrangers
AED – Avocats européens démocrates
SAF – Syndicat des avocats de France
Gisti – Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s

25.10.2016 // Communiqué de presse // Les bénévoles choqués par le traitement des enfants et des adolescents

Communiqué de presse d’Utopia 56 et de l’Auberge des Migrants.

Les premiers moments de l’évacuation de la jungle de Calais ont été marqués par la joie de milliers de migrants, heureux de quitter le bidonville pour être accueillis en France.
En revanche, ces dernières heures, les bénévoles d’Utopia 56 présents sur place constatent des scènes choquantes dans le traitement des enfants et adolescents.


Reprenons les observations de ces derniers jours :

– Les jours précédents l’évacuation, les autorités ont proposé aux MIE, mineurs isolés étrangers, un entretien pour repérer les jeunes éligibles à un passage légal en Grande-Bretagne. Ces jeunes étaient relativement calmes malgré des files d’attente parfois mal gérées. Samedi, au premier incident, les entretiens ont pris fin à 15H30, avec un rendez-vous fixé au lendemain. Dimanche, un tri au faciès a été constaté.

– Lundi, les adolescents ont été réorientés vers le sas extérieur au bidonville, pour être renvoyés en bus vers le CAP (centre d’accueil provisoire). Rien à redire sur ce changement de méthode de gestion des flux, même s’il montre un manque d’anticipation dans l’organisation.

– A 8h ce mardi, les enfants et adolescents avaient à nouveau rendez vous devant le sas. Certains, angoissés à l’idée de ne pas être pris en charge, avaient dormi devant, à même le sol. Les CRS ont alors eux même procédé au tri «  au facies » : «  bambino yes… no bambino, no … ». 

Ce matin, les mineurs ont été encerclés par des barrières, puis par des forces de l’ordre pendant plus de trois heures. Une association « Care 4 Calais » a distribué de l’eau. Un repas a été distribué à seulement à 14H30…

C’est épouvantable ! Comment peut-on traiter des enfants de cette manière en France !

L’Auberge des Migrants et Utopia 56 ont interpellé la préfecture qui est intervenue pour mettre fin à cette méthode. Mais, quelques heures plus tard, nous avons constaté le même tri au faciès par des CRS.

Nos bénévoles sont choqués et demandent un traitement plus humain de ces enfants et adolescents. Nous sommes conscients des difficultés rencontrées par les autorités mais nous demandons en urgence des procédures respectant la loi et la dignité des mineurs.

Contact presse :

  • Christian Salomé, président de l’ Auberge des Migrants 06 52 14 39 37
  • Marion Le Bloa, référente mineurs isolés/  Utopia 56 / 06 63 94 71 53
  • Yann Manzi, coordinateur général Utopia 56 06 29 48 54 45
  • François Guennoc, vice président de l’ Auberge des Migrants 06 08 49 33 45
  • Léo, attaché de presse bénévole à Calais 06 77 11 19 88

– L’Auberge des  Migrants est une association calaisienne créée en 2008. En collaboration avec Help Refugees, elle gère un entrepôt, une cuisine, des ateliers divers, pour préparer les distributions dans le camp. Elle communique et participe aux démarches juridiques avec les autres associations d’aide aux réfugiés.

– Utopia56 est une jeune association française d’aide aux réfugiés. Elle compte 3200 adhérents. A la demande du maire Damien Carème, l’association a géré les deux premiers mois du premier camp humanitaire de France, à Grande-Synthe

 

Journal des jungles n°7

En mai 2016, un résidence de rédaction du Journal des Jungles s’est tenue au sein de la Maison du Jeune Réfugié de Saint Omer, une dispositif d’accueil pour mineurs isolés géré par l’association France terre d’asile.

Voici le résultat!

JdJ n7 - Face afficheJdJ n7 - face texteCertains textes ont été coupés dans la version papier.

Voici les textes complets.

Mahamoud, 17 ans, de Conakry, la capitale de la Guinée.

J’avais 16 ans quand j’ai quitté la Guinée.  La décision de quitter mon pays c’est suite au retard de la rentrée scolaire. D’habitude l’école ouvre en octobre, mais pas cette fois à cause de la maladie Ebola, alors j’ai avancé vers le Mali. Je suis monté tout seul dans une remorque à Conakry pour rejoindre Bamako. J’avais peur. J’y ai passé deux nuits, à la gare, où je ne connaissais personne, et je ne savais pas où aller. Je n’avais pas d’argent et pas de quoi acheter à manger. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous. J’ai eu l’occasion de prendre le bus pour Gao.

Là-bas, je suis resté dans un foyer pendant une semaine. Le responsable du foyer nous a mis dans un pick-up à destination de l’Algérie. Nous avons fait plusieurs jours de voyage dans le désert. On est arrivé à Kidal où on a été arrêté par des Touaregs qui contrôlaient la route. Ils nous ont fait descendre et ils nous ont dépouillés de tous nos biens, avant de nous renvoyer à Gao. Les responsables du foyer se sont organisés pour préparer un deuxième convoi, avec un conducteur touareg. On était 16 dans son pick-up, assis comme des sardines, que des garçons, pas de filles. On ne se comprenait pas, car on ne parle pas la même langue, ni les mêmes dialectes. Moi, je parle français, poular et un peu soussou. Notre chauffeur a négocié avec les Touaregs et il nous a fait passer en Algérie. On a rejoint Tamanrasset, puis la frontière  du Maroc. Je suis arrivé à Oujda, puis Rabah, puis Tanger, où je suis resté un mois dans la forêt. Quand j’ai vu les conditions de vie au Maroc, j’ai voulu venir en Europe. On a organisé un convoi en zodiac avec 32 personnes à bord et on a pris la mer pour l’Espagne, malgré la peur. Quand il y a de fortes vagues, le zodiac balance et on risque tout ! Mais on a réussi, on a été sauvé par la guardia civil espagnole. On nous a envoyés dans un camp de réfugiés. Après trois mois dans ce camp, on a été transféré à Madrid. Nous étions un groupe de 60. Nous nous sommes dispersés. Comme je ne comprends pas l’espagnol, j’avais du mal à communiquer. Mais j’étais en contact avec un Français. Il m’a proposé de venir en France. Je me suis dit, comme je me débrouille en français, pourquoi pas ?

Il m’a pris dans son minibus et m’a emmené jusqu’à la gare du Nord à Paris. Là, on m’a conseillé d’aller à Dunkerque, au centre social, j’ai dit OK. Mais de là-bas, on m’a envoyé à Lille, avec un plan pour aller à la maison d’évaluation de mise à l’abri EMA pour les mineurs. On m’attendait, je me suis présenté et on m’a donné une date pour l’évaluation et un plan pour aller au parc des Olieux, quartier Moulin, arrêt métro Porte d’Arras, pour y passer la nuit, pour me mettre à l’abri. La mise à l’abri, c’est des tentes dans un parc ! Quand j’ai vu ça, j’avais les larmes aux yeux. Je me suis demandé si ce n’était pas une malédiction !

On te donne un plan, une adresse, on te dit va là, que tu saches lire ou pas. On arrive, on ne connaît pas la ville, on est mineur, ils devraient nous accompagner ! Quand j’ai présenté mes documents à EMA, mes papiers, mon attestation du bac au pays, mon certificat de scolarité, j’étais sûr que j’allais être inscrit dans une école, mais ça n’a rien donné. On m’a « invité » à la PAF ! Ils ont pris tous mes documents, je n’ai plus aucune pièce qui justifie mon identité ni de quel pays je viens. La PAF m’a promis de me les rendre après vérification, m’a demandé de revenir les chercher, car c’était de bons papiers. Malheureusement, ils ne m’ont rien rendu. Et je suis toujours dans le parc. On est entre 150 et 200. Certains dorment à l’église. Le Département dit qu’ils aident les mineurs isolés, qu’il nous prend en charge, alors qu’on dort sous des tentes dans un parc ! Sans douche, sans toilette ! Ce sont des conditions inhumaines et déshumanisantes.  Il y a des bonnes volontés qui viennent à notre secours, mais ce n’est pas une vie.

Je suis allé au Département, qui loge les mineurs, pour apprendre son refus. Ils m’ont dit : « j’ai une mauvaise nouvelle pour toi. Le Département ne te prendra pas en charge car tu as reçu un refus d’EMA.  Tu as été évalué majeur par la PAF suite au test osseux. Et dans vos allégations, on ne vous trouve pas mineur. »  Je suis trop mature. Mais dans leur refus, ils ne disent pas que mes papiers ne sont pas bons ! Je viens avec des papiers authentifiés par la Guinée. On me les prend et maintenant que je ne les ai plus, je ne peux aller nulle part. J’ai le sentiment d’être piégé. Je trouve ça triste. J’ai cru qu’en venant en France, avec mes papiers, j’aurais le soutien de l’autorité française.

La dame du Département  m’a dit : « Bon courage ! » Mais du courage, j’en ai pour venir jusque-là, je n’ai pas besoin qu’on me souhaite bon courage.

Je reste optimiste. Un jour ça va aller. Mon objectif c’est de faire des études de droit. Pourquoi le droit ? Je me suis dit : pourquoi nous quittons notre pays ? Parce qu’il n’y a pas un Etat de droit chez nous, ni de  justice. Alors je veux avoir une bonne formation pour aider mon pays et la future génération, qu’elle ne soit pas victime comme moi. C’est mon ambition et je vais me battre pour cela.

Vive la justice, vive la liberté et à bas les opportunistes !

 

Mohammed, 16 ans, de Conakry (Guinée)

Je m’appelle Mohammed, j’ai 16 ans, je viens de La Guinée Conakry. Je suis parti de chez moi depuis novembre 2015, j’ai voyagé 3 mois et je suis à Lille depuis 5 mois. J’ai besoin de raconter  ce que j’ai vécu  de l’Afrique jusqu’à la France.

Beaucoup d’entre nous ont  une vie insupportable en Afrique et  veulent aller à l’école pour étudier.

Mais ils ne peuvent pas par manque de moyens de financiers pour payer  une scolarité mais aussi pour subvenir aux besoins primaires. C’est pourquoi beaucoup d’entre nous ont quitté l’Afrique pour l’Europe. Pour pouvoir étudier, travailler et trouver une meilleure vie. Ce que je veux c’est avoir le droit d’étudier.

Il y a aussi d’autres jeunes  dont les parents sont très méchants avec eux. Les parents les obligent à faire des travaux durs physiquement et les frappent s’ils ne le font pas. Il n’y a pas de machines pour travailler dans les champs. Donc  les jeunes  travaillent à la main pour récolter le riz, les oignons … Si on travaille  dans les champs on ne peut pas aller à l’école. L’avenir est alors tout tracé. C’est pourquoi  on décide de venir en Europe, pour trouver une vie meilleure.

Pour partir il faut traverser les déserts, le Niger, l’Algérie… Des jours sans manger, sans boire d’eau jusqu’au Maroc pour rejoindre l’Espagne ou l’Italie. La traversée se fait avec un passeur et d’autres  gens qui viennent de partout en Afrique. Et pour y arriver il faut traverser la mer ou franchir des grillages ? ce qui coute la vie à beaucoup de monde.

Par exemple, moi qui vous parle, j’ai vu plus de 50 personnes  perdre leur vie sous mes yeux.

Une fois arrivé en Europe on ne trouve pas ce que l’on imaginait. Lorsqu’en Afrique on te dit qu’il y a des gens en Europe qui dorment dehors,  tu ne peux pas les croire. Et surtout lorsqu’ils te disent  que ce sont des mineurs, des mineurs qui ont risqué leur vie pour l’Europe. Tu peux même penser que cette personne est folle car la France est une puissance économique, d’une grande richesse culturelle et c’est un état de droit.

Moi même, une fois arrive ici, j’ai vu que des gens dorment  réellement dehors en Europe. Moi je suis en France à Lille, quartier Moulin, arrêt de métro porte d’Arras. J’ai 16 ans, je dors sous  une tente, dans un square,  avec 150 autres mineurs.

La maire de Lille  et le département du Nord disent dans les médias qu’ils s’occupent des mineurs isolés étrangers. Et pourtant il y en  a qui dorment dehors, dans le  centre ville. Cela fait longtemps qu’ils sont dehors, qu’ils n’ont pas les moyens de trouver à manger, qu’ils n’ont pas passé  une bonne nuit depuis le jour où ils sont arrivés  à Lille.

J’écris ce texte  pour dire où nous sommes et demander de l’aide.

Nous sommes là-bas car nous faisons nos démarches dans la ville et  nous sommes obligés de rester sur les lieux avant d’obtenir la confirmation de la juge des mineurs pour être hébergés et scolarisés.

150 mineurs à prendre en charge, ça ne me semble  pas beaucoup pour le département du Nord. Alors nous, mineurs étrangers isolés,  tendons les mains pour avoir votre aide et votre soutien. Nous avons besoin d’être hébergés et d’être scolarisés pour étudier, avoir ainsi une meilleure vie et réaliser notre rêve. Beaucoup d’entre nous ont un talent  et souhaitent l’exercer. Ils sont  chanteur, footballeur, danseur, musicien, acteur de théâtre…
Moi ce que je veux, c’est être scolarisé, travailler et pouvoir penser à mon avenir. Dans la paix et la sécurité.

 

Sisko, de Côte d’Ivoire

Après le décès de mes deux parents, mon oncle qui est cultivateur nous a emmenés vivre chez lui mon petit frère et moi. Mon oncle qui n’avait pas eu d’enfants et qui travaillait seul dans son champ a décidé d’interrompre mes études pour que je puisse l’aider. Alors que moi je rêvais d’aller loin dans les études et j’aimais bien l’école. J’ai tout fait pour que mon oncle change de décision, j’ai pleuré, arrêté de manger mais il m’a donné à choisir entre sa décision ou la rue. Pour ne pas me retrouver dans la rue, j’ai décidé de l’accompagner au champ.

On marchait 3 kilomètres pour arriver au champ. 4 mois plus tard, je suis tombé malade et mon oncle a refusé de croire en ma maladie. Je suis resté dans la maison sans traitement médical. Jusqu’au jour  où j’ai croisé le frère d’un ami à qui j’ai expliqué ma situation. Il m’a emmené à l’hôpital puis dans sa famille. Il m’a parlé de sa vie et de son travail en Libye. A la fin de son séjour dans sa famille, je suis parti avec lui. Il m’avançait l’argent du voyage que je lui rembourserais en travaillant.

On a franchi la frontière de mon pays pour atteindre le Burkina Faso et on est rentrés au Niger. Là, on a payé un passeur et on est montés dans un camion pour arriver en Libye. J’y ai  travaillé pour rembourser mon voyage. Quand j’ai eu fini de le rembourser, je ne voulais pas rester en Libye parce que tout le monde, même les enfants de 13/14 ans portaient des armes, couteaux ou pistolets et je ne me sentais pas en sécurité.  Je ne voulais pas retourner chez mon oncle alors j’ai décidé d’avancer vers l’Europe.

J’ai quitté la Libye avec l’aide d’un passeur et j’ai traversé  la mer en zodiac pour arriver en Italie. C’est la marine italienne qui nous a récupérés et  on a passé 3 jours en pleine mer, sans manger avec seulement de l’eau, en attendant que la marine récupère tous les zodiacs.

Arrivé à Naples, je ne comprenais pas la langue et les gens ne me comprenaient pas. J’étais complétement perdu. J’ai rencontré 2 autres jeunes et nous avons décidé de venir en France. Je me disais qu’avec la langue, je pourrais vite m’en sortir et que j’allais avoir une vie normale.

Arrivé à Paris, un jeune qui était avec moi connaissait quelqu’un à Lille hébergé dans un foyer de mineurs. A la gare, On a demandé à quelqu’un de nous prêter son téléphone car on n’avait pas de crédit. Le jeune de Lille nous a envoyé des tickets de bus par internet sur le téléphone.

Arrivés à Lille, il nous a rejoints et nous a indiqué le foyer EMA (Evaluation Mise a l’Abri). Il nous a dit que c’était mieux d’arriver séparément.
Quand je me suis présenté à EMA, ils m’ont mis à la porte car je n’avais pas de document qui justifiait ma minorité.

On m’a indiqué un parc, le parc des Olieux.  J’y ai rencontré d’autres jeunes qui étaient dans la même situation que moi et je suis resté avec eux. Les habitants de ce quartier nous venaient en aide avec des vêtements, de la nourriture. J’ai expliqué mon problème. Ces habitants, on les appelle « Collectif des Olieux ». Ils m’ont demandé si je pouvais contacter quelqu’un qui pourrait m’envoyer le document qu’on me demandait et qu’ils prendraient tout en charge. J’ai donné le contact de mon oncle. Ils l’ont appelé et il ne voulait pas parler de moi parce qu’il n’était pas au courant de mon voyage. Ces gens lui ont parlé et l’ont convaincu d’envoyer le document. Comme lui ne savait pas comment faire pour l’envoyer, le collectif lui a expliqué. Il a envoyé mon acte de naissance.

Quand je l’ai reçu, je me suis à nouveau présenté à EMA. J’ai pu expliqué mon histoire. Ils n’avaient pas de place pour m’héberger, qu’il fallait que je demande une place au Département et que j’aille  à la PAF (Police Aux Frontières) pour vérifier si mon acte de naissance était  authentique.

A la PAF on m’a dit   que mon acte de naissance était faux. A ma  question « pourquoi ? »,  on m’a répondu  que je n’avais  pas  droit à la parole, que je devais  fermer ma gueule et on m’a mis en garde à vue. Après quelques heures, on m’a envoyé à l’hôpital pour faire le test osseux  sans mon accord. Ensuite on m’a renvoyé en garde à vue en disant que j’avais 19 ans. Un chef me demande si je reconnais que mon acte est faux et que je suis majeur. Lorsque je lui réponds que non,  il me dit de fermer ma gueule , d’arrêter de me foutre de lui et que tous les papiers africains sont des faux, qu’il suffit de brasser quelques billets dans les administrations pour obtenir des faux. Il me demande pourquoi nous venons en France alors qu’ils sont venus maintenir la paix dans notre pays et qu’ils ont perdu des collègues lors de la crise en Côte d’Ivoire. Je lui dis que  nous vivons dans  une ancienne colonie française où on  ne parle que le français, voilà pourquoi nous sommes ici. Il me dit  » pourquoi tu ne vas pas en Belgique, en Belgique on parle français ? Ici, en France, on n’a plus rien, vous les étrangers vous avez tout pris ! ». Il me demande  de signer un rappel à la loi comme quoi  j’ai été mis en garde à vue pour faux et usage de faux et que si je ne signe pas, je ne peux pas sortir. Par peur de rester en garde à vue, j’ai signé le document et on m’a libéré  sans me rendre mon acte de naissance.

J’étais reconnu majeur.

Le collectif m’a guidé pour aller voir une avocate. Il fallait cette fois faire un passeport que le collectif m’a payé, 115 euros. Les semaines passaient : l’ambassade pour avoir le passeport et six semaines d’attente pour l’obtenir ; un  recours en justice avec le récépissé de ma demande  et un refus car il fallait les originaux ; mon passeport une fois arrivé, envoyé à police pour en vérifier l’authenticité, et toujours l’attente .

Enfin  la loi française me reconnaît mineur isolé. 8 mois se sont écoulés depuis ma première visite à EMA.

J’ai attendu encore 3 semaines pour être mis à l’abri.

Je me demande souvent   si c’est moi qui ne suis pas le bienvenu. Je ne suis pas un danger pour la France. Je voudrais seulement pouvoir aller à l’école.

Pourquoi la France ne m’aide t’elle pas à réaliser mes rêves ?…Parce que je suis noir ?… Ou parce que je suis né en Afrique ?

C’est pas moi qui ai choisi de naître en Afrique, c’est pas moi qui ai choisi d’être noir. Si on pouvait arrêter de faire une différence entre les humains,  nous sommes tous pareils. Ce sont des petites choses qui nous différencient.  la couleur ? Le bon Dieu nous a créé de différentes couleurs pour rendre l’humanité plus belle.

18.10.2016 // Décision du TA de Lille – les requérants réagissent

A Calais, le 18.10.2016

A plusieurs reprises au cours du mois de septembre 2016, les autorités, dont le Président de la République, ont annoncé l’imminence de l’évacuation des habitants du bidonville de Calais.

Devant l’absence de communication d’éléments précis sur le projet de démantèlement s’agissant tant du calendrier de l’opération que de la méthode de sa mise en œuvre, les douze associations signataires de ce communiqué avaient décidé aux côtés des exilés vivant à Calais de saisir le juge des référés du Tribunal administratif de Lille.

Notre objectif était d’obtenir les informations qui nous permettraient de nous assurer de la prise en compte du respect des droits fondamentaux des exilés dans le cadre de l’évacuation envisagée. Nous demandions la réalisation d’un diagnostic de nature, d’une part, à identifier les situations particulières au sein du bidonville ainsi que les besoins des exilés et, d’autre part, sur la base de cette étude, à dégager des solutions adaptées, avant toute évacuation.

Nous avons eu le soutien du Défenseur des Droits dans cette procédure, qui par ailleurs s’inscrit dans le droit fil du rapport du Conseil de l’Europe en date du 12 octobre 2016 qui appelle les autorités françaises à rendre publique sans délai leur stratégie dans la perspective de la fermeture du camp et garantir le respect des droits fondamentaux des exilés.

Aujourd’hui, le Tribunal administratif a rendu sa décision. Nous déplorons  qu’il ne nous ait pas entendues sur ce point.

Les associations signataires ont toujours dénoncé l’insuffisance criante de la prise en charge des exilés vivant à Calais ; elles ont toujours dénoncé l’indignité du bidonville sur lequel ces personnes survivent. Elles continuent à le faire.

Cependant, la destruction annoncée du bidonville de Calais et l’expulsion de ses habitants sans diagnostic approfondi de la situation et des projets des personnes,  sans propositions de solutions diverses prenant en compte ce diagnostic, auront des conséquences dramatiques.

Aucune solution de relogement n’a pu être présentée pour les personnes qui refuseront ou  quitteront rapidement les centres d’accueil et d’orientation. Cette absence de solution, dont nous voyons déjà les premiers effets avec le départ de personnes vers d’autres lieux de passage (Paris, Belgique…) conduira inévitablement à la reconstitution de bidonvilles encore plus précaires.

Nous sommes aussi particulièrement inquiets de la situation des mineurs isolés étrangers pour lesquels aucune solution crédible n’a pu nous être présentée lors de l’audience devant le juge administratif.

Face à l’absence de réponse adaptée à ces deux points, les associations appellent les autorités étatiques à veiller à ce que des solutions soient trouvées avant toute évacuation. Elles resteront attentives à ce qu’aucune opération précipitée et mal préparée ne soit organisée.

Signataires

  • Auberge des migrants
  • Care4Calais
  • EliseCare
  • Emmaüs France
  • Groupe d’information et de soutien aux immigré.es
  • Help Refugees
  • La Cabane juridique / Legal Shelter
  • Refugee Youth Service
  • Secours catholique
  • Utopia56

08.09.2016 // Communiqué de presse // Contre les expulsions destructrices Pour la construction d’une politique d’hospitalité

Entre janvier et septembre 2016, à Paris, Calais, Cherbourg, Chocques, Dieppe et Steenvoorde, de nombreux campements ont été détruits, où survivaient plusieurs centaines d’hommes, femmes et enfants.

A Norrent-Fontes, un campement où survivent 250 exilé.e.s est menacé à son tour. Cet endroit précis est  pourtant habité depuis 2008, suite à un accord passé entre les collectivités locales, les associations et les exilés, après une décennie d’expulsions délétères. Ce campement, financé par le Réseau des Élus Hospitaliers a, comme de nombreux autres, été toléré et reconnu par les autorités préfectorales qui veulent maintenant le détruire au mépris des personnes qui s’y abritent. L’audience au tribunal de Béthune aura lieu le mercredi 14 septembre prochain.

A Calais, les autorités préparent la destruction des cabanes où survivent 9000 personnes. C’est pourtant précisément à cet endroit que les mêmes autorités ont décidé de parquer ces gens en 2015, le plus loin possible de la vie de la cité, tolérant explicitement la construction de ces abris. Malgré les conditions de vie extrêmement difficiles, les exilé.e.s se sont organisé.e.s individuellement et collectivement. Une vie sociale s’est développée, aujourd’hui menacée, sans autre solution que l’errance.

Depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002, plusieurs dizaines d’expulsions de squats et de campements ont eu lieu. Force est de constater que la même histoire se répète sans cesse: les pouvoirs publics ouvrent eux-mêmes ou laissent s’ouvrir des « lieux de tolérance » pour les fermer ensuite à plus ou moins longue échéance, en annonçant au pire la fin d’un problème et, au mieux, des solutions qui, étant trop souvent indignes et toujours inadaptées, montrent très rapidement leurs limites.

La recrudescence de ces expulsions/destructions ces derniers mois est le signe de l’échec patent des politiques d’inhospitalité mises en place par l’État et certains élus locaux à l’encontre des exilé.e.s en transit.

Plutôt que de réfléchir et d’expérimenter des dispositifs d’accueil adaptés, les responsables préfèrent déplacer régulièrement les bidonvilles, quitte à empirer la situation.

Nous le savons par expérience: les expulsions des lieux de vie n’ont jamais eu d’autres conséquences que d’aggraver la précarisation des personnes expulsées qui perdent leurs effets personnels, sont dispersées et condamnées, plus fragilisées encore, à errer à la recherche d’un nouvel abri.

Sans concertation ni solutions adaptées, la destruction des abris détruit aussi un réseau social.

Devant les carences de l’État, nombreuses sont les associations et les personnes qui viennent en aide aux exilés. Aide humanitaire, information sur les droits, accès aux soins de santé, conseil et accompagnement administratif, etc. Les destructions de lieux de vie effacent les espaces où se retrouvent des personnes de confiance et renforcent la méfiance des exilé.e.s vis à vis d’un État qui les pourchasse jusque dans les fossés, les stocke dans des containers ou les contraint à un déplacement forcé en CAO, dans la direction opposée à leur trajet migratoire.

La destruction des abris intensifie également la pression et la violence autour des points de passage. L’augmentation des rixes entre groupes de personnes migrantes autour de Angres, Chocques, Norrent-Fontes et à Calais même depuis la destruction de la partie sud du bidonville en mars dernier en est la preuve criante.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, les discours qui accompagnent ces destructions cristallisent et encouragent les réactions xénophobes. Ces destructions sont irrespectueuses des personnes qui passent mais aussi de celles qui restent, en transformant la question de l’accueil en problème et en faisant croire qu’il suffit de détruire des abris pour régler ce problème.

Il est urgent de remettre en cause cette politique systématique d’expulsion qui n’a aucun sens.

Les organisations signataires demandent instamment aux autorités:

– un moratoire sur les expulsions et destructions d’abri, tant que des solutions adaptées ne seront pas réfléchies,

– de construire l’hospitalité. D’une part, en mettant en place des Maisons des Migrants pour les exilé.e.s en transit, proches des différents lieux de passage, comme l’actuel premier ministre le suggérait il y a trois ans, et, d’autre part, en instaurant de véritables programmes d’accueil dans les communes pour les exilé.e.s qui restent,

– de renégocier avec la Grande-Bretagne les accords du Touquet qui rendent la frontière meurtrière,

– de renégocier le règlement Dublin III qui empêche les demandeurs d’asile de déposer leur dossier dans le pays de leur choix, rallonge coûteusement et inutilement les délais d’examen de la demande et est la cause de nombreux départs de CAO, les exilé.e.s craignant de se faire expulser dans des pays qu’ils ont traversés.

 

Pour dénoncer la politique actuelle, inefficace et destructrice et pour défendre l’hospitalité, les organisations signataires appellent à

participer samedi 10 septembre à la journée festive «champs de résistance» au campement de Norrent-Fontes,

– assister à l’audience au tribunal de Béthune le mercredi 14 septembre à 14h.

 

Signataires:

Organisations régionales:

Hauts de France:

ACC Minorités Visibles

Arras Solidarité Réfugiés

L’Auberge des Migrants

La Brique

La Cabane Juridique / Legal Shelter

Care4Calais

La Cimade – Nord/Picardie

ECnou

Emmaüs Dunkerque

Fraternité Migrants Bassin Minier 62

Gynécologie Sans Frontière – délégation Hauts de France

Ligue des Droits de l’Homme – Dunkerque

Médecins du Monde – Hauts de France

Réveil Voyageur

Secours Catholique – délégation du Pas-de-Calais

Secours Populaire – Vendin/Oblinghem

Terre d’Errance

Terre d’Errance Steenvoorde

Utopia 56

Normandie :

Itinérance Dieppe

Paris :

La Chapelle Debout

Kâlî

Organisations nationales:

Association pour la Défense des Droits des Étrangers (ADDE)

CCFD Terre Solidaire

Emmaüs France

Fondation Abbé Pierre

Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI)

Observatoire de l’Enfermement des Étrangers (OEE)

Revue Pratiques, les Cahiers de la médecine utopique

Syndicat de la Médecine Générale

Syndicat de la Magistrature

Union des familles laïques (UFAL)

Dont organisations membres de la CFDA:

Elena France

Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés (Gisti)

Jesuit Refugee Services (JRS) – France

Ligue des Droits de l’Homme (LDH)

Mouvement Contre le Racisme et Pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP)

Organisations Internationales :

Emmaüs International