Tribune Emmaüs / « Pour que cessent les souffrances des migrants » / Libération, 05.11.2014

POUR QUE CESSENT LES SOUFFRANCES DES MIGRANTS 

http://www.liberation.fr/monde/2014/11/04/pour-que-cessent-les-souffrances-des-migrants_1136131

18

Crédits : Sara Prestianni

Depuis cet été, en dépit des alertes répétées des militants et organisations sur place, la situation des migrants à Calais n’a cessé de se détériorer, dans un contexte d’expression d’une xénophobie particulièrement violente que les pouvoirs publics semblent tolérer.

Des solutions existent, tant à Calais, où s’est rendu lundi 3 novembre le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, que partout en Europe, pour cesser de faire souffrir des milliers de personnes qui cherchent seulement à vivre une vie meilleure, loin de tout ce que nous savons des guerres, exactions, répressions qu’ils subissent dans leur pays.

Encore combien de Lampedusa ou de Calais, encore combien de morts en mer, pour que les décideurs politiques en place, en France, en Angleterre, en Italie et dans toute l’Europe, acceptent enfin de reconnaître l’échec de leur politique ?

Le mouvement Emmaüs demande aux décideurs politiques des deux côtés de la Manche, et de toute l’Europe, de : reconnaître la souffrance infligée inutilement aux migrants qui traversent nos territoires en Europe ; reconnaître l’échec des politiques migratoires européennes, inhumaines, inefficaces, fondées sur des mesures essentiellement sécuritaires et de l’illusion entretenue, depuis tant d’années, qu’il est possible de « contrôler les flux migratoires » ; reconnaître l’échec de notre modèle économique et social, générateur d’inégalités et de souffrance, ici ou ailleurs, pour les populations les plus fragiles et d’une stigmatisation des plus exclus, migrants ou non ; s’engager dans une approche radicalement différente des questions migratoires, fondée sur la liberté de circulation et d’installation, le respect de la dignité et des droits des migrants ; entamer toutes les démarches nécessaires de concertation avec toutes les parties prenantes, et, en particulier, les organisations locales et nationales qui tentent, courageusement, de soulager les souffrances des populations migrantes, pour construire des solutions dignes, alternatives, innovantes et durables pour l’accueil des migrants en Europe, et à Calais en particulier.

Nous serons exigeants quant au déroulement et aux conclusions de la mission diligentée par le ministre de l’Intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve.

Nous rappelons la nécessité de travailler au plus près des acteurs présents localement et qui ont, pour certains, déjà posé les bases d’une proposition collective et adaptée aux réalités sur place. Nous renforcerons nos soutiens aux migrants de Calais et d’ailleurs.

● Jean Rousseau, Président d’Emmaüs international

● Thierry Kuhn, Président d’Emmaüs France

● Julio de la Granja, Président d’Emmaüs Europe

La tribune a été relayée :

Venue de M.Cazeneuve à Calais / Communiqué de presse inter-associatif

Le ministre de l’intérieur vient-il inaugurer à Calais son échec inévitable ?

Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, se rendra à Calais ce lundi 3 novembre pour annoncer ses solutions dont certaines sont déjà en œuvre.

Pourtant, rien de bien neuf sous le ciel calaisien tout comme dans les autres communes où s’abritent les migrants en transit. Les personnes exilées y sont certes plus visibles que d’ordinaire : provisoirement moins nombreuses à se noyer en Méditerranée alors que les crises dans leurs pays d’origine (Afghanistan, Erythrée, Soudan, Syrie, notamment) et dans les pays de transit (Lybie) les contraignent toujours à s’enfuir.

Des personnes exilées en transit vers la Grande-Bretagne, on n’en rencontre effectivement pas seulement à Calais. Elles sont aussi présentes à Paris, Ouistreham, Dieppe, Marquise, Grande-Synthe, Téteghem, Steenvoorde, Tatinghem, Norrent-Fontes, Angres, etc…. Ainsi qu’à Cherbourg, dans la ville de Bernard Cazeneuve.

Pourquoi ce silence sur leur existence disséminée dans l’ensemble du nord-ouest de la France ?  Pourquoi cette fixation sur la seule ville de Calais ?

En ignorant volontairement les situations dans toutes ces communes, le ministre de l’Intérieur passe à côté de la réalité, ce qui l’empêche à l’avance de proposer de bonnes solutions.

M. Cazeneuve et, avec lui, le gouvernement ne propose d’ailleurs aucune solution satisfaisante. Est-ce une solution d’envisager l’ouverture d’un « accueil de jour » à Calais, présenté comme humanitaire ?

Comme au moment de l’ouverture de Sangatte en 1999, il s’agit surtout d’éloigner migrantes et migrants du centre de la ville et de les assigner à l’invisibilité. Un ghetto en quelque sorte. Cet « accueil de jour » semble, pour le moment, n’être pas accueillant du tout, et a plutôt l’air d’un regroupement de quelques services jusqu’ici disséminés aux différentes extrémités de la ville. Pas d’espace prévu pour se poser, discuter, se reposer.

Ce seul ghetto prévu pour un millier de personnes ne suffira pas au vu du nombre actuel d’exilés à Calais, et sera difficile à gérer. Par ailleurs, et par exemple, un seul repas par jour est prévu, sans possibilité pour les exilés de recevoir d’autres aliments, encore moins de faire eux-mêmes la cuisine, est-ce « humanitaire » ?  Et que vont devenir les autres ? Quelles seront les nuits de tous ? Quel hiver leur réserve-t-on ?

Est-ce une solution de poser des barrières le long des autoroutes, de sophistiquer davantage les contrôles des camions et du port, de multiplier les effectifs de la police ?
Cela aura pour principales conséquences une augmentation des risques pris pour sortir de France ainsi que du nombre de morts le long de nos autoroutes et frontières.

Fondamentalement, rien ne va changer. Les côtes de la Manche et de la Mer du Nord vont rester, à l’identique, des frontières fermées qui créent l’entassement dans la région depuis bientôt 15 ans et qui font le bonheur des passeurs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on connaît d’avance l’échec politique et humanitaire de M. Cazeneuve qui essaie de faire passer pour innovantes de vieilles recettes qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité.

Il existe des moyens pour traiter avec davantage de respect des personnes qui ont, pour la plupart, fui une situation de guerre et de persécution : à ce titre ils sont de potentiels demandeurs d’asile.

Les voici :

  • L’étude des demandes d’asile par les autorités britannique.
  • La délivrance de laisser passez par les autorités britanniques pour les personnes ayant des attaches familiales en Grande-Bretagne.
  • Une révision du règlement Dublin III pour permettre à chaque demandeur d’asile en Europe d’aller déposer son dossier dans le pays de son choix.
  • Une orientation immédiate vers un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile pour les personnes qui souhaitent demander une protection en France.
  • Le renforcement du dispositif de protection des mineurs, soit par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) soit par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ;
  • Une renégociation du traité du Touquet.
  • La suppression de l’agence Frontex.
  • Un arrêt définitif des violences policières : les plaintes des personnes concernant des violences doivent pouvoir être enregistrées à l’aide d’un interprète et les victimes doivent pouvoir être orientées vers des structures ou des associations adaptées.
  • L’inconditionnalité de l’hébergement qui ne peut se traduire que par la création de dispositifs d’accueil et d’orientation adaptés et en nombre suffisant.

Dans l’attente de ces dispositifs la mise en place de camps humanitaires d’urgence dignes à Calais et partout où ce sera nécessaire, gérés par l’État ou le HCR.

Le 3 novembre 2014

Organisations signataires :

  • Calais Ouverture et Humanité
  • Communauté Emmaüs Dunkerque
  • Emmaüs-France
  • Emmaüs International
  • Gisti (Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés)
  • Itinérance Cherbourg
  • Le Réveil Voyageur
  • Terre d’Errance Flandres Littoral
  • Terre d’Errance Norrent-Fontes
  • Terre d’Errance Steenvoorde

 

Le camp dit « des Syriens », rue Lamy à Calais, peu de temps avant son démantèlement (mai 2014). Crédits : Grodotzki.

CALAIS / « Faites de la fraternité ! » du 12 au 22.11.2014

fly1

« Faites de la fraternité ! »

Parce que nous savons qu’à Calais une grande partie de la population est sensible au sort des personnes migrantes qui errent dans la ville, nous vous invitons à cultiver la fraternité à travers des festivités et activités diverses : films, concerts, lecture théâtrale, tournois de football.
Venez manifester votre fraternité et votre solidarité, parce qu’ensemble, nous pouvons lutter avec force contre les préjugés et afficher notre soutien à des hommes et des femmes venus de loin et qui ont besoin de nous ici !

Le collectif organisateur du festival « Faites de la fraternité ! ».

PROGRAMME
◊ DU MERCREDI 12 AU SAMEDI 22 NOVEMBRE ◊

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ DE 11H A 16H
(Accueil au Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Arbre à rubans avec l’Association « La pluie d’oiseaux » : www.lapluiedoiseaux.asso.fr/

Rendez-vous à l’Alhambra entre 11h et 16h pour offrir des messages de soutien et de solidarité.

◊ MERCREDI 12 NOVEMBRE ◊ A 18H
(Université du Littoral Côte-d’Opale (Bibliothèque universitaire), 190 rue Ferdinand Buisson)

Projection du film « Héros sans visage » de Mary Jimenez
+ Concert TropiCalaisien par Sylvain de Saturne à 20h

+ Du 5 au 18 novembre
Exposition photo « Le camp des exilés de Tatinghem en quelques images ; conditions de vie, solidarité locale » de Julien Saison

◊ JEUDI 13 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 18H
(La Trompe d’Eustache : 41 bd Gambetta à Calais)

Exposition photo « 2 saisons à Calais, carrefour des peuples » de Loup Blaster
+ Apéro slam avec Thomas Suel

◊ VENDREDI 14 NOVEMBRE ◊ A 19H30
(La Crypte : 21 Rue Royale à Calais)

Concert de [Kötsi] (chanson/slam punko-réaliste) et Ahsal (musique du Moyen-Orient)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ DE 14H A 16H
(Hôtel de police bd du Kent, 62903 Coquelles)

Mobilisation au CRA de Coquelles (Centre de Rétention Administratif)

◊ SAMEDI 15 NOVEMBRE ◊ A 20H30
(Cinéma Alhambra : 2 rue Jean Jaurès)

Projection du film « Guerrière » de David Wnendt
+ Débat animé par Calais Ouverture Humanité Créer la fraternité à Calais ?
+ Surprises

◊ DIMANCHE 16 NOVEMBRE ◊ A PARTIR DE 13H

(Terrains de sport de l’université, 220 Rue Ferdinand Buisson, 62100 Calais)

Tournoi football + Tea Time !

◊ Samedi 22 novembre ◊ à 10h
(Dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale)
au Cinéma Alhambra

Lecture texte « OQTF » de Véronika Boutinova
+ Du 17 au 22.11, exposition photo Squats et Taggs de Veronika Boutinova

Plus d’informations sur www.facebook.com/FaitesdelaFraternite

CONTACTS

beaufils.a@gmail.com / 06.31.21.68.69
contact@psmigrants.org / 06.61.97.12.17

Faites de la fraternité recto

Faites de la fraternité verso

Dossier de presse Faites de la fraternité

Série de projection-débats du film « Nous irons vivre ailleurs » / 15, 16 & 17 octobre 2014 / à Dunkerque, Calais et Hazebrouck

nous irons vivre ailleurs flyer p1NOUS IRONS VIVRE AILLEURS

de Nicolas Karolszyk, avec Christian Mupondo, Léticia Belliccinni, Karim Leeri, Emmanuel Mote, …

France – 2013 – 1h15 – couleurs

Synopsis : Quelque part en Afrique, Zola se laisse convaincre par un énigmatique et charismatique chef d’entreprise que l’Europe est la seule sortie de secours à ses galères. La peur au ventre, Zola décide donc d’entreprendre un périlleux voyage pour la France…

# MERCREDI 15.10 A 19H00 / DUNKERQUE – SALLE 5

(Pôle Marine – rue des Fusiliers Marins / 06 61 97 12 17).

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Claire Millot, membre de l’association Salam Nord/Pas-de-Calais, et de Bertrand Nnouck A Bessong, président de l’association Intégration « Les 3I ».

# JEUDI 16 OCTOBRE A 20H00 / CALAIS – L’ALHAMBRA

(2 rue Jean Jaurès / 03 21 17 73 33 / www.cinéma-alhambra.org)

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Martine Devries, membre de la Plate-forme de Services aux Migrants (PSM).

Veronika Boutinova participera à cette soirée. Elle est l’auteure de la pièce N.I.M.B.Y. publiée cette année par les éditions parisiennes « L’Espace d’un instant ». N.I.M.B.Y. raconte une soirée de Jean-Bert, un Calaisien qui loue son vécé-douche aux migrants et assiste là à l’accouchement d’une jeune Africaine. La pièce sera proposée à la vente dans le hall de l’Alhambra suite à la projection, ainsi que d’autres ouvrages des éditions L’Espace d’un instant.

# VENDREDI 17 OCTOBRE A 20H00 / HAZEBROUCK – LES ARCS-EN-CIEL

(4 place du Général de Gaulle 06 87 97 74 49 / www.arcsenciel-cine.fr)

En présence du réalisateur Nicolas Karolszyk et de Christian Mupondo.

Et avec la participation de Damien Defrance, membre de Terre d’Errance (Steenvoorde), de Dominique Ruelle-Bourgeois, bénévole solidaire des exilés du camp de Tatinghem et Nan, co-présidente de Terre d’Errance (Norrent-Fontes).

****

Ces trois soirées seront également l’occasion de découvrir l’exposition de photographies de Julien Saison intitulée « Le camp des exilés de Tatinghem (Pas-de-Calais, secteur de Saint-Omer) en quelques images ; conditions de vie, solidarité locale ».

« Sans misérabilisme ou moralisation, j’ai souhaité mettre en lumière une réalité sombre, déshumanisante, ignorée volontairement ou non de la population locale ; une réalité cachée dans un bosquet… »  Par Julien Saison / O2e.

****

APPEL AUX DONS !!

Nous profitons des projections pour collecter des couvertures, duvets, tentes, bâches, chaussures et pantalons de jean (tailles 38 à 44), blousons, bonnets, gants, écharpes, produits d’hygiène…(cf. la liste détaillée des besoins).

Merci d’avance !

Flyer Nous irons vivre ailleurs

CALAIS / Tournoi de foot contre le racisme et en soutien aux exilés / dimanche 07.09.2014

Sans titre

A Calais, là où certains établissent des barrières (réelles ou imaginaires) entre les calaisiens d’un jour (les exilés) et les calaisiens de toujours (les habitants), un petit groupe de bénévoles et militants motivés lance cette idée de rencontre autour du football dimanche après-midi 07.09.2014, de 14h à 18h, à la Citadelle.

Le « Foot du Monde » aura lieu à la Citadelle, sur le terrain public où des exilés jouent chaque dimanche. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’entrée sur le site est coté avenue de Coubertin, face à la grande gendarmerie : il y a un parking derrière la première enceinte. Et le terrain est au bout de ce parking (à gauche après la première voûte).

Au programme également : musique, « open mic », espace « café/thé », etc….

N’hésitez pas à venir pour jouer, boire un thé, discuter, etc…

Pour s’inscrire ou pour tous renseignements,

contactez le 06 27 93 74 52 ou calais.ouverture.humanite@gmail.com

Parution du Journal des Jungles, numéro 3 !!

Oyez, oyez braves âmes ! Le « Journal des Jungles » est de retour ! Toujours appuyé par les chercheurs de l’ENSAD, la livraison du numéro 3 vient d’arriver !

Dans ce numéro, la thématique de l’exode et des routes migratoires se veut centrale, et ce notamment grâce aux contributions d’Olivier Clochard et Olivier Thomas, tous deux géographes.

De leur côté, les chercheurs de l’ENSAD reviennent sur leur expérience liée à « l’Agence de voyageurs« .

Bref, un numéro « spécial Voyage ». Alors, circulez, il y a tout à voir !

C’est ici, pour télécharger le Journal des jungles n°3.

IMG_9014

Crédits : Rahaf Demashki

Éditorial du Journal des Jungles (numéro 3)

« L’impasse de Calais »

Il y a vingt ans, l’ouverture du tunnel sous la Manche visait à faciliter les déplacements entre la Grande-Bretagne et le continent européen. L’instauration de ce mode passage a entraîné en contrepartie un renforcement des contrôles migratoires par les autorités britanniques et leurs consœurs françaises, belges et hollandaises pour celles et ceux qui ne sont pas citoyens de l’UE. Depuis, la situation des personnes bloquées à cette frontière n’a cessé de se dégrader face au déploiement continu des forces de l’ordre.

Par ailleurs au regard des aménagements qui se sont opérés durant cette période dans les ports comme à Calais ou à Dunkerque et autour des sites accueillant l’Eurostar, cette frontière de l’espace Schengen est probablement à ce jour un des dispositifs les plus accomplis dans le domaine de la politique d’externalisation des contrôles migratoires. Accords franco-britanniques institutionnalisant la nomination d’agents de liaison de chaque État en France et en Grande-Bretagne, implantation de contrôles migratoires britanniques sur le territoire français, etc. font de cette frontière un « modèle » dont la Grande-Bretagne tire profit et dont nous retrouvons des développements similaires aux limites extérieures de l’UE.

Ces diverses situations qui s’égrainent sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord nous rappellent que les migrations dans le monde sont de plus en plus entravées – on n’a jamais autant construit de murs depuis la chute du mur de Berlin en 1989 – et les dispositifs grillagés entourant le site d’Eurotunnel et les ports en sont autant d’exemples locaux. Elles devraient également rappeler aux autorités que ces mécanismes ne résolvent pas la situation migratoire de Calais, pour preuve, il y a (et il y aura) toujours des migrants qui auront de bonnes raisons de vouloir traverser la Manche. C’est pourquoi, la mise en œuvre effective de la possibilité d’aller et venir des deux côtés de la Manche – ce que nous pourrions également appeler la liberté de circulation – est le seul moyen de changer radicalement la situation. Les autorités le savent sûrement mais elles ne font rien pour aller dans ce sens.

Olivier Clochard, géographe, Chargé de recherches CNRS, président de Migreurop.

C’est ici, pour télécharger le Journal des jungles n°3.

D’autre part, Il est disponible en version papier au siège de la PSM (15, rue de l’Écluse de Bergues à Dunkerque) et sera diffusé et diffusable de main en main très prochainement !!

Dans le journal « Libération » du 28.07.2014 / Tribune de soutien aux exilés de Calais

La tribune a été publiée lundi 28.07 dans le journal Libération. Elle est également en ligne sur le site internet du journal.
A partir de mercredi 30.07, elle est parue sur le site internet de Médiapart.
Enfin, elle est relayée sur d’autres sites, notamment sur le blog « Combats pour les droits de l’homme » ou sur le site du GISTI.

NOUS CONDAMNONS LA VIOLENCE D’ÉTAT
CONTRE LES EXILÉ.E.S DU CALAISIS

par un collectif de chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires

À Calais, le 2 juillet 2014, 610 étrangères et étrangers ont été une nouvelle fois délogés par les forces de l’ordre du lieu où elles et ils s’abritaient faute de solution alternative. Il en est systématiquement ainsi depuis que, le 5 novembre 2002, le gouvernement français a fermé et détruit le centre d’accueil des « réfugiés » situés sur la commune de Sangatte et géré par la Croix-Rouge.

Le 22 septembre 2009, la jungle de Calais a été évacuée et détruite. 276 migrants, dont 135 mineurs, ont été arrêtés.

Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les camps et lieux de vie des migrants se sont multipliés autour des ports et le long des autoroutes A 16, A 25 et A 26 (Angres, Norrent-Fontes, Tatinghem, Grande Synthe, Steenvoorde…). Ils y survivent dans des abris de fortune, dans la promiscuité et l’insalubrité. Ces lieux sont régulièrement détruits.

Ces derniers mois, les événements se sont accélérés. Les évacuations des lieux de vie, les arrestations et les violences policières se sont multipliées.

Le 28 mai, à Calais, les lieux de vie et les biens personnels de plusieurs centaines de migrants sont détruits sur décision préfectorale pour cause d’une épidémie de gale ignorée depuis deux mois par l’administration malgré les appels répétés des associations. Le même jour, en protestation, les exilés occupent l’esplanade grillagée utilisée par les associations lors des distributions de repas.

Le 2 juillet, ce lieu est évacué en même temps que trois squats. Plus de 600 personnes (dont 121 mineurs) font l’objet de contrôles d’identité, sont emmenées dans des bus vers différentes villes et les documents de certaines d’entre elles sont confisqués. 206 personnes sont enfermées dans différents centres de rétention administrative. Ainsi éloignées, elles se retrouvent privées de leurs soutiens militants. Dans les jours suivants, la quasi-totalité des exilés interpellés sont de retour dans les rues de Calais.

Le 12 juillet, une manifestation de soutien réunit plus de 500 personnes. Le même jour, l’ouverture d’un nouveau squat dans une usine désaffectée, soutenu par plus d’une trentaine d’associations locales et nationales, est rendue publique.

Le 22 juillet, cinq personnes – trois migrants et deux militants – sont convoquées au Tribunal d’instance de Calais dans le cadre d’une audience d’urgence à la suite d’une plainte du propriétaire du site occupé. Cette plainte invoque la dangerosité de cet ancien site industriel, alors même que les zones les plus dangereuses ont été interdites d’accès par les occupants eux-mêmes.

Jeudi 24 juillet, le tribunal a statué pour l’expulsion, comme si l’occupation de l’usine relevait d’une envie collective de pur confort. Il n’a pas reconnu l’état de nécessité dans lequel se trouvent les exilés par la faute d’un État qui ne respecte aucune de ses obligations : droit à l’hébergement universel défini comme une « liberté fondamentale », droit au respect de la dignité humaine, droit à des conditions matérielles d’accueil définies par la loi pour les demandeurs d’asile, droit à la protection et à des mesures éducatives pour les mineurs isolés, droit à la santé, etc.

Nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires,

Nous dénonçons le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels. Venus d’Afghanistan, d’Érythrée, du Soudan ou de Syrie, ils n’ont pourtant d’autres choix que de fuir la violence, l’injustice, la corruption et la misère.

Nous rappelons que les droits à l’hébergement, à l’accès aux soins, ainsi qu’à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. Nous nous préoccupons du respect de ces droits ainsi que du respect de la dignité humaine sur l’ensemble du territoire français.

Nous constatons que l’assistance à personne en situation de grande précarité est aujourd’hui assurée par les associations et les militants alors qu’il s’agit de compétences de l’État.

Nous soutenons l’ensemble des associations et des militants engagés à Calais et dans les environs.

Nous interpellons le gouvernement et l’ensemble des élus pour qu’une solution de logement adapté et durable soit trouvée pour l’ensemble des migrants.

* * *

Liste des signataires

Michel AGIER, anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Karen AKOKA, sociologue, Maîtresse de conférences, membre du Gisti
Thomas ALAM, sociologue, Maître de conférences, Lille 2
Anne-Laure AMILHAT SZARY, géographe, Professeur des Universités, Grenoble
Étienne BALIBAR, Professeur émérite de philosophie politique et morale, Paris Ouest Nanterre
Michel BARTHELEMY, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Marie-Laure BASILIEN-GAINCHE, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3, membre de l’Institut Universitaire de France
Sylvain BECK, Doctorant Laboratoire GEMASS, Paris 4 – Sorbonne
Jeanne BEM, Professeur des universités retraité, Chaire « Littérature française dans le contexte européen », Université de la Sarre (Allemagne)
Jérôme BERTHAUT, sociologue, Maître de conférences, Université de Bourgogne
William BERTHOMIERE, géographe, Directeur de recherche CNRS, Université de Poitiers
Monique BILE, Maître de conférences honoraire de grec, Université de Lorraine
Hervé BISMUTH, Maître de conférences en littérature française, Université de Bourgogne
Emmanuel BLANCHARD, Maître de conférences en science politique, UVSQ, membre de Migreurop
Luc BOLTANSKI, sociologue, Directeur d’études à l’EHESS
Anne BORY, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ahmed BOUBEKER, sociologue, Professeur des universités, Saint-Etienne
Saâd BOUHSINA, chimiste, Maître de conférences, Université du Littoral Côte d’Opale
Etienne BOUREL, doctorant en anthropologie, CREA, Lyon 2
Pierre BRASSEUR, doctorant en sociologie, Lille 1
Xavier BRIKE, anthropologue, Chargé de recherche LLN
Pauline BRÜCKER, doctorante en sociologie politique, CERI/Sciences Po & CEDEJ
Louise BRUIT, historienne, Professeure des universités, Paris 7
Isabelle BRUNO, sociologue, Maître de conférences, Lille II
André BURGUIERE, historien, Directeur émérite à l’EHESS
Evelyne BURGUIERE, sociologue, INRP
Claude CALAME, helléniste et anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
Cécile CANUT, cinéaste et linguiste, Professeure des universités, Paris Descartes
Sébastien CHAUVIN, sociologue, Maître de conférences à l’Université d’Amsterdam
Pierre CHAUVIN, médecin épidémiologiste, Directeur de recherche Inserm
Gérard CHAZAL, philosophe, Professeur honoraire, Université de Bourgogne
Olivier CLOCHARD, géographe, Chargé de recherches CNRS, président de Migreurop
Marguerite COGNET, sociologue, Maître de conférences, Paris 7, membre de l’UMR URMIS
Philippe COULANGEON, sociologue, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po
Bruno COUSIN, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Geneviève CRESSON, sociologue, Professeure des universités, Lille 1
Paula CRISTOFALO, sociologue, Maîtresse de conférences, EHESP Sorbonne Paris Cité
Mathilde DARLEY, sociologue et politiste, Chargée de recherche CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin / CESDIP
Christophe DAUM, anthropologue, Maître de conférences, Université de Rouen
Sonia DAYAN-HERZBRUN, sociologue, Professeure émérite, Université Paris Diderot-Paris 7
Jean-Philippe DEDIEU, sociologue, CIRHUS Fellow, New York University
Nicholas DE GENOVA, Reader in Urban Geography, King’s College London
Vanessa DE GREEF, Assistante au Centre de droit public de l’Université Libre de Bruxelles
Mathias DELORI, politiste et historien, Chargé de recherche CNRS, Centre Emile Durkheim, Bordeaux
Didier DEMAZIERE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Véronique De RUDDER, sociologue, Chargée de recherche CNRS
Pascale DEVETTE, doctorante, École d’études politiques, Université d’Ottawa
François-Xavier DEVETTER, économiste, Maître de conférences, Télécom Lille 1
Marie-Sophie DEVRESSE, Professeur à l’École de criminologie, UCL, Louvain, CRID&P
Kamel DORAI, Chargé de recherche CNRS, Migrinter
Marix DRESSEN, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Sophie DUCHESNE, politiste, Directrice de recherche CNRS
Serge DUFOULON, sociologue, Professeur des universités, Grenoble II
Ariela EPSTEIN, Post-doctorante, IIAC, CNRS/EHESS, HiCSA, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Éric FASSIN, sociologue, Professeur des universités, Paris 8
Olivier FILLIEULE, sociologue, professeur ordinaire de sociologie politique, IEPI UNIL, CRAPUL
Sébastien FLEURIEL, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Marion FRESIA, anthropologue, Professeure assistante, Université de Neuchâtel
Daouda GARY-TOUNKARA, historien, Chargé de recherche CNRS, LAM / Sciences Po Bordeaux
Nancy L. GREEN, historienne, Directrice d’études à l’EHESS
Jean-Luc GAUTERO, Maître de conférences en Épistémologie, Logique et Histoire des Sciences, Université de Nice-Sophia Antipolis
Virginie GUIRAUDON, sociologue du politique, Directrice de recherche CNRS, Sciences Po
Abdellali HAJJAT, Maître de conférences en science politique, Université de Paris-Ouest Nanterre
Abdelhafid HAMMOUCHE, sociologue, Professeur des universités, Université Lille 1
Bénédicte HAVARD DUCLOS, sociologue, Maître de conférences, Université de Bretagne Occidentale
Matthieu HELY, sociologue, Maître de conférences, Paris-Ouest Nanterre
Françoise HICKEL, Docteur en sciences du langage, éducatrice-formatrice à la PJJ
Marie-Antoinette HILY, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Poitiers
Martine HOVANESSIAN, anthropologue, Directrice de recherche CNRS, Paris 7
Anne-Cécile HOYEZ, géographe, Chargée de recherche CNRS
Liora ISRAËL, sociologue, Maîtresse de conférences EHESS
Rada IVEKOVIC, philosophe, Professeure des universités retraitée, College international de philosophie, réseau TERRA
Hubert JAYET, économiste, Professeur des universités, Lille 1
Fanny JEDLICKI, sociologue, Maîtresse de conférences, Université du Havre
Solenne JOUANNEAU, Maîtresse de conférences en science politique, Strasbourg
Nicolas JOUNIN, sociologue, Maître de conférences, Paris 8
Sonja KELLENBERGER, sociologue, anthropologue, IRTESS Dijon
Anouche KUNTH, historienne, Chargée de recherche CNRS
Smaïn LAACHER, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Pascale LABORIER, Professeure de science politique, Paris-Ouest Nanterre
Thomas LACROIX, géographe, Chargé de recherche CNRS, Université de Poitiers
Rose-Marie LAGRAVE, sociologue, Directrice d’études EHESS
Karine LAMARCHE, sociologue, Postdoctorante, LaSSP, Toulouse
Sylvains LAURENS, sociologue, Maître de conférences à l’EHESS
Frédéric LEBARON, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Anne LE HUEROU, Maître de conférences en études russes, Paris Ouest Nanterre
Annalisa LENDARO, Sociologue et politiste, Chargée de recherche CNRS, Université de Toulouse 2
Wenceslas LIZE, sociologue, Maître de conférences, Université de Poitiers
Danièle LOCHAK, Professeure émérite de droit public, Paris Ouest Nanterre, présidente honoraire du GISTI
Nicola MAI, Professor of Sociology and Migration Studies, London Metropolitan University and MMSH/LAMES Aix-Marseille University
Lilian MATHIEU, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Jean MATRINGE, Professeur de droit public, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Yoan MIOT, urbaniste, Maître de conférences, Paris-Est Marne-la-Vallée
Alain MORICE, anthropologue, Directeur de recherche CNRS, membre de Migreurop
Séverin MULLER, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Ugo PALHETA, sociologue, Maître de conférences, Lille III
Karine PARROT, Professeure de droit, Université de Cergy-Pontoise
Anthony PECQUEUX, sociologue, Chargé de recherche CNRS, CRESSON
Martyne PERROT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, section LDH à l’EHESS
Mathilde PETTE, sociologue, Postdoctorante, Lille 1
Roland PFEFFERKORN, sociologue, Professeur des universités, Strasbourg
Nicole PHELOUZAT, sociologue, IIAC, EHESS/CNRS, membre de la section EHESS de la LDH
Laure PITTI, sociologue, Maîtresse de conférences, Paris 8
Raphael PORTEILLA, Maître de conférences en sciences politiques, Université de bourgogne
Swanie POTOT, sociologue, Chargée de recherche CNRS, Université de Nice Sophia Antipolis
Stéphanie PRYEN, sociologue, Maîtresse de conférences, Lille III
Romain PUDAL, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Aude RABAUD, socio-anthropologue, Maître de conférences, Paris Diderot
Vincent RAFIS, Maître de conférences, Université Stendhal Grenoble 3
François REYSSAT, doctorant et moniteur en sociologie, Paris 7
Christian ROBIN, Maître de conférences en Information et communication, Paris 13
Maricel RODRIGUEZ BLANCO, sociologue, doctorante EHESS
Mirna SAFI, sociologue, Chargée de recherche, Sciences Po
Grégory SALLE, sociologue, Chargé de recherche CNRS
Camille SCHMOLL, géographe, Maîtresse de conférences, Paris 7 Diderot
Johanna SIMEANT, Professeure de science politique, Paris 1
Patrick SIMON, socio-démographe, Directeur de recherche à l’INED
Maud SIMONET, sociologue, Chargée de recherches CNRS
Hélène SIMON-LORIERE, Docteur en Géographie, Laboratoire Migrinter, Université de Poitiers
Serge SLAMA, Maître de conférences en droit public, Paris Ouest Nanterre
Alexis SPIRE, sociologue, Directeur de recherche CNRS
Jocelyne STREIFF-FENART, Directrice de recherche au CNRS, Université Nice Sophia Antipolis
Philippe TASTEVIN, ethnologue, Chargé de recherche CNRS
Alain TARRIUS, sociologue, Professeur émérite, Toulouse le Mirail
Jean-Pierre TERRAIL, sociologue, Professeur honoraire, Université de Versailles-Saint-Quentin
Emmanuel TERRAY, anthropologue, EHESS
Cédric TERZI, sociologue, Maître de conférences, Université de Lille 3
Sébastien THIERY, Politologue, Maître assistant associé à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Malaquais, Enseignant à l’Ecole des Arts Politiques, Sciences Po Paris
Mahamet TIMERA, sociologue, Professeur des universités, Paris 7 Denis Diderot, URMIS
Sylvie TISSOT, Professeure de sciences politiques, Université Vincennes Saint Denis Paris 8
Maryse TRIPIER, sociologue, Professeur émérite, Paris Diderot
Aline VALENCE, Docteure en psychologie sociale, Postdoctorante, MESHS, Lille
Louis-André VALLET, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po Paris
Jérôme VALLUY, sociologue et politiste, Maître de Conférences, Université Panthéon-Sorbonne
Sophie WAHNICH, historienne, Directrice de recherche CNRS
Laurent WILLEMEZ, sociologue, Professeur des universités, UVSQ
Karel YON, sociologue, Chargé de recherche CNRS, Lille II
Zaihia ZEROULOU, sociologue, Maître de conférences, Lille 1
Emeline ZOUGBEDE, doctorante, Laboratoire Cerlis, Université Paris Descartes

 

universitaires et chercheurs, Si vous souhaitez soutenir cette initiative et signer cette tribune, veuillez prendre contact (par mail en simultané) avec:

10178048_10204289215976293_325749595567868292_n

CALAIS / Auberge des Migrants : lettre ouverte au gouvernement et aux élus

Lettre ouverte

M. le Premier Ministre
M. le Ministre de l’Intérieur
M. le Préfet du Pas de Calais
M. le Sous-préfet de Calais
M. le Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais
M. le Président du Conseil Général du Pas de Calais
Mme la Maire de Calais
Mrs et Mmes les élus locaux

Jeudi 17 juillet 2014, en fin d’après-midi, l’association l’Auberge des Migrants, avec l’appui de citoyens calaisiens, a distribué des repas aux 750 migrants qui se sont présentés quai de Moselle. Grâce au dialogue entre bénévoles et migrants, et au calme de ces derniers, une file d’attente de près de 250 mètres a été constituée et gérée durant deux heures.

Une semaine auparavant, ce nombre s’élevait à 500. Dans une semaine, il sera peut-être de 900.

Cette situation est extrêmement fragile. L’état psychologique des migrants est très préoccupant. Les tentatives de passage vers l’Angleterre, de jour comme de nuit, la pression de la police (contrôles, coups, arrestations) les stressent. La recherche d’un endroit pour dormir, le manque de couvertures et de tentes pour s’abriter les épuisent . Le manque d’hygiène faute de douches et de points d’eau les laissent dans une situation indigne. Le manque de nourriture affaiblit ceux (la majorité) qui n’ont pas les moyens de compléter par des achats le seul repas qui leur est distribué chaque jour. Le moindre aléa dans la distribution, comme cela s’est produit la semaine dernière du fait d’un orage, peut transformer cette file d’attente en une foule énervée et excitée , qui se dispute les repas autour des fourgons des associations.

Il est étonnant qu’aucune violence, aucun débordement, aucun vol, aucune agression contre des riverains, aucun conflit entre communautés, aucune tentative de passage en masse, n’aient encore eu lieu. Il est étonnant que les femmes et les mineurs qui ne trouvent pas de place dans les structures prévues pour leur accueil n’aient pas subi de violences.

Les bénévoles de notre association atteindront bientôt les limites de leur engagement : limites en temps, en moyens financiers, en personnes pour gérer une file d’attente de plus en plus importante, en capacité de répondre aux besoins les plus urgents. De plus ils ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, maintenant fermé. Leur investissement a dû s’accroître encore depuis deux semaines pour tenter de renouveler les couvertures et les tentes détruites par les forces de l’ordre lors de la dernière expulsion, rue de Moscou, et pour faire face à l’augmentation du nombre de migrants. Si les bénévoles et leurs associations jettent l’éponge, la situation sera catastrophique pour tous.

Nous vous demandons instamment, parce qu’il est extrêmement urgent, de :

  • De rétablir un dialogue constructif avec les associations, qui sont cohérentes et unies dans leurs actions ;
  • De ne plus prendre de mesure violente, fût-elle légale, à l’encontre des migrants et de leurs maigres biens ;
  • De veiller à ce que les forces de l’ordre respectent strictement la légalité républicaine dans leurs missions ;
  • D’accepter dans un premier temps que la situation se stabilise en matière de lieux occupés de façon précaire par les migrants ;
  • D’ouvrir d’urgence des places pour les femmes, une trentaine, qui dorment dans la rue ou dans des jungles, faute de place route de Saint-Omer ;
  • D’ouvrir d’urgence des places pour les enfants et adolescents, une centaine, qui ne souhaitent pas rester en France ;
  • De prendre dès que possible des initiatives à même de faciliter le travail des associations et des services publics de santé : réouverture du lieu de distribution, mise à disposition de poubelles, de points d’eau, de douches et de toilettes en nombre suffisant, octroi de subventions complémentaires permettant d’acheter le minimum de nourriture nécessaire ;
  • Et surtout de rouvrir le dossier des promesses faites par M. Valls, concernant un accueil minimal, conforme aux lois et règlements français et européens, et aux droits humains.

Notre association est consciente que l’afflux des migrants à Calais est un phénomène inexorable. Les réponses à moyen terme sont du ressort de l’Union Européenne et des États français et anglais. A court terme, la situation ne peut pas être gérée sans un consensus entre les associations et les autorités. Ce consensus, qui semblait acquis il y a quelques semaines, a été brisé du fait de l’accroissement du nombre de migrants et des dernières mesures prises.

Nous vous envoyons ce courrier comme un signal d’alerte extrêmement fort, dans la crainte d’une catastrophe humaine.

Auberge des Migrants

Communiqué aux medias locaux, régionaux, nationaux et européens.

Cette lettre a été relayée sur le site de Médiapart.

2014_07_12_Calais_Solidarity Migrants_O2e-7656 (Copier)

CALAIS / Appel à solidarité

2014_07_12_Calais_Solidarity Migrants_O2e-7659 (Copier)

Appel à solidarité pour le 10, impasse des Salines à Calais
(et s’il y a du rab’, ça servira pour le Vestiaire de Calais
ou les autres jungles…)

A Calais, plus de 600 personnes migrantes sont à la rue sans aucun abri suite aux destructions de camps, aux expulsions de terrain et de squats qui se succèdent depuis plus d’un mois et demi. Le 28 mai, subissant l’expulsion des deux principaux camps de fortune, les personnes migrantes se sont réfugiées sur le lieu de distribution des repas. Le 02 juillet, les autorités préfectorales et municipales ont ordonné l’évacuation du lieu, opération qui s’est traduite par une véritable rafle organisée (arrestations au faciès, parfois violentes ; tri des personnes par nationalités ; placements en rétention, y compris des mineurs, etc…). Cette évacuation s’est faite sans témoin, journalistes et associations étant cantonnés loin du lieu de distribution.

En réponse à cette situation, le 12.07.2014, l’occupation d’un bâtiment habité depuis plus de 48h a été rendue publique à l’issue d’une manifestation de soutien aux personnes exilées. Comment faire autrement qu’occuper des bâtiments vides, alors que, depuis des années, les pouvoirs publics s’acharnent à déloger les personnes exilées de tous les lieux où elles tentent de survivre ?

Les associations manquent cruellement de matériel, les tentes et vêtements disparaissent au fur et à mesure des expulsions. De nouvelles personnes arrivent chaque jour, sans rien. Raison pour laquelle nous lançons cet appel à solidarité afin de récolter tout ce qui pourrait être utile, à savoir :

De quoi survivre et dormir dehors : Tentes / Bâches / Matelas / Duvets / Couvertures, etc…/ Bougies & lanternes

De quoi bricoler un semblant de chez-soi : Cordes / Palettes / Bois / Des éléments pour délimiter des espaces (planches légères, etc…) et des Tables / Chaises / Tapis / Parasols.

De quoi se préparer à manger : Matériel de cuisine (Grandes marmites / grands réchauds / Bouteilles de gaz / Vaisselle, etc…) et de la nourriture (de préférence halal).

De quoi tenter d’avoir de l’électricité : Câbles électriques / Ampoules, etc…

De quoi se déplacer : Vélos / Roues de vélos / Bouts de vélos / Outils, etc…

De quoi se changer les idées : Cahiers & crayons / Livres / Jeux de cartes / Jeux de société / Batte de cricket / Peinture ou bombes de peinture (pour refaire la déco’)

Sans titre

 

CALAIS / Communiqué de Presse inter-asso « Squatter pour (sur)vivre » / 14.07.2014

2014_07_12_Calais_Solidarity Migrants_O2e-7617 (Copier)Calais, le 14 juillet 2014.

Squatter pour (sur)vivre

A Calais, le 12.07.2014, l’occupation d’un bâtiment habité depuis plus de 48h a été rendue publique à l’issue de la manifestation de soutien aux personnes exilées. Cette marche avait pour objectif de dénoncer la rafle de plus de 600 personnes et la destruction de leur lieu de vie le 2 juillet dernier. Comment faire autrement qu’occuper des bâtiments vides, alors que, depuis des années, les pouvoirs publics s’acharnent à déloger les personnes exilées de tous les lieux où elles tentent de survivre ?

Dans le Calaisis, dans le nord-ouest de la France et, plus largement, dans tout le pays, des soutiens se démènent pour trouver des caravanes, des bâches, des palettes, de quoi abriter ces étrangères et ces étrangers à la recherche d’une protection en Europe. A Calais, les soutiens ont d’abord loué légalement des maisons pour pouvoir y accueillir des exilé.e.s, ne serait-ce qu’en journée. Mais leurs capacités d’hébergement se sont avérées insuffisantes et, surtout, la préfecture a toujours fait en sorte de faire évacuer les lieux.

Question de survie, il a donc bien fallu occuper des bâtiments publics, des usines, des ateliers désertés. Tous ont été systématiquement et violemment vidés par la police (souvent en dehors de tout cadre légal), tout comme ont été systématiquement détruites tentes et cabanes dissimulées dans la nature.

Non seulement, cette persécution viole le droit universel à l’hébergement, mais elle bafoue les obligations de l’État en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

Les pouvoirs publics doivent respecter les droits et la dignité des personnes migrantes et assumer leurs obligations à leur égard. C’est parce qu’ils s’y refusent qu’un nouveau squat a été ouvert à Calais au n° 10 de l’impasse des Salines.

Nous soutenons cette initiative parce que, dans les conditions actuelles, elle est la seule solution pour que les personnes exilées puissent au moins dormir à l’abri de la pluie et du vent, et sauvegarder ainsi un peu de leur statut d’êtres humains.

Ce squat n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence humanitaire. Mais il faut, le plus rapidement possible aller au-delà des urgences. L’administration doit imaginer des solutions d’hébergement adaptées. Elle doit envisager la dénonciation ou la révision du Traité franco-britannique du Touquet et pousser, au plan européen, à la modification du règlement Dublin III. Quant au traitement uniquement policier de la situation, l’État doit y renoncer.

Nous appelons les habitants de Calais et d’ailleurs ainsi que les personnalités (artistes, responsables politiques, universitaires…) à soutenir les personnes qui s’abritent au 10, impasse des Salines, à Calais, en s’exprimant publiquement et/ou en venant participer à la vie et à l’animation de ce lieu.

Organisations signataires :

ACC Minorités Visibles (Dunkerque) / Action froid (Paris-Calais) / ADRA Dunkerque / Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) / L’Auberge des Migrants (Calais) / Calais, ouverture et humanité / Le Carrefour des Solidarités du littoral nord / La Cimade Nord-Picardie / Collectif fraternité migrants du Bassin Minier 62 / Collectif pour l’avenir des foyers (COPAF) / Collectif de soutien de l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (EHESS) aux sans-papiers et aux migrant-es / Collectif de soutien des exilés (Paris) / Délégation Nord-Pas-de-Calais de Médecins du Monde / Emmaüs (Dunkerque) / Emmaüs International / Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur-euse-s Immigré-e-s (FASTI) / Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) / Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS) Nord-Pas-de-Calais / Femmes Plurielles / Fondation Danielle Mitterrand France Libertés / Groupe d’Information et de Soutien des Immigré.e.s (GISTI) / Histoire d’eux – Théâtre de l’opprimé (Tarn-et-Garonne) / Itinérance (Cherbourg) / Ligue des droits de l’homme (LDH) nationale et section de Dunkerque / Migreurop / NAJE – Théâtre de l’opprimé (Antony) / Organisation pour une Citoyenneté Universelle (OCU) / Pôle d’Exploitation des Ressources Urbaines (PEROU) / Réseau Education Sans Frontières (RESF) / Le Réveil Voyageur (Calais) / SALAM Nord-Pas-de-Calais / Section Ligue des Droits de l’Homme de l’EHESS / Secours Catholique, délégation du Pas-de-Calais / Solid’R (Calais) / Terre d’Errance (Flandre littoral) / Terre d’Errance (Norrent-Fontes) / T’OP! Théâtre de l’opprimé (Lille) / Mouvement UTOPIA / Vacarme (la revue)

Avec le soutien de :

Europe Ecologie Les Verts (Nord-Pas-de-Calais) / Ensemble ! / Nouveau Parti anti-capitaliste (NPA) / Parti Communiste Français (PCF)

CP squatter pour (sur)vivre 17.07.2014

2014_07_12_Calais_Solidarity Migrants_O2e-7642 (Copier)