Calais, cette frontière tue!

Tribune publiée dans le Plus de l’Obs (supplément internet de l’Obs). Elle est signée par Céline Barré, Martine Devries, Claire Dimpre, Lou Einhorn et Jean-Marie Gueuret, membres d’associations et militants à Calais et sur le Littoral de la Mer du Nord. La frontière tue

Manifestation du 18 décembre 2014 contre le mur de la honte

 

Huit morts en deux mois : deux femmes, un bébé, deux jeunes, 3 hommes dans la force de l’âge. A Calais, la frontière avec l’Angleterre tue encore et encore !

Financée par le gouvernement britannique, une barrière grillagée vient d’être érigée, rehaussée de barbelés, surmontée de lames de rasoir. Elle interdit l’accès au domaine portuaire, les exilés se rabattent alors sur le site du Tunnel sous la Manche : loin de créer de la sécurité, la barrière produit de la mort.

De loin, un mort est un chiffre. De près, c’est une personne que les bénévoles et les militants des associations accompagnaient, que ses amis, sa famille aimaient.

De loin, c’est une politique qui ne marche pas. De près, ce sont des femmes et des hommes, un bébé. Insupportable et révoltant.

De loin, l’intention est de « sécuriser ». De près, cette barrière signifie pour de nombreuses personnes l’augmentation du danger et de la prise de risque. Car rendre plus difficile le passage d’une frontière ne fait pas disparaître le souhait de la traverser quand c’est la survie qui est en cause. Au contraire, cela rend indispensable le recours aux passeurs, véritables techniciens du passage, qui se font payer, et les tarifs augmentent !

Pas d’argent ? Il reste la tentative désespérée, avec une prise de risque extrême, et les exilés en sont parfaitement conscients. Il ne s’agit pas de les « prévenir », aucune campagne de prévention et aucun panneau d’affichage n’y pourra rien. Ils savent ce qu’ils risquent, mais le sentiment de n’avoir plus que ça à tenter est plus fort, la détermination est entière. Et le désespoir, face à des conditions de vie insupportables en France, est majoré encore par les accidents graves, trop souvent mortels, dont ils sont les témoins impuissants. Face aux conditions de vie qu’ils ont quittées, au parcours qu’ils ont déjà effectué et à « l’accueil » qui leur est proposé en France ou ailleurs, ils font le pari que le jeu en vaut la chandelle.

Que faire alors ?

Il n’y a pas de solution simple.

Pour les bénévoles et les militants des associations, malgré leur fatigue et leur lassitude, c’est être à côté des exilés pour apporter un soutien : des soins, de l’eau, de la nourriture, des vêtements, du matériel pour la mise à l’abri, une présence amicale, des informations sur leurs droits…

Actuellement, les Etats membres de l’Union Européenne (dont la France et la Grande Bretagne) limitent leur accueil sous le prétexte du « risque d’appel d’air » : Cette inaction, en matière d’accueil et d’information sur les droits, conduit de nombreuses personnes remplissant les critères de la Convention de Genève, à poursuivre leur fuite en avant dans l’espoir de commencer enfin à vivre.

Une véritable réflexion sur l’ouverture de voies légales d’accès au territoire européen – dont le territoire britannique –  et sur les modalités de circulation en son sein, doit donc être menée. Cela nécessite une remise à plat des accords européens ou bilatéraux tel que l’accord du Touquet. C’est urgent !

Mais aussi, il faut une application réelle, enfin, des lois de notre pays concernant la protection des mineurs et des personnes vulnérables et l’hébergement des demandeurs d’asile. Ce sera un signe fort de la mise en place d’une politique plus hospitalière. A Calais, dans le nouveau bidonville, vivent plusieurs centaines de demandeurs d’asile et des dizaines de mineurs et des femmes enceintes. Ces personnes doivent être protégées et hébergées.

Actuellement les politiques mises en place en France contreviennent aux principes de notre République et aux fondements mêmes de notre société.

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Peut-on continuer longtemps à encourager la peur, voire la haine de l’autre, à construire des murs? Le mur d’hier à Berlin, de sinistre mémoire. Les murs d’aujourd’hui : à Calais, mais aussi en Bulgarie, en Hongrie, en Turquie…Peut-on continuer à enfermer, à s’enfermer ?

 

N.B. A la suite de la publication de cette tribune, nous avons appris la mort d’une nouvelle personne dans la nuit du 28 au 29 juillet. Cela porte à neuf le nombre de morts connus depuis le début du mois de juin!

Calais // Mobilisation de syriens

Reprise d’un article publié dans le blog « Passeurs d’hospitalité » le 28 juin 2015.

 

Les syriens dans l’entonnoir calaisien se mobilisent

Ce samedi 27 juin 2015, un groupe de Syriens a quitté le bidonville voisin du centre Jules Ferry pour manifester place d’Armes. Avec les syriens qui survivent sur le parvis de l’église Saint Pierre-Saint Paul et le quai du hangar Paul Devot, (près du phare), ils se sont regroupés avec détermination, des revendications claires, des banderoles. Depuis ce matin ils ont décidé de rester là jusqu’à ce qu’ils soient entendus. Et si la crainte était là de se faire éjecter par les « gardiens de la paix » dans la soirée, aux dernières nouvelles en ce début de dimanche 28 juin, ils sont toujours là, et  ils sont décidés à revenir et persister en cas de dispersion.

Un militant nous transmets leur message:

1. Constat :
Il y a selon eux entre 70 et 80 syriens répartis sur 3 sites : la jungle, le parvis, et le quai.
Aucun demandeur d’asile en ce moment!

2. Le danger :
Se rendre en Angleterre, pour eux, est un acte dangereux ! Ils sont non seulement conscients des risques mais ils les ont subi aussi …
Rappel : M , jeune syrien qui s’est noyé , S., syrien à qui l’ont doit aujourd’hui donner à manger , des menaces par armes à feu d’un routier , le gaz, les coups,  un érythréen mort cette semaine …
Il ne veulent plus de ça !

2.  Pourquoi l’Angleterre ?

D’abord, parce qu’ils parlent anglais , et ce n’est pas à banaliser lorsqu’on souhaite débuter une nouvelle vie ailleurs…

Puis, parce qu’ils ont pour beaucoup des proches là bas !

Enfin, parce que les conditions d’accueil là bas sont beaucoup mieux gérer qu’ici! En effet, la France leur propose l’asile mais les laisse dehors encore quelques mois alors qu’en Angleterre ils sont hébergés sur le champs et dignement.

4. Dignité

Les syriens réclament le droit à la dignité!
Ils ne sont pas des animaux et réclament leur statut d’êtres humains!

Ils souhaitent donc communiquer avec les gouvernements franco-britanniques,  dialoguer et trouver des solutions fiables afin de se rendre en Angleterre légalement, en sécurité !

RAPPEL:

en novembre 2014, d’autres syriens du parvis de l’église se sont aussi mobilisés avec banderoles, tracts, déplacement à Boulogne au consulat britannique.

Pentax Digital Camera

en septembre-octobre 2013, les syriens éjectés du squat rue Mouron, revendiquaient sur la passerelle piéton du terminal des Ferry.

PS: appel à tous à soutenir ce mouvement spontané.

PS2: Des syriens survivent sous le porche de l’église et du quai près du phare de Calais depuis juillet 2014. Cette fin juin 2015, ce ne sont évidemment pas les mêmes personnes.

Les invités de Mediapart // Michel Agier // Le camp de regroupement de Calais : retours sur une violence

   Ici, l’article original

L’anthropologue spécialiste de l’exil et des camps, Michel Agier (1) propose une analyse sur ce qui se passe actuellement à Calais. « Les associations de citoyens bénévoles sont en train de se faire déloger du dispositif qui se met en place. On est maintenant dans une logique de type humanitaire-sécuritaire où ces associations ne trouvent plus leur place, ni ne savent comment donner sens à ce qu’elles font ou voudraient continuer à faire. »


« Bidonville d’État », « New jungle », « Sangatte sans toit », « Ghetto Cazeneuve » : les manières de nommer sont importantes, certes, mais c’est d’abord le lieu lui-même qui interpelle. Invité à voir et commenter ce qui se passe à Calais, en regard d’une expérience de plusieurs années de recherches sur les camps dans le monde (camps de réfugiés, camps de déplacés internes, campements de migrants), j’ai rencontré pendant deux jours plusieurs personnes parmi les intervenants du monde associatif, du « centre Jules Ferry », et parmi les migrants. Ce que j’ai ramené de cette visite est la proposition d’un regard décentré sur l’ensemble de la situation, sur ce qui se passe là en ce moment, et un constat. Celui-ci peut tenir en quelques mots : ce qui se passe aujourd’hui à Calais est la mise en place d’un camp de regroupement sécuritaire-humanitaire sous le contrôle de l’État. Une mise à l’écart violente. Une immobilisation d’étrangers en mouvement. Une séparation des migrants et de la ville.

La complexité de cette situation est à la fois juridique, politique, logistique, et humaine ; elle est en constante évolution. J’essaierai de la décrire et de proposer quelques commentaires.

Des expulsions − un regroupement forcé − un enfermement dehors

La fermeture très médiatisée en 2002 du centre de la Croix-Rouge de Sangatte par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, devait mettre un terme à une visibilité acquise par le « hangar de Sangatte » qui dérangeait l’image lissée d’un pays démocratique. La fermeture du lieu et l’expulsion des étrangers qui l’occupaient, préparaient aussi ce qui s’institua cinq années plus tard, avec l’élection présidentielle de Nicolas Sarkozy, comme un nationalisme identitaire et une xénophobie par le haut, au plus haut niveau de l’État. Officiellement et systématiquement repoussés et rendus « invisibles », les migrants en transit, et parfois en errance, dans cette région se sont régulièrement regroupés dans des campements informels de petites tailles, ou dans des squats, au sein ou autour des principales villes et notamment de Calais. Le campement des migrants afghans de cette ville, ouvert en 2002, fut détruit en octobre 2009. Au cours de ses sept années d’existence, cette « jungle » aux abords de Calais a pu parfois atteindre jusqu’à 600 occupants, ce qui représente un nombre très important pour ce genre d’occupation : un refuge comme il en existe des milliers dans le monde, créé par les migrants eux-mêmes de la même manière qu’on « ouvre » un squat. Ce sont des campements urbains où l’on se regroupe faute d’asile, en occupant les interstices de la ville – quais, parcs, squares, terrains vagues, immeubles vacants ou abandonnés. Ces lieux de refuge ont pu trouver à Calais comme dans les petites villes proches, des soutiens solidaires de la part des voisins. Près d’une dizaine de campements ont existé entre Calais et Dunkerque, les uns restant précaires alors que d’autres ont pu faire l’objet d’un soin donné par les habitants, et parfois par les mairies. En témoignent les associations formées en solidarité avec les migrants, comme Terre d’errance dans le village de Norrent-Fontes, un village dont on entend le nom très loin sur les routes des migrants − comme un repère fiable sur les trajets dangereux de l’exil. À Calais, les campements et squats de la ville ont été des lieux de grande précarité, mais ils faisaient aussi l’objet d’une solidarité de la part des habitants : distributions de repas, d’habits, de chaussures, soins médicaux, informations et aides concrètes sur les procédures administratives, apprentissages linguistiques, etc. Se sont ainsi constituées une vingtaine d’associations (ou de sections locales d’associations nationales) regroupées ensuite dans la « Plateforme de Services aux Migrants ».

Le nouvel emplacement créé en avril dernier semble être la troisième occurrence du même camp après Sangatte et la « jungle » de Calais. Mais il n’en est rien. Si le hangar de Sangatte (1999-2002) était un camp de transit géré par la Croix rouge, si la « jungle » (2002-2009) était un campement-refuge créé et géré par les migrants, c’est un camp de regroupement sous contrôle de l’État qui est en train de se mettre en place. En agrégeant certaines des associations locales au projet de « translation » (terme officiel), en les incitant à aider la sous-préfecture à organiser l’évacuation des migrants des campements et squats et leur transfert, sous le chantage qu’à défaut de cette collaboration, les autorités seraient « contraintes » d’employer la force, l’État a fait d’une pierre deux coups. D’une part, il a réalisé sans heurts apparents l’évacuation des squats et campements de Calais et le regroupement des migrants dans un espace situé à l’écart, à sept kilomètres de la ville. D’autre part, il a jeté le trouble dans le milieu associatif, qui s’est trouvé piégé par l’opération, et s’interroge sur l’avenir de son action. Parce qu’elles ne voulaient pas se couper de la réalité, ne pas perdre la main et rester solidaires des migrants, parce que Calais est une ville-frontière qui a depuis toujours l’habitude du passage des migrants et de leur accompagnement, elles ont voulu que le « déménagement » se fasse dans les meilleures conditions, sans conflit. L’opération d’euphémisation dans laquelle elles se sont trouvées embarquées ne leur laissait guère le choix. Mais ce fut bien, au fond, une opération gouvernementale de « pacification » par le déguerpissement urbain et l’encampement des migrants. Les conditions sanitaires étaient au départ celles du pire bidonville, d’où le nom, pleinement justifié, de « bidonville d’État » qui a été donné par les associations, maintenant davantage critiques contre l’opération et ses conséquences. La mise en place de deux points d’eau et de huit toilettes chimiques sur un espace de 18 hectares et pour plus de 3 000 personnes, ne change pas fondamentalement la logistique précaire du lieu.

En attendant, 3 000 personnes sont bloquées là, bientôt 5 000 d’après ce qu’annoncent certains responsables associatifs. C’est bien, j’y reviens, un camp de regroupement si on le replace dans la logique globale des camps. Les camps de regroupement consistent, dans le dispositif des camps en général et notamment en Afrique, à réunir des populations plus ou moins nombreuses de déplacées internes ou réfugiées initialement établies près des villages ou dispersées dans les villes, pour les conduire, parfois par camions entiers, et pas toujours avec leur accord, vers des camps où opèrent des administrations nationales ou internationales, ainsi que des organisations non gouvernementales ou des entreprises privées. Des raisons d’ordre logistique sont généralement mises en avant (travailler à plus grande échelle, plus efficacement, plus professionnellement), mais le camp de regroupement existe aussi pour faciliter les opérations de triage et de contrôle des personnes selon leur statut juridique, leur nationalité, leur âge, sexe, situation familiale, etc. L’opération est simultanément sécuritaire et humanitaire. Cet éclairage peut aider à comprendre ce qu’il se passe en ce moment dans le camp de regroupement de Calais.

« Circulez, y’a rien à voir » : séparer les migrants de la ville

Les associations de citoyens bénévoles sont en train de se faire déloger du dispositif qui se met en place. On est maintenant dans une logique de type humanitaire-sécuritaire où ces associations ne trouvent plus leur place, ni ne savent comment donner sens à ce qu’elles font ou voudraient continuer à faire. Elles ne réussissent plus à distribuer du pain, de la nourriture, amener des vêtements, parler avec ceux des migrants que les bénévoles connaissent déjà, parce qu’il y a beaucoup trop de monde, parce que la foule même des migrants devient effrayante pour les personnes âgées ou les jeunes mères de famille qui viennent là avec leurs enfants pour faire et enseigner les actes de solidarité, et se trouvent désemparées. Leur propre marginalisation est le signe du passage d’une solidarité de citoyens quelconques à un dispositif technique dont le langage politique est « Circulez, on s’en occupe, y a rien à voir ». L’entreprise « Vie active » qui gère pour la préfecture le centre de service Jules Ferry (4 douches pour 3000 personnes à raison de 4 minutes par personne, distribution de repas une fois par jour, etc.) recrute maintenant du personnel de service en CDD (un contingent de trente places offertes mi-juin). Nous avons pu voir un jeune homme se présenter à l’embauche, muni de son diplôme d’auxiliaire de vie, quelque peu perplexe face au portail fermé où s’agglutinaient une cinquantaine de migrants ou plus, attendant l’heure de la douche. Il finit par se faire reconnaître d’un employé qui le fit entrer. Contrôlée par des agents de service munis de leur gilet orange et de leur talkie-walkie, l’entrée sécurisée n’est guère accueillante pour les bénévoles des associations. Ceux-ci voient leur manière de travailler contestée par  les responsables de l’entreprise gestionnaire, parce qu’ils ne sont pas ponctuels, pas rapides, pas assez professionnels en général. Les bénévoles des associations eux-mêmes sont excédés, se sentent rejetés, certains renonçant à achever l’intervention pour laquelle ils étaient venus, puis renonçant à revenir là.

Ajoutons que sur les trois voies qui longent l’espace du camp dans son ensemble, des voitures de police circulent en permanence. L’un des bords est l’autoroute qui conduit vers le port, sur lequel un haut grillage est en construction (une barrière existe déjà de l’autre côté de l’autoroute). C’est là que la police interpelle tous ceux qui sortent du camp et s’approchent de la route, pour les mener en centre de rétention.

Des ONG professionnelles humanitaires sont tentées d’intervenir dans un dispositif qu’elles « reconnaissent » pour avoir vu des choses similaires ailleurs, dans les pays du Sud et où elles se sentent les plus compétentes. Et l’on peut penser qu’en effet la scène sécuritaire qui se met en place à travers le regroupement et l’encampement de tous les migrants qui passent par là, se verrait bien augmentée d’un volet humanitaire. Ce dernier rendrait la mise à l’écart plus « acceptable » aux yeux des citoyens d’un pays démocratique selon le principe de la politique de l’indifférence.

La violence est ce qui domine la situation. Il y a quelques semaines, la leader du Front National, Marine Le Pen, avait répondu à une question d’un journaliste à propos de la « crise migratoire » et des morts en Méditerranée avec ces mots : « D’abord il faut arrêter de leur dire ‘Welcome’ ». La forme-camp qui se met en œuvre en ce moment à Calais correspond à cette injonction xénophobe, elle est compatible avec la fermeture des frontières. Il y a de ce point de vue un rapprochement à faire avec l’espace d’entre les frontières italo-françaises, à Vintimille, où sont confinés depuis plusieurs jours des migrants arrêtés sur leur parcours et regroupés là, dans ce qu’on appelait autrefois le « no man’s land » et qui s’avère être une frontière dense, un « full of men’s land ». De même, le camp de Calais fait fonction de frontière dans le même contexte. De plus en plus, la difficulté et bientôt l’impossibilité d’en sortir sont manifestes. D’abord par l’éloignement de la ville, puis par la séparation d’avec les citadins citoyens solidaires, puis avec la présence active de la police dans son pourtour, et maintenant par les expéditions violentes de certains groupes d’extrême droite contre les migrants pouvant apparaître en ville. L’étau se resserre.

Questions

Qu’est-il possible de faire ? Déjà, le fait étant accompli, la suppression pure et simple du camp, c’est-à-dire sa destruction, poserait de nouveaux problèmes et enclencheraient de nouvelles violences. Deux pistes me semblent cependant mériter l’attention.

D’une part, la moitié des encampés de Calais pourraient en sortir tout de suite si l’on procédait aux régularisations rapides du genre de celle que l’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et Apatrides) a faite pour les demandeurs d’asile érythréens au début du mois de juin. Beaucoup d’Érythréens non enregistrés à ce moment-là, des Soudanais du Sud ou du Darfour qui auraient autant de légitimité qu’eux à recevoir l’asile, d’autres Africains en errance depuis tant d’années qu’ils n’ont plus où « retourner » dans des conditions vivables, une partie au moins des Syriens, des Kurdes, une partie peut-être des « vieux » exilés afghans : l’OFPRA pourrait arriver sans mal à 50% de la population du camp régularisable de suite.  Ainsi légalisées, ces personnes pourraient circuler librement, et auraient droit à des aides et cadres d’accueil plus humaines et dignes.

D’autre part, il est vital pour combattre l’enfermement du lieu qu’il soit de plus en plus ouvert et transformé par la venue des journalistes, des associations de Calais et d’ailleurs, des étudiants, des élus. Ces visites peuvent rétablir la relation avec les migrants confinés là. « Ouvrir » le camp − et ainsi le faire disparaître comme lieu d’enfermement − c’est d’abord permettre à ses occupants d’en sortir en toute sécurité,  c’est y aller et faire connaître ce qui s’y passe, y organiser des événements qui impliquent les habitants de la ville autant que les migrants, et ainsi créer un lien entre le camp et la ville. Mais cela, c’est déjà l’histoire des lieux de mise à l’écart en général. Bienvenue dans le monde des camps !


Le 12 juin, Philippe Wannesson que j’ai interviewé pour m’aider à comprendre la situation du camp de Calais, a voulu m’interviewer à son tour, à chaud. Voir ici.

 

 (1) Michel Agier est anthropologue (IRD et EHESS). Il étudie depuis de nombreuses années les déplacements et la formation des lieux de l’exil. Sur les thèmes concernés par le camp de Calais, il a notamment publié Gérer les indésirables. Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire (Flammarion, 2008), Je me suis réfugié là. Bords de routes en exil (avec S. Prestianni, éditions Donner Lieu, 2011), Paris refuge. Habiter les interstices (avec F. Bouillon, C. Girola, S. Kassa et A.-C. Vallet, éditions du croquant, 2011), Campement urbain. Du refuge naît le ghetto (Payot & Rivages, 2013) et Un monde de camps (sous sa direction, avec la collaboration de Clara Lecadet, La Découverte, 2014).

Atelier ‘Les migrations, de quoi parlons-nous?’ // jeudi 2 juillet 2015 // Calais

GRDR

Le GRDR, en partenariat avec la Plateforme de services aux migrants (PSM), organise un atelier de réflexion/discussion autour des questions posées par les migrations:

Les migrations, de quoi parlons-nous?

Cet atelier est ouvert à tou.te.s et a pour objectif d’échanger sur les réalités multiples des migrations ici et dans le monde, de questionner notre regard et les mots utilisés.

 

D’une durée de 2 heures, il se tiendra le jeudi 2 juillet de 18h à 20h
à l’accueil de jour du Secours Catholique, 434 route de St Omer à Calais.

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Marche pour la dignité et le respect des droits fondamentaux // CALAIS // 20 juin 2015

CALAIS – 20 juin 2015 – Journée mondiale des réfugiés


Marche pour la dignité

et le respect des droits fondamentaux

Venez vous joindre aux réfugiés et citoyens mobilisés pour demander le respect de la dignité, des droits et la mise en œuvre d’une véritable politique d’hospitalité à Calais, en France et en Europe!

 

Déroulement

Point de départ – Le bidonville // Route de Gravelines – angle Chemin des dunes
12h30 – Départ
13h30 – Passage Quai de la Moselle (possibilité de rejoindre le cortège à ce point de rendez-vous)
14h – Rassemblement devant la Mairie de Calais – Venez avec du papier toilette pour réclamer des toilettes pour tous entre 19h et midi!
14h30 – Retour vers le bidonville
16h – Après-midi festive en musique

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20 juin : Journée mondiale des réfugiés
 
A Calais : Marche pour la dignité et le respect des droits fondamentaux!
 
Fin mars 2015, plus de 1000 personnes exilées vivant dans divers campements disséminés dans Calais ont été contraintes de se déplacer sur une ancienne décharge située à 5 km du centre-ville. Ce déplacement forcé vers un véritable bidonville d’Etat s’est fait sous la menace d’expulsions violentes par les autorités.
 
Aujourd’hui, plus de 3 000 personnes, reléguées hors de la ville, vivent dans ce ghetto.
 
3000 personnes, dont des femmes et des enfants, avec un accès insuffisant à l’eau et aux soins, sans toilettes ni éclairage. Malgré la solidarité des associations locales et de nombreux citoyen.ne.s,  les exilé.e.s subissent l’abandon des pouvoirs publics qui n’assument pas leurs obligations. Leurs conditions de survie inacceptables sont un scandale humanitaire et politique.
 
Plutôt que de mettre en œuvre un accueil digne et de promouvoir une politique d’hospitalité, l’Etat choisit d’ériger des murs et des barbelés, comme pour se défendre d’une invasion imaginaire de personnes à la recherche de paix et de sécurité.
 
Aujourd’hui à Calais, les exilé.e.s d’Erythrée, de Syrie, d’Iran, d’Afghanistan, du Soudan, d’Ethiopie, etc. venu.e.s chercher protection en Europe se retrouvent confronté.e.s à la ségrégation, au racisme et à la violence, très loin de tout ce qui pourrait ressembler à une politique d’accueil.
 
Nous appelons le gouvernement à:
  •  Respecter les droits fondamentaux des personnes et les conventions internationales (aujourd’hui dans la 6ème puissance mondiale, à Calais et ailleurs, les standards minimaux de l’intervention humanitaire sont loin d’être respectés) ;
  • Mettre en œuvre une politique d’hospitalité pour toutes les personnes arrivant sur le territoire, notamment en respectant le droit à un hébergement inconditionnel pour tous;
  • Promouvoir auprès de ses homologues européens une politique migratoire conforme aux valeurs de notre continent afin d’éviter l’hécatombe en Méditerranée et aux autres frontières, et d’assurer la sécurité, la protection et l’accueil digne des personnes exilées.

Signataires:

ADRA Dunkerque, Auberge des migrants, Calais Migrant Solidarity, Calais Ouverture Humanité, Le Carrefour des Solidarités, La Cimade Nord-Picardie, Emmaüs Dunkerque, Emmaüs France, Médecin du Monde Délégation 59/62, Réveil voyageur, Salam Nord Pas-de-Calais, Secours catholique Délégation du Pas-de-Calais, Terre d’Errance, Terre d’Errance Steenvoorde

Mobilisation « Des ponts, pas des murs » // Calais, le 23 mai 2015

Violence policière: la preuve!

Le 13 novembre 2012, le Défenseur des droits (à l’époque, Dominique Baudis) dénonçaient les agissements des forces de l’ordre.

En janvier 2014, c’était l’ONG Human Rights Watch qui accusait les forces de l’ordre de violence.

A chaque fois, les autorités ont réfuté les accusations.

Cependant, le 11 mai 2015,des militants ont publié sur le site internet de l’association Calais Migrant Solidarity une vidéo montrant des CRS frapper plusieurs migrants et intimider des soutiens.

  Ici, l’article du journal Le Monde à la suite de la publication de la vidéo.

Festival « La saveur de l’autre » // 29-31 mai 2015 // le Channel, Calais

Festival organisé par la scène nationale « Le Channel » à Calais, à l’initiative du Mouvement Utopia, « La saveur de l’autre » se veut un lieu de réflexion sur les migrations.

La saveur de l’autre, vendredi 29, samedi 30 et dimanche 31 mai 2015

Les associations et militants qui soutiennent les exilés présents à Calais et dans les Jungles du littoral et des terres seront présents pendant ces trois jours.

Venez nous y retrouver et profiter des spectacles, causeries et moments d’hospitalité!

La saveur de l'autreManifestation utile
La saveur de l’autre
Utopia, le Channel

« Nous avons voulu répondre à la sollicitation du collectif Utopia, à la fois coopérative citoyenne et laboratoire d’idées. L’enjeu est de faire débat, d’élever le niveau de compréhension sur une des grandes questions humaines de ce XXIe siècle naissant : les migrations. Donner à réfléchir afin de fonder un regard. Conférences, spectacles, propositions artistiques, rencontres, il s’agira de concevoir un temps aux entrées multiples, en quelque sorte un moment hospitalier pour y traiter de l’hospitalité. Avec la volonté de nous adresser, trois jours durant, à tous et à chacun ».

 

Ci-dessous, le programme. A retrouver également dans Sillage, le mensuel du Channel.

 

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Parution de l’enquête du Secours catholique « Paroles d’exilés de Calais »

Le Secours catholique publie une enquête très éclairante sur les exilés présents à Calais et aux alentours.

Ce rapport, qui apporte une contribution à la mission confiée par le ministre de l’Intérieur à Jean Aribaud et Jérôme Vignon, a pour ambition de dresser un portrait de ces personnes migrantes. Après avoir entendu longuement 54 exilés, les auteurs du rapport nous dessine une image nuancée de ces hommes et femmes qui ont décidé de quitter leur pays.

Paroles d’exilés de Calais

Publication d’un rapport d’enquête auprès des  « migrants » de  Calais Quand entendre les exilés de Calais remet en cause certaines idées reçues

 

Le Secours catholique publie ce jour une enquête effectuée en novembre et décembre 2014 auprès des exilés à Calais.

 Nous avons organisé des rencontres et des échanges approfondis avec les exilés afin d’entendre ce qu’eux-mêmes disent de leur vie, de leurs parcours, de leur difficultés comme de leurs espoirs. Ce travail vise à entendre la parole des exilés aujourd’hui, afin d’analyser leur situation et de soumettre des propositions qui pourraient répondre concrètement aux besoins et questionnements actuels.

 Aujourd’hui, des enfants, des femmes, des hommes vivent à Calais dans des conditions indignes. Qui sont-ils ?

Les exilés, jeunes pour la plupart (âge moyen : 27 ans), ont été contraints de fuir leurs pays en raison de persécutions vécues ou constatées autour d’eux. Le niveau d’étude des migrants, les métiers qu’ils exerçaient dans leur pays d’origine montrent qu’une grande partie d’entre eux avaient une situation sociale élevée. Il ne s’agit pas ici de migration économique, mais de personnes en recherche de protection, dont les existences sont menacées dans leur pays d’origine. L’analyse de ces entretiens approfondis confirme que l’immense majorité des migrants ont fui leur pays par crainte de persécutions. L’attente d’une protection au sens de la convention de Genève sur les réfugiés est bien au cœur des préoccupations des « migrants de Calais ».

Après avoir traversé un parcours d’exil long et dangereux, ces exilés pensaient être accueillis en Europe. Au contraire, ils subissent l’indifférence, la violence, le mépris et des conditions de vie dégradantes. Mais, malgré la dureté du sort qui leur est réservé, ils espèrent encore vivre en Europe, faire partie intégrante des sociétés qui les accueillent. Ils ont des désirs très simples : étudier, travailler, s’intégrer.

Des enseignements majeurs pour élaborer des réponses adaptées

Les entretiens confirment également les effets pervers du règlement « Dublin » : cet accord européen pousse les exilés à ne faire aucune démarche de demande d’asile, de crainte d’être renvoyés dans un autre Etat de l’Union européenne dans lequel ils ne souhaitent pas se rendre.

Mais l’analyse des récits vient surtout tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle « les migrants veulent tous aller en Grande Bretagne ». L’immense majorité des personnes entendues n’avaient pas ce projet en quittant leur pays. La modalité ordinaire des déplacements a été de migrer par petits bonds, de pays de non accueil en pays de non accueil.

Ces enseignements constituent des éléments majeurs pour que puissent être élaborées des préconisations et des solutions adaptées aux parcours divers et aux attentes des exilés présents dans le Calaisis. Car il est temps que soit mis un terme au traitement indigne que la France et l’Europe réservent à ces exilés.

 Pour télécharger le rapport : http://secours-catholique.org/rapport-migrants-calais